« Le duel se déroulera selon la tradition, par le tōga ! »
À la déclaration de Pénélope, les centaures s'agitèrent.
C'est quoi, le tōga ? Je tourne mon regard vers Mârl, mais elle secoue aussi la tête. Apparemment, Mârl non plus ne connaît pas.
« Puisque Taishi-dono et les vôtres ignorez la tradition des centaures, permettez-moi de l'expliquer. Le tōga est une méthode de duel traditionnelle transmise chez les centaures. Il y a grosso modo cinq épreuves, et les deux parties s'accordent pour en choisir trois et s'affronter. »
« Hou, ça a l'air intéressant. Quelles sortes d'épreuves ? »
« La première est une course. On part en même temps, on récupère un drapeau au point de retour, et on compete pour la vitesse du retour au départ. La seconde est un concours de force. On tire une corde attachée au corps de l'autre, et celui qui fait toucher le sol à l'autre par un endroit autre que la plante des pieds, ou qui tire l'autre au-delà d'une certaine distance, gagne. La troisième est un concours de tir. Celui qui touche le plus précisément la cible la plus lointaine gagne. La quatrième est un concours de gestion du bétail. Celui qui rassemble le plus vite et le plus grand nombre de bêtes dans l'enclos gagne. La dernière est un concours d'arts martiaux. On combat avec son arme de prédilection, et celui qui rend l'arme adverse inutilisable, ou qui fait abandonner l'adversaire, ou qui le met hors de combat gagne. On choisit trois de ces épreuves pour le duel. Dans aucune d'elles la magie n'est autorisée. Voilà ce qu'est le tōga. »
J'ai réfléchi un moment en entendant le contenu du duel. Probablement, je pourrais gagner n'importe laquelle. Seule la gestion du bétail me laisse perplexe, mais il y a la compétence « Dressage » dans les compétences de production, donc si j'en monte le niveau, ça devrait aller. Vient ensuite le tir qui m'inquiète, mais dans mon cas, si on me laisse participer au lancer, pas de problème. Au pire, je prends la compétence « Tir » et ce sera bon. Pour les trois autres, aucun souci.
« Tu as dit qu'on pouvait en choisir trois, non ? J'ai deux demandes. Je n'ai jamais vraiment géré du bétail, donc si possible, je voudrais l'exclure. Si tu insistes, j'accepte quand même. L'autre, c'est que je manie à peine l'arc. Par contre, je suis doué pour le lancer. Si on fait l'épreuve de tir, je voudrais qu'on accepte ma participation au lancer. »
À ma demande, Pénélope acquiesça et cria vers les centaures.
« Taishi-dono est différent de nous, centaures. C'est un héros humain qui ne gère pas le bétail au quotidien. Son métier est de brandir l'épée, d'utiliser la magie, de terrasser les monstres, pas de gérer le bétail. Nous, centaures, ne pouvons pas non plus faire un duel de magie. Puisque notre tōga exclut la magie, le fait que Taishi-dono exclue la gestion du bétail me semble équitable. Qu'en pensez-vous, oui ou non ? »
« « « « « Oui ! » » » » »
À la question de Pénélope, les centaures répondirent à l'unanimité par l'affirmative. Oh, impressionnant, rien que le cri de ce nombre de centaures en même temps, ça vous prend aux tripes. Moi aussi, mon excitation monte.
« Le concours de tir comprend à l'origine l'arc, mais aussi le lancer de javelot, de flèche courte, de pierre. Puisque Taishi-dono dit être doué pour les armes de jet, il n'y a pas d'objection. Je compte l'inclure parmi les trois épreuves. »
« Pas de problème. Pour les deux autres, vous décidez comme vous voulez. Seule la gestion du bétail, faites-moi grâce. Et puis, nous, on est seul, mais vous, vous pouvez être plusieurs. Par exemple, y a des gars rapides, des bons tireurs, des forts, et y en a qu'on ne peut pas départager, non ? Je l'ai dit tout à l'heure, c'est moi seul contre tous les centaures ici présents. Pas de pitié. »
« Quelle assurance. Ne nous sous-estimes-tu pas un peu trop ? »
« Comment dire. J'ai confiance en mes capacités, c'est sûr. Si vous voulez, on peut s'affronter sur les quatre épreuves hors gestion du bétail, ça ne me dérange pas. »
Pénélope et moi échangeons un sourire. Celui de Pénélope n'est plus un simple sourire aimable, mais un rictus féroce qui semble vouloir me dévorer. Le mien doit être du même acabit.
« Soit, faisons comme ça. Espérons que tu ne finiras pas la queue entre les jambes. »
« Je te retourne le compliment. Je vais te rosser jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien, alors prépare-toi. »
Sur mes mots, Pénélope ricana et s'en alla vers les centaures surexcités. Probablement pour sélectionner les participants. Après l'avoir vu partir, je regarde à côté : Mârl me regarde avec un grand sourire niais.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Non, je me dis juste que Taishi-san a l'air bien vivant, tiens. »
« C'est quoi, ça. Bah, c'est vrai que c'est marrant. »
Un peu gêné, je lui pique la joue du bout du doigt. Elle dit « kyaa » tout en ayant l'air contente de se faire piquer, c'est trop mignon. Je ne sais pas trop pourquoi, mais tant qu'elle s'amuse, c'est le principal.
De toute façon, à part manger et passer du temps débauché dans la chambre qu'on nous a donnée, y a pas l'air d'y avoir de divertissement, donc c'est peut-être bien tombé.
« Ah, tiens. Je me souviens d'une formalité à régler à la guilde des aventuriers, je vais y aller. Je pense que ça prendra pas une heure. »
« Mm, tu seras bien seul ? »
« Ça va. D'après ce que j'ai vu hier, Gandil a l'air assez sûr. Et si jamais, mon atout caché dans le dos de mon manteau grogne. »
« Fais gaffe… Si tu rentres trop tard, j'abandonne le duel et je viens te chercher. »
« Oui. Eh bien, je vais y aller. »
Mârl sourit et, d'un geste naturel, dépose un baiser sur ma joue. Mmh, elle a progresse, elle ose rentrer dans mon garde… Pas du tout honteux d'un truc imprévu comme ça. Pas du tout, je vous dis.
☆★☆
Apparemment, la sélection des effectifs s'est terminée. Des jeunes centaures fringants aux centaures un peu âgés. Vraiment, des centaures de tous âges et des deux sexes ont été rassemblés.
Moi, je fais des étirements pour délier mes articulations en les regardant. Enfin, étirements, disons radio-gymnastique approximative. Pendant que j'y suis, Pénélope s'approche en faisant claquer ses sabots.
« Taishi-dono, la sélection des effectifs est terminée mais… que faites-vous ? »
« Je délies mes articulations, c'est de l'échauffement. Ça a l'air d'une danse suspecte, hein ? »
« Haa, c'est vrai que… »
Pendant qu'on échange ces propos sans importance, je vois Mârl arriver en courant depuis Gandil. À peine trente minutes, elle a déjà fini ?
« J'ai fait à temps ! »
« Ouais, bien rentrée. C'est réglé ? »
« Oui, c'est bon ! »
En disant ça, le visage de Mârl est rouge. Y a aucune raison d'être gênée dans la conversation qu'on vient d'avoir, non ? Elle a dû courir à fond.
« Alors, on commence ? »
« Ouais. Dans quel ordre ? »
« Course, tir, force, arts martiaux. La course et le tir, mieux vaut les faire tant qu'il fait jour. La force et les arts martiaux, on peut les faire avec de la lumière. »
Je conclus aux paroles de Pénélope. Dans deux heures, le soleil tombera. Courir dans le noir, c'est dangereux, et trop sombre, on ne verrait plus la cible.
Quelques centaures emportent ce qui ressemble à des bottes de paille pour servir de cibles. Ils commencent déjà à préparer le tir.
« Yoshi, alors on y va. »
« Faisons ainsi. »
« Taishi-san, bonne chance ! »
Je réponds par un signe de main aux encouragements de Mârl, et on me guide vers l'endroit où sont alignés les coureurs. Tous les centaures ont des corps de cheval élancés, sans graisse, qui ont l'air de courir vite. Pas que des mâles, y a des femelles aussi. Hmm, tous ont l'air un peu maigres, comme s'ils avaient eu une mauvaise nutrition récemment, mais leurs yeux brillent de vie.
En regardant les coureurs, nos regards se croisent avec l'une d'elles — une centaure femelle.
« Quoi ? »
« Non, je regardais juste en me disant que vous avez tous un corps magnifique. On dirait que vous alliez souplesse et robustesse. Comme de l'acier bien forgé. »
« Mm… Même si tu me flatte, je ne te laisserai pas gagner pour autant. »
Elle me lance un regard noir, mais ses joues sont légèrement rouges. L'expression « corps comme de l'acier forgé » fonctionne comme compliment pour les femelles centaures aussi… Choc culturel.
Mais se faire dévisager par une femme qui rougit de gêne, ça fait quand même un frisson, non ?
« Hahaha, t'inquiète pas. Je vous laisse sur place avec aisance. »
« Oh ? Ça, c'est pas une paroles qu'on peut laisser passer ! »
Un jeune centaure mâle, lui aussi coureur apparemment, m'interpelle.
C'est quoi ce type… Il a pas l'air si différent des autres centaures, mais il dégage une aura de dragueur. Incroyable, y a des dragueurs dans ce monde aussi.
« Tu crois que tes deux petites pattes courtes et épaisses peuvent nous battre ? Je te préviens, je suis rapide. Après tout, j'ai la protection du Dieu du Vent Heureux ! »
« J'ai pas de protection particulière, mais moi non plus je ne perds pas. C'est parti pour le duel. »
Le dragueur-centaure lève le pouce en claquant, alors je lui renvoie le même geste en riant. Il est plutôt sympathique, ce dragueur-centaure. J'échange quelques mots avec les autres coureurs aussi. Tous ont l'air de bons bougres. Alors que c'est moi qui ai provoqué la bagarre, y en a peu qui le prennent mal.
« C'est normal. Toi, t'aurais pu nous défier en tōga pendant qu'on était faibles. Mais tu ne l'as pas fait, tu nous as aidés, tu nous as rendus nos forces, et tu nous as défiés loyalement. Y a des gens qui te remercient, mais personne qui t'en veut. »
Aux mots du dragueur-centaure, les autres coureurs acquiescent en signe d'accord. À ce moment, un son aigu, comme une flûte, retentit au loin. Les centaures se tournent tous vers la source du son.
« L'air prêt. »
La centaure femelle dit ça et se dirige vers la ligne de départ. J'en fais de même et me place à côté d'eux. Tous ont des corps de cheval magnifiques, comme des pur-sang. Selon le bon sens de mon ancien monde, un humain qui court contre un pur-sang n'a aucune chance de gagner. Même à l'envers.
Mais selon les règles de ce monde ?
« Tout le monde en place ? … Alors, au signal de cette flèche sifflet, vous partez. De là, vous devriez pouvoir l'apercevoir vaguement, mais tout droit devant, un drapeau est placé. Celui qui le ramène le premier à la ligne de départ gagne cette course. Alors, prêts… »
Pénélope finit son explication, met une flèche sur son arc court. La pointe a une forme spéciale qui fait un son de sifflet quand on tire. Au bruit *kirikiri* de l'arc tendu, moi et les coureurs montons en tension vers le départ.
Je suis en position de départ debout, pied gauche devant. Les centaures rentrent le menton, cambrent légèrement le haut du corps. Au départ, ils doivent balancer le buste vers l'avant pour prendre de l'élan.
*Piîî !* Au son aigu, nous partons tous d'un coup.
*Dododdo* Le bruit lourd de la course résonne à gauche et à droite, et de la soulevée par les centaures à côté de moi me tombe sur le visage.
*Buho*, hey, c'est sale, vous !
Bah, leurs têtes sont bien plus hautes que la mienne, d'habitude ça ne les dérange pas. Pas de mauvaise intention, j'imagine. Si je pouvais utiliser la magie, je mettrais un *Wind Shield*, mais magie interdite, donc pas possible.
« Uoryaaaa ! »
Pas le choix, j'accélère pour sortir du groupe de centaures. En me voyant accélérer et passer devant, les centaures à mes côtés font des têtes surprises. Ils n'arrivaient pas à croire qu'un humain puisse les suivre ne serait-ce qu'un court instant, alors les dépasser et s'envoler, ils ne s'y attendaient pas.
« Uha, t'es vraiment un humain ? »
À côté de moi qui ai quitté le groupe, un centaure court avec un air décontracté — le dragueur-centaure. Les autres centaures ont l'air de forcer, mais lui a encore de la marge.
« De la tête aux pieds, c'est un humain. »
« Non, un humain qui nous laisse sur place, ça n'existe pas. »
Le dragueur-centaure court à mes côtés en riant et en me faisant signe de la main. Il a vraiment de la marge. Bon, je vais lui faire perdre ce sourire narquois.
« Une fois le drapeau pris, on sprint pour de bon. »
« Oh ? OK OK. Ça fait longtemps que j'ai pas sorti le grand jeu. »
On accélère progressivement vers le drapeau. Les autres centaures sont déjà loin derrière. Moi et le dragueur-centaure, on fonce comme le vent.
Sur cet élan, je chope le drapeau, on fait demi-tour en U en sens inverse, et on repart vers la ligne de départ.
« J'ai la protection du Dieu du Vent Heureux ! »
Le dragueur-centaure crie ça, et s'enveloppe de vent pour accélérer d'un coup. Hey, c'est pas loyal ! C'est pas de la magie, ça ? Bon, tant pis. Si c'est comme ça, moi aussi j'arrête de me retenir. J'essayais de faire un peu de spectacle pour que ce soit serré, mais tant pis.
« Haha, c'est impressionnant, mais tu ne pourras pas me suivre comme ça !? »
En laissant le dragueur-centaure hurler derrière moi, j'accélère encore. *Don*, j'ai l'impression que quelque chose me heurte le visage. Le haut du corps baissé ne bouge pas d'un millimètre, seules mes jambes tournent à haute vitesse. Maintenant, je pourrais lancer des ondes de choc depuis tout mon corps ou couper n'importe quoi en claquant des doigts… Non, la magie le fait déjà, moi.
Ah, le groupe de derrière. Mince, l'onde de choc de notre croisement en a soufflé quelques-uns. Pardon.
☆★☆
« Euh… Après délibération, aucune trace d'utilisation de magie n'a été relevée chez Taishi-dono, donc la course est remportée par Taishi-dono. »
Waa, *pachi pachi pachi*, ce sont Mârl et les enfants centaures qui applaudissent innocemment. Les centaures d'un âge où ils comprennent les choses, genre Tidat et plus, ont la bouche grande ouverte, ou font des têtes du genre « Eh ? Sérieux ? C'est quoi ce type ? Un UMA ? » en me regardant.
Le dragueur-centaure ne peut plus que rire, il est en train de se tordre, mais les centaures soufflés par l'onde de choc de ma course supersonique ont protesté. Bah, je comprends leur sentiment. Moi aussi j'aurais des doutes.
Devant mes protestations, j'ai couru, sauté, rebondi à fond, déclenchant une mini-catastrophe environnementale, et le vieux Pénélope a fait la déclaration d'avant. C'est l'enchaînement.
Les visages des centaures prévus pour la force et les arts martiaux sont bleus comme le ciel, mais ça va ?
« Bon, ensuite c'est le tir mais… Taishi-dono, vous pouvez viser cette cible d'ici ? »
« Celle-là, hein. »
Je sors un pieu de jet en acier noir du Stockage et regarde la cible. La distance, ça doit faire quoi, trois cents mètres ? La cible est petite.
C'est pas une distance où on vise au lancer en général. Même à l'arc, c'est pas facile, non ? Un tireur d'élite aguerri avec un fusil de précision haute performance de mon ancien monde, ce serait une formalité, mais.
Je prends le pieu de jet en main.
C'est un de ceux que j'ai améliorés grâce aux leçons du combat contre cette masse de chair dégoûtante. Il a des ailettes stabilisatrices à l'arrière pour augmenter la stabilité balistique au lancer longue distance. Type privilégiant la précision et la portée à la puissance. Le centre de gravité est vers la pointe, donc la pointe est gonflée, forme de grosse flèche — design-wise, c'est comme un mini-obus de mortier. Tout en acier noir, pas d'explosif dedans.
« Seo ! »
*Dobaan !* En fendant l'air avec un fracas, le pieu de jet file en ligne droite vers la cible. Pour éviter qu'on ne croie encore à de la magie, j'ai mis à peu près la moitié de ma force. À fond, le pieu rougit par frottement avec l'air et sa trajectoire devient comme un laser.
La cible lointaine prend mon pieu en plein milieu et se pulvérise en éclats. Uum, j'aurais dû lancer plus doucement. En y repensant, je me retourne, et là, Pénélope a une expression d'illumination, tandis que les centaures prévus pour le tir ont les yeux vides. Les deux parties rient un rire sec et vide. C'est quoi ça, flippant.
« Hahaha… Taishi-dono, cette cible est à une distance où même à l'arc c'est difficile à viser. Au lancer, elle n'est tout simplement pas atteignable. »
C'est bien ce qu'il me semblait.
Si je me souviens bien, le record du monde de lancer de javelot avec élan dans mon ancien monde n'atteignait pas cent mètres. Viser et toucher une cible à trois cents mètres au lancer, c'est de la technique hors-humain. Je comprends.
« Ça veut dire que j'ai gagné. »
« Oui. »
☆★☆
Ensuite, ce fut pour ainsi dire du n'importe quoi.
À la force, évidemment, en un contre un, c'était même pas une conversation, et à la fin, même à cinq contre un, je les ai écrasés. Aux arts martiaux, avant même de commencer, j'entendais leurs voix intérieures : « Impossible impossible je vais mourir mourir pitié arrêtez » alors j'ai proposé de changer le contenu.
« Vous, vous pouvez m'attaquer en groupe, de façon organisée, autant que vous voulez. Moi, je me faufile et je touche quelque part sur votre corps, ou je casse votre arme. Celui qui subit l'un des deux est considéré comme mort au combat et sort. Je ferai de mon mieux pour ne pas vous blesser. Vous, vous continuez jusqu'à ce que tout le monde soit mort au combat ou qu'on se rende. Ou jusqu'à ce que je sois hors de combat ou que j'abandonne. Comment ça ? »
« C'est très différent de la forme originale, et normalement ça nous avantagerait… Mais est-ce vraiment bon ? »
« Si vous préférez le un contre un, moi ça me va. »
« Alors on prend la proposition de Taishi-dono. Ça va ? »
« « « « « Oui ! » » » » »
Vous changez d'avis vite, quand même ?
« Alors on prend un peu de temps pour préparer la stratégie. »
Pénélope dit ça et file prestement vers le groupe de guerriers pour commencer à discuter de la stratégie anti-moi. Devant la différence de niveau abyssale, ils sont sur le point de craquer, mais leur volonté de gagner malgré tout, c'est louable.
Je vais vers Mârl, un peu à l'écart. Elle regarde le spectacle mélangée aux femelles et enfants centaures, et elle a l'air d'avoir regardé, touché, acheté divers produits artisanaux centaures. Elle tient des tissus pour vêtements traditionnels avec un grand sourire.
« Ah, Taishi-san, bienvenue. »
« Ouais. Les guerriers sont en réunion de stratégie, paraît-il. »
Le soleil va bientôt tomber, donc ça devrait commencer tant qu'on y voit, je pense.
Sur l'herbe sèche, un grand tapis épais est étendu, les centaures s'essuient les sabots et s'assoient dessus pour se détendre. Mârl et moi, on a des bottes, c'est chiant à enlever, donc on s'assoit sur le bord du tapis avec les jambes tendues sur l'herbe sèche.
« T'es fort, toi. C'est ça, un héros ? »
« Un truc comme ça. Merci. »
Je reçois le bol que me tend la centaure tante et y porte les lèvres. Une boisson très acide. Goût de produit laitier. Un léger alcool aussi. Du koumiss, peut-être ? Ça imprègne mon corps fatigué par l'exercice.
Je bois d'une traite le bol généreusement rempli.
« C'est acide et rafraîchissant. C'est bon. »
« Hahaha, belle gorgée ! C'est bon, hein ? C'est de l'alcool de lait de Kumin. »
En disant ça, la centaure tante lance un regard lourd de sens à la belle centaure assise juste à côté de Mârl. La belle centaure fait d'abord une tête surprise aux mots de la tante, puis son visage devient rouge *bon* comme si un bruit de fond sortait, et elle fonce vers moi à toute vitesse.
Hein ? Quoi quoi quoi ? Même si c'est une belle femme, un corps de centaure qui fonce sur moi, c'est flippant.
Elle s'arrête devant moi, regarde le bol vide et mon visage en alternance, et ouvre et ferme la bouche *paku paku*. Le visage rouge vif, limite les larmes aux yeux. Hein ? Donc quoi ?
« Kumin, t'as dit que c'était bon ? »
« Waaaaaaah ! Tante Kasu, t'es idioteeeee ! »
En disant ça, la belle centaure — Kumin-san — s'enfuit à une vitesse folle. Euh, donc. Cet alcool de lait est fait à partir du lait de la belle centaure Kumin-san, un truc dans le genre. Ce jeu de double sens où elle allaite sans le savoir.
« Taishi-san. »
« Oui. »
« Vous avez quelque chose à dire ? »
« … Gochisôsama ? »
Sourire, elle me pince le flanc. Super mal. Trop injuste.
« Itai… Y a plein de trucs que j'aimerais demander mais… Les centaures, elles peuvent produire du lait sans être enceintes ? »
« Elles peuvent. Les femelles centaures stockent constamment un peu de nutriments et peuvent les sortir sous forme de lait en cas d'urgence. Mais pour les filles non mariées, c'est honteux. D'habitude, c'est juste entre femmes et enfants, on ne le donne pas aux hommes. Mais comme c'est dommage de jeter l'alcool de lait qu'elles ont eu honte à presser, on le consomme. »
Les centaures, c'est incroyable. Le mystère de la vie… Stocker des nutriments dans le lait, c'est comme un chameau. Et pouvoir le sécréter à volonté, comment c'est possible.
« Et pourquoi tu m'en as donné ? »
« Ahahaha ! Juste une petite taquinerie de tante. C'était bon, non ? »
« Gochisôsama deshita itai itai Mârl-san, c'est mal ! »
La chair de mon flanc va s'arracher ! Vraiment mal, je vous dis !
L'alcool de lait fait du lait de centaure belle. Si on le met en bouteille avec la photo de la belle centaure qui l'a pressé, comme produit local ? Avec un dessin un peu coquin. Ouais, ça sent le danger à plein nez. Oublions.
« Vous pensez à quelque chose d'étrange, pas vrai ? »
« Non, je ne pense à rien. »
« C'est incroyable, votre lecture à plat. »
Mârl me *guriguri* la joue avec l'index. Arrêtez-moi ça.
Pendant qu'on badine comme ça, la réunion de stratégie et les préparatifs ont l'air finis, Pénélope et les guerriers viennent me chercher. Bon, je change de mode et j'y vais.