Bam !
« KYAAAAAAAAKK ! »
« Quel sens du théâtre… » pensai-je, sentant encore le contrecoup de l'épée en bois contre l'os.
« A-appelez le prêtre ! Il s'est brisé le bras ! »
Sous couvert d'entraînement, je dispensais une rééducation morale unilatérale à ces gamins à moitié faits qui se prenaient pour les maîtres du monde sous prétexte qu'ils étaient nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Deux ou trois d'entre eux avaient droit à mon enseignement musclé chaque semaine.
Aujourd'hui, j'ai levé mon épée en silence et « instruit » Tedran, qui tremblait de peur. Le bruit de sa déglutition me parvint distinctement.
Bam ! Bam ! Bam !
« UWAHHHH ! P-pitié ! ! »
« HOHOHO ! Tu crois partir où ! Tu es à moi ! »
Le pauvre bougre repéré par Hyneth dès le premier jour a encore frôlé la mort aujourd'hui et s'aplatissait désespérément au sol.
« Arrêtons l'entraînement pour aujourd'hui. Ceux qui ont besoin de soins, allez voir les prêtres. »
À cause de ses propres paroles, le vicomte Atuan, cette brute musclée, fut contraint de maintenir ces séances quotidiennes. Il me regarda avec un air ahuri, et je lui adressai un léger hochement de tête, avec ce qui ressemblait à de la gratitude.
« Ah, je suis requinqué ! »
Hyneth et moi déchaînions une pluie de coups à chaque séance. Les rumeurs avaient déjà envahi l'académie sans contrôle, donc je savais qu'on nous considérait comme des chiens enragés de la même meute.
Mais peu m'importait ? J'étais un esprit libre qui ne craignait personne en ce monde.
« Je le fais aujourd'hui. »
Une fois les cours officiels terminés, nous avions du temps libre. Il était temps d'aller voir le Grand Invocateur Capuin.
« Grand frère, tu vas où ? »
Après avoir posé son épée en bois, Hyneth était redevenue, on ne sait quand, un pur personnage de shōjo. Je lui offris un sourire gêné face à cette jeune fille à la duplicité extrême.
« J-juste… réviser un peu. »
« Ehh, grand frère ne fait que réviser toute la jour~née », bouda Hyneth avec un air adorable.
« Argh, pourquoi ton corps mignon dégage le même parfum que le Roi des Arts Martiaux, Bruce Lee ! »
Dès qu'elle tenait une épée, les yeux d'Hyneth perdaient toute raison. Je regardai ses grands yeux clignotants et fus, une fois de plus, éclairé sur l'impartialité de Dieu. Si une fille aussi mignonne n'avait aucun défaut, il n'y aurait pas assez de mecs pour devenir fous d'elle.
« Allons ensemble chez moi un de ces jours. Mon père a dit qu'il viendrait bientôt à notre villa de la capitale, alors profitons-en. »
« … Pourquoi ? »
En pensant à la notoriété du père d'Hyneth, l'actuel comte Petrin, un maniaque de la bataille patenté qui ne lâche jamais sa proie une fois qu'il l'a mordue, ma confiance se ratatina. Je suis quelqu'un qui vit avec ténacité, mais me faire mordre par un chien fou ferait définitivement mal.
« Quoi, "pourquoi" ~ Parce que tu es l'unique grand frère de moi, Hyneth ! Hoho. Je lui en ai déjà parlé, donc il te réservera un bon accueil. Tu viendras, hein ? »
« Bien sûr que je viendrai… »
« Je vais mourir si je le froisse, non ? »
La famille comtale des Petrin n'avait pas d'égale sur le continent ; s'ils vous prenaient en grippe, ils vous pourchassaient sur trois générations. L'idée de rencontrer le comte me donnait un sentiment de gravité bien plus grand que d'affronter Tedran, le gamin d'un duc.
« Hoho ! Merci, mon bien-aimé grand frère. Je veux devenir quelqu'un que tu n'oublieras jamais. Pour toujours ~ »
« Guh ! »
Le mot « bien-aimé » me flotta aux oreilles. La petite sœur la plus frustre du monde, Hyneth, fit une mine timide.
« Ha, haha ! D'accord, restons toujours aussi proches à l'avenir. »
« Merdum, pourquoi ai-je déjà envie d'oublier cet instant. Argh. »
Comment aurais-je pu savoir ? Comment aurais-je pu savoir qu'Hyneth, une fille assez mignonne pour être la petite sœur de la nation, était en réalité une sœur hulk cachant une telle rage sauvage dans son sang ?
* * *
« Tu veux savoir ce que ressent un esprit ? »
« Oui, monsieur le comte Capuin. »
« Tu es dans la classe des Chevaliers, non ? Mais avoir un tel intérêt pour les esprits… »
Le comte Capuin nous avait dit à tous de venir le trouver si nous voulions savoir quoi que ce soit sur les esprits. Quand je me rendis à la Tour des Esprits et lui exposai mon souhait, il me regarda avec surprise.
« Je veux essayer d'invoquer un esprit, une fois », avouai-je honnêtement.
« Un esprit ? Hahaha ! Tu es un type marrant. Un chevalier qui veut invoquer un esprit ! C'est la meilleure blague que j'aie jamais entendue de ma vie. »
« N'as-tu pas dit qu'on pouvait venir te trouver pour tout ce qu'on voulait savoir sur les esprits ? »
« Je l'ai dit. Mais la plupart de ces propos s'adressaient aux invocateurs. Ça ne s'applique pas totalement aux chevaliers ou mages ordinaires. Vous pourrez apprendre amplement les caractéristiques uniques des attaques d'esprits lors de mes cours. »
« Putain, ça ne te coûte même pas un sou, alors pourquoi tu te montres si radin. »
Je pouvais sentir une fierté d'invocateur émaner de lui. Après tout, les invocateurs travaillaient avec leur danjeon supérieur, situé dans le cerveau. Ce serait bizarre qu'ils n'aient pas un sentiment de supériorité, vu que leurs cerveaux étaient plus affûtés que la moyenne.
« J'ai entendu qu'il y a un cercle dans la Tour des Esprits où on peut invoquer un esprit. Permettez-moi l'opportunité d'en rencontrer un », dis-je, refusant d'abandonner.
« Haah, jeune homme. Je sais que tu es assez compétent pour avoir été admis à l'Académie des Chevaliers du Ciel, mais tout le monde a ses limites. Insister comme ça… »
« Allez, insistons un peu plus. » Contrairement aux autres instructeurs, le comte Capuin était plutôt bon enfant.
« On m'a appris à être quelqu'un qui rêve de l'avenir. Ne me dites pas d'abandonner avant même d'avoir essayé. »
« Hm, bon. Si tu insistes autant, comment pourrais-je refuser. Cependant, tu devras payer le prix de m'avoir fait perdre mon temps. »
« Hourra ! »
Le comte Capuin m'avait aussi mis en garde, mais je n'en avais même pas entendu un mot.
Un esprit. J'étais déterminé à l'attraper dès notre rencontre, quoi qu'il m'en coûte.
* * *
« Tu vises un contrat avec un esprit du vent, c'est ça ? »
« Bien sûr. Je veux devenir un invocateur du vent qui restera dans les annales de l'histoire, comme toi, comte Capuin. »
« Haha ! Ce ne sont peut-être que de belles paroles, mais elles sont agréables à entendre. »
« Cercle d'invocation ! »
Comme on s'y attend de la Tour des Esprits dans la capitale de l'empire — au sous-sol de la tour se trouvait un cercle d'invocation d'esprit d'environ 5 mètres de large. Sa complexité était comparable à un réseau magique de 4e Cercle.
« Je ne sais pas à quel point tu connais l'invocation d'esprits, mais la dimension du Royaume des Esprits est plus étroitement liée au Monde Médian, où nous vivons, qu'aux Dimensions du Mana ou Céleste. L'air que nous respirons, l'eau que nous buvons et utilisons, le feu, le vent et la terre sont tous imprégnés de pouvoir spirituel connecté aux esprits. En tant que produits de la nature, les humains sont capables de manipuler ce pouvoir spirituel, mais avoir une affinité permettant d'invoquer un esprit est une tout autre affaire. »
L'amical comte Capuin était vraiment à des années-lumière de mon maître épineux, Bumdalf. Il expliquait en détail ce que j'avais appris dans les livres.
« En plus de cette affinité, il faut du mana pur capable d'invoquer un esprit, ainsi qu'un cercle d'invocation. Bien sûr, l'aide d'un invocateur comme moi est aussi une nécessité. »
« Merci pour votre aide. » Pour l'empêcher de se dédire, je le remerciai d'avance.
« Tant que tu n'es pas avide, il n'y aura pas d'effets secondaires du cercle d'invocation. Seuls le cristal magique et le cristal spirituel seront consommés. Même en cas d'échec, ils serviront à ouvrir de force un chemin vers le Royaume des Esprits, donc ils ne pourront plus être réutilisés. »
« Je m'en doutais, alors j'ai apporté aujourd'hui les cristaux magiques et spirituels qui serviront pour le cercle d'invocation. Tant que le comte accepte de me prêter un peu de sa force, il n'y aura rien à craindre. »
« Hooh, on dirait que tu es bien préparé. »
J'étais fier de n'avoir jamais rien oublié à la maison pendant toutes mes années d'école. Les autres gamins m'appelaient même « Monsieur Préparation ».
« Alors, place-toi sur le cercle d'esprit. »
Voyageant ma ferme détermination et ma préparation minutieuse, le comte Capuin me mena au cercle d'invocation.
« Huhu. Attendez-moi, les esprits ! »
« Gère ta respiration et concentre ton esprit. Une fois le cercle d'invocation activé, j'utiliserai la connexion issue de l'invocation de mon esprit pour t'envoyer au Royaume des Esprits. »
C'était la raison pour laquelle on avait besoin de l'aide d'un invocateur. Le cercle d'invocation seul ne pouvait pas ouvrir de force le chemin vers le Royaume des Esprits ; ce n'était qu'en passant par la connexion invisible formée lors de l'invocation d'un esprit qu'on pouvait traverser de l'autre côté.
« Ouvre-toi, sésame ! »
Mon cœur battait la chamade. Grâce à mon maître, j'allais faire quelque chose que d'autres ne pouvaient même pas rêver — goûter à l'épée, à la magie et aux esprits en menu trois services. La pensée d'acquérir une nouvelle compétence aujourd'hui faisait battre mon cœur plus fort et monter la chaleur à ma tête.
« Même si le Royaume des Esprits s'ouvre, si tu manques d'affinité et de mana, tu ne pourras pas conclure de contrat. Si tu es avide comme un idiot, tu ne pourras jamais revenir du monde des esprits, alors n'essaye même pas d'en faire trop. »
Le comte Capuin me donna un dernier avertissement. J'acquiesçai en réponse.
Puis j'entendis les mots que j'attendais. « Invoque Sylphe ! » De faibles traces d'un Sylphe apparurent au-dessus de ma tête. « Active le cercle magique ! »
Puis, avec un bourdonnement, le cercle magique s'activa.
« Woah ! »
C'est donc ça, la sensation d'avoir son âme aspirée dans une autre dimension ! Un fin rayon de lumière brilla depuis une fissure de la taille d'une aiguille.
Elle se transforma soudain en un trou béant devant moi, et mon corps y fut aspiré comme par une paille.
« Uwaaaahhh ! »
Le comte Capuin avait menti quand il dit qu'il n'y aurait absolument aucun effet secondaire tant qu'on n'était pas avide. La sensation de mon âme arrachée était extrêmement douloureuse. Ce cercle d'invocation d'esprit devrait porter un avertissement interdisant l'expérience aux femmes enceintes, aux personnes âgées ou infirmes, et aux jeunes enfants !
En traversant la porte ouverte vers le Royaume des Esprits, je fus une fois de plus rappelé à un fait.
En ce monde, il n'y avait qu'une seule personne en qui je pouvais avoir confiance. Moi, moi-même et moi !
« Woooooooow ! »
Pour la première fois de ma vie, je découvris un monde d'étoiles.
« C'est si pur ! Et si propre ! »
« O-or ! Et ce sont des gemmes ! »
De plus, je vis des montagnes de trésors faisant office de collines çà et là. Ce monde s'approchait beaucoup de mon idée du paradis.
« Woah ! Y-a-t-il des poisssons dans le ciel ? »
Un banc de poissons nageait dans les airs. Plusieurs oiseaux jouaient dans l'eau. Ce monde renversait toutes les lois de la physique.
– Voulez-vous conclure un contrat avec moi ?
« Hein ? » Une adorable fée de la taille de mon poing s'approcha de moi alors que je flottais dans les airs comme sous l'effet d'un sort de Vol. « C'est un Sylphe ! »
J'avais déjà vu un esprit du vent intermédiaire, mais pas le petit Sylphe. Ses caractéristiques correspondaient exactement aux descriptions des livres, et ma mâchoire en tomba à sa vue.
« C'est vraiment mignon ! »
Ce lutin bleu, grand comme le poing d'un adulte, portait un mignon chapeau conique fait de vent, c'était sérieusement trop adorable.
« D'accord, je conclus mon premier contrat avec toi. »
– Merci, mon invocateur.
« Hein ? C'est différent de ce qu disent les livres ? »
Les esprits ont tendance à avoir une fierté assez élevée, il est donc inhabituel qu'ils cherchent d'eux-mêmes à conclure un contrat. Je n'avais jamais non plus entendu parler d'un esprit remerciant l'invocateur pour un contrat. Le Sylphe agissait comme si j'étais son propriétaire.
« Uhahahaha ! C'est génial ! » Même dans le monde des esprits, mon potentiel était clairement reconnu. « Faisons des contrats avec tous tant que j'y suis. Uhuhu. »
Des douzaines de Sylphes s'étaient rassemblés autour de moi. Je ne pense pas imaginer leurs yeux d'envie tandis qu'ils fixaient le Sylphe avec qui j'avais contracté.
« Oh ! Ce ne sont pas des Gnomes ça ! »
Mes yeux furent alors attirés par des Gnomes, des esprits inférieurs de la terre. Ils agitaient leurs courtes membres sur le sol lisse et jouaient dans la terre.
Par la force de ma volonté, je me dirigeai naturellement vers les Gnomes.
– V-voulez-vous conclure un contrat avec moi !
En me voyant, un Gnome à la peau brune, qui ressemblait à l'un des nains de Blanche-Neige, arrêta de jouer dans la terre et me demanda vite si je voulais conclure un contrat.
« Bien sûr, je conclus un contrat avec toi. »
– Merci, mon invocateur.
« Hé ! Qui a dit qu'il était difficile de contracter un esprit ? ! » J'enchaînais les contrats facilement.
– Bloup bloup bloup ~ !
« Wau ! Ces petits sont des Ondines ! »
Mon regard virevoltait d'esprit en esprit, observant avec empressement les esprits éparpillés dans toutes les directions. Je me déplaçai urgemment vers un groupe d'esprits que j'aperçus.
« Mesdemoiselles, qu'en pensez-vous ? L'une de vous veut-elle conclure un contrat avec moi ? »
Je fis preuve de galanterie « les dames d'abord » et proposai un contrat aux Ondines aux corps bleus, de la taille d'enfants de 5 ans environ.
L'une des Ondines hocha la tête en guise de réponse.
« C'est dans la poche ! » Inattendu, j'avais réussi à obtenir des contrats avec trois éléments. « Le suivant, c'est la Salamandre ! »
Mon corps bougea de lui-même, porté par l'excitation, vers un endroit où les flammes coulaient comme de l'eau.
* * *
« Uhahahahahahahaha ! »
J'envisageais de publier un livre intitulé « L'Invocation d'Esprits était Plus Facile que les Études. »
C'était vraiment bien plus facile que prévu. Après avoir conclu des contrats çà et là, j'atteignis un point où j'avais même contracté avec des esprits intermédiaires.
« Où sont les esprits supérieurs ? »
Je voulais voir des esprits supérieurs, pas seulement des inférieurs et intermédiaires. Mais les esprits supérieurs étaient introuvables même dans ce grand Royaume des Esprits.
« Si je peux, j'aimerais aussi voir un Roi des Esprits au moins une fois. »
Aucun humain n'avait jamais posé les yeux sur un Roi des Esprits. Le Roi des Esprits de la Terre, Torowell, le Roi des Esprits du Feu, Ifrit, le Roi des Esprits du Vent, Minerva, et la Reine des Esprits de l'Eau, Elqueeness. Bien que je voulais en voir un, il n'y avait que des esprits inférieurs et intermédiaires aux alentours.
« Est-ce que je devrais juste rentrer pour aujourd'hui ? »
Pour une raison que j'ignore, je ne pouvais m'empêcher de ressentir des regrets. Je regardai dans toutes les directions et me léchai les babines.
Soudain, un filament de vent glacial souffla.
« Hm ? » Au moment où la bouffée de vent me frôla, les esprits qui jouaient autour de moi disparurent comme s'ils n'avaient jamais existé. « Qu'est-ce que cette énergie ? »
Je sentis une puissante énergie autour de moi. Ma garde se leva immédiatement. Comme seule mon âme était venue au Royaume des Esprits, je n'avais même pas d'épée sur moi.
« La magie fonctionne-t-elle ici ? »
J'organisai rapidement les sorts que j'avais mémorisés en cas de danger.
Pendant que je faisais cela, une seconde rafale de vent vint vers moi.
« Woah ! »
Et là, elle était, à une dizaine de mètres devant moi.
« K-Chevalier ? » Étonnamment, un chevalier portant une armure d'argent transparente me fixait avec des yeux froids. « Pourquoi y a-t-il un chevalier dans le Royaume des Esprits ? Et c'est une femme ? »
La scène devant moi ne pouvait s'expliquer avec ce que je savais du Royaume des Esprits. Je fixai blankement la chevalière qui était apparue.
– Qui es-tu ?
« Télépathie ? »
Sa bouche ne bougea pas, mais une voix claire retentit dans mon oreille comme le tonnerre. Je pensai que c'était peut-être de la télépathie, dont j'avais lu dans des romans d'arts martiaux.
« Je suis un humain », répondis-je avec mon sarcasme habituel.
– Humain ? Non. Un humain ne peut posséder une telle affinité spirituelle et un tel mana d'esprit. Je te le demande à nouveau. Qui es-tu ?
Je ne pouvais pas voir son visage sous le casque, mais sa voix seule était plus claire et pure que n'importe quel son que j'avais entendu d'une femme auparavant.
« Elle a l'air d'un personnage de jeu. »
Au lieu de répondre, je regardai l'armure de la femme chevalier. L'armure d'argent ornée d'un script brillant inconnu qui n'était pas du langage runique. La lumière qu'elle émettait était plus brillante que le mithril et plus noble que l'or ; c'était une armure d'une apparence véritablement incroyable. On dirait l'armure qu'un boss de jeu vidéo porterait.
« Puis-je demander qui vous êtes ? » demandai-je soudain.
– Je suis l'une des 12 Chevaliers Gardiens Archiesprits de Minerva, Sylphiria.
« Sylphiria ? »
« Hein ? L'archiesprit du vent ne s'appelait pas Sylpheed ? »
Les livres disaient définitivement que l'archiesprit du vent s'appelait Sylpheed. Mais l'esprit devant moi s'était présenté comme Sylphiria.
« Un esprit ne ment pas. » Je ne pouvais que la croire. Il n'y avait aucun moyen qu'un esprit pur mente. « Kya ! Sa silhouette est un chef-d'œuvre. »
Sous son armure d'argent, le corps de 175 cm de Sylphiria était très fin. Mes yeux furent illuminés rien qu'en regardant les courbes magnifiquement dessinées de son armure, forgée dans un métal mystérieux.
« Kang Hyuk… maintenant tu en es même là avec un esprit… »
Cependant, je ne pus que secouer la tête intérieurement face à ces pensées. Se faire traiter de pervers à cause de Russell suffisait déjà. Comment pourrais-je donner mon cœur à un esprit, qui n'est pas un humain ?
« Je me demande à quoi ressemble son visage ? »
Mais je ne pouvais pas résister à ces pensées intrusives. Les mèches d'argent qui s'échappaient de son casque attisaient vraiment ma curiosité.
« Cela doit être le destin, alors concluons un contrat. »
– Contrat ? Avec moi ?
Plus le grade d'un esprit est élevé, plus son intelligence est grande. Sylphiria montra de la surprise face à mes mots soudains.
« Avez-vous récemment contracté avec un humain ? »
– N-non.
« C'est logique, il n'y a que quelques invocateurs qui ont contracté avec des archiesprits jusqu'à présent. »
« N'êtes-vous pas curieuse du Monde Médian ? Une personne, non, un esprit, ne peut pas vivre jour après jour d'air pur seulement. Qu'il s'agisse de l'odeur de la nourriture faite par les gens, du brouhaha, du son heureux de la bière qui descend la gorge, ou du rugissement des combats violents, le Monde Médian fourmille de vie et vous offrira assurément un spectacle dynamique. Kyaa, rien que l'idée ne fait-elle pas battre votre cœur ? »
-…..
« Je devrais devenir commercial porte-à-porte plus tard. »
Après m'être fait avoir par mon maître, mon passe-temps était maintenant d'avoir les autres. Je pouvais dire d'un coup d'œil que cet archiesprit ne connaissait pas les façons du monde. Elle devint ma cible numéro un pour aujourd'hui.
« Quand aurez-vous une autre opportunité ? Un autre humain avec une forte affinité spirituelle et du mana comme moi n'apparaîtra peut-être jamais plus. Eh bien, peu importe si vous souhaitez rester enterrée dans ce Royaume des Esprits. Comment une personne, non, un esprit, qui n'a jamais visité le Monde Médian peut-elle dire qu'elle a vécu une vie satisfaisante ? »
En termes d'apparence, l'archiesprit du vent, Sylphiria, ressemblait exactement à une personne. Comme troublée par mes mots, la lumière dans ses yeux brillant depuis le casque s'atténua un peu.
« Finissons-en. »
Si je disais tout ça et qu'elle refusait encore, tant pis. J'avais encore la fierté d'un homme et je ne supplierais pas.
« Voulez-vous contracter avec moi, ou refusez-vous ? Il est temps pour moi de rentrer… »
– Je le veux.
« Oh~ !! OUII~ !! » Face à l'acquiescement de Sylphiria, un immense cri de joie éclata dans mon cœur. « Kyaa ! Archiesprit, obtenu ! Non, contracté ! »
Le jour où le monde saurait que je suis un Archinvocateur, je serais traité avec le plus grand respect. Gagner à la loterie ne me rendrait pas plus heureux que maintenant.
– Mais le mana du contractant est insuffisant pour m'invoquer. Si le contractant tente une invocation forcée, son noyau de mana pourrait exploser.
« Hein, c'est aussi grave ? »
Une restriction inattendue apparaissait. Comme je n'avais jamais invoqué d'esprit auparavant, je n'avais aucune idée de la quantité de mana qui serait consommée.
– Deviens fort. Pour que tu puisses m'invoquer dans le Monde Médian.
« Compris. Alors, serez-vous mon esprit contracté à partir de maintenant, Sylphiria ? »
– Conformément à l'Alliance conclue au Commencement, moi, Sylphiria, me soumets au contractant ; je le jure au nom du Saint Dieu.
Le contrat avec Sylphiria était fondamentalement différent de ceux que j'avais conclus avec les esprits inférieurs et intermédiaires. Alors que Sylphiria prononçait son serment, deux rayons de lumière descendirent sur nous du ciel, nous enveloppant un instant dans la lumière avant de se dissiper rapidement.
« Alors c'est ça, une Alliance Spirituelle. »
Maintenant, je me souvenais — à partir des esprits supérieurs, il existait un autre type de contrat, appelé Alliance. Par une Alliance, un lien se créerait entre l'invocateur et l'esprit qui ne pourrait être brisé que le jour où l'invocateur tirerait son dernier souffle.
« Je m'appelle Kyre. Je te reconnais comme mon esprit, Sylphiria. » Je fus aussi contraint de dire quelque chose de plus formel.
– Merci. Je remercie le Saint Dieu d'avoir permis que mon tout premier contrat avec un humain soit avec toi.
« Ça fait du bien, hein ? » Ses paroles me rendirent étrangement joyeux.
« Mais j'ai une requête. »
– Qu'est-ce que c'est, mon contractant ?
« Si cela ne vous offense pas, pourriez-vous me montrer votre visage, ne serait-ce qu'une fois ? »
– C'est…
Sylphiria hésita un instant, l'air aussi embarrassée qu'une fille après une demande en mariage.
« Si vous ne voulez vraiment pas — »
Seule
Même avant que je finisse ma phrase, Sylphiria retira lentement son casque de ses doigts effilés.
« Ohhhhhh…. ! »
Le visage de Sylphiria fut exposé sous le soleil du glorieux Royaume des Esprits. La vue de ses traits fit s'arrêter mon cœur.
« Ô Dieux là-haut ! » Je fus forcé d'invoquer les Dieux dans mon cœur.
Puis, alors que j'étais encore figé avec une expression idiote collée sur le visage, mon âme fut aspirée hors du Royaume des Esprits.