« … Ô miséricordieuse Mère, puissions-nous être gratifiés de votre amour infini, et que vous bénissiez les jours à venir de vos serviteurs indignes. Je prie sincèrement en votre nom, en tant que votre serviteur indigne. »
Aramis récita une prière silencieuse. Alors qu'elle priait, elle s'agenouilla en tenant l'artefact sacré de Nérán et leva les yeux vers le ciel.
Comme pour répondre, des lumières sacrées s'allumèrent autour de la femme qui ne quittait jamais l'apparence d'une servante pure de Dieu. Dans la pénombre de l'aube naissante, Aramis était agenouillée sur l'estrade dressée sur la place de Denfors, priant Dieu avec ferveur.
'La nouvelle année a déjà pointé le jour.'
Devant des milliers d'habitants agenouillés autour de la place, j'étais moi aussi à genoux, marquant mon respect envers Dieu, une existence sur un plan totalement différent de celui des humains. Pour aujourd'hui seulement, je voulais, moi aussi, être traité comme un enfant de Dieu.
« Au nom céleste, nous prions… »
En traçant des signes de croix, les gens de Nerman baissèrent à nouveau la tête, témoignant le plus grand respect à Dieu.
J'en fis de même. Par l'intermédiaire d'Aramis, j'ai connu l'amour infini de la Déesse de la Miséricorde, Nérán, et je n'ai ressenti aucune honte à baisser la tête.
« La prière est achevée. Maintenant, le Seigneur que vous respectez tous va dire quelques mots. »
Souriant radieusement, Aramis posa son regard sur moi. Je me relevai et m'approchai en silence de l'estrade où elle se tenait. Tous les citoyens du territoire n'avaient pas pu assister à cet instant, mais les chefs de chaque village étaient présents. Il y avait quelque chose que je voulais leur dire, profitant de l'adresse du Nouvel An.
'C'est un peu gênant.'
Des milliers de gens bravaient le froid, agenouillés sur des morceaux de cuir, me regardant avec des yeux brillants. L'ambiance différait de celle du champ de bataille. S'ils avaient été des ennemis, je leur aurais crié dessus avec audace, mais c'étaient des citoyens qui comptaient sur moi. Je souri doucement.
« L'an dernier, vous avez tous souffert à cause d'un seigneur insensé comme moi. » Il y avait des anciens respectables ici, mais j'étais formellement le seigneur détenant un pouvoir absolu de vie et de mort sur eux. Je devais affirmer mon autorité pour maintenir l'efficacité du territoire, alors je parlai avec la gravité qui convenait à ma charge. « En ce jour de l'an — qui nous a été accordé après avoir surmonté plusieurs périls mortels grâce à l'amour extraordinaire de Nérán-nim — votre seigneur souhaite à nouveau offrir une prière de remerciement aux dieux. »
En parlant, je traçai un signe de croix en direction d'Aramis en baissant la tête. Bien qu'elle fût la femme que j'aimais, ici, elle était la porte-parole d'un dieu. Aramis accueillit mon allocution par un sourire pieux et radieux.
« Je n'ose pas dire que je pourrai vous accorder la même paix cette année encore. À l'heure actuelle, avec des loups avides convoitant Nerman tout autour de nous, comment pourrais-je vous tromper par des mensonges. »
Même si je ne le disais pas, tout le monde en était probablement bien conscient.
« Cependant, j'espère que vous êtes tous conscients que Nerman ne m'appartient pas qu'à moi. Il n'y a qu'une seule chose que votre seigneur puisse faire : verser ma sueur et le maigre sang qui coule dans mes veines… Je sais, tout comme vous, que cela ne suffit guère à protéger Nerman. »
Je mis tout mon cœur et mon mana dans mes mots, songeant aux épreuves qui nous attendaient cette année. Si les choses tournaient mal, cela pourrait devenir le plus grand péril que ces gens aient jamais connu.
« Peuple de Nerman… Votre seigneur vous supplie humblement de verser votre sang et votre sueur avec moi pour cultiver cette belle terre, celle que vous léguererez à vos successeurs. Si une goutte de sueur et de sang versée par chacun de nous aujourd'hui peut assurer un avenir radieux aux générations futures, je souhaite que vous versiez cette sueur et ce sang sans crainte. »
Au fil de mon discours, l'air sur la place était solennel, mais de plus en plus chaud.
« Vous tous, ayez confiance en moi et suivez-moi ! J'ose vous promettre que je ferai de cette terre un lieu où coulent le lait et le miel des dieux ! Mon cher peuple de Nerman… »
Je m'arrêtai là, achevant mon allocution du Nouvel An. J'avais dit mes pensées sincères, sans rien omettre ni rien ajouter de superflu.
« … »
La place plongea instantanément dans le silence. J'étais certain qu'aucun seigneur n'avait jamais demandé au peuple — ou l'avait encouragé — à travailler ensemble avec lui de la sorte. Les seigneurs étaient tous des êtres qui exploitaient ou opprimaient le peuple.
Mais j'étais différent. Je ne proposais pas une démocratie libre, je demandais sincèrement qu'ils me fassent confiance et me suivent. Ce n'est qu'alors que ce territoire pourrait surmonter la crise qui approchait, alors j'ouvris mon cœur entièrement.
« Par votre volonté… je verserai mon sang et ma sueur. Ô mon seigneur… »
Chantant presque avec un cœur passionné, Aramis s'agenouilla à mes côtés.
« Pour vous, mon seigneur, nous verserions volontiers notre sang et notre sueur, non, nous mettrions nos vies en jeu ! »
Les chevaliers à genou créèrent une harmonie intense en me fixant des yeux flamboyants.
« Pour le Seigneur, nous mettrons, nous aussi, nos vies en jeu ! »
« Oh ! Ô notre maître — qui nous a été accordé par la grâce de Dieu — Où que vous alliez, nous vous suivrons, même si le chemin nous mène dans une mer de feu ! »
« M-Mon seigneur… ! »
Des cris sincères jaillissaient de toutes parts sur la place.
« Qu'attendez-vous ?! Acclamons tous le Seigneur et Nerman ! Vive l'apôtre de Dieu venu pour cette terre donnée par les dieux pour nous ! Vive ! Vive ! »
« WAAAAAAAAA ! VIVE LE SEIGNEUR ! VIVE NERMAN ! »
« VIVE ! VIVE ! VIVE ! »
Les paroles passionnées de quelqu'un déclenchèrent une vague d'acclamations dans la foule.
'Merci.'
Le peuple de Nerman faisait confiance et suivait un seigneur qui, avec le passage de la nouvelle année, avait maintenant dix-huit ans. Entouré de leurs acclamations, je me résolus une fois de plus. Que je ferais, sans faille, de ce lieu, Nerman, un paradis !
« L'année à venir sera difficile. »
Après avoir achevé la prière du Nouvel An, je convoquai tous mes chevaliers importants au bureau du couvert qui servait désormais de bureau seigneurial. Il était temps de révéler la situation de Nerman, ainsi que celle du continent. Personne n'était stupide, alors tous se raidirent, devenant graves dès mes premiers mots.
« Comme vous le savez tous, Nerman est l'endroit le plus dangereux du continent. Non seulement il y a des monstres dans les montagnes qui entourent Nerman, mais les pirates de l'archipel de Kesmire, les Temir qui passent pour des sauvages, et les souverains du continent, les Empires Bajran et Laviter, sont à proximité. »
Je commençai par des choses qu'ils connaissaient déjà. C'était un jour joyeux de nouvelle année, mais le monde ne nous permettait pas de sourire sans souci.
« Je ne le révèle qu'à présent, mais les pirates de l'archipel de Kesmire, ou plutôt le Royaume de Kesmire, ont conclu une alliance avec moi. »
« Ngh… »
« … »
Mis à part Derval et quelques chevaliers qui en connaissaient soit la teneur, soit avaient deviné la vérité, tous les autres grognèrent. Ils savaient que c'était quelque chose qui ne pouvait jamais être révélé à un autre empire ou royaume.
« Non seulement cela, mais j'ai aussi récemment conclu un traité de paix permanent avec les Temir. »
« !! »
« M-Mon seigneur… »
Cette fois, seul Derval resta calme, tandis que tous les autres me fixaient, stupéfaits. Dans l'histoire du continent, la race Temir avait maintenu des relations hostiles avec tout le monde. Ce fut probablement un grand choc que Nerman ait établi un traité de paix — et qui plus est permanent — avec une race si agressive.
« Mon seigneur, ce sont deux partis indignes de confiance. Comment pourrions-nous faire confiance à des pirates et des sauvages ? » demanda Andriave, qui n'était pas à Nerman depuis longtemps, d'un air grave.
« Alors dites-moi, y a-t-il quelqu'un en qui notre Nerman puisse avoir confiance à l'heure actuelle ? »
« Cela… »
« Comme vous le savez tous, dans notre situation actuelle, un ennemi d'aujourd'hui est un ami de demain, et un ami d'aujourd'hui peut devenir un ennemi de demain. Et pour l'instant, les seuls amis de Nerman sont les pirates et les Temir, » dis-je. Cela pouvait sembler dur, mais la réalité était la réalité.
« Selon les informations de Jamir, dirigeant des Marchands Rubis, l'Empereur de l'Empire Bajran ne passera probablement pas cet hiver. »
« Ah… »
« Sa Majesté va… »
La plupart des gens ici avaient soit étudié dans l'Empire Bajran, soit y avaient été adoubés. Ils furent à nouveau choqués par la nouvelle de la mort imminente de l'empereur.
« Si cela arrive, Poltviran, le fou de Prince Héritier, montera sur le trône, et après cela, quelque chose d'atroce que je ne souhaite pas imaginer se produira. »
Aujourd'hui, je devais tout dire franchement.
« Le continent est trop calme depuis trop longtemps. Les royaumes ont accumulé leur puissance nationale pendant des décennies, et, de concert, la cupidité des nobles a atteint son paroxysme. Que pensez-vous qu'il adviendrait si, à un tel moment, l'empereur de l'Empire Bajran était un tyran fou ? »
« … »
Personne ne répondit. Je n'avais pas besoin de le dire explicitement. Tout le monde savait qu'un vent sanglant soufflerait sur le continent.
« Ce n'est pas tout. On m'a dit qu'une Inquisition, un jugement d'hérésie, a été annoncée contre Nerman. »
« H-Comment est-ce possible… »
« Ô Dieux au-dessus… »
Ils étaient peut-être chevaliers, mais les gens de ce continent étaient inextricablement liés aux dieux. À ma mention d'une Inquisition, ils invoquèrent les dieux.
« Croyez-vous que c'est tout ? Lorsque le printemps arrivera, l'Empire Laviter enverra deux armées pour soumettre Nerman. »
« M-Même l'Empire Laviter… »
On dit que lorsque les gens sont trop choqués, ils deviennent insensibles.
'Je suis désolé. Si vous êtes coupables de quelque chose, c'est d'avoir rencontré le mauvais seigneur.'
Contrairement aux chevaliers surpris, mon cœur était calme. La cause de tout cela était que ma nuque était trop raide pour s'incliner devant des gens que je n'appréciais vraiment pas.
« Ce serait bien si cela s'arrêtait là, mais nos relations avec les groupes de marchands, les tours de magie, et même les marchands de l'ombre ne sont pas bonnes. »
« Bon sang… »
« Haha, c'est déjà un soulagement que le continent entier ne soit pas notre ennemi, du moins. »
Parmi les chevaliers, il y en avait un qui avait une mentalité très particulière, et c'était Ryker, qui n'avait pas montré beaucoup de surprise depuis le début. Avec les ennemis que j'avais énumérés, on pouvait dire que nous faisions face à la totalité de la puissance du continent, mais Ryker disait encore que c'était un soulagement.
« Avez-vous l'intention de plaisanter en ce moment ? »
« Eh bien, devrais-je pleurer, alors ? Que sommes-nous censés faire puisqu'ils sont déjà nos ennemis ? Du moment qu'on n'abandonne pas le territoire pour fuir vers un autre continent. »
« Hmph ! »
Après avoir passé chaque jour collé au côté de Janice, l'air entre eux deux était passablement suspect ces temps-ci. Janice renifla, comme s'ils avaient une dispute d'amoureux.
'Dame Janice est une chevalière, mais une femme reste une femme.'
Je n'avais jamais ressenti de féminité chez Janice, mais je la voyais sous un nouveau jour.
« S'il vous plaît, taisez-vous. Le seigneur parle, » avertit Derval d'une voix basse. Il n'y avait pas de mana dedans, mais il ne se laissait absolument pas intimider par les chevaliers.
« Lorsque le printemps viendra, je pense que nous devrons aller à la guerre. Les salauds de Laviter franchiront assurément la frontière, nous ne savons pas ce qui se passera dans le Bajran, et nous ignorons sur quel détail les temples vont nous chipoter. Cependant, le plus grand problème est que nous devons survivre. »
Même si la guerre éclatait, il fallait semer les graines pour que le peuple ne meure pas de faim à l'automne, et nous devions nous soucier des attaques de monstres même pendant la guerre contre les hommes. Il n'y avait pas d'endroit plus misérable que Nerman au monde.
« Chevaliers, que pensez-vous qu'il faille faire… »
Après avoir exposé tous les problèmes que j'avais portés sur mes épaules jusqu'à présent, je demandai à mes chevaliers de proposer des contre-mesures.
« … »
Aujourd'hui, les chevaliers tombèrent souvent dans le silence. Ils prirent tous des poses de contemplation impassible.
Comme l'avait dit Ryker, à moins que nous ne fuissions, la réponse était déjà claire.
« Je ferai tout pour accomplir mon devoir de chevalier. »
Le premier à prendre la parole fut l'homme responsable du Château d'Orakk et qui avait correctement étudié la voie du chevalier, Sir Shailt. Sa réponse reposait sur la chevalerie.
Le vœu le plus important d'un chevalier était d'être loyal envers son seigneur et de protéger les faibles. Ce fut une réponse vaillante.
« J'ai depuis longtemps confié mon rêve à vous, mon seigneur. »
Le second à me répondre fut l'ancien chef des Mercenaires Herz, Sir Cedrian.
Cet homme avait même abandonné sa vengeance pour se ranger de mon côté. J'acquiesçai et accueillis ses sentiments.
« Haha, si vous augmentez mon salaire, je donnerai volontiers ma vie pour servir. » Ryker donna une réponse plaisante mais rafraîchissante.
« J'envisagerai une augmentation si vous remboursez toutes les avances de solde que je vous ai versées. »
« Gue… »
« Dès l'instant où je suis venu ici, j'ai mis ma vie de côté. Alors qu'ai-je à craindre ? »
« Il en va de même pour moi, mon seigneur. »
Andriave et Thevedian révélèrent aussi leurs dispositions intérieures.
« Nerman… est mon foyer. Si l'on me donne l'opportunité de mourir sur cette terre, il n'y a pas de plus grand bonheur pour moi. »
La réponse de Janice était celle que seule quelqu'un qui connaissait le sens du foyer pouvait donner.
« Par votre volonté, mon seigneur. Tous ceux qui sont ici sont déjà à vous. »
Enfin, Derval baissa la tête avec un sourire.
« Merci, mes chevaliers. C'est parce que vous êtes là que je peux faire face aux ennemis sans peur. Je vous demande de veiller sur moi. Permettez-moi de promettre une fois encore que je deviendrai un seigneur qui ne trahira jamais vos rêves et votre confiance ! »
'Kyaa, ce sentiment doit être la raison pour laquelle les gens jouent au seigneur et au vassal, non ?'
La loyauté légendaire des chevaliers envers leur seigneur… Seuls ceux qui ont reçu la loyauté avec la vie d'une personne en jeu peuvent ressentir cette joie.
'Merde, venez si vous l'osez, vous êtes tous morts.'
Alors que je confirmiais la loyauté de mes chevaliers, mon esprit combatif envers les ennemis à venir flamboyait intensément.
« De plus, j'annoncerai une nouvelle organisation militaire aujourd'hui. »
J'avais beaucoup réfléchi ces derniers jours à un système d'organisation militaire qui m'était propre, quelque chose d'un peu différent de l'organisation centrée sur les wyvernes et les Chevaliers du Ciel qui prévalait sur le continent.
« Nous établiront trois formations de vol. La 1re Formation aura Denfors pour centre — occupant la position la plus cruciale — et sera dirigée par Sir Cedrian. »
« Oui, seigneur ! »
« La 2e Formation aura le Château d'Orakk pour centre, et sera dirigée par Sir Shailt. »
« Votre volonté est mon ordre, mon seigneur ! »
« La 3e Formation aura le Fort Ciaris pour centre, et sera dirigée par Sir Ryker. »
« Un choix judicieux, seigneur ! »
Je choisis Ryker, qui me faisait toujours sourire, en jetant un coup d'œil à Janice. En réalité, la nomination du chef de la 3e Formation était la décision la plus difficile à prendre. La position de la Baronne Janice ne pouvait être ignorée. Cependant, je devais accorder plus de valeur aux compétences qu'au rang.
« Dans le même temps, les chefs auront également le commandement de troupes d'infanterie. Une directive décrivant la nomination générale des soldats arrivera dans les prochains jours, mais comme vous l'avez déjà expérimenté lors de la bataille contre les nobles de Havis, les chevaliers ordinaires ont amplement la capacité de repousser les wyvernes. À l'avenir, nous exploiterons davantage cet avantage pour nous préparer aux ennemis. »
« Oui, seigneur ! »
Les wyvernes et les Chevaliers du Ciel ne suffisaient pas à arrêter tous nos ennemis. Je comptais utiliser des balistes capables de tenir en respect les wyvernes et les unités au sol, tout en distribuant à fond des Lances Bénies — capables d'abattre les wyvernes depuis le sol — aux chevaliers pouvant utiliser le mana. C'est pourquoi je collectai sans honte et avec opiniâtreté toutes les lances que nous avions obtenues des forces de la Principauté de Roen.
« Donnez le meilleur de vous-même désormais, messieurs. J'espère que vous garderez tous à l'esprit que vous êtes mes épées et mes boucliers ! »
« Gloire à notre seigneur ! »
Je croisa le regard de mes chevaliers. Mes yeux étaient pleins de feu, mais mes chevaliers n'étaient pas en reste.
'On va tenter le coup !'
Je n'avais jamais expérimenté la puissance des armées de l'Empire Laviter. Cependant, nous étions prêts, et tout ce qui nous séparait désormais n'était qu'un combat.