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Yaneurabeya no Koushaku Fujin

Chapitre 39

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Chapitre 39

Chapitre 39

Chapitre 39/9541%~8 min de lecture1 469 mots

Le lendemain du bal.

L'après-midi, Opale se rendait à la villa de la marquise Russell, en périphérie de la capitale, en compagnie de la famille de Claude.

Le mariage ayant lieu demain dans la chapelle du village, elles passeraient la nuit dans ce manoir.

Et une fois la réception terminée, la famille et les invités regagneraient la capitale, laissant Opale et Claude seuls pour trois jours de lune de miel dans cette demeure.

Toutefois, Claude se trouvait encore à l'hôtel principal de la capitale.

Et maintenant, conduite dans la chambre de la maîtresse de maison, Opale se sentait nerveuse et agitée, comme il sied à une mariée.

Lors de son précédent mariage, son époux Hubert n'avait utilisé la chambre voisine que lors d'une seule nuit, au manoir ducal.

Mais cette fois-ci — Claude allait, bien entendu, utiliser la chambre d'à côté.

Ce n'était pas qu'elle y répugnait.

(Que faire… Même Claude ne doit pas imaginer que, malgré mes sept ans de mariage, je n'ai encore jamais partagé la couche conjugale…)

En voyant qu'on avait apporté les bagages de Claude dans la pièce voisine, Opale se mit à déambuler sans but dans la pièce meublée avec élégance.

À vingt-huit ans, elle comprenait naturellement les choses du mariage.

Dire qu'elle n'en avait pas honte serait mentir, mais elle se sentait capable d'affronter cela avec Claude.

La seule question était de savoir si elle devait le lui dire.

On savait qu'elle était novice en amour, mais on ignorait dans quelle mesure cela avait été compris.

(Mais si jamais il y avait une procédure à suivre et que cela mettait Claude dans l'embarras… Mieux vaut le lui dire à l'avance, non ?)

Après avoir rationnellement tranché, Opale buta sur la question du moment.

Ce n'était pas le genre de chose à annoncer par lettre.

Mais si elle partait maintenant pour l'hôtel de la capitale, elle ne reviendrait qu'au cœur de la nuit.

(… B-bon, juste le lui dire ira vite, demain ira bien. Il y aura du temps entre la fin de la cérémonie et le début de la réception.)

Rassurée d'avoir trouvé une réponse satisfaisante, Opale se dirigea vers son bureau.

Elle avait apporté plusieurs documents à traiter.

Cependant, la première chose qui attira son regard en ouvrant sa sacoche fut une lettre d'Hubert.

Elle l'avait mise de côté après l'avoir ratée une première fois, mais il fallait bien s'en occuper un jour.

D'ailleurs, quand elle l'avait reçue, elle aurait dû la renvoyer comme d'habitude par l'intermédiaire de son mandataire.

(Finalement, j'étais grisée…)

Opale soupira contre elle-même, brisa le cachet avec un coupe-papier et en retira le contenu pour le lire.

« … Je ne comprends pas. »

Se parlant à elle-même, elle posa la lettre sur le bureau et la fixa longuement.

Elle aurait dû répondre plus tôt, ou la renvoyer ; ne pas l'avoir fait la rongeait.

D'ailleurs, son père le comte savait qu'elle avait coupé les ponts avec Hubert, alors pourquoi avait-il joint cette lettre ? Elle reconsidéra.

Son père n'y était pour rien, c'était elle qui avait tort en la laissant de côté.

Mais se demanda-t-elle, son père était-il au courant de son contenu ?

(Mon père est arrivé dans ce pays, c'est ça…)

Il assisterait à la cérémonie en tant que père de la mariée, mais passerait la nuit à la capitale et ne viendrait la voir que demain.

Et il repartirait pour son pays sitôt la cérémonie finie, toujours aussi occupé.

Au passage, le frère d'Opale ne viendrait pas non plus, comme la fois précédente.

C'est Claude qui le lui avait appris.

(Incroyable… Mon frère et Claude correspondaient depuis tout ce temps… C'est pas juste.)

Opale avait écrit plusieurs fois à son frère sans jamais recevoir de réponse.

Pourtant, non seulement Claude et lui échangeaient des lettres, mais lors de la guerre civile du royaume de Taisei, son frère avait même aidé à l'approvisionnement en vivres.

De plus, il semblait avoir abandonné l'université on ne sait quand, et se trouverait maintenant on ne sait où.

Son père le savait forcément, et Opale avait l'impression d'être la seule exclue des secrets de son frère.

(Mais bon, tant qu'il va bien, je ne peux rien demander de plus.)

Enfant, elle n'aimait pas son frère méchant.

Même maintenant, elles n'étaient pas proches, et depuis son entrée à l'université, elles ne s'étaient même plus croisées. Pourtant, en tant que famille, elle l'aimait, s'inquiétait pour lui, et s'énervait aussi.

(Vraiment, les hommes font n'importe quoi !)

Opale rangea la lettre avec un geste un peu brutal, comme pour défouler sa colère.

Sur cette lancée, elle expédia aussi le travail administratif.

Contre toute attente, tout avança vite et elle put tout boucler, l'esprit allégé.

— Le lendemain matin.

Une fois ses préparatifs terminés, son père, qui venait d'arriver, vint la voir.

Sa tenue, après le voyage en voiture depuis la capitale, ne montrait aucun désordre.

« Opale, tu es toujours aussi belle, inchangée depuis il y huit ans. »

Alors qu'elles s'apprêtaient à monter dans la voiture pour la chapelle, ces mots de son père firent froncer les sourcils à Opale un instant.

Mais elle afficha subito un sourire et répondit.

« … Merci, père. »

Pourtant, au fond d'elle, elle s'irritait : pas besoin de cette ironie, un jour comme aujourd'hui.

Là, une pensée la traversa : et si c'était sincère ?

Le choix de son mariage avec Hubert, aussi maladroit fût-il, son père le croyait fait pour son bien.

« … Père, aimiez-vous mère ? »

« Hein, tout d'un coup ? »

Face à la question d'Opale, son père, le comte Holloway, plissa les yeux, suspicieux.

Autrefois, cette expression l'aurait effrayée et fait reculer. Maintenant, elle pouvait y faire face, un peu.

Trouvant pathétique ce « un peu », elle rassembla néanmoins son courage et continua.

« Mère a toujours pensé à vous jusqu'à sa mort… Bien sûr, elle chérissait aussi mon frère et moi, et nous a beaucoup aimées. Mais je me demande si, au fond, elle n'aurait pas voulu que vous soyez davantage à ses côtés… »

« — Je lui ai fait une promesse. »

« Oui ? »

« Quand j'ai rencontré ta mère, j'avais bien hérité du titre, mais aussi des dettes de mon père, et je ne m'en sortais plus. Pour qu'on ne croie pas que je la courtisais pour sa dot, j'ai évité de m'approcher d'elle. »

« Et pourtant… c'est vous qui avez été demandé en mariage, au final. »

« Non, c'est moi qui ai été demandé en mariage. »

« Par mère ? »

« Oui. Elle m'a dit de ne pas fuir. Que manquer d'argent n'était pas une honte, et que comme elle en avait, ça allait très bien. »

« Donc, vous avez bâti votre fortune actuelle en faisant fructifier la dot de mère ? »

Devant ce récit inattendu, Opale était passablement surprise.

Elle masqua son trouble et l'incita à poursuivre.

« Oui. J'ai promis de multiplier sa dot par plusieurs fois. Mais au début du mariage, je lui ai fait bien des misères. Et comme ta mère n'était pas très robuste à la base, je me suis dit qu'il valait mieux vivre à la campagne, où l'air est meilleur qu'à la capitale. J'ai donc aménagé le domaine pour qu'on y vive confortablement. »

« … Je l'ignorais. »

« Je ne l'ai jamais raconté à personne. »

À la confidence murmurée d'Opale, le comte répondit en bombant légèrement le torse.

Détournant les yeux de son père, Opale regarda par la fenêtre le paysage paisible.

Elle savait que sa mère avait vécu dans la solitude, et elle-même aussi.

Mais sa mère avait dû aimer son père, maladresse comprise.

(Maladresse… c'est plutôt complètement à côté de la plaque…)

Opale, elle, n'aurait pas attendu sagement à la campagne même si son corps était faible ; elle serait allée rejoindre l'être aimé.

Elle aurait combattu pour briser la situation.

Là, Opale prit conscience de quelque chose.

« Vous avez poussé mon mariage avec le duc de MacLeod et accordé cette aide inouïe parce que vous vous y projetiez, vous ? »

« … J'avais prévu ton entêtement, mais pas l'arrogance des MacLeod. »

« Ce résultat non plus n'était pas prévu, alors ? »

« Je ne regrette pas d'avoir refusé la première demande en mariage de Claude. Pour la seconde, j'ai regretté de ne pas l'accepter. Mais maintenant, je pense que c'est mieux ainsi. »

« C'est… vrai. »

Il y avait beaucoup de griefs, mais elle comprit que son père l'aimait à sa manière.

Pourtant, son père ne reconnaîtrait jamais le sentiment d'amour.

Cela aussi faisait partie de lui, et Opale l'aimait.

(Je comprends un peu les sentiments de mère…)

Opala retira son regard de son père pour le reporter par la fenêtre, et avala un soupir.

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