Voici le jour où Hubert doit enfin arriver.
Bien que le manoir ait été préparé à l'avance, tout le monde s'affairait depuis le matin.
Seuls Omar et Lind savaient que presque tout le duché appartenait désormais à Opale, et l'arrivée du seigneur après dix-sept ans d'absence mettait tout le monde en émoi.
Au milieu de cette agitation, Opale restait enfermée dans sa chambre, regardant vaguement l'extérieur.
(Quel changement d'état d'esprit peut bien l'avoir saisi... Serait-il parvenu à racheter ce manoir lui aussi ?)
Apprenant que ce garçon de seulement douze ans avait passé deux jours enfermé dans une voiture avec les corps de ses parents, la vision qu'Opale avait d'Hubert avait considérablement changé.
On comprenait que les gens autour de lui deviennent excessivement protecteurs à son égard.
S'il avait commencé à vivre avec le couple Northam et Stella après la mort de ses parents, il était naturel qu'Hubert traite Stella, de santé fragile, avec un soin tout particulier.
Perdre un être cher est douloureux, pénible et triste.
Opale aussi avait été profondément attristée à la mort de sa mère.
Désormais, elle parvenait à s'en souvenir avec sérénité, mais c'était grâce à ceux qui l'avaient soutenue.
Pourtant, l'un d'eux, Claude, n'était plus là.
Peu de temps après son installation au manoir, Opale avait écrit une lettre à Claude.
Elle y relatait qu'elle lui avait arraché ses terres.
Face à un contenu qui ressemblait à une confession, Opale le regretta par la suite.
Elle avait écrit parce qu'elle voulait que quelqu'un l'écoute, mais Claude n'avait-il pas été tout simplement consterné ?
Et tandis qu'Opale attendait la réponse dans l'angoisse, ce qui lui parvint fut une lettre de la mère de Claude, la baronne.
Apparemment, Claude avait disparu après avoir quitté la maison familiale à la fin de ses études universitaires.
La baronne était extrêmement inquiète, mais elle promit de transférer la lettre dès qu'elle connaîtrait son lieu de résidence.
Cependant, trois ans s'étaient écoulés sans la moindre nouvelle.
Opale craignait qu'il ne lui soit arrivé quelque chose, et elle écrivit plusieurs fois au manoir du comte, mais le majordome Orton lui répondit à chaque fois qu'il ignorait toujours où se trouvait Claude, partageant sa’inquiétude.
Si seulement, à ce moment-là — lors de leur dernière rencontre — elle avait pris le temps de parler davantage avec lui.
Elle aurait dû lui demander ce qu'il comptait faire après son diplôme.
Mais elle n'avait pensé qu'à elle-même — absorbée par la prise de conscience de ses sentiments pour Claude et par sa vie conjugale avec Hubert, elle avait tout remis à plus tard.
Elle repensait souvent à ce Claude d'alors, mais ne revoyait en elle que son sourire maladroit.
(Qu'il aille bien, simplement...)
Peu importait s'ils ne se revoyaient jamais.
Peu importait s'il la détestait.
Pourvu qu'il soit en bonne santé et heureux, cela lui suffisait.
Elle ne savait plus très bien si elle l'aimait encore, mais il restait un être cher, cela ne changeait pas.
(Peut-être que monsieur ressent la même chose pour Stella...)
Puisqu'il avait acheté une nouvelle maison pour Stella avant même de racheter le manoir de la capitale, grâce à ses investissements fructueux, c'était sans doute le cas.
Même s'il ne pouvait pas lui dire ses sentiments, peut-être qu'Hubert trouvait son bonheur à rendre Stella ne serait-ce qu'un peu plus heureuse.
Si c'était le cas, il ne restait plus qu'un petit pas.
Opale observait la magnifique voiture arborant les armoiries du duché s'approcher, expira longuement et se dirigea vers l'entrée pour l'accueillir.
« Cela fait longtemps, monsieur. Comment s'est passé le voyage ? »
« Ah, oui. Cela fait longtemps, Opale. Heureusement, le temps a été clément. »
« C'est une excellente nouvelle. »
Opale accueillit Hubert, qui entrait dans le manoir, avec un sourire calme et chaleureux.
Tous avaient décidé à l'avance de faire en sorte qu'il puisse oublier les mauvais souvenirs, autant que possible.
Mais il y avait bien plus de gens qui se réjouissaient de ces retrouvailles avec Hubert qu'Opale elle-même.
C'est pourquoi elle s'effaça immédiatement, laissant la place au majordome Lind et à la gouvernante Debbie.
À partir de là, le manoir s'enflamma pour ces retrouvailles après dix-sept ans.
Lind et Hubert se serrèrent vigoureusement la main.
En contemplant cette scène où tous les visages rayonnaient, Opale elle-même se sentit envahi par un bonheur paisible.
Au point d'avoir envie de retourner au manoir du comte pour la première fois depuis longtemps.
Hubert aussi semblait parvenu, pour l'instant, à oublier les sombres souvenirs du passé.
Ce soir-là, le cuisinier avait préparé un festin, et pour la première fois, on pouvait dire, Opale et Hubert profitèrent d'un repas dans une atmosphère harmonieuse.
Mais le lendemain.
Face à la confidence d'Hubert dans le bureau, Opale fut saisie d'effroi.
Alors que sa vision se troubles, elle parvint à ouvrir la bouche, décidée à entendre tous les détails.
« ... Monsieur, pourriez-vous répéter, s'il vous plaît ? »
« Je t'ai dit que j'avais acheté les terres de Mantest. Ne pas les acquérir aurait été une erreur. »
« Comment... comment avez-vous réuni les fonds ? Depuis le rachat du domaine précédent, il ne s'est pas écoulé tant de temps que ça... »
« Inutile de t'inquiéter. Ces terres sont peut-être stériles à l'heure actuelle, mais il y a bel et bien une mine. Le chemin de fer y a déjà été posé jusqu'à mi-chemin. S'il suffit de le prolonger jusqu'à la zone urbaine, cela deviendra très rentable. »
« Je vous parle des fonds pour l'achat de ces terres ! Elles coûtaient une fortune ! Comment avez-vous fait pour les réunir !? »
L'explication d'Hubert se limitait à des faits que quiconque s'intéresse à l'investissement connaissait déjà.
Devant l'attitude d'Hubert qui éludait la réponse, Opale perdit patience et le pressa de questions.
« C'est bien sûr avec la totalité de mes liquidités, et en empruntant de l'argent en hypothéquant le manoir et les terres de la capitale. »
« Monsieur... Vous savez pertinemment pourquoi ces terres sont restées à l'abandon en plein développement, n'est-ce pas ? Il y a bien une mine, c'est certain. Mais l'extraction et le transport du minerai nécessitent des coûts et des techniques considérables. L'ancien propriétaire a fait faillite pour cette raison. Car entre cette mine et la zone urbaine s'étend une vallée profonde. Y faire passer un chemin de fer est impossible avec la technologie de notre pays. Et même si c'était possible, les coûts seraient astronomiques... Comment comptez-vous les financer ? Et même alors, le retour sur investissement prendrait de très nombreuses années. »
S'il n'y avait pas eu de guerre de succession au royaume de Taisei, le développement de Mantest aurait peut-être réussi.
Avec les techniciens et la technologie de ce pays, même une vallée aurait pu être franchie par le rail.
Mais finalement, le projet de relier la zone urbaine et la mine par chemin de fer avait capoté.
Laissé à l'abandon pendant trois ans, ce terrain présentait un risque trop élevé pour tout investisseur, et personne n'osait s'y risquer.
Même le père d'Opale, bien qu'il le trouvât dommage, avait jugé qu'il n'en valait pas la peine à l'heure actuelle.
« Je compte lever des fonds de développement en cherchant des investisseurs. J'aimerais que vous y participiez aussi. »
« ... Et mon père, qu'en a-t-il pensé ? »
À la question d'Opale, Hubert rougit légèrement.
Cela seul suffisait comme réponse.
« Le comte a dit... qu'il y réfléchirait une fois les techniciens assurés. Bien sûr, il ne peut pas financer la totalité, il faut trouver d'autres investisseurs. Mais si le comte participe, tout le monde se pressera pour investir. Donc, ce sera bon. »
Ce qui était « bon » restait un mystère pour Opale, qui aurait voulu le harceler de questions.
D'autant plus que l'essentiel — s'assurer ces techniciens — était actuellement quasi impossible.
D'ailleurs, les techniciens étaient devenus si rares parce que l'épidémie qui s'était propagée au royaume de Taisei, suivie de la guerre civile, en avait emporté un grand nombre.
Et maintenant, sous la protection du nouveau roi, il leur était difficile de quitter le pays.
C'est alors qu'Opale réalisa soudain que le prix des terres de Mantest — cette montagne de trésors intacts — était ridiculement bas par rapport à la fortune d'Hubert.
« ... Monsieur, pour acheter les terres de Mantest, votre seule fortune a-t-elle vraiment suffi ? Ou n'avez-vous pas acquis la totalité de Mantest ? »
« C'est... j'ai mis en gage la totalité du duché. »
« La totalité du duché... ? »
Opale mit un moment à comprendre la réponse d'Hubert.
Pour être honnête, elle ne voulait pas comprendre.
« Ne me dites pas... ce manoir aussi ? Et les terres à mon nom ? Tout ? »
« Tout cela, c'est toi qui me l'as volé. Et si ce développement réussit, tu obtiendras ce qui te satisfera. Alors, où est le problème ? »
« Mais c'est un crime ! Hypothèquez mes biens à mon insu ! »
« Toi aussi, tu as agi en limite de la légalité ! »
« Ça n'a rien à voir ! »
« Peu importe. Si tu te tais, il n'y aura pas de problème. »
« Comment pouvez-vous... »
Face à l'intransigeance d'Hubert, Opale fut de nouveau assaillie par le vertige.
Elle avait cru qu'Hubert avait changé en trois ans.
Le fait qu'il ait pu venir jusqu'au manoir prouvait, pensait-elle, qu'il avait surmonté ses blessures.
Mais si Hubert semblait avoir développé son talent d'investisseur sous la tutelle de son père, son arrogance, elle, n'avait pas changé.
Même un génie peut échouer.
Opale savait que son propre père avait connu plusieurs échecs d'investissement.
Pourtant, il avait toujours suivi le chemin de la réussite parce qu'il anticipait systématiquement le pire.
Opale aussi, après un échec cuisant qui avait terni sa réputation, avait appris à toujours envisager le pire.
Et c'est sur cette base qu'elle s'efforçait de viser le meilleur.
« Monsieur, si... si cet investissement échoue, que ferez-vous ? »
« Je n'ai pas l'intention de le laisser échouer. Mais... dans le pire des cas, nous irons vivre dans les terres agricoles de la banlieue avec Stella et les autres. Et je recommencerai à investir avec les biens mis de côté pour Stella pour les faire fructifier à nouveau. »
« C'est ainsi... »
Sur ces mots, Hubert fixa Opale intensément.
Il était vrai que le duché avait été escroqué par Opale, et que le monde le considérant comme la propriété d'Hubert, il avait pu l'hypothéquer sans titre de propriété.
Mais cela n'avait plus d'importance.
L'essentiel était de savoir comment protéger les terres — comment protéger les gens du domaine.
Opale expira longuement, se leva lentement et quitta le bureau.