Quelques jours après que le sujet, dur à avaler pour les proches, de la popularité passée de ma grand‑mère eut été mis sur la table, nous nous rendîmes ensemble sur les terres de la famille de Thor.
Moi, Sicily et Maria avons notre anniversaire à peu près en même temps, celui de Mark arrive un peu plus tôt.
Comme il a été décidé d'organiser les fêtes d'anniversaire qui avaient été suspendues depuis l'apparition des majin, tout le monde a dit vouloir acheter des cadeaux.
Mais il y avait un problème.
La notoriété de tous à la capitale a explosé, rendant les courses en ville extrêmement difficiles.
On veut faire les magasins, mais on ne peut pas sortir dans la rue.
C'est dans cette situation qu'on s'est aperçu d'une chose.
Il suffit d'aller dans une autre ville par la Gate, non ?
Tout le monde habite la capitale, donc nos visages y sont connus de tous, mais dans une autre ville, si la rumeur est parvenue, nos visages, eux, ne sont pas encore grillés.
Il n'y a ni photos ni télévision, c'est donc normal.
Donc dans une autre ville, on peut se promener et faire les magasins.
Les filles ont sauté sur l'idée et ont commencé à choisir la ville à visiter.
Le fief de Sicily et celui de Julius sont des sites touristiques, avec beaucoup de souvenirs pour touristes, donc exclus.
Celui de Maria est une ville portuaire au charme certain, mais il semblerait qu'elle n'ait pas de spécialité marquée.
Il y a bien des produits d'importation, mais c'est pas ça, apparemment.
On avait entendu dire que le fief de Thor était une ville où la production était florissante.
Les articles artisanaux du fief de Friegel sont eux‑mêmes une marque.
Bois, ferronnerie, accessoires, vêtements, articles divers.
Presque tout a sa version estampillée, et c'est une ville qu'on a envie de visiter ne serait‑ce que pour choisir des cadeaux.
On n'avait pas vraiment le choix dès le départ, mais c'est pour ces raisons qu'on se trouve dans la ville de Friegel, mais…
« Les filles ont l'intention de faire le tour de toute la ville, non… »
« Thor. Quelle ville encombrante tu as créée. »
« Votre Altesse, n'est‑ce pas un peu trop cruel ? »
« C'est une blague. Ceci dit, pendant notre séjour ici, j'aimerais bien agir séparément des filles… »
« C'est impossible, non… »
Devant les boutiques phares des marques célèbres même à la capitale, qui s'alignent dans la ville de Friegel, les narines des filles frémissent d'impatience.
Nous, les garçons, observions cette scène avec des visages pétrifiés de terreur.
À ce groupe de filles s'ajoutent cette fois‑ci trois nouvelles femmes.
« Thor‑chan. On fait le tour ensemble, d'accord ? Tu me guides ? »
« K‑Karen‑san, devant tout le monde, le "‑chan" c'est un peu… »
La fiancée de Thor, demoiselle de la maison du baron Klein, Karen von Klein.
Elle a deux ans de plus que nous, des cheveux brun clair ondulés qui lui descendent jusqu'à la taille, une grande sœur séduisante.
On dit qu'elle a eu le coup de foudre pour le petit Thor quand ils étaient enfants et qu'elle a fait avancer leur relation de manière très proactive.
Thor aussi chérit cette grande sœur qui l'a dorloté depuis l'enfance, et ils ont l'air très proches.
Thor l'appelle encore "sœur" par habitude d'enfance, et Karen trouve adorable que Thor soit resté petit et menu malgré sa croissance.
Depuis tout à l'heure, Karen colle Thor dans le dos et ils ne cessent de flirter.
Apparemment honteux de flirter devant tout le monde, Thor a le visage rouge en permanence.
Mais ce n'est pas seulement à cause du flirt qu'il rougit.
En fait, Karen est nettement plus grande, et quand elle l'enlace par‑derrière, une certaine chose lui tape sur l'arrière du crâne.
Flirter, c'est honteux.
Mais à cause de cette sensation à la fois agréable et gênante sur son occiput, Thor ne peut pas crier sa protestation et se tortille sur place.
« Thor est un homme, après tout… »
« S‑Shin‑dono, que voulez‑vous dire par là ? »
« Fufu, c'est inattendu. Je n'aurais pas cru que le sérieux Thor‑kun soit un tel bébé gâté. »
« To‑Tony‑dono ! Je vous en prie, ne me taquinez pas ! »
« Ahaha. Vous êtes tous bien entouché, hein. Ça me fait plaisir de voir Thor‑chan si bien entouré. »
Pendant qu'on se moquait de Thor qui rougissait, la voix joyeuse de Karen nous parvint.
« Thor‑chan est l'attaché de Son Altesse, non ? Il ne peut pas quitter son côté, alors je pensais qu'il ne pourrait pas se faire d'amis sur un pied d'égalité. »
« C'est cruel, Aug. »
« Attendez un peu. Pourquoi c'est moi qu'on blâme ? »
« N‑non ! Je n'ai aucune plainte contre Son Altesse ! »
Karen, paniquée, s'excuse auprès d'Aug tout en gardant Thor enlacé par‑derrière.
Scène bizarre.
« Je comprends parfaitement le rôle de Thor‑chan. C'est justement parce que je pensais ne pas pouvoir l'obtenir que je suis si heureuse qu'il ait pu se faire autant d'amis sur un pied d'égalité. »
« Karen‑san. Pas la peine d'être si formelle, ça va. Son Altesse a le cœur large. »
« … Shin. Thor n'était pas du genre à dire ce genre de choses, pourtant. Qu'est‑ce que tu en as fait ? »
« Pourquoi c'est toujours moi le point de chute final ? »
« Parce que comme ça, ça se tient bien. »
« Quelle raison ! »
« Pff… fufufu. »
Au moment où je comprenais qu'on me servait toujours de chute, Karen éclata de rire.
Est‑ce que j'ai fait quelque chose de bizarre ?
« C'est incroyable, Walford‑kun. Pouvoir parler comme ça à Son Altesse… »
« C'est comme ça ? »
« C'est grâce à toi. Que Thor‑chan ait pu se faire des amis proches, et qu'on en soit venu à l'appeler héros du pays, c'est grâce à toi. »
« Pour les amis, peut‑être, mais sa force, c'est Thor qui l'a acquise par ses propres efforts, non ? »
« Fufu. Gardons cette version. Mais moi, je te suis reconnaissante. N'oublie pas, d'accord ? »
« Ha… »
Me faire remercier par la fiancée de mon ami.
C'est quelque part démangeant.
« C'est exactement ce que dit Karen‑sama. Moi aussi, je suis reconnaissante envers Walford‑dono. »
« Sara‑san jusqu'à toi ? »
Et celle qui vient de prendre la parole est la deuxième nouvelle venue.
Ni plus ni moins que la fiancée de Julius, demoiselle de la maison du comte Campbell, Sara von Campbell.
Une jeune fille au physique de mannequin, les cheveux blonds attachés sur le haut de la tête, les yeux bleus en amande.
La maison Campbell est une lignée qui produit de génération en génération d'excellents chevaliers, et Sara a reçu l'éducation d'une fille de famille guerrière.
C'est pour ça, sans doute. Elle met son futur mari en avant et adopte une attitude de le suivre d'un pas en retrait.
Vu comme ça, ça rappelle le samouraï d'autrefois et son épouse.
Tous les deux blonds aux yeux bleus, Julius est un gorille musclé et Sara a un corps de mannequin, le décalage est maximal…
« Grâce à Walford‑dono, mon futur époux Julius‑dono a pu acquérir une renommée aussi grande. Je ne saurais assez vous remercier. »
« Haha. De mon côté, j'ai l'impression d'avoir mal orienté Julius, alors… »
Honnêtement, s'il avait pu recevoir l'instruction de Chris‑neesan ou de Michelle‑san et devenir chevalier, ce aurait été mieux, mais on est à l'académie de magie.
Résultat, on a créé un monstre contradictoire : un magicien bodybuildé.
« C'est… c'est vrai que j'aurais souhaité le voir s'épanouir en tant que chevalier, mais… »
« Ah, c'est bien ça ? »
« Cependant, ce serait de l'égoïsme. Même si les moyens diffèrent de l'objectif initial, il est devenu un héros acclamé. La méthode, alors, est une futilité. »
« Vraiment, c'est bon comme ça ? »
« Oui. »
Bon. Elle a l'air reconnaissante, tant mieux.
Son côté raide me tracasse, mais quand j'ai essayé de lui dire de parler plus naturellement, elle a paru décontenancée, donc c'est sans doute sa nature.
« Bon, Sara. Ne mets pas trop Shin‑dono dans l'embarras. »
« Pardonnez‑moi, Julius‑sama. »
« Mm. Shin‑dono, pardon. »
« Non, je m'en fiche, mais… »
Vraiment, un couple de seigneurs de guerre.
Cet échange ne fait qu'amplifier le décalage.
Les autres n'ont qu'une impression : « Ils sont raides, hein. »
Mais moi, je ne peux m'empêcher de voir un drame d'époque joué par des étrangers blonds.
Je me dis « C'est comme ça, c'est comme ça » pour me l'inculquer, et je décide de regarder l'échange entre Julius et Sara.
Alors que j'écoutais cette conversation bourrée de décalage, la troisième femme poussa un cri.
« Ah, celui‑là ! Pourquoi est‑ce que je suis là, moi ! ? »
« Parce que laisser Rilia de côté, c'est pas gentil, non ? »
« Tony‑kun !? J'avais cru qu'on allait juste faire les courses aujourd'hui ! ? »
« C'est des courses, oui ? »
« C‑c'est peut‑être vrai, mais ! V‑vous m'aviez pas dit qu'on serait avec des gens pareils ! ? »
« C'est quoi, "des gens pareils" ? »
« Hyii ! C‑ce n'est pas ça ! C‑ce n'est pas ça, Son Altesse ! C'est au sens "des gens incroyables", oui ! »
La fille que Tony a amenée, Rilia Jackson, fait une prosternation devant Aug en pleurant « Pitié ! ».
« C'est une blague. »
« Son Altesse, arrêtez de la taquiner, voyons. C'est une vraie civile, elle. »
« Mm. Dernièrement, avec ce groupe, j'en oublie presque que je suis de la famille royale. »
« C'est justement ça le problème, vous savez ? »
Aug qui réalise qu'il a oublié sa qualité de royal et a taquiné la civile Rilia, et qui réfléchit.
Forcément, si un royal te dit ça, tu te prépares à être exécuté sur le champ.
Il a vraiment le sens麻痺.
« Rassurez‑vous, Rilia‑san. C'est juste une mauvaise blague d'August‑sama. »
« V‑vraiment ? »
« Oui. Je lui ferai la leçon plus tard, alors, hop, relevez‑vous. »
« Ah, merci, Élizabeth‑sama ! »
Élizabeth tendit la main à Rilia qui tremblait de tout son corps en pleurant à chaudes larmes.
Rilia se releva en reniflant, et Aug, jugeant sans doute qu'il avait eu tort de faire pleurer une fille pour de bon, s'excusa.
« Pardon, Jackson. Avec ce groupe, c'est notre routine, alors j'ai réagi comme d'habitude sans réfléchir. Pardonne. »
« M‑m‑m‑mille excuses ! O‑o‑o‑o‑oubliez, oubliez ! »
Cette réaction, c'est frais.
D'habitude, je ne vois jamais Aug traité avec le respect dû à sa qualité de royal.
« Mais Rilia‑san. Vous feriez bien de vous habituer, vous savez ? »
« Ko‑cette fois c'est la Sainte !? E‑eh ? M'habituer ? »
Devant Rilia qui s'efface devant tout le monde, Sicily lui dit de s'habituer.
« Parce qu'après la fin de l'académie, les Ultimate Magicians continuent, non ? »
« H‑ha… »
« Si Rilia‑san épouse Tony‑san, il y aura des échanges entre nous, les épouses, non ? »
« K‑ke‑ke‑ke‑ke‑ke‑ke ! ? »
« Ke ? »
« Mariage !? »
« Oui. »
Là où elle a dit "épouse", Sicily a un peu bafouillé, rouge. Mignonne.
Ce n'est pas le sujet.
C'est vrai, vu que ce groupe sera amené à côtoyer Rilia, mieux vaut qu'elle s'y habitue maintenant.
« N‑non, pas le mariage ! Moi, je suis encore étudiante ! C'est trop tôt ! »
« C'est ça ? Tony‑san, lui, pourrait déjà se marier, non ? C'est un héros d'Earlshid, et j'ai entendu dire que les revenus de cette arme sont énormes. »
« E‑eh ? C'est vrai ? »
« Shin‑kun, combien tu gagnes par mois, à peu près ? »
« Sais pas ? J'ai pas regardé mon compte récemment. »
« Shin‑kun… »
Ah, Sicily est éberluée.
« Mou. Il faudrait un peu plus vous intéresser à vos avoirs. Les laisser dormir, c'est pas bien, vous savez ? »
« C'est comme ça ? »
« Oui. »
J'aime bien créer, mais les revenus, zéro intérêt.
Pas l'intention ni le temps de les dépenser.
Et comme je vais lancer l'affaire des communications, faut que je m'y mette.
« Du coup, Tony‑san. C'est combien ? »
« À peu près un salaire annuel normal, je dirais. »
« V‑voyez ! C'est encore trop tôt, non ! »
Hein ? Si on a un salaire annuel normal, je crois qu'on peut vivre en couple, moi.
Au début, Sicily a dit "revenus énormes", du coup elle a dû se faire une fausse idée.
« C'est par an ? »
« Par mois. »
« Eh ? »
Ah, en entendant que le salaire mensuel équivaut à un salaire annuel normal, Rilia s'est figée.
D'ailleurs, ça rentre autant que ça ?
« Comme c'est une version grand public avec une durabilité réduite, il y a pas mal de livraisons chaque mois, paraît‑il. »
« Ah, vraiment ? »
« Shin‑kun… »
Encore éberluée.
« C'est pour ça qu'il n'y a pas d'obstacle au mariage, normalement. »
« M‑mais… le mariage, c'est encore loin, je croyais… tout d'un coup, c'est… »
Bah, c'est normal, oui.
« Sicily‑san. Il ne faut pas nous mettre sur le même plan. Eux ont leur rythme. »
« Ah, oui, Élizabeth‑san. Dernièrement, comme je n'ai que ce genre de discussion avec Élizabeth‑san, j'ai fait pareil sans réfléchir… »
Récemment, Élizabeth est souvent avec moi, et on se marie ensemble.
Les autres filles devaient nous regarder du même œil.
Et le trouble de Rilia est compréhensible.
Ceux qui n'ont pas fait l'académie supérieure et sont devenus indépendants tôt se marient parfois jeune, mais c'est rare.
Quel que soit le métier, au début on est apprenti et le salaire est bas.
D'après ce qu'on m'a dit, c'est vers vingt ans qu'on commence à penser au mariage.
Pour Rilia, qui a quinze ou seize ans, le mariage est encore loin, c'est la norme.
En plus, Rilia est étudiante à l'académie supérieure de droit et d'économie.
Elle a un avenir de femme de carrière devant elle.
Son apparence aussi : cheveux rouges en queue de cheval, lunettes, air sérieux.
À côté de Tony qui a l'air frivole, c'est le comble du décalage.
C'est le cas de la déléguée qui se met avec le voyou, ça ?
« Rilia‑san, à en juger par votre apparence, vous semblez vouloir faire carrière. »
« Apparence ? »
« C'est une imitation de Melida‑sama, ce style ? »
« De grand‑mère ? »
Qu'est‑ce que c'est que ça.
« O‑oui ! C'est exactement ça ! »
Rilia l'avoue toute joyeuse.
« Chez les étudiantes de l'académie de droit et d'économie, le style queue de cheval et lunettes est très courant. En particulier, les rousses sont presque toutes comme ça, m'a‑t‑on dit. »
« Oui ! J'ai de la chance d'être rousse ! »
« Ah, c'est une imitation de grand‑mère ? »
« Eh ? Walford‑san, vous ne le saviez pas ? »
Je sais pas.
Tout le monde en sait trop, je trouve.
« Shin, on ne lui a même pas dit que le Sage et la Guidesse étaient des héros. Il a grandi en les voyant comme un grand‑père et une grand‑mère ordinaires. »
« Héé, c'était comme ça. »
C'est ça.
« La Guidesse, en tant que femme, a créé quantité d'outils magiques pour enrichir la vie des gens, pas seulement à Earlshid mais dans le monde entier, et elle est respectée partout. C'est l'idole des filles qui envisagent une carrière. »
« Même là‑bas, elle est admirée… »
« Oui. Le portrait de la Guidesse à l'apogée de son activité la montre avec les cheveux rouges attachés en queue de cheval et des lunettes, d'une allure incroyablement dignifiée. »
« Héé. »
« "Héé"… vous ne l'avez même jamais vu ? »
« Ah… j'ai dû le voir une fois… »
« C'était chez le libraire Kurt. Après, il y a eu du grabuge, alors vous vous en souvenez peut‑être pas. »
Ah, c'est vrai. Le complément de Sicily m'a rappelé.
Devant la boutique, il y avait une affiche avec un dessin : « C'est qui, celui‑là ? »
« Beaucoup de filles adoptent ce look pour s'inspirer, ne serait‑ce que visuellement, de la Guidesse. »
« Certaines portent même des fausses lunettes alors qu'elles n'ont pas de problèmes de vue. »
« Rilia‑san aussi ? »
« Les miennes ont une correction ! »
Pour une raison ou une autre, je me suis fait violemment gronder.
L'histoire de la correction a l'air importante.
« Je suis rousse, mes lunettes ont une correction. Je suis ni plus ni moins la successeuse de la Guidesse ! »
« Non… combien tu crois qu'il y a de rousses myopes, toi… »
Elle respecte trop grand‑mère…
« Successeuse ? Parlant de ça, Yuri est appelée "successeuse de la Guidesse", non ? »
Sur cette admiratrice de grand‑mère, Alice lança une bombe.
« S‑successeuse de la Guidesse… »
Gigi‑gigi… avec un mouvement de robot sans huile, Rilia se tourna vers Yuri.
« Ah… ahaha… e‑etto, on dit ça, oui… »
Sous ce regard un peu dangereux, Yuri recule.
Et Rilia, entendant la réponse, s'effondra sur les genoux, abattue.
« Ça… c'est pas vrai… c'est moi… c'est moi qui devais être appelée la successeuse de la Guidesse… »
Elle a l'air complètement sonnée.
Elle a si mal pris que le titre lui ait été pris par Yuri ?
« Yuri a du talent pour la création d'outils magiques. La Guidesse elle‑même l'a reconnu. Les outils magiques d'attaque prêtés pour l'extermination des monstres du territoire des majin ont été faits par Yuri. Successeuse, sans conteste. »
Lin acheva Rilia.
Fallait pas être si minutieux pour l'achever…
« Walford‑san ! Pourquoi Walford‑san n'a‑pas fait d'outils magiques d'attaque !? Si le petit‑fils, qui a déjà plein de titres, en avait fait, le titre de successeuse de la Guidesse ne serait pas allé à Yuri ! »
« Pourquoi tu me rejettes la faute ! »
Trop désespérée, ça fait reculer !
« Si Walford‑kun faisait des outils magiques d'attaque… j'ai pas envie d'imaginer. »
« Un tel objet, on ne peut pas le confier à des soldats ordinaires, non ? »
« Cette fois, celui qui le tiendrait viserait la conquête du monde. Une telle chose, on ne peut pas la créer, et encore moins la prêter. »
« S‑si c'est si grave ? »
Lin refuse de penser, Tony balance « Quelles bêtises », et Aug tire la sonnette d'alarme sur une nouvelle crise.
Devant ces avis, Rilia a les yeux ronds.
En fait, la perception de tout le monde est cruelle.
« Rilia. Que Shin fasse des outils magiques d'attaque, ça veut dire… créer une arme de destruction massive capable de raser le monde, c'est la même chose. »
« A‑arme de destruction massive… »
« Je fais pas ce genre de truc ! »
Tony explique à sa copine avec un air de la raisonner.
Rilia avale sa salive en l'écoutant.
Ah, elle a cru, celle‑là !
« Donc c'est "ne pas faire" et pas "ne pas pouvoir"… »
« Hé, Shin. Arrête vraiment ? C'est pas une blague, hein. Pas une blague, d'accord ? »
Tony a lu dans mes mots.
Et j'ai revu l'Aug désespéré qu'on voit souvent ces temps‑ci.
Arme de destruction massive.
Est‑ce que je *peux* la faire ou pas ?
« Je *peux* »
Avec mes connaissances scientifiques de pacotille, je peux sortir une magie à la puissance absurde.
Je peux aussi créer des armes interdites.
En plus, je peux provoquer des phénomènes qui ignorent les lois physiques, comme la directivité.
Mais si je le fais, je risque d'obtenir le titre de « Roi Démon de la Destruction » pour de bon.
Pas une blague, je pourrais vraiment détruire le monde.
Donc « je peux » mais « je ne fais pas ».
C'est ce que j'ai décidé au fond de moi.
« T'inquiète pas, Aug. Je ne ferai jamais cet outil magique. Jamais. »
« Je te crois. »
« Ouai. »
En le jurant à Aug, ce sujet est clos.
Dehors, ce n'est pas un sujet à aborder de toute façon.
Sentant la fin de ce sujet dangereux, Rilia marmonna, l'air frustré.
« Mince… c'est sûr, la créatrice d'outils magiques a l'avantage… je me déteste de ne pas avoir de talent pour la magie… »
« Ah, ahaha… »
Yuri ne peut que rire jaune.
Elle avait l'air si normale…
« B‑bon, et vous faites comment ? On se sépare encore hommes / femmes ? »
« Moi, je reste avec Thor‑chan. »
« W‑wakarimashita, Karen‑san. Et les autres ? »
Thor tente de corriger l'ambiance bizarre en décidant les groupes.
Il a l'air de vouloir faire le tour avec Karen.
C'est son fief, j'aurais aimé qu'il nous guide, mais gâcher son moment avec sa fiancée proche, c'est pas cool.
Là, je le laisse faire.
« Moi… je veux faire un tour séparée de Shin‑kun pour que le cadeau reste une surprise. »
Sicily veut être séparée de moi.
Du coup.
« Alors j'irai avec Sicily. Chaque année, on va acheter nos cadeaux mutuels ensemble. »
Maria veut aller avec Sicily.
« Moi, j'accompagne August‑sama. May, viens aussi. »
« Hai desu ! »
« S‑sou ka. May aussi, hein. »
« Vous avez une plainte ? »
« Non. Ça va. »
Aug, tu te vois déjà trimballé par deux filles.
L'autre jour, il a servi de taxi à Julia‑obasan et May‑chan, et récemment il a l'air d'être sous la coupe d'Élizabeth.
Les femmes de ce pays sont vraiment fortes, hein ?
La chef, c'est grand‑mère…
« Nous deux, on y va. »
« J'achèterai aussi le cadeau de Mark en même temps. »
Olivia achète le cadeau avec le concerné.
Genre couple rodé.
« Aujourd'hui, je veux être juste tous les deux. »
« Tony‑kun… »
Tony veut être avec Rilia.
« Moi aussi, cela fait longtemps que je ne me suis pas promené en ville avec Sara. »
« Julius‑sama… c'est un honneur. »
Julius aussi avec Sara.
« Nous, on y va à trois. »
« C'est bon. »
« Fufu. Comme pour les opérations. »
Alice, Lin, Yuri ensemble.
Du coup…
« Hé ? Moi, je suis en trop ? »
Je me suis retrouvé seul.
« Veux‑tu qu'on t'intègre à notre groupe ? »
« Non, un groupe de filles seulement, ça fatigue, et ça pourrait créer de faux soupçons… »
Alice m'invite, mais un mec au milieu de trois filles, ça prête à malentendu, donc je décline.
« E‑et bien, Shin, veux‑tu venir avec moi ? »
« Ahaha, si je m'incruste, ce sera pas cool pour Élizabeth. May‑chan aussi, elle veut sûrement être gâtée par Aug de temps en temps. »
« Fufu, Shin‑sama, je reçois votre prévenance avec gratitude. »
« Aujourd'hui, c'est moi qui paie pour Onii‑sama ! »
Je refuse la proposition d'Aug qui tente de m'inclure, en prétextant Élizabeth et May.
Ce n'est pas un prétexte : si je m'incruste, l'humeur d'Élizabeth devient imprévisible.
« Shin… toi… »
« Mauvais, Aug. J'ai pas le courage de m'incruster là‑dedans. »
« Kuh… »
Aug fait une tête frustrée.
Qu'il se fasse mener par le nez par deux filles.
Mais du coup, il ne reste que des couples, et je n'ai plus ma place.
« Tant pis. Je vais tout seul. »
De temps en temps, être léger, c'est pas mal.
C'est une ville d'artisanat, dit‑on, peut‑être que je trouverai une idée pour un outil magique.
« Sh‑Shin‑dono, tout seul dans cette ville… »
« Inquiétante. Il risque d'avoir encore une idée d'outil magique farfelu. »
« Shin‑dono, retenez‑vous ! Ne volez pas le travail des artisans de la ville ! »
Aug et Élizabeth, c'est compréhensible, mais Thor qui me supplie de me retenir.
« Faites pas ce genre de tête. Je ferai attention à pas en arriver là. »
« C'est bien la preuve que vous préparez quelque chose ! »
Pas la peine de tant s'inquiéter, récemment je fais gaffe à ça.
Après avoir décidé la répartition, on a aussi fixé les modalités de regroupement.
Pendant ce temps, Thor n'arrêtait pas de me le rabâcher.
Bon, allons voir la ville.
« Alors, à plus tard, Sicily. Amuse‑toi bien. J'attends le cadeau. »
« Ah, oui ! »
« Shin‑dono ! Absolument, absolument, retenez‑vous ! »
En entendant le cri de Thor retenu par Karen, je quittai les lieux.
Bon, je vais chercher des cadeaux et des idées d'outils magiques.
« Shin‑donooooo ! »