Fu Yanci dit sur un ton boudeur : « Les vieux parlent trop et finissent par être mal vus. »
Le Doyen Chu n’eut ni la force ni l’envie de lui répondre. Il reprit son sérieux.
« Votre cas est très particulier. Récupérer aussi vite d’un accident grave laisse craindre des complications. Vous devez surveiller de près cette fièvre sans cause identifiable. Je ne plaisante pas. »
Fu Yanci tenait désormais énormément à sa vie.
Sa femme, belle comme un bouton de rose, l’attendait toujours dehors.
Il venait de l’épouser.
Il n’avait même pas encore eu droit à son brouillon de viande.
« Que faut-il examiner ? Dépêchons-nous. » insista Fu Yanci.
Le Doyen Chu ne s’attendait pas à ce que Fu Yanci accepte si facilement cette fois.
Tous les appareils furent donc remis en marche.
« Hm ? »
Le Doyen Chu arqua un sourcil, perplexe.
« Que se passe-t-il ? Comment est-ce que la puce implantée dans votre corps a changé de place ? »
« Non, elle n’a pas bougé. Il y en a juste une seconde. »
Fu Yanci prit enfin la situation au sérieux.
Il possédait bien une puce de géolocalisation sous la peau. Ça datait de ses années à l’étranger…
Mais quand l’autre avait-elle été posée ?
Et qui l’avait fait ?
« Sortez-les. » Il ne tolérerait jamais qu’on l’épie ainsi dans l’ombre.
Le Doyen Chu trouva la situation gênante.
« Les deux puces sont placées trop près l’une de l’autre. La personne semble avoir agi sciemment. Je ne sais plus laquelle est l’ancienne et laquelle est la nouvelle. »
Fu Yanci trancha sans hésiter : « Enlevez-les toutes. »
Le Doyen Chu connaissait sa double identité et s’inquiéta : « C’est sûr ? S’ils demandent des comptes là-bas… »
« Je m’en charge. » répondit Fu Yanci.
Incapable de le convaincre, il dut se résoudre à retirer les deux puces lui-même.
Fu Yanci déposa les petites pièces métalliques dans un boîtier avant de glisser le tout dans sa poche.
« À quoi sert de garder ce genre de truc ? » demanda le Doyen Chu, interloqué.
C’était sanglant et répugnant.
Fu Yanci lui lança un regard noir. « Recyclage des déchets, tu n’y comprends rien. Une fois sortis, vous saurez quoi dire à ma femme, j’espère. »
« Compris, compris. » grogna le Doyen Chu. « On verra bien comment tu t’en sors. Ta femme n’a pas l’air d’une idole facile. »
Fu Yanci le savait parfaitement.
Mais une fois l’arc bandé, point de retour en arrière possible.
Comment aurait-il pu avouer qu’il jouait la comédie depuis le début ?
Jamais.
Il devait à tout prix lui garder ce secret !
« Veille à tes paroles. » La voix de Fu Yanci trahissait une nuance menaçante : « Autrement, tes deux petits-fils en pâtiront. »
Il savait mieux que quiconque où appuyer pour trouver les faiblesses d’autrui.
Et les petits-enfants du Doyen Chu étaient sa principale vulnérabilité.
L’exécution ne s’acheva pas sous de bons augures. Le Doyen Chu le reconduisit l’air sombre.
Jiang Zao alla à la rencontre de Fu Yanci dès sa sortie. Croyant deviner son angoisse, elle le réconforta d’une voix douce tout en s’adressant au Doyen Chu qui les talonnait.
Voir la tête fermée du Doyen Chu lui serra le cœur.
Serait-il arrivé quelque chose à A-Ci ?
« Doyen Chu. » Préparée au pire, Jiang Zao garda son calme : « Tout peut partir de là. Si A-Ci souffre vraiment d’une maladie, présentez un protocole. Nous nous conformerons à vos directives. »
Le Doyen Chu poussa un soupir. « Il est bien trop capricieux. Il n’a même pas remarqué qu’il avait une éraflure. Qu’une infirmière s’en occupe plus tard. On discutera des autres résultats ensuite. Aucune complication majeure en vue. »
« Une éraflure ? »
Jiang Zao resta surprise. En observant le trajet de la marque, ses sourcils se froncèrent.
Elle s’était lavé le visage d’A-Ci ce matin même et tout était normal. Elle n’avait pas quitté son flanc depuis. Comment avait-il pu se blesser ?
À cet instant précis, le Doyen Chu fixait Fu Yanci avec une colère visiblement refoulée.
◈◈◈
Sans réfléchir, Jiang Zao fit un pas en avant et se plaça pour abriter Fu Yanci derrière elle.
Méfiante face au regard du Doyen Chu, elle ajouta : « Nous demanderons alors une infirmière seule. Excusez-nous de vous déranger, Doyen Chu. »
Protégé par sa Femme, Fu Yanci rayonnait de bonheur intérieur. Son visage reflétait exactement sa joie. Il haussa même consciemment les sourcils en direction du Doyen Chu.
Un mélange de provocation et de triomphe.
Le Doyen Chu : « … »
S’il avait commis un crime, la justice l’accable, mais merci de ne pas laisser ce couple diablement complice le tourmenter ainsi !
Il agita la main d’un geste las : « Allez, filez ! »
Jiang Zao sentait bien que quelque chose clochait chez ce directeur.
Il n’avait jamais montré un tel comportement.
Son esprit filait vers ces médecins morbides qui trafiquent des corps pour leurs expériences.
Elle ne traîna donc pas Fu Yanci voir une infirmière. Au contraire, elle entama directement les formalités de sortie pour la vieille madame Fu.
De toute façon, la vieille madame Fu restait dans le coma. Qu’elle soit à l’hôpital ou à la maison, cela changeait peu de choses.
Elle n’avait besoin que de quelques dispositifs médicaux d’urgence. Rien d’insurmontable.
Une fois les dernières démarches clôturées, Jiang Zao banda patiemment la blessure de Fu Yanci.
La plaie paraissait fraiche à première vue.
Un morceau de chair semblait avoir été arraché. Jiang Zao en pâlit de tristesse et son poing se serra.
« A-Ci, sois sage, je ferai attention. Si ça fait mal, tu peux pleurer ou crier, ce n’est pas un crime pour un petit garçon. » Jiang Zao le consola pendant qu’elle appliquait l’antiseptique.
Fu Yanci se sentit submergé de douceur.
Regarde, sa Femme s’en faisait déjà autant !
Ce vieux Chu n’était que jaloux !
« A-Ci ne pleure pas, la Femme va souffler dessus et ça ira mieux. »
Ce serait encore mieux si elle l’embrassait…
Fu Yanci en resta figé.
Vive le hasard !
Sa Femme l’avait réellement embrassé !
Bien qu’il s’agisse de son bras, c’était bel et bien un baiser !
« Les baisers de la Femme sont magiques, A-Ci n’a presque plus mal. » Fu Yanci la dévisagea avec espoir.
Ses yeux semblaient supplier : Encore, continue, donne-m’en d’autres.
Jiang Zao suspira intérieurement. Elle pencha la tête et posa ses lèvres près de la plaie une seconde fois, puis couvrit le pansement de gaze. Sa technique était impeccable et sa mise en place valait dix fois celle des infirmières hospitalières.
Fu Yanci sortit son téléphone et pris plusieurs clichés.
C’était le chef-d’œuvre de sa Femme. Il devait impérativement le conserver en mémoire.
La puissance de l’argent est réelle. Cette nuit-là, du matériel médical de précision fut livré au domicile des Fu et installé dans la chambre de la vieille madame Fu.
Jiang Zao engagea également quatre infirmières via le service Careful pour assurer des quarts continus. Quelqu’un veillerait toujours aux côtés de la vieille madame Fu.
Ses exigences envers elles étaient drastiques. Nul n’était maître de la situation puisque la vie de la vieille madame Fu dépendait de cette surveillance. Elle ne pouvait transiger.
Pendant ce temps, Fu Yanci s’était retranché dans sa chambre pour passer des appels.
L’appel provenait naturellement du Doyen Chu, furieux et sans voix.
« Que fabriquez-vous ? Vous prenez mon hôpital pour un repaire de voleurs ? »
Ils ont décampé comme des lapins. Je viens à peine de sortir d’une réunion qu’ils ont bouclé la paperasse de sortie.
Fu Yanci rayonnait de fierté. Il retroussa consciemment sa manche pour admirer longuement le pansement de sa Femme.
Dire que c’était une blessure !
C’était la médaille de l’amour.
Qui oserait prétendre qu’elle ne se souciait pas de lui ?
Cet individu était complètement aveugle !
« C’est parfait, ça fera office d’appât pour attirer ceux qui viennent espionner ma mère. J’ai hâte de savoir si c’est ma Grande Sœur, ou si quelqu’un cherche uniquement à provoquer des troubles ! »
Après s’être défoulé, le Doyen Chu ajouta : « Passe reprendre ton examen dès que tu seras libre. Et évite ta Femme en attendant. »
Devrait-on juger le syndrome du cerveau amoureux ? Et qu’on enferme vite ce Fu-Trois-Ans !