J'avais la bouche grande ouverte tandis que je fixais Wyndert, hébétée, entre confusion et choc.
Wyndert semblait lui aussi bouleversé. En tant que futur grand-duc, les gens qui mouraient étaient aussi ceux qu'il gouvernerait plus tard.
'Comment est-ce possible ? C'est la famille impériale. Peu importe à quel point ils nous détestent, les gens du territoire du grand-duché, ce sont aussi leurs sujets !'
Je ne comprenais pas, je ne voulais pas comprendre, alors je me suis serrée dans mes bras et j'ai tremblé.
On aurait dit que ma température corporelle avait chuté d'un coup.
« Ton père arrive bientôt. Il a décidé de venir après avoir statué sur la sanction et réglé l'affaire. »
« Tu dois être occupwée……. »
« Chouchou, ils essaient de t'enlever depuis longtemps, non ? Ce n'était pas la première fois, hein ? Tu ne peux pas t'y habituer. Ne dis plus de telles bêtises à l'avenir. »
« Ça…… Euh, c'est elle la coupable…… J't'ai appelé toi et papa…… alows j'croyais que wien n'awwaiwait. »
Tout était calculé. J'ai agité mes petites mains pour nier en protestant.
« Cependant……. »
« Et si c'était un mage qui avait osé tenter de t'enlever ? Et s'il s'était déjà enfui avec toi avant même que j'arrive ? »
Wyndert, qui essayait de dire quelque chose, a été coupé par la voix en colère du grand-duc.
Quand j'ai tourné la tête, le grand-duc se tenait devant la porte, le visage vexé.
« Papa, c'est pas ça……. »
« Et si cette personne était si désespérée qu'elle t'a versé du poison dans la bouche ? Et si elle t'avait mis une lame sur la gorge ? Et si tu t'étais blessée ? »
« C'est……. »
Il aurait été difficile pour quiconque de répondre correctement.
J'ai dû admettre que j'avais été un peu imprudente.
Mais si je ne m'étais pas manifestée, personne n'aurait suspecté Maîtresse Rima. Je voulais juste sauver beaucoup de gens !
« Mais gwâce à moi, t'as eu l'info, non ? »
« Que ma jeune fille déterre ce genre d'informations, personne ne s'y attendait. »
Personne n'attendrait ça d'une enfant de six ans. Mais que puis-je faire d'une information que je suis la seule à connaître ?
« Si tu avais été blessée ou que tu avais disparu……. »
Le visage du grand-duc s'est assombri instantanément. On aurait dit qu'il souffrait.
En voyant son expression, mon cœur s'est brisé. Je ne voulais pas voir le grand-duc chagriné….
'Je ne voulais pas juste sauver la majorité par imprudence. Surtout, je ne veux pas que tu souffres.'
J'ai baissé la tête et j'ai acquiescé.
« J'avais towt. »
C'était pour le bien du grand-duc, mais il a été peiné par mes actes. C'était une opération à moitié réussie.
Tandis que je gardais la tête baissée, j'ai senti un regard piquant dirigé vers le sommet de mon crâne.
Après un moment, le grand-duc a murmuré avec un long soupir.
« Viens ici. »
Quand j'ai relevé la tête et l'ai regardé, il avait les bras grands ouverts.
« J'avais towt ! »
J'ai couru vers lui et il m'a serrée dans ses bras. Dès qu'il m'a tenue, j'ai senti mes yeux commencer à piquer.
« Pourquoi elle pleure ? »
« Chut. »
Wyndert a protesté derrière moi, mais le grand-duc l'a ignoré et m'a tapoté le dos.
« J'pleuwe pas ! »
« Mais tes yeux sont aussi rouges que ceux d'un lapin. »
Wyndert ne semblait pas beaucoup croire mes paroles. Mon expression était-elle si déconfite ?
« Papa. Y a pas d'antidote, hein ? »
« Oui. »
« Alows qu'est-ce qu'on fait ? »
Le grand-duc ne m'a pas répondu. Même lui semblait perplexe quant à la façon de résoudre ça.
« Papa va s'en occuper. Tu as dû être surprise, mais tu ferais mieux de te reposer. »
« Mais……. »
« Tu veux que je te lise un livre ? Ou qu'on aille se promener ? »
Le grand-duc me l'a demandé avec un visage bienveillant.
Livre. J'étais curieuse de connaître la suite de l'histoire de Piaf, le petit cochon qui sent tout. J'ai jeté un œil aux livres rangés proprement sur la table de chevet.
'Attends, ce petit cochon cherchait des herbes médicinales en les reniflant ?'
Piaf était un personnage qui distinguait les herbes qu'il devait chercher grâce à une variété de senteurs différentes.
Douce, épicée, acide…… La trouver en la différenciant parmi les innombrables senteurs distinctes du monde.
'Le poison de Maîtresse Rima se caractérisait par son odeur sucrée.'
Alors, si je sais où elle a mis le poison, ne serait-il pas possible de le tracer grâce à son odeur et de l'éloigner des villageois ?
'S'il est difficile de tracer le poison, il faut le séparer comme on tamise.'
Ne serait-ce pas possible si je créais le tamis avec mon pouvoir spirituel ?
J'ai trouvé un moyen rapide d'isoler le poison.
Aspirer le poison avec un tube……. Ou créer un filtre pour séparer le poison….
'Elle avait du poison en réserve pour moi. Si on le trace comme médium….'
Tout comme Piaf reniflait et traquait les choses, je me demande si je peux le faire.
Je n'ai rien appris sur le pouvoir spirituel, mais j'étais convaincue que c'était possible d'une façon ou d'une autre.
Jusqu'à maintenant, le pouvoir spirituel est apparu comme je le pensais et le voulais.
'Je ne peux pas le renifler sans précaution. Sinon, il collerait à mon corps.'
J'ai sorti la fiole de poison de ma manche et je l'ai examinée.
S'il y a un moyen d'envelopper ce poison en toute sécurité et de l'extraire du corps….
« Chouchou ? »
Comme je ne bougeais pas et restais raide, le grand-duc m'a secouée, le visage complètement perplexe.
« Tu regardes quoi ? »
Je me suis mordu les lèvres et réfléchissais à un autre moyen de tracer le poison, mais le grand-duc a pris la fiole dans sa main.
'Ah… !'
En un instant, la fiole de poison a glissé de ma main.
J'ai ouvert les yeux et j'ai fixé le mouvement de ma main un instant.
'Si je l'enroule en rond comme ça… ?'
Alors que je suivais du regard, hébétée, la trajectoire de la main du grand-duc, une idée m'a soudain traversé l'esprit.
Après tout, il serait plus facile d'imaginer que la forme est ronde.
De toute façon, mon pouvoir spirituel consiste à rendre réelles les choses de mon imagination, donc cela peut prendre n'importe quelle forme tant que je me concentre et imagine en détail.
J'étais sûre que le grand-duc m'avait inspirée à cet égard.
Maintenant que je pouvais le visualiser, mes chances de succès augmenteraient.
« S'il te plaît. »
J'ai tendu la main tranquillement pour reprendre la fiole de poison au grand-duc.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« C'est un médium impowtant. »
C'était bien plus facile de tenir une pile de bois et de l'enflammer que de créer du feu à partir de rien.
Tout comme un peintre puise son inspiration dans sa muse en peignant, mon pouvoir spirituel était plus facile à activer avec une inspiration précise et un médium.
Le grand-duc, voyant mes yeux sérieux, a secoué la fiole et me l'a rendue.
'Concentre-toi !'
J'ai saisi la fiole de poison et j'ai imaginé une bille dans ma tête. Une bille qui ne pénètre que ce poison et l'emprisonne.
D'abord, les billes devaient être assez petites pour être avalées.
'J'aimerais que les billes tracent le poison comme Piaf.'
C'est juste comme Piaf qui renifle et cherche des herbes médicinales.
'Tu enroules le poison en cercle comme ça et tu l'aspires.'
Au final, il sera évacué hors du corps.
Alors que mon imagination se concrétisait, j'ai eu l'impression que mon cerveau était marqué au fer rouge.
Argh…. !
Quand j'ai rouvert les yeux après avoir soufflé bruyamment, j'ai vu de petites billes qui ressemblaient à des bulles de savon.
Les billes flottant dans l'air me semblaient très mystérieuses, même après les avoir attrapées et tenues dans mes mains.
J'en avais fait assez pour que les villageois de plusieurs villages puissent les utiliser. Alors que je me sentais submergée par les billes flottant encore dans l'air, j'avais peur qu'elles ne tombent.
Cependant, en bougeant lentement les bras, j'ai constaté que même celles dans mes mains ne tombaient pas et ne se brisaient pas.
'C'est petit et brillant.'
C'étaient de très petites billes finement ouvragées. L'intérieur était vide pour aspirer le poison. C'est pourquoi elles ressemblaient vraiment à des bulles de savon.
J'ai touché les billes transparentes et brillantes du bout des doigts. Elles étaient assez dures et ne semblaient pas près d'éclater.
« Tu as utilisé ton pouvoir spirituel ? »
« Oui. Papa, laisse-moi deswendre. »
Je devais expérimenter pour voir si ça marchait comme je le pensais.
J'ai ouvert la fiole de poison et je l'ai versée dans la tasse de thé que je buvais tout à l'heure.
On ne pouvait pas le distinguer du thé car c'était inodore et incolore.
Mais quand j'ai mis les billes dedans, j'ai vu un liquide clair être aspiré dans les bulles.
« Ce que j'ai mis dans le thé c'est du poison. Et c'est aussi ce qu'y a dans cette bille maintenant. »
J'ai mis mon doigt dans la tasse de thé et j'ai sorti les billes.
L'intérieur de la bille était transparent. Pas une goutte de thé rouge n'était mélangée.
« Ça…. »
Le grand-duc et Wyndert ont aussi raidii leur expression et écarquillé les yeux comme s'ils comprenaient le vrai sens de ce que je leur avais montré.
« Vous pouvez donner ça aux gens qui l'ont ingéré. Alows ça aspirera le poison dans leurs coawps. »
Comme je l'imaginais, il aspirerait le poison qui s'était infiltré jusqu'au fond du corps et l'évacuerait plus tard.
« Comment est-ce possible……. »
Une bille capable de distinguer le poison sans antidote.
Bien sûr, cela a été fait avec un poison précis que j'avais en tête, donc je ne peux distinguer que ce poison-là.
Quand j'ai vu que les résultats de l'expérience fonctionnaient comme je le pensais, j'ai été soulagée instantanément. J'ai eu sommeil après ça.
« Papa, fwangin…… J'ai besoin d'un panier pour les teniw. J'suis un peu fatiguewée maint'nant……. »
Je me suis mordu les lèvres et j'ai essayé d'ouvrir mes yeux qui se fermaient.
J'ai réalisé beaucoup de choses avec un médium précis, et en un instant, mon énergie s'est épuisée.
« Chouchou ! Wyndy, apporte le panier ! Appelle Baden aussi ! »
Comme j'allais m'effondrer toute seule, le grand-duc m'a rattrapée vivement. Donnant maladroitement l'ordre à Wyndert d'appeler le médecin.
« …… Papa, ça va tout l'monde maint'nant ? C'est plus diffiwiwe pouw toi ? »
Je pouvais à peine ouvrir les yeux en demandant ça, et il m'a juste fixée en silence, sans parler. Puis il a soupiré en caressant ma joue très délicatement.
« C'est ça. »
« Vwaiment… ? »
« Ce n'est plus un si gros problème maintenant donc t'as pas à t'inquiéter. »
« …… Tu vas vwaiment bien. Quel soulagement. »
Clignant lentement des yeux, la grande main du grand-duc a couvert mes paupières.
« Si t'es fatiguée, je t'emmène dans ton lit. »
« Mais…… ça……. »
J'ai lentement pointé le reste des billes non ramassées. Je devais cultiver les billes.
Elles flottent dans l'air maintenant, mais je ne savais pas ce qui arriverait si je m'endormais.
« Si tu attends un peu, Wyndy t'apportera un panier bientôt. »
Le visage du grand-duc, me regardant de haut, était déformé.
Heureusement, Wyndert est revenu tout de suite. Avec Nina portant un énorme panier.
Après ça, j'ai pu voir beaucoup de domestiques, mais je n'ai pas pu y réfléchir trop profondément.
J'ai relâché les billes dans l'air comme si je les laissais tomber, et lentement mes yeux se sont fermés, l'obscurité m'a enveloppée.