De gros coffres s'ouvrirent et déversèrent leur contenu. Il s'agissait ni plus ni moins que de pièces d'or.
La scène, rappelant une vague dorée, était presque éblouissante.
Shylock avait vécu comme marchand toute sa vie, mais il n'était pas donné à chacun de voir une telle somme d'argent.
Il dut se rappeler de garder la bouche fermée lorsqu'il se laissa distraire par les pièces d'or scintillantes. Les Winterfell avaient préparé tout cet argent en espèces ?
Juste après, une voix claire perça ses oreilles.
« Vous pouvez compter. J'ai calculé chaque sou, intérêts compris. »
——
« Que faites-vous ? Vous n'avez pas à vous soucier de savoir si nous aurons des ennuis plus tard faute d'argent suffisant… Vous pouvez compter tranquillement. »
La propriétaire de la voix était Nadia, la marquise de Winterfell.
Vêtue avec grâce, elle se tenait derrière le coffre, un air triomphant sur le visage.
Shylock, qui croisa son regard, ne put maîtriser son expression surprise.
Bien sûr, Nadia était certaine qu'il n'y parviendrait pas.
« Je ne m'attendais vraiment pas à ce qu'ils parviennent à réunir autant d'argent…… ! »
Bien que Nadia n'ait pas réussi dans l'affaire des tisanes comme prévu à l'origine, le fait qu'elle ait gagné des sommes incroyables restait inchangé.
C'était suffisant pour rembourser toutes les dettes de la famille Winterfell.
Il ne l'avait pas vu venir : Nadia gagner de l'argent avec les tisanes, ou vendre le médicament, ou rembourser ce que les Winterfell devaient.
Shylock fit signe de la main, l'air sombre.
« A-allez-y, comptez. »
« Oui, monsieur. »
Alors d'autres marchands s'approchèrent prudemment et se mirent à compter les pièces d'or.
Pendant un moment, seul le bruit du comptage et le cliquetis des pièces d'or résonna doucement dans la grande salle du château de Winterfell.
Shylock regarda les pièces en humectant ses lèvres sèches.
Combien de temps s'était-il écoulé depuis qu'ils avaient commencé à compter ?
« Il y a exactement un total de 10 087 Or. »
« 9 720 Or. Cela solderait les dettes de la famille Winterfell envers la Chambre de Creta. »
« C'est 15 770 Or ici. »
Le représentant de chaque chambre se leva de son siège après avoir reçu son argent.
La somme préparée par les Winterfell était exactement juste, sans aucun manque ni excédent.
Au point qu'on n'aurait pas pu saisir la poussière de ce qui restait.
La dette qu'ils croyaient irrécouvrable fut réglée d'un coup.
Maintenant qu'il n'y avait plus rien à rembourser, comment la famille Winterfell réagirait-elle aux affronts qu'elle avait subis ?
——
——
La grande salle, où le règlement s'achevait, était plongée dans le silence.
On n'entendait que le bruit de quelqu'un qui avale nerveusement sa salive, par instants.
Personne n'osait même penser à ouvrir la bouche, aussi examinèrent-ils prudemment les alentours.
C'est alors que la voix de Nadia brisa le silence glacial.
« Il y a des gens qui n'ont pas l'air heureux alors qu'ils ont récupéré leur argent. Vous êtes libres de vous réjouir en un jour comme celui-ci. »
« M-madame…. »
L'expression des marchands était de deux sortes — soit aussi paisible que l'océan, soit comme s'ils mâchaient quelque chose qu'ils n'auraient pas dû avaler.
Ceux qui avaient l'air de contempler leur mort étaient ceux qui, trois mois plus tôt, avaient insisté pour ne pas repousser la date d'échéance du remboursement.
D'un autre côté, les marchands qui avaient accepté la demande de Nadia semblaient un peu fiers et soulagés.
« Il n'y a aucun moyen qu'elle se venge de nous pour ne pas avoir repoussé la date de remboursement… »
« M-mais nous n'avons pas exactement tort d'avoir fait ça ! »
« Nous avions le droit d'exiger le paiement ! »
Était-ce un si grand péché de ne pas repousser la date ? Ils ne le pensaient pas.
Nadia elle-même n'avait-elle pas dit qu'elle ne les forcerait pas à accepter sa demande ?
Quelle que soit sa noblesse, elle ne pouvait pas les punir pour n'avoir pas écouté sa « demande » de reporter l'échéance.
Ils auraient dû faire preuve d'un peu d'empathie, mais ce n'était pas assez grave pour être puni.
Shylock et les autres marchands relevèrent la tête fièrement.
Ce que Nadia dit ensuite renforça leur jugement.
« Qu'est-ce que vous faites plantés là ? Je crois que nos affaires sont terminées. »
—— !
Cela signifiait qu'il n'y aurait pas d'autre interrogatoire.
Le visage de certains marchands, qui étaient sombres, s'éclaircit légèrement.
« Nous avons bien fait. C'est notre droit de ne pas repousser la date de remboursement ! »
« Même un noble ne peut pas violer ce droit ! »
Les marchands qui avaient posé leurs soucis se rassemblèrent devant Nadia, le visage plus radieux.
Ils pourraient simplement compenser le score réduit à partir de maintenant.
Mais comment le compenser auprès de Nadia ?
« Ha ha ha… Je suis resté pour vous féliciter de la nouvelle que les herbes se vendent comme des petits pains, madame. »
C'était une flatterie simple, avide.