Nadia comptait bien profiter du grand lit, rien que pour elle.
À l'opposé de ses pensées intimes, Nadia jouait l'épouse éplorée avec passion.
« Bouhou… »
« Ma… Madame ! »
La servante aida Nadia, qui pleurait en titubant.
Puis elle sanglota plus fort.
Ses cris parvinrent aux oreilles des invités dans la salle de réception.
On avait peine à croire que ce chaos éclatait dès le premier jour de leur mariage.
Le murmure des convives, qui s'était tu, recommença d'enfler.
« Oh, non. Qu'est-ce que c'est que tout ça ? »
« Ma mie, je m'en doutais quand j'ai su que le marquis épousait la jeune dame des Balazit. »
« Chut ! Taisez-vous. »
« D'ailleurs, puisque le marquis est parti, avons-nous une raison de rester plus longtemps ? Rentrons. Il est tard. »
La servante s'avança et cria :
« Conduisez Madame à la chambre nuptiale ! Vite ! »
« Ma… Madame. Entrez vous reposer, voulez-vous ? Hein ? »
« C'est ça, et le bain ! Il faut un bain chaud d'abord. Allez chauffer l'eau ! »
Dans une telle situation, il était déraisonnable de prolonger la réception.
Tandis que les invités sortaient par la porte principale, les servantes escortèrent Nadia vers la porte de service.
Enfin, cette réception infernale était terminée !
'Plus longtemps, et j'aurais eu des crampes aux muscles du visage.'
Un « vrai » sourire fleurit sur les lèvres de Nadia tandis qu'elle suivait les servantes.
Ces dernières, qui ignoraient les pensées secrètes de leur maîtresse, étaient fébriles et ne cessaient de parler.
« N-Nous allons vous préparer un bain tout de suite. Un bain chaud vous fera du bien. »
« Nous vous y conduirons. »
Nadia répondit d'une voix rauque.
« C'est bon. Je me laverai seule. »
« Mais… »
« Je veux être seule pour l'instant. »
« O-Oui… »
L'épouse répudiée dès le premier jour voulait du temps pour elle, qui oserait protester ?
Les servantes l'emmenèrent dans la salle de bain sans un mot de plus.
Lorsque Nadia y entra, la vapeur chaude lui caressa le visage.
Elle aurait voulu se réchauffer dans l'eau au plus vite, mais n'avait pas entendu la porte se refermer derrière elle.
Elle comprit qu'elles n'étaient pas encore parties et, se demandant ce qui se passait, se retourna : toutes la regardaient avec des mines apitoyées.
Pourquoi ne partaient-elles pas ?
« Madame… êtes-vous vraiment bien ? »
Nadia acquiesça d'un air triste.
« … Oui. »
La voix dans son cœur cria :
'Sortez. Sortez vite, je vous en prie.'
Si elles restaient, Nadia devait recommencer à jouer l'abattement.
Elles n'avaient aucune raison de demeurer puisque leur maîtresse les en dispensait.
Les servantes s'inclinèrent légèrement et continuèrent leur chemin.
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« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à nous appeler. »
« Merci. »
Clic.
Dès que la porte fut fermée, Nadia retira d'abord la coiffe de mariée inconfortable.
Ses cheveux, si serrés que le cuir chevelu en doulait, retombèrent sur son épaule.
Elle eut l'impression de pouvoir enfin respirer en se débarrassant de sa robe encombrante.
En entrant directement dans le bain, elle soupira doucement.
« Ahh… Enfin… »
A, E, I, O, U. Nadia étira aussi ses muscles faciaux qu'elle avait surmenés toute la journée.
Le bain chaud détendit ses muscles fatigués.
Nadia relâcha toute la tension de son corps, la nuque posée sur le rebord de la baignoire.
Juste avant de s'endormir dans l'eau, elle en sortit pour enfiler la chemise de nuit que la servante avait préparée.
Lorsqu'elle eut fini de se laver, la chambre était vide.
Les servantes semblaient avoir compris qu'elle voulait être seule.
Nadia, qui allait se coucher directement, s'arrêta un instant.
'Je suis un peu fatiguée, mais…'
Si elle voulait jouer la comédie, elle devait la mener jusqu'au bout.
Alors Nadia pleura bruyamment exprès pour que les servantes dehors l'entendent.
« Bouhou ! »
Puisqu'elle avait été rejetée par l'homme qu'elle aimait dès la première nuit, elle devait pleurer le plus tristement possible.
Nadia, qui sanglotait depuis longtemps, ne s'arrêta que lorsque sa gorge commença à lui faire mal.
'Ça devrait suffire.'
Il n'est pas facile de feindre des sanglots prolongés avec un corps affamé.
Sa gorge lui faisait mal, sa tête lui faisait mal, tout son corps était épuisé.
Nadia s'approcha vivement de la porte, la verrouilla et revint au lit.
Puis elle se pencha et tendit la main sous le lit.
Ses doigts accrochèrent un panier en bois.
C'était un panier de fruits, de viande séchée et de pain qu'elle y avait caché.
Un menu de casse-croûte nocturne qu'elle jugeait peu odorant.
« Ah, j'allais mourir de faim. »
C'était un mariage que personne ne souhaitait, mais il semblait que rentrer dans la robe soit si important qu'on les ait fait jeûner toute la journée.
Nadia grommela et croqua dans la pomme.
Lorsque la chair croquante toucha sa langue, elle eut l'impression que toutes ses frustrations s'envolaient.
Le fruit lui ouvra l'appétit pour la viande. Elle déchira la viande séchée avec avidité.
De plus, la chambre nuptiale disposait aussi d'une bouteille de vin.
Avec de la viande séchée et du bon alcool, elle n'avait pas besoin de dîner.
Miam, miam.
Le bruit de Nadia avalant la nourriture résonna longtemps dans la chambre nuptiale.
Peu après, Nadia, qui avait fini de savourer son repas, se tapota le ventre et s'allongea sur le lit.
'Wow, ce lit est vraiment moelleux.'
Glenn avait dit que la situation financière des Winterfell était mauvaise, mais il ne semblait pas au point de faire des économies sur la chambre nuptiale.
Rassasiée et assez à l'aise, elle s'endormit.
Nadia plongea bientôt dans un doux rêve.