Trouver une auberge ne fut pas facile. La plupart des gens qui faisaient la queue pour entrer dans cette ville faisaient en réalité partie de caravanes marchandes, et comme toujours, cela signifie que beaucoup de monde cherche un endroit où loger.
Je dus me rabattre sur une auberge un peu chère, qui me coûta au total six pièces d'argent pour trois jours.
« Maître, c'est bon. »
Hikari se mit à m'appeler différemment après que nous eûmes conclu le contrat d'esclave.
Je lui dis qu'elle pouvait continuer à m'appeler par mon nom, mais elle refusa obstinément. J'imagine qu'elle a ses propres règles intérieures ou quelque chose du genre. Au final, c'est moi qui cédai.
« J'espère que je pourrai cuisiner aussi bien un jour. »
« Tu y arriveras, Maître. »
« Tu n'es pas censée dire "laisse-moi faire" ou quelque chose comme ça ? »
« Chacun a ses points forts et ses points faibles. »
Est-ce une déclaration selon laquelle elle ne fera pas la cuisine…
Cette nuit-là, nous dormons côte à côte dans le même lit. En réalité, elle s'accroche à moi à nouveau, mais à ce stade j'ai l'habitude, et cela ne me rend même pas nerveux. Est-ce que c'est ça, avoir une petite sœur ? Je suis fils unique, donc je ne saurais dire.
D'après ce que j'ai entendu des autres, ça ne ressemble pas vraiment à quelque chose de bien.
Après nous être réveillés, nous prenons le petit-déjeuner et quittons l'auberge. Notre destination est la guilde des marchands.
Hikari a encore l'air endormie, même après avoir mangé, alors je la prends par la main pendant que nous marchons. Elle est probablement encore fatiguée par le voyage.
Après être entré dans la guilde, je reçois une explication à peu près identique à celle que j'avais eue à la capitale.
Une chose est nouvelle : on m'apprend que les cartes de guilde ont une fonctionnalité semblable à une carte bancaire sur Terre. Je n'en avais pas entendu parler la dernière fois, sans doute parce que c'est quelque chose qu'on explique lorsqu'on s'inscrit réellement à la guilde des marchands.
« Les frais d'inscription sont-ils prélevés automatiquement ? »
« C'est optionnel, mais la plupart des gens choisissent cette option. »
Je veux éviter d'oublier de payer et de voir la carte expirer sans m'en rendre compte.
« Les magasins où vous pouvez payer avec la carte ont une marque spécifique, alors faites attention. Mais gardez à l'esprit que les étals et ce genre de choses ne l'accepteront pas. Il vaudrait mieux avoir quand même un peu d'argent sur soi pour éviter les ennuis et les tracas. »
Je peux le garder dans la Boîte d'Objets, donc ce n'est pas grave.
J'échange trois pièces d'or en pièces d'argent, de bronze et trouées, et je les mets dans la Boîte d'Objets. Le reste est déposé sur la carte.
« Ah, et je veux vendre ça. Est-ce possible ? »
Je sors trente potions de soin, dix potions de mana et dix potions d'endurance de mon sac et les pose sur le comptoir.
« Des potions ? Bien sûr. Je vais appeler la personne responsable de ce genre de choses, alors veuillez patienter. »
L'employée part à l'arrière, et je n'ai pas à attendre longtemps avant que la personne responsable n'arrive.
« Comment vous les êtes procurées ? »
« Je les ai obtenues par une certaine connaissance pendant mon voyage. »
Je ne peux évidemment pas dire que je les ai faites.
« Elles sont plutôt bien faites. Vous vendez tout ? »
« Ah, oui. »
« Je vois. Je peux payer trois pièces d'argent pour les potions de soin, cinquante pour les potions de mana, et dix pour les potions d'endurance. Cela fait un total de six pièces d'or et trente pièces d'argent. Vous les vendez ? »
« …Oui, je vous en prie. »
« On dépose sur votre carte ? »
« Seulement les pièces d'or. »
Je récupère les pièces d'argent, et nous quittons la guilde des marchands.
« Qu'est-ce qu'il y a, Maître ? »
« Je ne connais pas les standards de valeur des potions. Tu sais, toi ? »
« Oui. Vos potions sont de haute qualité. »
« Ce n'est pas vrai. Ces potions étaient toutes de qualité légère et faible. »
« … ? De quoi parlez-vous, Maître ? Elles étaient toutes de haute qualité. »
Je ne pense pas qu'on soit sur la même longueur d'onde.
Après avoir patiemment écouté l'explication d'Hikari, j'apprends que la qualité des potions se distingue par la couleur.
Plus elles sont claires, plus leur effet est faible, et plus elles sont foncées, plus il est fort. Donc mes potions ont été achetées à un prix élevé parce qu'elles avaient toutes une belle couleur dense.
Est-ce exact ? Quand je vérifie avec Estimation, elle indique légère, faible, moyenne ou élevée. Je pensais que cela concernait l'efficacité du soin lui-même, mais est-ce que je me trompe ?
Dois-je tester ? Mais tester des potions de soin signifie me blesser et vider mes PV… Je n'ai pas envie de me faire mal exprès.
Cela veut dire que je dois tester avec des potions de mana ou d'endurance, mais elles sont assez chères. Néanmoins, je pense vraiment que je devrais tester ça.
« Maître, où allez-vous ? »
« Dans une boutique d'objets, et je veux aussi passer par une boutique d'armes. Je veux me rendre à la sainte capitale, alors il faut que je me prépare. »
« D'accord. Je veux une arme pour protéger Maître de mes mains. »
« Merci, mais ne t'acharnes pas. Je ne veux pas te voir blessée. »
« Tu serais triste ? »
« Oui. Alors assure-toi de chérir ta vie. »
« Oui. Compris. »
Je dois insister jusqu'à en devenir agaçant, sinon Hikari ne comprendra pas, vu comme elle est indifférente à son propre sort. Elle a dit oui sans aucune résistance, mais si elle avait fait la gamine récalcitrante en disant quelque chose comme "tu saoules, Maître", j'en aurais probablement pris un coup émotionnel. Est-ce que c'est ça, avoir une fille… ? Probablement pas.
Je vérifie les horaires de départ des cars hippomobiles… Et comme prévu, ils sont complets.
« Maître, on marche ? »
« Oui. Ça te va ? »
Elle hoche la tête, et a l'air gonflée à bloc.
« Demain on achètera des ingrédients pour cuisiner. Faisons le tour des étals et mangeons de bonnes choses là-bas aussi. »
« Excellente suggestion. »
Donc je ne m'imaginais pas les choses quand je pensais qu'elle est en fait un peu gloutonne.