Je suis venu ici pour chasser des loups, et maintenant je trifouille mon fusil pour essayer de me distraire de mon nervosité.
La première fois que j'ai chassé des loups, je l'ai fait par nécessité, sans même avoir le temps de réfléchir.
La première fois que j'ai combattu des gobelins, j'ai choisi de le faire, mais j'avais aussi Rurika et Chris avec moi.
Et maintenant, ce sera ma première fois face à des orques, et hélas, je suis seul. Je ne suis probablement pas prêt à affronter des orques, ni physiquement ni mentalement, mais il n'y a aucun doute que je suis ici en ce moment parce que j'ai choisi de l'être.
Lantz et les autres sont tous là où je leur ai dit d'être.
Les orques bougent à l'intérieur du bâtiment, et celui qui monte la garde dehors n'a pas l'air content. Il a l'air irrité.
Le soleil est assez haut dans le ciel, et je ne pense pas qu'on obtiendra quoi que ce soit en attendant plus longtemps.
Je pointe mon fusil vers le ciel, et juste au moment où je m'apprête à appuyer sur la détente, Map m'indique deux orques qui semblent sortir du bâtiment.
J'attends un peu, et ils sortent effectivement pour s'approcher de l'autre orque. Est-ce qu'ils parlent à celui qui fait le guet ?
Je les observe un moment de plus, mais les deux autres ne montrent aucun signe de vouloir sortir.
Il ne me reste plus qu'à avoir de la chance. J'appuie sur la détente, et le bruit du coup de feu résonne.
Les orques ont l'air surpris, et commencent à regarder autour d'eux avec prudence.
Je désactive ma Dissimulation de Présence et me montre aux orques, avant de courir vers eux, l'épée en main.
Les orques poussent un cri de guerre menaçant, que j'ignore en réduisant la distance et en frappant l'orque devant moi.
Le bruit du métal heurtant le métal résonne, l'orque ayant bloqué mon épée avec la sienne.
Je pousse vers l'avant, mais il me fait face de front. Je ne peux pas essayer de les battre par la force brute. Je ne peux pas me laisser griser par l'excès de confiance avec une telle différence de gabarit.
Je pousse à nouveau vers l'avant comme pour le repousser, mais je saute en arrière.
L'orque se retrouve à pousser dans le vide et s'incline vers l'avant. Je ne laisse pas passer cette chance, et je frappe de mon épée.
Malgré un timing parfait, la lance qui fonce sur moi sur le côté perturbe ma visée, et je ne parviens qu'à entailler légèrement la peau de l'orque.
L'autre orque attaque de l'autre côté avec une hache. En voyant cette lame épaisse, il est clair que l'affronter de front serait dangereux.
Je reprends mes distances comme si je fuyais.
L'orque entaillé se remet, regarde sa blessure, et hurle de colère.
Peut-être que les deux orques restants l'ont entendu, car ils sortent à leur tour.
Quant aux gens à l'intérieur… Ils sont tous regroupés dans un coin.
Je sors un couteau et le lance vers l'un des orques qui viennent de sortir.
Le couteau file droit vers son front comme s'il y était aspiré, mais l'orque le repousse comme s'il chassait une mouche.
Les yeux de tous les orques sont rivés sur moi, me dévisageant avec colère. Est-ce que j'ai leur attention ?
Un orque m'attaque juste après que j'ai lancé le couteau, mais je le repousse avec mon épée.
J'observe bien les orques tout en faisant attention à la distance qui nous sépare. Ils tiennent tous des armes différentes. Épée, lance, hache, massue, épée à deux mains… Les monstres ont-ils aussi des points forts et des points faibles selon les armes ?
De plus, l'un d'eux a une couleur légèrement différente. C'est une différence subtile, et je ne l'aurais pas remarquée s'ils n'avaient pas été alignés comme ça, et quand j'utilise Estimation, elle les classe tous simplement comme des orques.
Mais je remarque aussi que c'est celui-ci qui tient l'épée à deux mains, et qu'ils s'approchent de moi dans une formation bancale centrée sur cet orque.
J'engage le combat à plusieurs reprises avec mon épée, puis j'esquive et je fuis de façon exagérée. Tout pour les attirer le plus loin possible du bâtiment.
« J'y suis presque… »
Je me déplace pour intercepter deux orques qui s'approchent, et je tranche vers celui qui tient la hache.
L'orque s'y attendait et repousse mon épée, me faisant perdre l'équilibre et tomber.
C'est à ce moment que celui qui tient la massue voit une ouverture pour attaquer. Je bloque avec mon épée, un genou à terre, mais encaisser un coup comme ça m'envoie valser violemment en arrière, parce que je n'ai pas pu annuler l'élan de l'attaque.
Je me relève en vitesse et lève mon épée, et tandis que j'essaie de calmer ma respiration haletante, je regarde les orques avec crainte.
Je croise le regard de celui qui tient l'épée à deux mains, et il rit comme s'il se moquait de moi.
Je recule lentement.
« Uwaaaaaaaa ! »
Je crie, et je saute immédiatement dans la forêt derrière moi.
Pas une seconde plus tard, j'entends les orques me poursuivre, et comme prévu, Map montre que les cinq orques me chassent.
Je cours, mais pas assez vite pour les semer. C'est difficile de contrôler ma vitesse pour qu'ils ne me perdent pas, mais ne me rattrapent pas non plus…
Au son de pas, de hurlements et de rugissements furieux derrière moi, je cours et je cours et je cours.
Je vois cinq points se diriger vers le bâtiment. Ils se sont rejoints…
C'est à ce moment que j'entends le bruit de l'air fendu, et je me jette au sol après avoir senti le danger. Une lance passe juste là où était ma tête et fait trembler un arbre en s'y plantant. C'était de justesse.
Je ne voulais pas être imprudent, mais il a attaqué juste au moment où mon attention était sur la carte.
Je cours en essayant de rester concentré, slalomant entre les arbres et les utilisant comme boucliers.
Je cours pendant cinq, dix minutes, me montrant parfois pour lancer des couteaux histoire de continuer à les provoquer, jusqu'à atteindre la petite clairière vers laquelle je courais. Je me tiens près de son bord, prêt à sauter de nouveau dans la forêt si nécessaire.
Je me retourne, et j'attends que les orques sortent de la forêt.
J'utilise Map pour vérifier à la fois la position des orques et celle de Lantz et des autres. Ils se dirigent dans la direction opposée, vers le village.
La première mission a été accomplie, mais pour moi, ça ne fait que commencer.
Je prends une grande inspiration et lève mon épée. J'ai aussi mon fusil prêt à tirer à tout moment.
Je suis vraiment nerveux. Maintenant que j'y pense vraiment, ces orques ont une tête de plus que moi et des corps vraiment épais. Je tremble rien qu'à y penser.
Mais d'un autre côté, ça veut dire qu'ils sont des cibles plus grosses.
J'expire lentement la grande inspiration que j'ai prise, et je débarrasse mon corps de toute tension inutile.
Trois, deux, un… Les orques, furieux d'avoir été menés en bateau comme ça, jaillissent de la forêt.
Quand celui de devant traverse la moitié de la longueur de cette clairière, j'appuie sur la détente. Il n'est même pas à vingt mètres de moi.
Deux détonations résonnent, et l'orque s'effondre au sol avec un bruit sourd, une expression furieuse encore peinte sur son visage.