« Maître, je sens quelque chose de bon. »
Moi aussi je sens une bonne odeur venir de cet étal, mais si on achète et qu'on mange ici, les autres vont probablement être fâchés quand on les retrouvera, alors abstignons-nous. Hikari s'en sortirait probablement, mais je ne m'imagine pas échapper à la leçon pour ne pas avoir bien veillé sur elle.
« On mangera le midi quand on retrouvera les autres. Ce sera meilleur si on mange tous ensemble, non ? »
« …Oui. »
Elle m'écoute quand je lui parle comme ça. Hikari est une bonne fille.
Mais contrairement à ce qu'elle dit, elle continue d'avancer en titubant vers l'étal, alors je dois lui attraper la main pour l'arrêter. Au moins elle est de bonne humeur, vu qu'elle sourit béatement pour une raison quelconque.
« Enfin. Par ici. »
Ils nous repèrent vite, donc on n'a même pas à les chercher.
Mais Rurika, tous les regards sont braqués sur toi parce que tu cries si fort.
Hikari se met à courir et enlace Rurika.
« …J'ai faim. »
« Et tu as attendu ? »
« …Oui. »
Elle félicite Hikari, probablement parce qu'elle a su contenir son appétit d'ogre, je suppose.
« Où est-ce qu'on mange ? »
Demande Chris, et après avoir réfléchi, je me tourne vers Hikari.
Je suis son regard, qui me mène vers des étals alignés.
Les autres regardent aussi dans sa direction, et avec un soupir de résignation, on se dirige vers les étals.
Et bien sûr, Rurika tient la main d'Hikari pour qu'elle ne parte pas en courant.
Il n'y a pas tant de monde que ça, mais c'est quand même dangereux qu'elle se mette à courir soudainement. Bien que je pense qu'Hikari esquiverait probablement n'importe quel obstacle.
Une fois arrivés aux étals, ses yeux se mettent à briller et elle se met à renifler.
Et après avoir regardé autour d'elle, son regard se fixe sur une position précise.
Elle tire Rurika de ce côté, et pour une raison quelconque, la fixe en penchant la tête, perplexe.
« Bonjour, jeune demoiselle. Tu en veux un ? »
Dit la personne derrière l'étal, qui trouve la façon dont agit Hikari amusante.
« …Oui. C'est quoi, ça ? »
Demande Hikari après avoir fixé l'objet un moment.
« Tu ne sais pas ? Attends une seconde, t'es pas d'ici, hein ? »
« Oui. »
« Ça se comprend. Les étrangers sont souvent surpris par ça. C'est moi qui t'invite, jeune demoiselle. Goûte. »
Hikari l'accepte avec joie et croque dedans.
Elle mâche, et puis…
« C'est délicieux ! »
Dit-elle, et un large sourire fier apparaît sur le visage de l'homme.
« Hein ? Tu as bon goût. »
Dit-il en jetant un coup d'œil par ici.
C'est un bon commerçant. Je souris maladroitement, et après avoir demandé aux quatre autres, on décide tous de manger ici.
Certains sont un peu réticents, mais décident que ça doit être bon si Hikari apprécie autant.
« Cinq de plus, s'il vous plaît. »
« Ça arrive ! »
Une réponse vigoureuse.
Je paie et en prends un. Je croque dedans, et avec une sensation croquante, une saveur salée emplit ma bouche en même temps que la douce saveur de poisson à chair blanche.
Oui, aucun doute, c'est du poisson grillé au sel. Un entier sur une brochette.
Je me tourne sur le côté, et vois Rurika et les autres qui parlent avec des mines surprises, comme si elles ne s'attendaient pas à ce que ça ait ce goût.
Elles félicitent Hikari, et elle a l'air un peu fière d'elle.
Elles ont mangé des trucs avec la même texture que du poisson à Majolica, mais c'est leur première fois qu'elles mangent du poisson grillé.
Ça avait la même texture que du poisson, mais c'était vraiment du poisson ?
« Il a été pêché dans ce lac ? »
« Ouais. Y'a des gens qui en vivent. Et y'a plein de types de poisson qu'on peut pêcher là-bas. »
Donc ici aussi on les appelle poisson.
« Comment vous les pêchez ? »
« Y'a des petites barques pour ça. On les utilise pour pêcher, et on les laisse amarrées dans un petit coin de la ville prévu juste pour ça. »
C'est pour ça que je ne les ai pas vues.
On ne pourrait pas utiliser une de ces barques pour aller sur l'île ?
Après, on va aux autres étals sous la direction d'Hikari. Beaucoup tournent autour du poisson, mais même une carnivore comme Hikari ne repart pas insatisfaite.
« Alors, comment ça s'est passé pour vous deux ? »
Rurika et les autres nous mènent à l'auberge, et on s'assoit dans un coin de la salle à manger pour faire le point sur les infos qu'on a récoltées.
« Je n'ai pas pu avoir le fruit du laurier. J'ai demandé à la guilde, mais ils disent que ce ne sera pas facile. »
« Vraiment ? On a fait les boutiques d'objets, mais toutes ont dit qu'elles n'en avaient pas. »
« Et maintenant, on fait quoi ? »
Demande Mia, et je leur raconte ce que j'ai entendu à la guilde des alchimistes.
« Donc on va voir le seigneur féodal demain ? »
« Oui. J'ai une lettre de recommandation, et la guilde les a contactés pour dire qu'on viendrait demain. »
« Je vois. Mais… Tu ferais mieux d'enlever ce masque. »
Dit Rurika. Je vois des gens porter des masques en ville de temps en temps, mais… je suppose que je ferais mieux de ne pas le porter.
Ça n'a pas posé de problème avec le seigneur féodal de Majolica, mais c'est peut-être juste parce qu'il est le père de Leila. Cela dit je le portais aussi quand j'ai rencontré le maître de guilde, alors…
Voyons ce qu'en dit Chris, une personne cultivée avec du bon sens.
« Écoute, d'après ce que j'ai entendu en ville, le seigneur féodal a l'air lunatique. Tu feras meilleure impression sans le masque. »
Je vois… Je ne détecte aucune réaction bizarre avec Détection de Présence, et on est loin d'Elesya, donc je l'enlèverai quand on entrera dans le manoir.
« Bon, ben j'y vais demain. Et les autres, vous faites quoi ? »
« Tu devrais y aller avec Chris. Mieux vaut pas que tu sois accompagné d'esclaves. Nous, on ira acheter des consommables en attendant. »
Dit Rurika, et ça me fait réfléchir à la position de ce pays sur l'esclavage.
Sans compter que je ferais probablement mieux de ne pas emmener un grand groupe avec moi.