« ... » Rize le fixa une seconde avant de rouler des yeux. « Si tu voulais apprendre à me connaître, tu aurais pu me traiter avec un peu plus de délicatesse, tu sais ? »
« Ah, je suis désolé pour ça. Mes hommes portent leur cœur sur la main, donc tu n'es pas vraiment leur tasse de thé. » L'homme dit froidement. « Si je te laissais à eux, tu aurais préféré qu'on te loge une balle dans la tête plutôt que la crosse d'un fusil. »
Rize ne put que soupirer. 'Il a clairement pas l'intention de me laisser en vie, mais il… a aussi l'air un minimum curieux à mon sujet. Peut-être que je peux en tirer parti.' Songea-t-il.
« Je m'appelle Rize. » Répondit-il. « Puis-je connaître le vôtre ? »
« Rize ? Ton nom est bizarre. » L'homme dit en tapotant son front. « Je suis Vigil. »
« Vigil ? » Rize fronça les sourcils. « Et c'est toi qui trouves mon nom bizarre. »
« Drôle, gamin. Mais ta langue bien pendue ne te sortira pas de là. » Dit Vigil en se levant et en regardant Rize. « On t'emmène avec nous à la base, où les anciens décideront de ton sort. »
« ... »
« Tu finiras peut-être en pâture pour nos petites bêtes, ou on te laissera la vie sauve pour nous servir et nous dire ce qu'on a besoin de savoir. »
« Hein ? Je suis un parfait inconnu. » Répondit Rize.
« Ça, tu peux le faire croire à n'importe qui, pas à moi. » Dit Vigil. « On va extraire chaque bribe d'info qui traîne dans ton crâne. »
'Super. Comme si les choses n'étaient pas déjà assez splendides. Si je repars avec eux d'où ils viennent, j'ai de gros doutes sur ma capacité à m'enfuir. Il faut que je trouve un moyen de quitter cet endroit maintenant, sinon je suis bon pour l'abattoir.' Songea Rize en s'efforçant de rester stoïque et calme. 'Ou alors, si je pouvais d'une manière ou d'une autre… Attends…'
« Si tu penses vraiment que c'est la bonne méthode pour faire ce que tu veux faire… Je vais te prévenir. Après ce qui s'est passé aujourd'hui, vous et les vôtres, on vous traquera jusqu'au bout du monde et on vous chassera comme des oiseaux. Le Roi et la Famille Royale ne sont pas le genre de puissance avec qui on peut se permettre de jouer. »
« ... » Vigil s'assit en le fixant en silence.
« Même si tu me tues maintenant, crois-moi, ils vous retrouveront, et quand ce sera le cas, vous regretterez d'avoir jamais piqué la bête endormie. »
Le silence s'étira après que Rize eut fini de parler et puis… Étonnamment, Vigil éclata d'un rire froid. Ses rires étaient secs et forts, faisant frissonner le garçon. On aurait dit qu'il venait d'entendre la meilleure blague de sa vie.
« Tu crois que j'ignore avec qui j'ai affaire ? La réalité, c'est que c'est vous et les vôtres qui nous avez piqués les premiers. Vous êtes venus chez nous et vous avez essayé de voler ce qui est à nous. Vous devriez payer pour vos actes. »
« Pourquoi s'en prendre à des innocents ? Pourquoi ne pas viser la Famille Royale à la place ? Les enfants et les personnes âgées ne sont pas vos ennemis. »
« Si, ils le sont. Tu ne sais pas de quoi tu parles. Vous payez tous pour ce qu'on endure. Chaque centime que vous donnez à ces salauds pourris fait souffrir mon peuple. »
Rize fixa l'homme en silence tandis qu'il commençait à assembler les pièces. Il avait déjà eu le pressentiment que cette attaque entière était motivée par un désir de vengeance. Quelle qu'en soit la raison, ces gens portaient une rancune et ils voulaient faire payer la Famille Royale.
'Sachant qu'ils ne peuvent pas grand-chose face à l'armée ou aux Chevaliers Royaux, ils ont décidé de viser une cible plus simple mais tout aussi efficace… Les civils.' Songea Rize. 'C'est ignoble, mais efficace.'
« Tu veux attirer encore plus de malheurs sur ton peuple ? » Demanda Rize. « Maintenant que vous avez fait ça, ils vont vous faire pleuvoir l'enfer dessus. »
« Et alors ? On était déjà foutus. On préfère mourir en se battant plutôt que de leur donner ce qu'ils veulent sur un plateau d'argent. » Dit Vigil en caressant son chat. « On fera un exemple de toi et de tous ceux qui s'opposent à nous. Emmenez-le ! Je ne veux plus voir sa face pathétique. »
Rize ne put que fixer Vigil pendant que l'autre homme le traînait hors de la pièce. Mille pensées lui traversèrent l'esprit, mais il ne put en mettre aucune en mots. Sa plus grande préoccupation était de s'échapper de cet endroit avant qu'on ne l'emmène quelque part d'inconnu.
Mais être ligoté rendait toute tentative impossible. Il ne pouvait même pas libérer un seul doigt, sans parler d'une main entière. Du coup, faute de mieux, Rize décida de se concentrer sur la configuration des lieux, avec d'autant plus d'attention cette fois.
Il scruta chaque détail, chaque fenêtre, chaque porte, et chaque visage qu'il pouvait voir. Dans sa tête, il se mit à tracer une carte approximative de l'endroit. Finalement, il fut traîné à travers les portes de retour à l'endroit où il avait été enfermé auparavant.
Cette fois cependant, Rize remarqua quelque chose. Il y avait une porte particulière près de sa cellule qui était close. Mais par la fenêtre, il pouvait entrevoir l'intérieur.
'Est-ce que c'est là que ce bâtard campe ? Si c'est le cas… Peut-être… Peut-être que mon téléphone est là.' Songea-t-il. 'Si je pouvais accéder à mon téléphone, je pourrais envoyer un signal à Venera pour lui indiquer où je suis. Il me suffit de mettre la main dessus.' Songea-t-il. 'Pourvu qu'ils ne l'aient pas cassé, cela dit…'
Ses chances de retrouver le téléphone intact étaient minces, mais sans autre choix et avec peu ou pas d'autre solution, il devait parier là-dessus. Il restait un obstacle majeur : sortir de ces chaînes.
'Plus facile à dire qu'à faire, je suis putain de faible !' Il serra les dents en sentant l'homme s'arrêter avant d'attraper le bout de la chaîne et de la tirer vers la charnière qui le maintenait suspendu en l'air.
« Oh, allez, mec. S'il te plaît, remets pas la tête en bas encore. » Dit Rize. Cependant, l'homme l'ignora en continuant de le hisser.
Rize sentit le sang affluer vers sa tête, et le vertige le frappa à nouveau. Puis il regarda l'homme sortir de la pièce et fermer la porte, le laissant à nouveau dans le noir glacial.
'Merde ! Merde ! Merde !!' Maudit Rize sous cape. 'Qu'est-ce que je suis censé faire, bordel ?'
Sa panique ne fit que s'installer quand l'obscurité l'engloutit à nouveau. Il était coincé là, la tête en bas, pour Dieu sait combien de temps, sans vrai moyen de s'échapper ni chance d'être retrouvé.
Il ne lui restait qu'un sentiment de désespoir qui semblait ronger son esprit. Il essaya de rester calme et de prendre les choses posément. Il avait été professionnellement entraîné pour ce genre de situations, donc il savait que paniquer ne ferait qu'amenuiser ses chances de survie.
Aspirant une grande bouffée d'air, il ferma les yeux et se concentra sur son monde intérieur.
'Je sortirai d'ici, d'une manière ou d'une autre. Que ce soit par la force pure ou par la ruse. Je m'en sortirai.' Il se le répéta encore et encore dans sa tête, comme un mantra.
À son insu, ce qu'il allait vivre allait tout remodeler…