La requête peut paraître impersonnelle, mais au vu de la récompense colossale proposée, on peut supposer que son rédacteur est un noble voulant aider sa famille ― ou lui-même ―, peu importe le prix. Tandis que l’autre, moins onéreuse, émanerait probablement d’un roturier réunissant désespérément le moindre argent disponible.
Partant de là, une personne d’une bonté sans remparts choisirait celle-là, si ce n’est les deux. Bien sûr, en en prenant plusieurs, elle finirait probablement par s’attirer des ennuis par la suite.
『Ce n’est pas la peine d’accepter ça…』
Alors que je m’adressais à Ciel, « Toi, là-bas », quelqu’un nous interpella soudainement. Je me retournai vers l’origine de la voix et aperçus une femme de constitution robuste, vêtue à la mode des gens du commun, tenant par la main un jeune garçon sans vie.
De tous les points de vue, le garçon semblait malade ; pourquoi l’avoir traîné avec elle ? Ça va être gênant. En soupirant pour moi-même, la femme tenta de s’approcher de Ciel.
Mia s’interposa entre elles, demandant : « Quel est votre affaire ? » et la femme répliqua : « Je parle à cette fille. » Mia répondit sans flancher : « Dans ce cas, je vous transmettrai votre message. » Il sembla que la femme lâchât prise dès qu’elle entama son récit.
« Cette requête ; la petite y fixe depuis un bout de temps, donc elle doit avoir l’herbe médicinale. Je vous en prie, accepteriez-vous ma demande à ma place ? » « L’herbe médicinale ? »
Mia ignore absolument que nous observions une requête de rang A, et ne sait pas non plus de quelle herbe la femme parlait. Sa réponse n’était donc en aucun cas fausse, et je ne considère pas cela comme une grave erreur de sa part. Idéallement, Mia devrait demander à Ail ― Ciel ― si elle connaît ladite herbe, à quoi Ail opposerait un refus accompagné d’une excuse bidon, mettant fin à la discussion.
En réalité, Mia se tourna vers nous, comme pour poser une question. Cependant, la femme prit la parole avant même que Mia n’eût prononcé un mot.
« Je sais que la récompense n’est pas gigantesque, mais c’est tout ce que notre famille peut dégainer. Si nous avions eu plus de temps, nous aurions peut-être pu grappiller un peu plus d’argent. Mais ils disent que mon enfant n’a plus beaucoup de temps à vivre. Regardez-le, il souffre tant… C’est tellement un bon garçon, vous savez ? Toujours à travailler dur avec le sourire pour notre bien… »
La femme était ivre de son propre discours, et j’en avais déjà ras-le-bol. En regardant autour de moi, un tiers des gens semble compatir avec elle, un autre tiers s’en moque, et le dernier tiers est agacé, comme moi. Le personnel de la Guilde des Chasseurs semble pour l’instant rester en observation. Ils préfèrent probablement éviter les ennuis inutiles avec une cliente, dont une intervention maladroite pourrait causer la perte. Au final, la Guilde des Chasseurs ne peut exister sans ses clientes, après tout.
Pendant ce temps, Palra et Belltina arrivent à la Guilde des Chasseurs et découvrent Ailneige au centre de la tempête, visiblement interloquées. Les deux entamèrent une conversation et semblent décidées à s’approcher de nous ; j’ai donc demandé à Ciel de se tourner dans leur direction. Honnêtement, j’ai senti une présence qui pourrait rendre tout encore plus compliqué, alors je serais désolé qu’elles s’impliquent. Franchement, je n’y participerais pas si j’avais le choix, donc je veux éviter qu’elles soient entraînées dans cette histoire.
Après avoir entendu mon explication et ma demande, Ciel se tourna vers les deux, qui remarquèrent alors son regard. Elles se fixèrent silencieusement pendant quelques secondes, puis Ciel fit non de la tête. Les regards ne peuvent transmettre qu’une certaine quantité d’informations, mais elles devraient comprendre le sens de ce geste. Et visiblement, c’est le cas, mais elles hésitèrent un instant avant finalement de prendre leurs distances pour éviter d’être happées par ce bordel.
« Tu refuses alors que je t’en prie aussi sérieusement !? » 『Qu’est-ce qu’il y a eu tout d’un coup ?』 『Je me pose exactement la même question.』
La femme hurla soudain sur un ton mêlant colère et incompréhension, créant une confusion partagée entre Ciel et moi. Toutefois, j’aperçus rapidement la cause probable et la communiquai à Ciel.
『Elle a sûrement interprété ton hochement de tête comme un refus.』 『Maintenant que tu le dis, c’est plausible, mais je n’écoutais pas vraiment, donc je ne sais même pas ce que j’aurais pu refuser.』 『Elle a probablement cru qu’on ne voulait pas lui donner l’herbe médicinale.』 『Mais je ne lui ai même pas dit qu’on l’avait.』 『À son avis, nous l’avons déjà sous la main. Et certains des spectateurs qui écoutaient sont probablement sur la même longueur d’onde.』
La femme nous parla en partant du principe que nous possédions la plante, de sorte que nombre de curieux semblent nourrir la même méprise. Pour être précis, ce n’est pas vraiment une méprise, mais Ciel n’a jamais affirmé détenir le trèfle à quatre feuilles, donc ils ignorent si elle a l’objet ou non. En d’autres termes, c’est une situation de chat de Schrödinger.
Cependant, à ce stade, elle pensera probablement que nous mentons si nous nions en détenir, et au pire, elle sera convaincue seulement si nous vidons nos sacs pour preuve. Si nous étions ici en tant que ou , nous pourrions probablement la faire taire grâce à notre influence de chasseuse de rang A, mais malheureusement, nous sommes actuellement la chasseuse de rang inférieur Ailneige. Nous faisons mine d’être une noble incognito, mais nous ne possédons véritablement aucun nom de famille exploitable, donc cette logique ne fonctionne pas non plus.
Comment le dire ? Nous avons pratiquement perdu le moment où nous avons capté son attention, donc tout ce que je peux faire, c’est soupirer. À ce stade, je ne peux m’empêcher de me demander si nous ne devrions pas simplement tout détruire, mais ça poserait problème et ce serait mauvais pour l’éducation de Ciel, donc cette idée file directement à la poubelle.
Juste alors que j’envisageais de simplement ignorer la femme et de nous enfuir comme étant la meilleure option, « Puisqu’elle a besoin d’aide, ne vaut-il mieux pas lui tendre la main ? » éleva la voix un autre grand embarras.