Ruru, à qui Sora avait tendu un papier où il avait griffonné la méthode de fabrication, produisit de l'agar-agar exactement selon cette méthode et jouait avec cet objet au toucher inconnu.
Le fait qu'elle considère comme un jeu le fait d'étudier les différences de dureté selon la concentration montre à quel point la sensibilité de Ruru diffère largement de celle des gens ordinaires.
« Ruru, tu joues trop. »
« Tais-toi ! Fiche-moi la paix ! »
Absorbée, elle répliqua instinctivement à la voix venue de derrière, puis, réalisant avec retard que c'était celle de Sora, se retourna avec crainte.
Devant la porte, il se tenait les oreilles en souriant amèrement. À côté, Razet observait Ruru avec la même expression.
« Je ne peux pas te laisser faire. On n'a pas le temps. »
« Pardon. Je me suis trop investie……. »
Devant Ruru qui s'excusait sincèrement, Sora accentua son sourire amer.
S'être emportée contre un noble parce qu'elle était passionnée par son expérience, il n'y avait aucun moyen que les gens de ce monde puissent y trouver de l'empathie.
Son maître Sora bien sûr, mais tous les habitants de cette résidence Daijukan ont des personnalités trop marquées.
« Voici un cadeau pour Ruru, cette folle d'expériences. »
« C'est aussi un jouet », ajouta-t-il en pensée, et ce que tenait Sora était un minerai appelé pyrite.
Ce minerai, aussi connu sous le nom d'or des fous, possède un éclat doré et son apparence ne diffère guère de l'or. Mais sa nature réelle est du sulfure de fer, et son poids n'a rien à voir avec celui de l'or.
Cependant, c'est un minéral courant qui apparaît lors de l'extraction du fer dans les mines, et nombreux sont ceux qui commettent des escroqueries en le faisant passer pour de l'or. Les victimes ne manquent pas, mais comme la pyrite s'oxyde avec le temps et que sa couleur ternit, elles finissent par s'apercevoir de la supercherie.
C'était aussi l'accessoire utilisé dans l'escroquerie qui a conduit la compagnie marchande Wooddora à ne plus pouvoir organiser de loteries dans la capitale royale.
Quand il fit parcourir la capitale à Col, des escrocs possédant de la pyrite se présentèrent immédiatement. Comme il voulait du soufre, il avait demandé à Col de se faire avoir, mais il l'obtint si facilement que Sora en fut décontenancé.
Col, ayant réalisé qu'on le prenait pour une proie facile, s'est enfermé dans sa chambre. Il faudra plus tard lui apprendre à faire de la gelée d'agar-agar pour le remettre de bonne humeur.
Ruru fit briller ses yeux en voyant la pyrite.
« C'est ça le matériau cette fois ? »
« C'est le matériau pour la première chose à fabriquer. »
Tout en apportant une petite correction aux mots de Ruru, Sora fit le tour du laboratoire pour vérifier les instruments.
Comme matières premières, il avait fait préparer de la pyrite, de l'eau et, comme algue, du kombu.
« Pas de problème. Comme du gaz toxique va se dégager, par précaution, ouvrez les fenêtres en grand. »
Ruru se dirigea vers les fenêtres comme on le lui avait dit.
Sora fixa un tuyau fait d'écorce d'arbre au goulot du ballon où il avait jeté la pyrite. Il mit de l'eau dans un autre ballon et connecta les tuyaux entre eux.
Ruru, revenue après avoir ouvert les fenêtres, pencha la tête avec curiosité.
« Razet, brûle le kombu jusqu'à ce qu'il devienne cendre. »
Une fois les préparatifs de la pyrite provisoirement terminés, Sora donna des instructions à Razet et fit préparer un bécher à Ruru.
Pendant que tous deux transféraient dans le bécher le kombu brûlé jusqu'à devenir cendre, Sora consignait la procédure sur un parchemin. L'équation de réaction y était aussi notée, mais seuls Sora et Ruru pouvaient la lire.
« Est-ce que brûler du kombu dégage du gaz toxique ? »
Razet demanda en posant la cendre de kombu devant Sora.
« Le kombu n'en dégage pas. C'est quand on brûle la pyrite que ça sort. Et ça pue terriblement. »
Razet fit la grimace, mais Ruru afficha un air déçu.
Elle aurait voulu savoir à quelle odeur ça ressemble, mais devant la toxicité, elle n'avait d'autre choix que d'y renoncer ; Sora devina ce conflit intérieur de Ruru et sourit.
« Le gaz toxique est causé par une substance appelée soufre, qui sent l'œuf pourri. Une seule fois suffit pour que le simple mot "soufre" te rappelle cette odeur affreuse. »
Sora le dit en montrant l'équation de réaction à Ruru.
« Tu comprendras de force une fois qu'on commence », et Sora mit le ballon contenant la pyrite sur le feu.
En brûlant, la pyrite génère du dioxyde de soufre et du trioxyde de soufre.
Ces oxydes de soufre passent par le tuyau vers le ballon adjacent, réagissent avec l'eau et produisent de l'acide sulfurique dilué.
Mais les oxydes de soufre qui s'échappent légèrement puent à un point inimaginable.
Peu après le début de l'expérience, Razet s'enfuit du laboratoire.
Un peu plus tard, des membres de la brigade des flammes au nez fin, ayant détecté l'odeur suspecte, accoururent en panique. Après explications, ils montèrent la garde devant le laboratoire.
Quand Chafu, furieux, arriva, la purification de l'acide sulfurique dilué était déjà terminée, mais même Ruru n'avait plus supporté l'odeur et avait essayé d'appeler Sanya pour une ventilation magique ; or, avec son odorat exceptionnel propre aux hommes-bêtes, il n'était pas question qu'elle soit restée à la résidence Daijukan — elle s'était réfugiée dans la ville au pied de la montagne depuis belle lurette.
Au final, tout le monde à la résidence Daijukan força Sora à se tenir dans le couloir pour le gronder, et l'affaire prit une ampleur considérable.
L'après-midi, Sora et Ruru, insensibles à la leçon, reprirent l'expérience en faisant réagir de l'acide sulfurique dilué avec la cendre de kombu.
En dissolvant la cendre de kombu dans l'eau et en y ajoutant de l'acide sulfurique dilué, la couleur de la solution changea progressivement pour virer au brun.
Après avoir constaté le changement de couleur, Sora filtrer la solution pour retirer la cendre de kombu, puis chauva le filtrat.
Dans le tube à essai récupérant le gaz dégagé, un gaz violet s'accumula.
« C'est quoi ça ? »
« De l'iode. »
Sora, souriant narquoisement, enveloppa le flacon d'iode obtenu dans de la peau d'animal et le rangea dans un endroit sombre.
Comme Ruru faisait une tête envieuse, il lui tendit un parchemin où il avait noté les propriétés et caractéristiques.
Serant joyeusement le paquet de parchemins contre elle, Ruru remercia Sora.
Tandis que Sora rangeait le laboratoire, Ruru, lisant les propriétés de l'iode sur le parchemin à ses côtés, lui adressa un air satisfait.
« L'amidon, c'est à la capitale royale qu'on le trouve, c'est ça ? »
« C'est bien ça. »
Sora répondit d'un air calme.
Ruru roula le parchemin, le rangea sur une étagère et pouffa de rire.
« Je garderai le secret pour Chafu-sama. »
« Fais ça. »
Échangeant des sourires taquins, les deux ne purent s'empêcher d'éclater de rire.