« H, hein ? Mais qu'est-ce que vous faites au juste !? »
« Je suis celle qui reçoit les faveurs de monsieur Theo. La situation a changé par rapport à autrefois. Je dois impérativement chasser ces parasites qui s'accrochent à lui. »
« H, c'est indécent ! C'est répugnant, totalement répugnant ! »
Alice a eu le visage tout rouge et a protesté vigoureusement.
Voyant les villageois se tourner vers nous en questionnant sur cette scène, je me suis résolu à évoquer les Bénédictions.
« ……Je comprends, c'est donc pour cette raison. Mais je refuse de l'admettre ! C'est tout bonnement scandaleux de procéder ainsi avec cette femme de chambre et avec d'autres également ! »
« Hou là ! J-, désolé. »
Je me suis excusé brièvement.
Pourtant, Alice refusait toujours de se calmer.
« C'est malsain ! D-, alors, puisque tu y tiens autant, je peux aussi… te le faire. Voyons, je suis presque du même âge et je suis parfaitement normale ! »
« ……Hein ? Que veux-tu dire par là ? »
Face à cette proposition mystérieuse, j'ai penché la tête.
Alice ne voulait certainement pas dire qu'elle souhaitait m'embrasser, alors que diable cherchais-je à exprimer ?
« N-, non… ! Eh bien, je vais trancher : moi, je suis –––––– »
Au moment où Alice s'apprêtait à parler, une cloche a sonné à toute volée.
Curieux de savoir ce qu'il advenait, j'ai tourné la tête vers la source du bruit et j'ai vu un soldat accourir en notre direction. Des sentinelles veillaient par quart de rôle même durant le banquet. Il s'agissait très probablement de celui affecté au poste en ce moment.
« C-catastrophe ! Des monstres approchent ! »
« Quoi… ! »
Une tension palpable a traversé l'assemblée.
C'était la première fois que des monstres faisaient leur apparition si rapidement et si souvent. Le soulagement dû à la fin du combat a laissé vite place à l'inquiétude quant à une nouvelle bataille.
Néanmoins, face à une invasion de monstres, il fallait agir sans tarder. J'ai chassé mes doutes et je me suis dirigé vers le soldat.
« Merci pour ce rapport. De quelles espèces s'agit-il et combien sont-elles ? »
« Il n'y en a qu'un seul. M-mais… »
Apprendre qu'il n'y avait qu'un individu représentait une bonne nouvelle.
La consommation de munitions pour le canon magique serait ainsi réduite.
Toutefois, les paroles suivantes du soldat allaient balayer mes certitudes.
« C-, c'est un monstre terriblement massif ! On dirait qu'une montagne avance ! E-, euh… c'est une tortue. Une immense tortue noire progresse lentement vers nous ! »
Le soldat a débité ses mots avec une urgence paniquée.
Il paraissait véritablement surexcité.
En affirmant avoir vu un animal aussi imposant qu'une montagne, il était normal qu'il perde ainsi son calme. Cependant, je n'avais jamais entendu parler de créature d'une telle taille. Par quelle espèce pouvait-il bien s'agir ?
« Votre Altesse. Il s'agit très probablement d'un « Adamantortue ». »
Celle qui prenait la parole était mademoiselle Sana, une épéiste et compagne d'Alice.
Son visage affichait une gravité inhabituelle. Cette créature devait donc représenter un danger considérable.
« Je permets cette franchise malgré son caractère inconvenant. Si la bête qui approche est effectivement une Adamantortue, nous devons impérativement évacuer le village et prendre la fuite dès maintenant. Il s'agit d'un monstre de rang SS, c'est-à-dire de niveau catastrophique. Ce n'est pas une adversaire que des humains peuvent affronter. »
« ……C'est donc une adversaire de cette envergure. »
Mademoiselle Sana possédait une expérience immense en tant qu'aventurière.
Puisqu'elle tenait à le préciser, ce monstre devait détenir une force hors norme, loin devant n'importe quel dragon terrestre ou volant.
« Une fois mort, l'humain n'a plus aucun espoir, mais le village pourra toujours être reconstruit. Je vous prie donc de prendre votre décision. »
« ……Mademoiselle Sana. Vous avez raison. »
« Dans ce cas… »
« Cela dit, comptez-vous renouveler cette opération autant de fois à l'avenir ? »
« ……! »
Nous devions rester installés ici. Les gens des autres territoires n'auraient probablement pas accepté des populations habituées aux contrées septentrionales.
Étant contraints de vivre exclusivement sur ces terres, fuir systématiquement face aux invasions de monstres nous priverait à jamais d'une existence tranquille.
Bien que survivre en migrant perpétuellement restât techniquement possible, une telle existence finirait immanquablement par devenir insoutenable.
Il ne nous restait donc qu'une seule issue : tenir ferme et combattre.
« Quand pensez-vous que les monstres atteindront le village ? »
« Oui, avec cette vitesse de progression, ils devraient arriver aux alentours de midi demain. »
Nous disposions encore de plus de douze heures. Le délai nécessaire pour mettre en place une défense était amplement suffisant.
« Mesdames et messieurs, je vous prie de m'excuser d'interrompre vos festivités. Bien que vous profitiez pleinement du banquet, je le clôturerai provisoirement. Pour protéger notre village, je fais appel à votre courage une dernière fois. »
Je me suis incliné profondément en guise d'adresse.
Seul, j'aurais été incapable d'assurer la sécurité du lieu. Chaque main était indispensable.
Je craignais qu'on ne trouve barbare de solliciter à nouveau leurs bras dès la fin des hostilités, mais les habitants ont accueilli ma requête avec bienveillance.
« Laissez-nous ce soin, monsieur Teodoruff ! »
« Nous apporterons notre modeste concours ! »
« Cette victoire sera aussi facile que la précédente ! »
« Merci à tous… ! »
Tous les villageois ont hoché la tête, mais pas seulement eux : Layla, Alice et Silk ont fait preuve de la même volonté.
Cette chaleureuse solidarité m'a ému au point que mes yeux piquaient, mais j'ai refermé promptement mes paupières. Pleurer viendrait naturellement plus tard. Le moment n'était pas venu.
« Voilà donc ma décision, mademoiselle Sana. Excusez-moi, mais nous allons livrer bataille. »
« Très bien… »