Une seule charrette descendait vers le sud le chemin menant aux terres du nord.
Sur le siège du cocher de cette charrette tractant une unique caisse, un homme-renard maniait les rênes : Laurent Alopeks.
Membre de la « Besta Merchant Company », centrée sur les hommes-bêtes, il était un homme d'un talent exceptionnel qui, malgré ses vingt-deux ans, se voyait confier une grande partie des affaires de la compagnie.
Après s'être séparé du troisième prince Théodolf et avoir avancé un moment sur la route, il marmonna pour lui-même.
« J'ai entendu dire que le "prince sans talent" qui n'avait pas reçu de Gift avait été exilé dans les terres du nord, et je suis venu voir par simple curiosité... Mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi intéressant. J'ai bien fait de venir. »
Personne ne répondit à son long monologue.
Seul le bruit des sabots du cheval qui s'efforçait d'avancer sur la route mal pavée résonnait vainement.
Laurent se tourna alors vers l'arrière et s'adressa à la caisse.
« Vous pouvez parler maintenant, monsieur Crust. »
« ... Ce n'est pas comme si je me souciais du regard des gens. »
Une toile couvrant le chargement glissa, révélant un homme à la peau mate.
Ses cheveux noirs et ses yeux perçants encadraient un corps forgé par l'entraînement, marqué de multiples cicatrices de taille. Le short sword à sa hanche était impeccablement entretenu, témoignant d'un vétéran aguerri.
L'homme appelé Crust était un guerrier renommé, servant actuellement de garde du corps pour la Besta Merchant Company.
« Désolé de vous avoir fait cacher dans la caisse. »
« C'est le travail. Ça ne me dérange pas. »
Crust répondit sèchement.
Ne voulant pas laisser le silence s'installer, Laurent continua.
« Mais vous êtes doué pour effacer votre présence, monsieur Crust. Personne ne vous a remarqué. »
« Ce n'est pas vrai. La servante qui était là s'est aperçue de ma présence. »
« Hein ? Vraiment ? »
« Ah. Elle ne cessait de me diriger son intent de tuer. J'en ai eu le sang glacé. »
Crust montrait peu ses émotions.
Pour qu'il aille jusqu'à dire ça, c'est que la situation était terrifiante, pensa Laurent.
« Comme ça m'intriguait, j'ai jeté un coup d'œil à la servante dehors... Surprise. C'est "l'Épée Céleste" Layla. »
Aux mots de Crust, Laurent s'étonna : « Eh !? »
« Par "l'Épée Céleste" Layla, vous voulez dire... cette célèbre aventurière qui a gravi les échelons jusqu'au rang S en deux ans ? »
« Ouais. Je l'ai vue une fois à la guilde des aventuriers, c'est certain. Je me demandais ce qu'elle faisait après avoir quitté le métier, mais de là à devenir servante... No wonder elle n'a pas été retrouvée. »
Sa beauté et son art de l'épée hors du commun en faisaient une aventurière célèbre, enviée de nombreux gens.
Mais à partir d'un certain jour, elle disparut, et nul ne sut ce qu'elle était devenue. Jusqu'à aujourd'hui.
« Je n'aurais jamais cru rencontrer une telle célébrité. Au fait, vous pensez pouvoir la battre, monsieur Crust ? »
« Même pour tout l'or du monde, je refuse. Je n'ai pas envie de mourir dans un coin pareil. »
« ... Hô, à ce point ? »
Crust était un guerrier endurci par cent batailles.
Après avoir été mercenaire, aventurier et bien d'autres choses, il servait maintenant de garde du corps pour la compagnie.
Sa force surpassait tout au point que même lui voulait absolument éviter le combat.
« Mais qu'en est-il du prince ? A-t-il l'air utile ? »
« ... Ce n'est pas une question d'être "utile". »
Laurent repensa à ses échanges avec Théodolf.
« En discutant avec lui, j'ai eu l'impression de parler à un marchand de mon âge. Pas seulement un royal — même avec des nobles, je n'ai jamais ressenti ça. Comment a-t-il acquis cette perspective, cette rhétorique, avec son jeune âge et son éducation royale... C'est effrayant. »
Une sueur perla dans les mains de Laurent qui tenait les rênes.
« J'ai essayé plusieurs fois de proposer des conditions avantageuses pour moi. Mais il les a toutes anticipées et démontées. Puis il a pavé le chemin menant à des conditions où nous gagnions tous les deux, et m'y a fait avancer... Héhé, c'est une défaite totale. »
« Hein ? Ça avait juste l'air d'une discussion normale, pourtant. »
« Héhé, à un non-marchand comme vous, ça doit en avoir l'air. »
Bien qu'il ait été mené en bateau, Laurent ne ressentait curieusement rien de désagréable.
Au contraire, il éprouvait même de la joie d'avoir rencontré quelqu'un partageant son niveau de vue.
« ... Peut-être que ce prince s'est fait exiler exprès. Dégoûté par un royaume qui pourrit, il a menti en disant n'avoir pas reçu de Gift pour s'enfuir de la capitale. Comme ça, tout s'emboîte. »
« Je vois, c'est possible. Si c'est le cas, le prince est bien plus capable que l'actuel roi. C'est un bonheur inespéré d'avoir fait sa connaissance si tôt. »
« Exact. Pour ne pas être jetés, nous devons aussi faire preuve de sincérité dans nos relations. »
Sans que Théodolf le sache, sa cote ne cessait de grimper.
Sans se rendre compte de leur méprise, Laurent fit route vers la compagnie.