« Et voilà le rapport pour cet incident. »
« Je vois… »
Igarashi Toka écoutait les rapports des élèves dans la salle de réunion. Le contenu concernait le loup des ténèbres. Avec les informations sur les blessés, la conversation touchait à sa fin.
« Comment vont Tana-kun et Kato-kun ? »
« Ils… se reposent à l'infirmerie en ce moment… Malheureusement, ils auront des difficultés dans leur vie quotidienne à partir de maintenant… Après tout, ils n'ont plus rien sous les genoux. » L'élève qui rapportait les faits affichait une expression résignée.
Les deux élèves mentionnés étaient le duo pris dans les « ténèbres » du loup des ténèbres et sauvé par Rikka. Mais en échange de leur vie, ils avaient perdu leurs jambes. Même s'ils seraient morts sinon, ce ne serait pas facile pour eux de digérer leurs émotions.
« Je comprends. Je vous remercie pour votre rapport. »
Après avoir remercié l'élève pour son travail, elle le congédia. Dans la pièce où ne restaient que les membres du conseil des élèves, la présidente Igarashi poussa un lourd soupir.
« Tu dois être fatiguée. »
La fille à côté d'elle, qui faisait office de secrétaire, prit la parole.
« Eh bien, ce serait mentir de dire le contraire. Après tout, je ne suis qu'un être humain. »
Quatre jours depuis que le monde a changé. Elle n'avait pas dormi correctement. Le commandement global et l'opération de l'école étaient dirigés par le conseil des élèves. Bien que les décisions mineures soient laissées aux personnes sur place, les plus importantes devaient passer par elle.
Nourriture, lieux de sommeil, ressources. Il y avait tant de choses à faire. Aucune marge pour le repos. Ces derniers jours, elle travaillait au point qu'il n'aurait pas été étrange que des gens sans « Résistance au stress » et « Résistance à la fatigue » s'effondrent.
(Même ainsi…)
En classant les rapports des élèves, la présidente Igarashi réfléchissait. C'était au sujet de l'attaque d'avant.
(Il y a tellement de points qui semblent suspects)
Quand tous les rapports furent rassemblés, elle remarqua des particularités. Le monstre apparu de nulle part et disparu brusquement comme le vent. Le fait qu'il était déjà blessé avant leur combat. Le fait que le monstre a combattu seul malgré son espèce qui se déplace en meute. La liste continuait.
(Il y a de nombreuses possibilités. Mais le plus probable…)
Pendant qu'elle pensait, elle entendit frapper à la porte. Quand elle donna la permission d'entrer, un élève entra. Il portait des lunettes et semblait sérieux.
« Excusez-moi, je viens de rentrer. »
« Ah, le vice-président Miyamoto. Bon travail. »
« Ce n'était rien de gênant. Par contre, la présidente doit être épuisée… C'est quoi ces documents ? »
« Ce sont les rapports sur l'agression récente. On les classe en ce moment. »
« Laisse ce genre de choses à des gens comme moi et elle. Je pense que tu travailles trop. Fais une pause de temps en temps. » En écoutant Miyamoto, la présidente Igarashi esquissa un petit sourire. Après tout, sa secrétaire avait dit la même chose un instant plus tôt. Avait-elle l'air épuisée de l'extérieur ?
« Fufu, je ne garde que vos sentiments. Je vais bien. Après tout, je ferai une vraie pause après ça. »
« C'est une promesse. Ce serait embêtant si t'il t'arrivait quelque chose. Pour commencer, si on avait subjugué ce monstre pendant ce combat, il n'y aurait pas eu besoin de classer autant de documents et de gérer les conséquences. Mais ce Nishino m'en a empêché et a désobéi à mes ordres… C'est pour ça que les voyous sont… » « Tu n'as pas à en parler si mal. Malgré son apparence, c'est un élève capable. »
« La présidente semble beaucoup attendre de lui ? »
Miyamoto fit ouvertement la grimace face à Igarashi qui défendait Nishino.
« Eh bien, je connais Nishino et Aisaka depuis le collège. Même à l'époque, il était plutôt connu. Il faisait régulièrement premier aux examens et était toujours sérieux et actif. Il était apprécié des profs à cette époque et personne en classe ne le détestait. » « … C'est vrai ? »
Miyamoto afficha une expression incrédule. Igarashi rit en voyant son visage.
« Fufu, tout le monde réagit pareil… En parlant de ça, l'apparence d'Aisaka-san a aussi beaucoup changé. À l'époque, elle portait des lunettes et avait les cheveux noirs… comme c'est nostalgique. » « Le passé, c'est le passé. Comment est-il maintenant ? Ça ne change pas le fait qu'il fait le voyou à présent. »
« Effectivement, mais je crois qu'il ne fait que garder les apparences. Après tout, ce n'est pas si facile de changer sa nature. Je suis sûre qu'il deviendra un allié précieux en temps voulu. » « Tsu… ! P-Présidente ! Vous essayez de dire que Nishino est meilleur que moi ? Impossible ! Les voyous ne pensent qu'à eux-mêmes ! Ils sont à un autre niveau que nous qui essayons de considérer le bien-être de tout le groupe. Comme preuve, aucun des gens autour de lui n'a une bonne nature ! Il faudrait les chasser dès que possible — » Miyamoto cria de façon hystérique comme s'il avait atteint les limites de sa patience. Cependant,
« — Vice-président Miyamoto. »
Miyamoto tressaillit. Brutalement, la température dans la pièce sembla chuter au zéro absolu. Son ton était glacial. Les sourcils d'Igarashi indiquaient clairement son mécontentement.
« Je ne tolérerai plus aucune remarque qui nuirait à la réputation de mon ami. »
« Tsu…. J-je m'excuse. »
Miyamoto s'inclina docilement. C'était dû à un sens de l'intimidation accablant qui fit taire toute opposition. Voyant ça, elle sourit. Alors, la tension dans l'air se dissipa comme si elle n'avait jamais existé.
« Tu n'as pas à t'inquiéter autant. Juste parce que je crois que Nishino est exceptionnel ne veut pas dire que ma confiance en toi va disparaître. Je compterai sur toi à partir de maintenant aussi. » « Présidente… »
Juste avec ça, Miyamoto se sentit mieux. Réalisant comme il était facile de le manipuler, Igarashi rit en son for intérieur.
« Bon, mettons cette conversation de côté. Il faut reprendre le travail. J'ai une demande pour toi. »
« Quoi ? »
« Réunis des gens pour explorer les alentours de l'école. Peu importe l'importance, cherche tout ce qui semble anormal. » « … Par là, tu veux dire ? »
Comme il ne comprenait pas les vraies intentions d'Igarashi, Miyamoto demanda.
« … Je crois que l'attaque cette fois a été intentionnellement provoquée par quelqu'un. »
« Quoi- !? »
Son soupçon choqua Miyamoto et les autres membres du conseil des élèves. Un sentiment de panique se fit sentir dans la salle de réunion.
« Qu-que voulez-vous dire, Présidente ? L'attaque cette fois a été intentionnellement provoquée par quelqu'un ? »
Miyamoto répéta la phrase sous forme de question.
« Oui, quelqu'un tire les ficelles derrière le monstre… Si on considère cette possibilité, beaucoup de choses prendraient plus de sens. » « Im-impossible… une chose pareille… »
« Peux-tu dire que c'est impossible avec certitude ? Qu'il n'y a pas de compétences ou de métiers qui permettraient de contrôler des monstres ? Je ne suis pas experte dans ce domaine, mais j'ai entendu que ce genre de jobs est un classique dans les jeux. » « C'est… mais même ainsi ! Si c'est vrai, quel était le but !? Quel est l'intérêt de tendre des embuscades en contrôlant des monstres… ! » « Il y a un sens. "L'expérience". »
« E…. ? »
« Les humains gagnent de l'expérience en tuant des monstres. Inversement, ça n'a pas de sens que les monstres gagnent de l'expérience en tuant des humains ? » « C'est… possible. »
« Ce n'est que ma spéculation, mais et s'il était possible pour le contrôleur des monstres de gagner une partie de l'expérience acquise par les monstres ? » En envoyant des monstres se battre, la personne en question pouvait gagner de l'expérience à distance de sécurité. Si cette hypothèse tenait, ce serait une puissante méthode de leveling. Bien sûr, en ignorant le fait que ce type de stratégie est considérablement inhumain.
« Quoi… ça veut dire que… »
Miyamoto réalisa la gravité de la situation.
« Certainement, il y aura très probablement une autre attaque. C'est précisément pour ça que je veux une forme de contre-mesure. » « Compris. Je formerai une équipe centrée sur ceux qui possèdent des compétences de détection. »
Miyamoto fit une révérence et quitta la salle de réunion du conseil des élèves. Après avoir distribué le travail aux autres membres, elle fut bientôt seule dans la pièce. Elle réfléchissait dans la pièce remplie de silence.
(Bon alors, je devrais vérifier à l'intérieur de l'école.)
Même si elle avait donné des ordres en supposant que le coupable était un extérieur, elle croyait plus fermement en l'autre possibilité. En d'autres termes, un ennemi à l'intérieur du campus. Dans ce cas, tout le monde, y compris les membres du conseil, était suspect. C'est pour ça qu'elle n'en avait pas parlé devant les autres.
(Vraiment, je ne sais pas qui tu es, mais tu as fait un truc qui est une vraie galère à gérer.)
C'était un ennemi extérieur ? Ou un parasite dans le système ? Aucun des deux cas n'était facile à résoudre. C'était quelque chose au-delà.
(Ah, comme c'est dégoûtant. Comme c'est repoussant. Comme c'est vraiment laid. Putain de fils de pute. Sous la permission de qui essaies-tu de toucher à mes biens ?)
Un sentiment de colère monta en elle. Igarashi Toka était une dirigeante. Elle aimait subordonner les autres et les élever. Ça l'excitait toujours de voir les autres lui parler avec déférence. Il y a quelques minutes, voir Nishino obéir à ses mots avait provoqué un indescriptible sentiment de plaisir qui parcourut son corps. Cette école existait pour elle. Cette compétence, le conseil des élèves, les élèves, les évacués, ils existaient tous pour qu'elle règne sur eux. Elle était prête à s'épuiser si ça lui permettait de rester la dirigeante.
Elle croyait que c'était la responsabilité naturelle de ceux qui sont au sommet. Et précisément à cause de ça, elle haïssait voir ses sujets être ciblés. Tout devait être sous son contrôle. Les aimer, en profiter, les blesser. Un pécheur impardonnable avait sali cette sainte croyance. C'était absolument impossible à pardonner.
(Un qui contrôle des monstres… "Maître des bêtes" devrait être le terme… Je ne te permettrai pas d'atteindre tes objectifs. Je m'assurerai de te coincer.) Pendant que le feu de la rage continuait de brûler en Igarashi Toka, elle pensait aux contre-mesures pour l'avenir.