Les vacances d'hiver mouvementées se sont terminées et, depuis, des jours paisibles, sans histoire, s'enchaînent. Mon assimilation à semble bien se passer, mais il n'y a pas eu de changements flagrants. Je suis toujours moi, et ma part de « » n'a pas bougé d'un iota.
« J'en ai pas mal à porter, mine de rien. »
Aujourd'hui, c'est la Saint-Valentin. Autrefois, c'était l'usage d'offrir des chocolats à la personne qu'on aimait, mais de nos jours, on en offre aussi pour témoigner sa gratitude aux autres. Je ne fais pas exception, j'en ai fait moi aussi. J'en ai fait beaucoup, ceci dit, mais ça ne peut pas s'éviter.
« Même si je ne peux pas non plus ne rien offrir. »
Il y a beaucoup de gens auxquels je suis reconnaissante à l'académie, et je dois absolument rendre la pareille à ceux qui m'ont traitée normalement dès mes premiers jours en tant que . Ce qui a abouti à cette quantité. Je les ai faits pour qu'ils ne soient pas trop encombrants à garder.
« Je devrais être parée à toute éventualité, mais… »
J'ai l'impression qu'il y en a un qui risque de refuser le chocolat. Je ne lui réserve pas de traitement de faveur, cela dit, mais le chocolat pour cette personne sera différent des autres. J'y ai longuement réfléchi, donc il ne devrait pas être refusé. Même si ce type sera probablement farouchement contre, une fois qu'il aura compris mon intention.
« Bonjour. Pourquoi as-tu autant de choses ? » « Bonjour . C'est la Saint-Valentin, après tout. Tiens, voici ta part. »
J'ai sorti un cookie d'un sachet différent de d'habitude et je le lui ai tendu. J'ai opté pour des cookies aux pépites de chocolat pour limiter le risque de fonte dû au chauffage de la classe. Je n'ai pas fait les chocolats résistants à la fonte comme ceux du commerce, après tout.
« Tu pourrais être un peu plus dramatique, tu sais ? » « Si je ne m'en occupe pas vite, je risque de manquer de temps, tu vois. » « À combien de gens donnes-tu des chocolats ? » « À pas mal de monde. »
J'ai beaucoup de monde à servir, mais la plupart devraient être expéditifs. Le problème, ce seront ceux qui sont dans une autre classe ou ailleurs. Je n'ai aucune idée du temps que ça me prendra.
« Dans ce cas, je t'en donne un aussi… Pourquoi te mets-tu sur tes gardes tout d'un coup ? » « Juste un réflexe musculaire. »
Je me suis souvenue de mes jours à la tanière des voyous, et j'ai stoppé ma main tendue. À chaque événement, il y avait plein d'idiots qui devenaient fous. Les garçons étaient idiots, mais certaines filles étaient complètement dingues aussi.
« Concernant Mlle Isami et les autres ? » « Exact. As-tu déjà reçu des chocolats qui jaillissaient d'une boîte surprise pour la Saint-Valentin ? » « Désolée, je n'ai aucune idée de ce dont tu parles. »
On m'avait donné une boîte en me disant de l'ouvrir, et quand je l'ai fait, le chocolat m'a jailli droit au visage. Je l'ai repoussé par réflexe. Et puis on m'a traitée comme la méchante, donc qui ne trouverait pas ça injuste ?
« C'était le seul ? » « Il y a aussi eu cet idiot qui a hurlé "Accepte mon amour !" et m'a lancé une boule de chocolat grosse comme une balle de baseball. Je l'ai renvoyée droit en l'air avec mon sac d'école. » « Tu ne l'as pas renvoyée vers elle ? » « On était dans la cour de l'école, ça aurait été grave si ça avait touché quelqu'un d'autre. »
Même si je faisais des trucs stupides, j'essayais de ne pas embêter les autres élèves en le faisant. C'était probablement une considération inutile, ceci dit. Sans exception, je finissais quand même par les embêter. Ceci dit, je limitais les dégâts au minimum, au moins.
« L'as-tu attrapée quand elle est retombée ? » « Comment aurais-je pu attraper ce genre d'arme mortelle à mains nues ? C'était une boule de chocolat dur comme de la pierre, tu sais ? Elle a fait un bruit sourd et a creusé le sol en atterrissant. »
Au moment où mon sac a fait contact, j'ai senti le poids et j'ai renoncé à l'attraper. Il aurait fallu une mitaine pour réceptionner ce truc. Les élèves autour étaient même choqués. L'intérieur de mon sac était un désastre, alors j'ai exigé des dommages-intérêts de sa part. Cette idiote ne montrait vraiment aucun signe de remords.
« Comment dire ? Ça dépasse vraiment mes attentes. » « Il y a aussi eu cet idiot qui a hurlé "Acceptez, roturiers !" et a balancé une pelletée de chocolats depuis le toit de l'école. L'équipe d'intervention a agi sur-le-champ, cela dit. » « Y en a-t-il qui ont accepté ? » « Aucun des élèves ordinaires ne l'a fait parce qu'ils pensaient qu'il y avait un piège. Ce fut l'enfer pour nettoyer après. »
Les chocolats ramassés ont été jetés par la tanière des voyous. On a fourré les chocolats dans la bouche du responsable. C'était une scène d'enfer. Ceux qui ne rentraient pas ont été distribués aux garçons, et ça n'avait pas si mauvais goût, en fait. Apparemment, c'était fait maison. Si elle n'avait pas été si dingue, il y aurait peut-être eu des gens pour les accepter.
« Et du coup, à partir de l'année suivante, la classe de la tanière des voyous avait droit à une fouille des sacs chaque Saint-Valentin et tous les chocolats étaient confisqués. » « Ouais, l'école a pris la bonne décision. »
Je trouve aussi. Les chocolats confisqués étaient rendus à la grille de l'école à la sortie, donc l'école devait se dire : « Faites ce que vous voulez dehors. » C'était qui, déjà, qui s'était plaint que faire ça à l'école, c'était la partie marrante ?
« Juste par curiosité. Et pour le White Day ? » « Proportionnellement, y a encore plus d'idiots chez les mecs. Tu sais ce que ça veut dire, non ? »
Les gens de l'artisanat ne se sont vraiment pas retenus, donc je suis sûre que ce fut inoubliable pour le corps enseignant. Mais qui amène un chocolat en forme de bombe à retardement à l'école, bordel ? Le prof qui inspectait les sacs a poussé un cri et on a immédiatement chopé le coupable.
« Les profs avaient peur de ces jours-là, ils les appelaient les "Saint-Valentin pénibles" et le "White Day de la peur". » « C'était censé être des événements joyeux, comment ça a pu en arriver là ? » « Comme je le saurais. C'est la faute aux idiots qui ont dépassé les bornes. »
Grâce à ça, nous, les soi-disant gens normaux et sensés de la classe, avons dû nous démener. On a même monté une task force pour l'école, mais aucun prof ne nous a rejoints. Peut-être qu'ils pensaient qu'on était aussi assez fous, à courir partout pour punir les autres.
« C'est intéressant à entendre, mais j'ai l'impression que ça va me rapprocher encore plus de Mlle Isami. » « Tu as un problème avec Isami ? » « Juste un peu, avec son énergie et son attitude insouciante. »
Hmm, on dirait pas qu'elle déteste Isami en particulier. Tant que est avec moi, Isami sera une présence constante qui plane. finira par s'y habituer. L'énergie d'Isami traverse les gens, qu'ils le veuillent ou non.
« Je vois bien qu'elle est une bonne personne, mais je n'arrive pas à suivre son énergie sans limites. » « La plupart de la tanière des voyous sont comme ça, cela dit. »
En fait, même moi je me demande pourquoi j'ai fini par m'y habituer. Je suis plutôt quelqu'un de sensé, je suis sûre. Quand je leur ai dit ça avant, elles m'ont regardée comme si elles n'en croyaient pas leurs yeux. Pourquoi ?
« Malgré tout, ce sera une Saint-Valentin paisible pour toi cette année. Après tout, y a pas d'idiots qui feraient ce genre de trucs dans notre académie… » « Tu penses vraiment ? » « … »
Le silence veut dire oui dans ce cas, merde. Même si rien ne s'est passé l'an dernier, pour cette année, je connais déjà quelques-unes qui essaieront de faire quelque chose d'elles-mêmes. Et a déjà été exposée à la vraie nature de cette personne.
« Tu devrais pouvoir gérer. Sûrement. » « Me refiler tout ça sur le dos ne m'aide pas du tout. » « Enfin, on sait toutes les deux que tu vas quand même déclencher quelque chose. »
Je n'ai pas pu répondre parce que je savais que c'était probablement vrai. Qui sait ce qui va se passer pendant que je vais distribuer mes cadeaux ? Je peux à peu près imaginer la réaction de , mais je n'arrive vraiment pas à imaginer ce qu'elle va m'offrir, elle.
« Je pensais finir mon déjeuner vite fait et distribuer les chocolats pendant la pause déjeuner, mais… » « J'espère que tu retourneras en classe saine et sauve. » « Tu viens avec moi ? » « Tu crois ? »
Ben oui. Je sais que t'es pas du genre à te jeter au milieu du chaos de ton plein gré. Si elle avait été du genre à aimer les événements, je l'aurais eue comme coursière. Pourquoi est-ce que je dois être aussi déprimée pour la Saint-Valentin ?
« Aujourd'hui, c'est censé être un événement joyeux, tu sais ? » « Y a toujours des exceptions. »
Pendant qu'on discutait, on est enfin arrivées devant l'académie, mais c'est mon impression ou elle a l'air plus menaçante aujourd'hui ? Ceci dit, ça devrait aller mieux qu'aux temps de la tanière des voyous. Il faut que je pense positif, sinon je n'y arriverai pas.