C'est considéré comme un abandon de poste, après tout. Même si c'est la protégée elle-même qui a semé ses gardes, le résultat est le même. Les détails exacts n'ont pas d'importance. D'ailleurs, avec autant de familles présentes, elles ne peuvent pas se permettre de faire figure de imbéciles.
« Je prêterai main-forte si quelque chose arrive. Surtout avec Hadzuki et Shimotsuki. Tiens, Fumidzuki pourrait même partir en vrille. » « C'est pratiquement tout le monde, ça ! »
Maintenant que tu le dis. Je suppose que le seul à peu près correct, c'est Nagatsuki. D'ailleurs, je ne les ai jamais invitées auparavant, alors elles doivent être aux anges. Vu que je vis une vie de roturière et tout.
« On dirait que tu as tiré le mauvais lot. » « Je contacterai chaque personnel désigné pour saluer leur protégée. » « Bon courage. Cela finira probablement en pure perte, ceci dit. »
Il n'y a aucune chance que le personnel assigné ignore la personnalité de sa protégée. Au final, c'était un piège. La première à arriver, c'est assurément la résidente de la chambre, moi. Alors pourquoi ne pas confier l'escorte de tout le monde à la première venue ? Ça a dû se passer comme ça.
« Bon, on est arrivées. Bonne chance, Akira. » « Je t'en prie, . Contacte-les d'une façon ou d'une autre et dis-leur de ne pas- » « Impossible. »
J'ai claqué la porte sans pitié. D'ailleurs, ce sont des gens qui pensent qu'il serait amusant de faire exactement ce qu'on leur interdit. Cela aura définitivement l'effet inverse. Maintenant, place au changement et aux préparatifs.
« Misaki, s'il te plaît. » « Bien sûr, ma demoiselle. »
J'ai déjà nourri Misaki et l'ai fait attendre dans ma chambre. Je ne lui ai pas donné trop de gâteaux, mais je lui ai accordé d'autres permissions. Comme le visionnage libre de la télévision. Grâce à cela, j'ai pu me changer rapidement.
« Comment s'est passée la soirée ? » « Étouffante. En plus, on m'a traitée comme une aire de repos. C'était plus confortable, ceci dit. »
Pas besoin de bouger, pas besoin d'interagir avec des gens qu'on ne connaît pas. Discuter avec des amies ne pèse pas sur mes épaules et il n'y a pas à se soucier de ma responsabilité envers la famille, donc c'est confortable. J'admettrai qu'un espace de repos est nécessaire, mais pas que ce doive être moi.
« Mademoiselle est excentrique comme d'habitude. » « J'en ai conscience. »
Vu ma situation. Je suis une existence bizarre, donc il n'est pas anormal que mes actes le soient aussi. Même si c'est bizarre de le dire moi-même. Bon, j'ai fini de me changer, passons aux préparatifs.
« Misaki, qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? Que tu restes ici ou pas n'a pas grande importance. » « Cruelle comme toujours. Dans ce cas, je pars sur-le-champ. » « Et tes raisons ? » « Je préférerais vraiment éviter de me faire commander par les gens des douze familles. En plus, je ne veux pas me retrouver là où de tels individus sont rassemblés en si grand nombre. »
Une raison valable. Si je n'étais pas concernée, je ne resterais probablement pas non plus. De plus, en tant que quelqu'un qui connaît la vraie nature de tout le monde, je m'enfuirais à toute vitesse. Cette fois, par contre, je suis complètement embarquée. Une fois empoisonnée, on boit la coupe jusqu'à la lie.
« Si ça part trop en vrille, je te demanderai d'aider la prochaine fois, alors merci d'avance. » « Je décline respectueusement. »
Pour l'instant, rien n'est prévu pour une prochaine fois, mais je dois me concentrer sur le présent. Ce n'est pas comme si je pouvais anticiper les actions de tout le monde, après tout. D'ailleurs, si quelqu'un en est capable, j'aimerais le rencontrer. Quoi qu'il en soit, quel que soit le refus de Misaki, j'ai bien des moyens de la faire obéir. C'est une arme à double tranchant, ceci dit.
« Bon, faisons chauffer la marmite. » « Eh bien, permettez-moi de me retirer. »
Avec ses manières parfaites, elle joue vraiment le rôle de la servante idéale, alors je me demande vraiment pourquoi elle est comme ça à l'intérieur. Enfin, ce n'est pas comme si j'avais le droit de juger. Assez parlé de ça. J'enfile mon tablier et allume la cuisinière. Je vais faire une salade aussi.
Alors que j'allais commencer à cuisiner après avoir sorti des légumes du frigo, une salve de sonnettes retentit soudain. C'est agaçant, mais je sais exactement qui tenterait un coup pareil.
« Fermez-la ! » « Eh bien, je me disais que c'était un cliché et tout. »
J'ai ouvert la porte violemment et là, en robe, se tenaient Aya et Rin. Ainsi qu'Akira, l'air épuisée. Comme je le pensais, elle n'a pas pu s'échapper. Mes condoléances.
« Pour l'instant, entrez. Vous allez faire tache habillées comme ça. » « C'est vrai. Ne t'inquiète pas, on a apporté des vêtements de rechange. » « Pardon pour l'intrusion. »
Donc c'est des vêtements dans ces sacs en papier. Ceci dit, vu comme ça, vous avez les mains sacrément chargées. Qu'est-ce qu'elles ont apporté d'autre ? Elles ne vont pas fourrer leur robe dans le sac en papier, si ? Aya pourrait le faire, par contre.
« Ohh, comme attendu de . Vraiment bien rangé. » « Changez-vous avant que les garçons n'arrivent. Je serai juste dans la cuisine, alors appelez si vous avez besoin de quelque chose. » « Ayé, c'est noté ! » « Grande sœur Aya, pourquoi tu ne commentes pas là-dessus ? »
Eh bien, c'est parce qu'elle a senti par instinct qu'on se ressemble. Et tout ce qui a changé, c'est ma façon de parler, je continue d'agir pareil. Contrairement à Aya qui se change prestement, Rin est toujours perplexe.
« Changer de ton, c'est encore mignon comparé à moi. Regarde un peu comment je suis. » « C'est vrai. D'une manière ou d'une autre, ça a du sens. »
Tu trouves vraiment ça normal, petite sœur ? Pareil pour toi, Aya, avec ton auto-dénigrement. Si tu en as conscience, essaie au moins de te contrôler. Puisque tu me causes des ennuis sinon.
« C'est quoi le dîner ~ ? » « Vu qu'on est nombreuses, ce sera du curry. Et de la salade en accompagnement. Pour la vinaigrette, choisissez ce que vous voulez. »
La vinaigrette n'est pas faite maison, ce sont des bouteilles du commerce. Je ne pense pas avoir assez de temps si je m'y mets aussi. Et j'avais raison, vu que les Shimotsuki arrivent si tôt.
« Quand même, tu n'as pas pu te changer avant de venir ? » « Bah, je me suis dit que ça ferait gagner du temps de venir direct. Donc on est venues après avoir acheté quelques trucs. » « On a attiré tous les regards en robe dans le combini. »
Normal, hein. À cette heure du crépuscule, quelqu'un avec une robe visiblement chère qui entre dans un combini, c'est franchement bizarre. Moi, je ne fais jamais ça.
« J'ai acheté plein de grignotines, donc pas de souci. » « Donc Hadzuki s'occupe des boissons ? » « Laissez le port de charges aux hommes. Il va forcément apporter plein de trucs, tu ne crois pas ? »
Il a ses costumes noirs pour les faire bosser, après tout. Tiens, ils pourraient même assumer les fonctions de gardes du corps à eux tous seuls. Il y a des gens qui déconnent, des gens en costard noir, on a une belle variété ici.
« Ceci dit, de tous les trucs, ton changement de vêtements, c'est un survêtement ? » « Pourquoi pas ? Avec toute la sécurité autour, je serai probablement pas vue de toute façon. » « Tu le porterais même sans la sécurité, de toute façon, non ? » « Bah, ouais ! »
C'est pas là que je voulais ton accord. En plus, même Rin porte un survêtement. C'est vraiment okay ? Que des filles de riches portent un truc pareil ? En plus, c'est même pas chez elles.
« Tu as vraiment lâché la bride, hein. » « C'est pas pareil pour toi ? Vivre seule à ton âge, normalement ce serait pas permis. C'est mon rêve, cela dit. » « J'admettrai que c'est confortable. Mais vu la raison, je peux pas en être honnêtement heureuse. » « J'ai entendu dire que t'avais été virée de ta famille, mais j'arrive vraiment pas à l'imaginer. » « Normal, puisque vous ne connaissez pas l'ancienne moi. Hein, Aya ? » « La d'avant était vraiment horrible, après tout. Plus important, j'ai faim ! »
Tu fais pas un peu trop décontractée ? On dirait que tu traites cet endroit comme ta propre maison. Si toute la famille est comme ça, qu'est-ce qui se passerait si le reste se réunissait ? Je n'arrive vraiment pas à l'imaginer.