Après m'être fait déposer à l'école en voiture, je claudique jusqu'à la salle de classe comme hier. Le professeur m'a proposé son aide, mais ce serait fâcheux qu'on voie une élève et un professeur trop proches en public, alors j'ai poliment décliné.
À l'école, on me voit toujours comme la même , alors il y aura forcément des gens pour se faire de drôles d'idées. C'est pourquoi j'ai besoin de prendre des précautions convenables.
« Bonjour…… Il y a un problème ? »
En entrant dans la salle, je vois mes camarades rassemblés autour de ma place. Et à leur air sombre, je comprends qu'il s'est passé quelque chose de fâcheux. La suite d'hier, donc. J'imagine qu'il y a encore un vase de fleurs.
Et en voyant ce qu'il y a sur mon bureau, je reste sans voix.
« Là, c'est… plutôt dur…… »
Les affaires volées hier sont revenues. Sauf qu'elles sont toutes détruites. Ma précieuse montre a le cadran fracassé et les attaches tordues : on a dû la fracasser au marteau. Mon téléphone, sans doute jeté de haut, a le châssis démoli et l'écran fendu.
Mon portefeuille, mon sac et mes livres semblent avoir été tailladés au couteau. Ma clé de chambre est carbonisée. Tous, méconnaissables.
« C'est vraiment trop cruel. »
La voix d' résonna dans la salle silencieuse. C'est vraiment cruel. Et puis, d'après les souvenirs de , je ne me rappelle rien qui aurait pu susciter une rancune à ce point. Il n'y a eu aucune situation où elle aurait totalement détruit la vie de quelqu'un. Bref, on peut dire que le coupable se lâche, tout simplement. Ma réaction est si intéressante que ça ?
« Allez, tout le monde. La séance de vie de classe va commencer, ne vous occupez pas de moi et allez vous asseoir.
— Mais !
— Ça va, je vais bien, d'accord ? »
Ma voix s'est faite de plus en plus petite. Pour être honnête, j'ai vraiment envie de pleurer. Il aurait mieux valu qu'on ne me les rende pas. En touchant la montre désormais immobile, ses fragments se détachent.
Elle avait vraiment beaucoup de valeur pour moi. C'est comme si on l'avait détruite sous mes yeux. Ah, j'ai sérieusement envie de hurler et de pleurer. Malgré tout, je ne peux pas inquiéter mes camarades. Si je m'effondre, ce serait dur pour eux aussi.
C'est pour ça que je vais le cacher pour l'instant. Effacer mes expressions. Faire comme si de rien n'était. C'est tout ce que je peux faire pour le moment.
« Vous autres, il s'est passé quelque chose ? »
Avant que j'aie pu ranger, le professeur est arrivé. Mais personne n'a répondu à sa question. Ils ne doivent pas savoir comment. Est-ce par égard pour moi ou parce qu'ils ne veulent pas être mêlés à ça ?
Du coup, je désigne en silence les débris qui occupent mon bureau.
« C'est…… Qui est arrivé le premier en classe ?
— Professeur . Même si vous leur demandez, ils n'en auront sans doute aucune idée. C'était probablement déjà comme ça avant leur arrivée. »
Je vois l'un des garçons hocher la tête. Le coupable est venu plus tôt que tout le monde et a éparpillé sur le bureau les objets volés et brisés. C'est pour ça que personne n'a pu le voir faire.
« N'empêche, c'est vraiment abject. , ça te va de laisser passer ?
— Comme si ça pouvait me convenir. Mais il n'y a aucune preuve solide, donc on ne peut rien faire. Même s'il y avait des témoins, ça ne serait sans doute pas cru.
— Tss, c'est écœurant. Les témoignages en ta faveur seront traités soit comme des inepties, soit comme le résultat d'un chantage, hein. »
Le fait que cela puisse arriver rend la chose délicate. Imaginons que quelqu'un témoigne avoir vu telle personne le faire. Alors celui qui témoigne sera traité comme si avait quelque chose contre lui ou l'avait fait chanter.
À l'inverse, si la personne qui l'a fait affirmait que l'y avait poussée, on la croirait sur parole. On parle tout de même de la fille de la famille . Elle a sans doute déjà tout préparé pour ce genre de choses.
C'est pour ça qu'il me faut une preuve inattaquable, irréfutable.
« Désolé, . Ça t'ennuie si je garde tout ça ?
— Du moment que ce me sera rendu, allez-y. »
Je ne sais pas à quoi il va s'en servir, sans doute comme preuve de destruction de biens. Cela servira peut-être à évaluer le montant hypothétique du préjudice. Mais s'il vous plaît, rendez-moi au moins la montre.
Elle est peut-être encore réparable.
Cela dit, vu l'état, elle ne pourra sans doute jamais retrouver son état d'origine.
« , aujourd'hui, toute la journée, quoi qu'il arrive, endure.
— …… Compris. Je le ferai. »
En entendant ce qu'il m'a chuchoté, j'ai instantanément compris le plan du professeur et j'ai hoché la tête. En clair, le proviseur et le professeur comptent m'utiliser comme appât pendant qu'ils réunissent des preuves solides. Cependant, cela requiert mon consentement.
Je n'aurai qu'à tenir bon jusqu'à ce qu'ils trouvent une preuve dont l'autre partie ne pourra pas se dépêtrer.
« C'est l'heure de la vie de classe ! Rien de particulier au programme aujourd'hui ! Cependant, attention aux accidents dans les escaliers. Quelqu'un est justement tombé de l'un d'eux hier, vous savez. »
En entendant cela, les regards se sont tournés vers moi. Oui, je traînais la jambe en entrant en classe, ils sont donc forcément au courant. Quand j'ai esquissé un sourire crispé, tout le monde a eu l'air gêné, mais aucun d'eux n'a détourné les yeux.
Honnêtement, c'est très gentil de leur part.
« Fin de la vie de classe !…… Vous autres, je compte sur vous. »
Cette dernière phrase n'était pas une annonce, mais plutôt une prière. Il veut sans doute leur demander de me protéger un minimum pour qu'il n'arrive rien pendant les cours, mais je ne pense pas que suffisamment de temps se soit écoulé pour que ces mots trouvent un écho chez eux. Mes camarades n'ont pas encore bien pris ma mesure.
Certes, je me suis bien tenue ce dernier mois et je suis devenue plutôt inoffensive tant qu'on ne me provoque pas. Mais l'impression laissée par ce que a fait doit rester forte.
« , tes blessures, ça va ? »
Il y a exactement une personne qui a cessé de me voir comme la même .
« Non, mais ne t'en fais pas pour moi, . Ça devrait guérir vite avec du repos.
— Tu ne te l'es pas fait toi-même ?
— ! »
En entendant ce qu'a dit la personne assise devant nous, a haussé la voix. Il n'aurait vraiment pas dû dire ça, vu sa réaction paniquée, mais ce qu'il a dit est l'avis de la classe. Autrement dit, ils me soupçonnent d'être tombée exprès dans les escaliers pour attirer la pitié.
Alors qu'en vérité quelqu'un m'a poussée dans le dos, me faisant perdre l'équilibre ; franchement, dire ça ne convaincrait pas grand monde.
« Pensez ce que vous voulez. Alors ne vous occupez pas trop de moi.
— O-ouais. Je vais faire ça. Alors tiens-toi bien, toi aussi.
— , imbécile !
— , ce n'est rien. Ça ne me dérange vraiment pas, alors ne sois pas trop dure avec lui. »
C'est assez indirect, mais il a l'air de se soucier de moi. En plus, en regardant discrètement autour de moi, je vois qu'il y en a quelques-uns qui me regardent avec inquiétude, ce qui montre que ce que j'ai fait jusqu'ici n'a pas été vain.
Cela dit, qu' l'appelle par son prénom, je me demande comment ils se connaissent.
« , ça fait longtemps que et toi vous connaissez ?
— C'est ça. Je suis amie d'enfance avec cet idiot.
— Qui tu traites d'idiot ?
— Bah, tu es un idiot. Et puis tu as eu des notes en rouge au dernier contrôle, non ? Ta famille s'en est lamentée.
— Gack, c'est vrai. Mais d'abord, toi aussi tu as tes matières faibles. Pourquoi tes notes étaient bonnes juste cette fois ?
— Fufufu, tout ça grâce aux notes de . Sans ça et sans la séance de révisions, ça aurait été chaud. »