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The Tyrant's Tranquilizer

Chapitre 78 : On ne met pas de laisse à un empereur

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Chapitre 78

Chapitre 78 : On ne met pas de laisse à un empereur

Chapitre 78/78100%~11 min de lecture2 079 mots

« Je le fais. »

« Oui. »

Comme Amelie récitait la formule, il y eut un claquement sec et Serwin fut pris de vertige. Tandis que son champ de vision s'abaissait, il éprouva une sensation inconnue au niveau des hanches. Il semblait lui être poussé une queue frétillante.

« Oh ! »

Amelie était émerveillée. La magie de transformation avait réussi. Serwin était devenu un très beau chien. Il avait la carrure et l'allure d'un berger allemand ou d'un dobermann, et son pelage était noir et luisant.

« Les beaux garçons restent beaux même changés en chien. »

Wouf !

La queue de Serwin tourna comme une folle.

« Ça te fait plaisir, les compliments ? »

Amelie sourit et tapota le dos de Serwin.

Ses yeux dorés étaient les mêmes que sous forme humaine, mais il était moins intimidant sous celle d'un chien.

'Ou alors c'est parce que sa queue tourne comme un moulin à vent.'

Serwin tourna et retourna sur lui-même pour examiner son propre corps. Transformé en animal, il percevait aussi le monde différemment. Sa vue devenait un peu trouble et les couleurs lui paraissaient étranges, mais son odorat et son ouïe semblaient s'être aiguisés.

'L'odeur d'Amelie est devenue plus forte.'

Serwin enfonça son museau contre le corps d'Amelie. Il eut envie de lui sauter dans les bras.

'Je ne peux pas faire une chose aussi honteuse.'

Son corps, pourtant, suivit fidèlement son instinct.

Il se cogna contre Amelie, sautilla, et finit par tomber dans ses bras. On aurait dit un vrai chien, et Amelie éclata de rire.

« Il faudrait garder ça en vidéo. Ah, quel dommage. »

Amelie serra Serwin contre elle et le caressa. C'était agréable de le tenir dans ses bras, parce qu'il était grand.

Serwin battit lentement des paupières. C'était si confortable et si douillet qu'il commença à s'endormir.

'Je ne peux pas dormir.'

Mais ses yeux se faisaient de plus en plus lourds. Il n'avait pas bien dormi depuis plusieurs jours, et la tentation du sommeil était trop forte pour lui.

Il s'étira de tout son long.

« Tu as sommeil ? »

Il secoua la tête.

« Si tu as sommeil, dors donc. Pourquoi t'accrocher ? »

Amelie caressa le cou de Serwin.

'Je... je ne peux pas...'

Il aurait été bon de s'éloigner d'elle, mais c'était trop agréable pour cela.

« C'est bon, c'est bon. Allongeons-nous. »

Amelie leva le sort en installant Serwin sur le lit. Redevenu humain, Serwin se retrouva couché bien sagement, comme s'il lui restait quelques instincts de chien.

« Amelie... »

« Oui, oui. Je vais dormir aussi. »

Amelie s'allongea à son tour à côté de Serwin. Il se tourna vers elle et la prit dans ses bras. Puis il posa son front contre le sien.

'Tu recommences. Est-ce que ça devient une habitude de sommeil ?'

C'était un peu inconfortable, mais elle ne détestait pas. Amelie trouva une position confortable au creux de ses bras. Les bras de Serwin étaient larges, et il la serrait si souvent qu'elle s'y était vite habituée.

« Bonne nuit. »

Serwin hocha la tête en guise de réponse. Peu après, on entendit une respiration paisible.

'Je n'aurai pas le choix, il faudra écrire une lettre à la marquise Lewin demain. Ah, il faudra ajouter que le chat se porte bien.'

Amelie, qui songeait à ce qu'elle allait écrire dans sa lettre, s'endormit bien vite.

...

Quand la marquise répondit avec joie qu'elle viendrait au palais impérial, le palais d'Amelie se mit en branle pour préparer un thé.

Elle ne pouvait pas s'en tenir à quelque chose de simple sous prétexte qu'elle avait envoyé une lettre disant qu'elle voulait bavarder autour d'une tasse de thé.

Les serviteurs redoublèrent d'efforts, car l'invitée était la marquise et il ne fallait pas qu'on pût dire que le palais impérial était en retard sur une maison noble.

Pour obtenir un rendu naturel, sans excès, on décora partout de vraies fleurs, et l'on choisit avec soin la vaisselle et le linge assortis. Il est plus difficile de montrer discrètement sa richesse, et même Madame Enard en souffrit quelque peu.

Caroline et le personnel du vestiaire de Monet vinrent le matin apprêter Amelie.

On donna du volume à ses cheveux en accentuant les boucles, et les mèches latérales furent réunies en deux demi-queues. Une petite barrette en forme de fleur les maintenait.

La robe était rose pâle, d'une coupe mignonne avec un ruban noué sous les manches bouffantes. La jupe s'évasait largement en ligne A, et un ruban à la taille en soulignait la finesse. Des fleurs blanches étaient brodées sur le tissu, ajoutant au charme.

Amelie, ainsi vêtue tout en douceur, restait sans cesse accompagnée d'un chien noir.

'Personne ne sait que c'est Serwin.'

Hormis Amelie, Milena et Madame Enard, personne ne savait que Serwin s'était changé en chien ; pourtant, chose étrange, les gens le craignaient même sous cette forme. C'était une telle agitation qu'il était difficile de simplement rester assis.

'Il n'y a qu'à mes yeux qu'il est mignon.'

Il se tient tranquille et remue la queue. Qu'y a-t-il d'effrayant là-dedans ? Amelie ne comprenait pas.

« Mademoiselle Amelie, la marquise a franchi la grande porte. »

La servante annonça la nouvelle. Elle ajouta, l'air fort ennuyé :

« Mais elle vient accompagnée de la jeune dame Serina. »

« Pourquoi est-elle venue ici ? »

Madame Enard et Milena firent la même grimace au même instant.

Amelie avait été humiliée au thé de Renia. Serina, qui s'y trouvait avec elle, s'était montrée hostile à son égard.

« Je n'ai pas eu les détails, mais il semble que la jeune dame Serina ait forcé sa mère à l'emmener. On voyait bien que la marquise était mal à l'aise. »

La voix de la servante faiblit peu à peu dans cette atmosphère intimidante.

« Qu'est-ce qu'elle veut, la jeune dame Serina ? »

« La marquise Lewin n'avait-elle vraiment pas le choix ? Ou bien les deux auraient-elles préparé quelque chose ensemble ? »

Madame Enard et Milena avancèrent plusieurs hypothèses pour soulager un peu leur malaise diffus.

« La marquise vient me remercier : que pourrait-il bien arriver ? »

Amelie sourit et parla d'un ton léger, mais au fond d'elle, elle craignait que Serwin ne morde la jambe de Serina.

« Allons d'abord les accueillir. Madame Enard, préparez aussi un couvert pour la jeune dame Serina. »

« Oui, j'ai compris. »

« Voyons donc quel tour elle nous prépare. »

Milena se tenait prête, décidée à ne rien laisser passer.

...

Quand Amelie arriva au salon, la marquise Lewin et Serina, qui attendaient, la saluèrent.

« Merci de m'avoir invitée. Il n'était que juste que je remercie ma bienfaitrice en personne. »

La marquise Lewin fléchit les genoux pour saluer Amelie.

« Je vous ai invitée de la façon qui m'était la plus commode. Je suis désolée de vous avoir fait sortir alors que vous n'étiez pas bien. »

« Non, grâce aux bons soins de mademoiselle Amelie, je vais très bien à présent. »

La marquise Lewin avait dit cela en souriant. Ses joues étaient pâles et son expression voilée. Elle allait un peu mieux que le jour où elle s'était effondrée, mais elle paraissait encore malade. Elle portait une cape épaisse et une écharpe de fourrure. Il faisait pourtant très doux, et elle était un peu trop couverte.

'Vous devez être fragile de constitution.'

Quand elle pensait à la marquise Lewin, elle imaginait quelqu'un de cruel et de retors ; c'était exactement l'inverse dans la réalité.

« Excusez-moi, madame la marquise, mademoiselle Amelie. »

Serina intervint prudemment. Elle se montrait très circonspecte, consciente de n'être pas en position d'intervenir.

« Ah, vous connaissez bien la jeune dame Serina, n'est-ce pas ? Je comptais venir seule, mais la jeune dame a voulu m'accompagner... »

La marquise Lewin leva les yeux vers Amelie. Elle paraissait très embarrassée. Serina reprit la parole, lisant son embarras.

« Je suis désolée de m'immiscer dans votre entrevue. Je ne peux entrer au palais impérial qu'accompagnée de mon frère cadet, mais je voulais absolument rencontrer mademoiselle Amelie. »

Serina se força à sourire. Elle aussi semblait très mal à l'aise et gauche dans cette situation.

'Pourquoi teniez-vous tant à me rencontrer ?'

Amelie s'interrogeait, mais elle commença par les conduire à l'intérieur.

Le thé était dressé dans la salle centrale du deuxième étage. On y avait apporté des pots de plantes et de vraies fleurs pour créer une atmosphère de serre. Avec les ornements de bois au grain vivant et les décorations de verre suspendues au plafond, l'endroit était devenu confortable et raffiné.

« Oh, la vue par la fenêtre est vraiment belle. »

« Ce n'est que la forêt qui entoure le palais. »

« Je préfère cette forêt naturelle à un jardin dessiné par la main de l'homme. »

« Asseyez-vous, je vous en prie. La jeune dame Serina aussi. »

Amelie les invita à prendre place ; la table ronde était assez grande pour trois. Elle avait fait préparer une place pour Serina à la hâte, mais heureusement, il ne sautait pas aux yeux qu'elle avait été ajoutée à la dernière minute.

Une fois les trois assises, Milena apporta le thé, et son parfum se répandit doucement.

« La dernière fois, je n'ai même pas pu vous saluer, tant je me sentais mal. Je m'appelle Esther Lewin. »

« Ce n'est rien. Je suis heureuse que la marquise soit saine et sauve. Je m'appelle Amelie Bourbon. Merci d'être venue aujourd'hui. La jeune dame Serina aussi. »

« Oui. »

« Vous devez être proches, toutes les deux, pour vous appeler par vos prénoms. »

« Ah ? Le prénom de la jeune dame Serina, c'était Serina ? »

Amelie avait cru que c'était son nom de famille.

« Je suis Serina Bowen. Mon père est le comte Bowen. »

« Je suis désolée. Tout le monde appelle la jeune dame Serina ainsi, alors... »

Même la servante avait dit à Amelie qu'il s'agissait de la jeune dame Serina.

'Qu'est-ce que je fais ?'

Comme Amelie regardait Milena, celle-ci haussa légèrement les épaules.

Milena voulait depuis longtemps se venger de Serina, qui avait ignoré Amelie sans se présenter convenablement. C'est pour cela qu'elle avait fait exprès de faire appeler la jeune dame Bowen « jeune dame Serina » par les serviteurs. Ainsi, Amelie ne connaissait pas son nom de famille.

À voir le visage embarrassé de Serina et l'expression désolée de la marquise Lewin, Milena eut l'impression d'évacuer dix ans de rancune.

« Non, c'est moi qui suis plus à plaindre... »

Le visage de Serina s'assombrit.

Il était trop tard pour se présenter, et faute de l'avoir fait correctement la première fois, son nom était resté dans le flou.

'Je ne savais pas que ce qui s'était passé alors me barrerait la route plus tard.'

Serina regrettait son comportement puéril, cette volonté tardive de rabaisser Amelie, mais c'était fait. De plus, elle décida de s'armer d'un peu plus d'aplomb, car ce n'était pas le genre de chose dont elle pouvait feindre de ne pas avoir honte.

'C'est pour sauver la famille. Ce n'est rien.'

À l'instant où Serina allait s'adresser à Amelie, le chien noir se mit à cracher et à gronder dans sa direction.

Grr.

'C'était donc ça.'

Jusque-là, Serwin n'avait aucune idée de la façon dont Amelie avait été traitée au thé de Renia. C'est qu'elle avait empêché Milena et tous ceux qui le savaient de le lui dire. Serwin, qui ne comprenait la situation qu'à travers la réaction et l'attitude de Serina, eut bien du mal à contenir sa colère montante.

Grrrr.

Serwin montra les dents et gronda. Quand ce chien, jusque-là calme comme une poupée, se conduisit de façon menaçante, Serina fut terrifiée.

« Qu'est-ce qu'il a, ce chien ! A... arrêtez-le ! »

Serina se leva précipitamment de sa chaise.

« Du calme. »

Amelie le fit taire, mais Serwin continua de gronder en découvrant des crocs plus acérés encore.

« Ou alors je te mets dehors. »

Comme Amelie chuchotait en lui caressant la tête, Serwin poussa un couinement et baissa les oreilles.

« Tout ira bien à présent. »

Serina ne quittait pas Serwin des yeux, comme rongée d'inquiétude.

« Ne faudrait-il pas l'attacher quelque part ? »

Amelie eut un sourire gêné. Il avait beau être devenu un chien, elle ne pouvait pas passer une laisse au cou de l'Empereur.

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