Aller au contenu principal

The Tyrant's Tranquilizer

Chapitre 63

The Tyrant's TranquilizerThe Tyrant's Tranquilizer
Chapitre 63

Chapitre 63

Chapitre 63/63100%~11 min de lecture2 057 mots

Rénée s’était mise à parler dès leur départ de la fête la veille. Elle ne savait toujours pas où aller une fois sortie de là.

« Je n’y comprenais rien. Quelqu’un semblait me chuchoter à l’oreille, mais j’ai simplement pris ça pour mes propres idées. »

« Qu’est-ce que tu as entendu ? »

« Allons au lac, je vais te tuer. J’ai entendu cette voix. »

Quelque chose lui avait murmuré à l’oreille, et elle avait accepté ce son comme sien sans le moindre doute avant de poignarder Amelie. Le processus s’était déroulé si naturellement qu’il n’y avait aucune dissonance possible.

« Mais en écoutant ton récit, j’ai repris mes esprits. J’ai compris que c’était cette voix que je suivais, et non ma propre volonté. »

À la dernière seconde, Rénée avait totalement abandonné l’idée de faire du mal à Amelie. Mais son corps avait continué à bouger tout seul. Comme une marionnette tirée par des ficelles.

« —Je sais bien que mes paroles ne seront pas facilement crues. Après tout, je t’ai poignardée. »

Rénée baissa la tête et prit sa main dans la sienne.

« Je te crois. »

« Hein ? »

Rénée leva la tête. Les yeux d’Amelie posés sur elle n’avaient pas vacillé.

« Tu me crois ? Pourquoi ? Non, tu ne peux pas me croire sur parole ! Tu devrais être méfiante ! »

Rénée était exaspérée.

« J’y ai réfléchi longtemps, mais tu fais confiance aux gens trop facilement. Tu vas te faire manipuler par la haute société. Si tu comptes devenir impératrice… »

« Calme-toi. Je ne te crois pas aveuglément. »

Amelie coupa la parole à Rénée. Cette dernière se tut en réalisant qu’elle était trop surexcitée.

‘Regarder ce visage compatissant me pousse à m’immiscer là où je ne devrais pas, sans même m’en rendre compte.´

Rénée râlait parce qu’Amelie avait l’air si peu expérimentée à ses yeux. Pourtant, d’un côté, elle sentait les larmes lui monter aux yeux. Pourquoi Amelie lui disait-elle qu’elle lui faisait confiance alors que son propre père, celui qui l’avait engendrée, n’accordait aucune confiance à sa fille ?

« Une fumée noire a encerclé mademoiselle. C’est elle qui vous a manipulées. »

« Je n’ai vu aucun truc pareil. »

« Toi, tu ne l’as pas vue, mais moi si. Au moment où tu m’as poignardée, ce n’était plus toi. »

Amelie avait effectivement entendu la voix du Désastre à cet instant-là.

’Le Désastre l’a manipulée.´

Le jour où Rénée s’était effondrée, Amelie avait vu échapper de la fumée noire. Le Désastre avait tenté de s’attacher à elle ce jour-là.

’On dit que des choses étranges arrivent quand il y a du brouillard. Il sortira des fous.´

Peut-être que tous les événements étranges survenus au palais impérial jusqu’à présent étaient liés au Désastre.

’Il me faut découvrir ce qu’il s’est passé dans le palais impérial. La fête terminée, je pourrai consacrer plus de temps à mes recherches.´

Amelie soupira.

« En tout cas, merci d’avoir répondu franchement. Cela m’a beaucoup aidée. Ne t’inquiète pas pour hier. J’en informerai Votre Majesté personnellement. »

« Fais ce que tu jugeras bon, mademoiselle Amelie. »

Quand Amelie se leva, Rénée la suivit et lui saisit rapidement le poignet.

« Attends… ! »

« … ? »

Rénée hésita avant d’ouvrir la bouche.

« Es-tu sincère concernant ce que tu as dit hier ? »

« Oui ? Euh. Oui. »

« Alors tu es sincère. »

Rénée mordit sa lèvre.

En réalité, Rénée n’avait pas fermé l’œil de toute la nuit. Les mots d’Amelie, qui l’avaient poussée à imaginer un avenir différent, résonnaient encore sans cesse dans son esprit.

Jusqu’ici, seule l’option du mariage s’était offerte à elle. C’était ainsi qu’elle avait grandi et qu’on l’avait éduquée.

Parce qu’une femme noble célibataire était une charge pour sa famille. Si les relations restaient bonnes, elle pouvait demeurer au manoir, mais en cas d’exclusion, elle serait bien incapable de se débrouiller seule. Rénée rêvait de liberté, mais elle ne voyait pas d’autre moyen que le mariage pour l’obtenir.

’Papa m’a toujours répété de ne pas porter attention au comté. Il revient à Gilbert…´

Y repensant maintenant, il était évident qu’il la bridait par crainte qu’elle convoite le titre de comtesse. Chaque fois qu’elle tentait de s’intéresser au travail lié au comté, son père entrait dans une colère noire.

’Comtesse, si je devenais comtesse…´

Rénée s’imaginait déjà à sa place en tant que comtesse. Gilbert serait chassé nu et son père enfermé dans un monastère.

’Alors toute la maison serait à moi. Je n’exploiterais pas les habitants du territoire comme l’a fait mon père. J’en ferai un endroit meilleur et plus prospère.´

Elle pourrait assister officiellement aux réunions tenues au palais impérial et discuter des affaires de l’État. Que serait-il magnifique de pouvoir développer ses compétences en politique centrale ?

S’il devenait impératrice, elle serait forcée de continuer à soutenir le comte et à remplir leurs coffres. Elle ne pourrait jamais s’affranchir de son père ni de Gilbert.

Mais si elle endossait elle-même le titre de comtesse, elle n’aurait besoin de la protection de personne. Car elle aurait sa propre force derrière elle.

’J’aurais alors carte blanche pour me débarrasser de mon père ou de mon frère aussi souvent que je le souhaiterai !´

Seule l’évocation de cette perspective la submergeait. C’était incomparable avec l’idée de devenir impératrice. Son cœur battait à tout rompre, tiraillé entre excitation et impatience.

’C’est exactement ce que je voulais depuis le début.´

Rénée avait mis du temps à comprendre ce qu’elle désirait vraiment. Sans Amelie, elle ne s’en serait jamais rendue compte.

« Mademoiselle Amelie. »

« Oui ? »

Amelie fut quelque peu gênée par ce changement brusque de statut. Rénée la regardait désormais avec des yeux remplis de bienveillance, loin de l’hostilité précédente.

« Grâce à toi, j’ai fini par savoir ce que je veux faire. »

Rénée sourit avec détermination. Ce n’était plus le sourire mécanique qu’elle affichait d’ordinaire, mais une expression nettement plus vive.

« Je n’ai rien pu faire pour l’instant, mais je te rembourserai convenablement très bientôt. »

« Ce n’est pas nécessaire. »

Amelie n’avait pas tout compris aux propos de Rénée, mais elle lui rendit son sourire malgré tout.

’Qu’est-ce que j’ai bien pu dire hier ?´

La situation était devenue si urgente qu’elle ne se rappelait plus d’un traître mot.

’Enfin, ça a dû être une bonne chose, non ?´

Elle avait obtenu toutes les réponses à ses questions, et apparemment, Rénée ne viendrait plus la harceler à l’avenir.

La journée de la fête se conclut sur un petit incident. Amelie tenait fermement à ce que l’affaire ne prenne pas de grandes proportions. Ils firent circuler une rumeur alternative afin de minimiser l’événement. Selon cette version des faits, Rénée s’était effondrée sur le bord du lac en raison de vertiges, et Amelie, de passage, l’avait découverte et sauvée. Tout le monde n’y ajouta pas foi, mais nul n’osa remettre en question la version officielle.

Une fois le dossier clos, Rénée et le comte Manvers furent également épargnés par les sanctions. Le comte Manvers changea alors de tactique, adressant à Amelie lettres et présents somptuaires dans le but de la séduire. Ayant confirmé l’attache de Serwon envers Amelie, il adapta sa stratégie pour obtenir les bonnes grâces de la jeune femme. C’était là le changement d’attitude le plus remarquable en matière de flatteries dans le milieu social impérial.

Les rumeurs allaient bon train parmi les nobles de la cour, affirmant qu’Amelie deviendrait impératrice sans aucun doute. Le départ soudain de Rénée pour le comté donnait encore plus de crédit à ces suppositions.

Mais Amelie connaissait la vérité. Rénée n’avait pas été mise à la porte ; elle était partie librement.

Le jour où Rénée partit pour le comté de Manvers, Amelie reçut une lettre de sa part. Prendant le thé avec Serwon, elles déchiffrèrent le message ensemble.

Le courrier révélait la détermination de Rénée. Bien qu’elle se présente comme chassée par son père, elle écrit qu’elle saisirait cette opportunité pour accéder au titre de comtesse de Manvers avec le soutien de la population.

’Voilà ce que je voulais dire en t’invitant à écouter et à réfléchir.´

Amelie se rappela alors avoir suggéré à Rénée ce jour-là de prétendre au titre de comtesse.

La dernière page du courrier était destinée à Serwon. Elle contenait un rapport détaillant les agissements du comte Manvers et la corruption des autorités locales, éléments que Serwon recherchait depuis longtemps. Ces informations étaient difficiles à obtenir, sauf à parvenir à persuader la population de tout dévoiler.

« Combien elle devient rusée désormais qu’elle ne joue plus le rôle de la fille du comte. »

En lisant la missive, Serwon claqua la langue.

« Que se passe-t-il ? »

« Elle m’a confié ce courrier pour te le faire parvenir. Sa démarche ayant été validée, elle précise qu’elle quittera le patrimoine familial. »

« Exact. »

« Si je fais abstraction de tout cela et sanctionne le comte et Rénée, ça ne te plaira pas, n’est-ce pas ? »

« C’est assez… exact. »

« C’est précisément ce qu’elle visait. »

Serwon savait qu’Amelie se servait de lui sans la moindre pitié, et la pensée le contrariait quelque peu. Grâce à cela, il réalisa à quel point il restait vulnérable devant elle. Même après une nuit atroce, si Amelie lui ordonnait de ne rien faire, il se persuadait aussitôt de suivre son avis.

« Oh, la demoiselle de Manvers est maligne. »

Amelie en fut sidérée. Impossible de concevoir qu’elle s’en soit tenue là à une simple lettre ! Comme prévu, on ne peut pas élire impératrice n’importe laquelle !

« Avec Rénée, elle pourrait tout à fait devenir comtesse. »

« Si elle possède une telle tête, accéder au titre de comtesse lui réussira facilement. »

« Et que vas-tu faire, à présent ? »

« Ça ne me convient pas, mais je laisserai passer l’affaire familiale du comte. Lorsqu’elle prendra ses fonctions, cela arrangera aussi tes affaires. »

Aux yeux de Serwon, Rénée semblait avoir complètement succombé au charme d’Amelie. À l’instar d’Ethan, de madame Enard et de lui-même.

’Plus il y aura de personnes bienveillantes autour d’elle, plus cela la renforcera.´

Serwon décida alors de soutenir Rénée en coulisses pour qu’elle puisse accéder au rang de comtesse.

« Eh bien, il faudra plus de dix ans pour que Rénée atteigne le titre de comtesse, n’est-ce pas ? Avant cela, nous devons affronter le Désastre ! »

« —Après avoir vaincu le Désastre ? »

« Bien sûr que je dois regagner mon pays natal. »

Affirma Amelie sans la moindre hésitation. Ces mots plongèrent Serwon dans une mélancolie soudaine.

Serwon masqua sa grimace en portant la tasse à ses lèvres, sans répondre.

Une semaine après la fête.

'Je trouve que Serwon commence à se comporter bizarrement.´

Amelie finit par en arriver à cette conclusion en repassant en revue ses observations sur Serwon au cours de la semaine écoulée.

'Regarde, il reste au lit jusqu’à ce que je me réveille.´

D’habitude, Serwon se levait tôt et se rendait directement au palais impérial. Par conséquent, Amelie ne distinguait le visage de Serwon que lorsqu’elle le surprenait à caresser ses cheveux pendant son sommeil.

Mais durant cette dernière semaine, elle s’était réveillée dans ses bras à chaque matin.

Là encore, le torse de Serwon se dressait sous le regard d’Amelie. Une peau nue transpirait à travers le col désordonné de sa chemise. Amelie tenta maladroitement de glisser hors de son étreinte. Mais il la serrait contre lui avec tant de force qu’elle ne put bouger.

'On ne se tenait pas la main en dormant ? Depuis quand serais-je capable de l'enlacer ainsi ?´

Amelie dessina un air navré. Elle avait l’habitude de poser la tête sur son épaule, mais elle ne l’enveloppait jamais dans une telle étreinte. Là encore, ce changement datait d’une semaine.

'Et quand je regarde son visage ainsi…´

Levant le regard, ses pupilles rencontrèrent celles de Serwon. Ses yeux perçants s’adoucirent en un sourire discret. Réveillé, son regard restait limpide.

'Si tu es réveillé, tu devrais t’occuper à autre chose. Pourquoi fixes-tu le visage de quelqu’un qui dort encore ?´

Elle savait bien qu’il était beau, mais pourquoi l’était-il autant ? Les joues d’Amelie prirent une couleur écarlate.

Vous êtes à jour !

C'était le dernier chapitre disponible pour The Tyrant's Tranquilizer.

Découvrir d'autres œuvres
Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.