« D'ailleurs, la raison pour laquelle j'étais un second rôle, au départ, était d'empêcher l'intrigue de dérailler. Alors, qu'est-ce qui va se passer maintenant que je suis le personnage principal ? »
Plus j'y réfléchissais, plus ma tête s'embrouillait. J'avais certes cru que l'histoire du livre était vraie, mais en voyant le comportement des autres changer, j'ai commencé à en douter… Des répliques que je n'avais jamais prononcées, des monologues que je n'avais jamais eus, étaient écrits d'un noir vif.
Cela signifiait que les actions et les monologues des personnages pouvaient être manipulés par le livre si j'intervenais. Au fond, mon point de vue, celui du livre et celui des autres pouvaient être différents de la réalité.
« Qu'importe ce que pense quelqu'un ici, le roman s'écrira comme bon lui semble. »
Quand ma pensée en est arrivée là, elle s'est un peu éclaircie.
« Tout changera quand le personnage principal changera. »
Dans le roman, Tiarozety est décrite comme prête à utiliser son aptitude cachée pour Gregory, qui était en danger. Toutes les paroles que Lexion avait dites pour me défendre étaient attribuées à Gregory.
C'était absurde, mais c'était possible puisque Gregory était le protagoniste masculin. Je n'en voulais pas, mais le livre tentait de me lier à lui.
J'ai hésité en lisant la partie écrite du point de vue de Gregory. Je me sentais encore plus mal à l'aise, comme si j'espionnais les sentiments d'autrui.
Mais c'était un passage qu'il fallait lire pour préparer l'avenir. J'en ai rapidement parcouru le contenu.
[Gregory a été convoqué par l'Empereur et s'est rendu au Palais. Son épaule, qui palpitait encore, était bandée.]
[Devant la porte, il a pris une grande respiration. C'était pour se calmer afin d'endurer la colère de l'Empereur qui se trouvait à l'intérieur.]
[Quand l'Empereur a vu Gregory, il a bondi de son trône et s'est approché de lui. Ses pas étaient pressés et lourds pour un Empereur, mais il était si exalté qu'il s'en moquait.]
[L'Empereur, arrivé à sa hauteur, a pesé sans relâche sur l'épaule blessée de Gregory.]
[« Uk- »]
[« Ça fait mal ? » La voix de l'Empereur était autoritaire.]
[Contrairement à sa voix inquiète, la main de l'Empereur bougeait sans hésitation. Ses yeux se remplissaient d'une colère limpide.]
[L'atmosphère était tranchante et rude comme une épée fraîchement affûtée. Gregory a répondu en grimaçant.]
[« Non. »]
[« C'est vrai, la douleur n'est pas si forte. La punition n'est-elle pas trop légère pour ce que tu as fait ? »]
[L'Empereur a grogné d'un regard perçant. Le bandage s'est instantanément gorgé de sang et a teint sa chemise blanche, mais Gregory n'a pas résisté à cette violence unilatérale et impitoyable.]
[Il s'est simplement mis à genoux et a avalé ses gémissements.]
[« L'Empereur est devenu bien faible. On ne peut pas mentir sur l'âge. » Il se consolait en se racontant cette blague.]
[Même si ça fait vraiment mal.]
[L'Empereur a froncé les sourcils, dégoûté par Gregory qui avalait chaque plainte.]
[« Si tu ne veux pas finir comme ton père, ne te comporte plus avec autant d'arrogance. On ne sait jamais quand ma patience prendra fin. »]
[« … Je m'en souviendrai. »]
[Alors que Gregory parlait d'un ton stable, l'Empereur s'est détourné de lui. Puis il a ordonné résolument au chevalier qui se tenait à côté.]
[« Qu'on n'autorise pas Gregory Aden Werbel à quitter son Palais pendant le prochain mois. »]
[« Oui, Votre Majesté. »]
[Les chevaliers à ses côtés ont obéi et ont traîné Gregory dehors. Ce n'est que lorsque l'Empereur n'était plus en vue qu'il a senti le soulagement.]
[Une telle punition et de tels insultes étaient tolérables. En fait, il s'y était préparé pour pire, alors c'était un peu décevant.]
[Quand Gregory est arrivé dans sa chambre, il a grimaçé et s'est parlé à lui-même.]
[« Merci, je vais bien me reposer. »]
[Il n'y avait pas de colère dans sa voix. Au contraire, cela semblait agréable. Mais ses yeux étaient plus durs que jamais.]
[Il a calmement mis un nouveau bandage sur ma blessure.]
[Un lourd silence régnait dans la pièce.]
« Comme prévu, l'Empereur est une pure ordure. »
Après avoir fini de lire le livre, j'ai juré bas, et le guide m'a sermonnée.
― Les grossièretés sont un langage qui offense autrui…
« Taisez-vous, s'il vous plaît. »
― …
Le guide s'est tu face à ma réponse glaciale. Il semblait savoir que s'il insistait davantage, il n'aurait que plus d'injures.
J'ai poussé un profond soupir.
Au final, Gregory était devenu le protagoniste masculin. Naturellement, les scènes avec lui allaient augmenter.
« Même si on retourne au Nord, je ne pourrai pas éviter de me mêler à la Famille Impériale. Je suis déjà fatiguée. »
J'ai ébouriffé mes cheveux en pensant à l'avenir qui m'attendait.
Un midi paisible. Seirin est sortie au jardin avec les servantes. Pendant qu'elle buvait son thé, les servantes cueillaient des fleurs.
Plus tard, de grands ciseaux aiguisés et des vases vides ont été posés sur la table avec des roses. Seirin a commencé à couper les roses une par une. À chaque *snip*, les feuilles tombaient.
Quand elle avait beaucoup de choses en tête, elle avait l'habitude de composer des fleurs. C'était assez rafraîchissant de s'occuper des fleurs sans réfléchir.
Pourtant, même composer des fleurs — ce qu'elle appréciait d'ordinaire — ne la faisait pas se sentir mieux.
« Pourquoi ai-je l'impression que tout est si sale ? »
Seirin avait une expression froide en se remémorant l'attaque du Dragon Maléfique.
C'était la Princesse parfaite, reconnue par l'Empereur. Elle avait une personnalité douce et discernait clairement le bien du mal. En outre, sa beauté était louée comme la plus grande de l'Empire.
Elle était pleinement consciente d'être une personne exceptionnelle. Mais personne ne savait qu'elle nourrissait de telles pensées arrogantes.
C'était à quel point les techniques de Seirin pour gérer les gens étaient habiles. Tout le monde la prenait pour une femme douce et bienveillante. Alors qu'en réalité, elle était très rusée.
« J'ai l'impression que les choses s'emmêlent de plus en plus. »
Maintenant qu'elle avait fait ses débuts dans le monde, une réunion sur son époux, un gendre royal, un nouveau mandataire du trône allait bientôt se tenir.
Elle avait en tête Lexion Sparrow. Il était — à son avis — le fiancé le plus parfait.
Quand Seirin était petite, elle aimait déjà son apparence soignée. Ses cheveux étaient soigneusement plaqués en arrière, ce qui ne correspondait pas à son jeune âge. Sa tenue boutonnée jusqu'en bas.
Elle aimait tout de lui, y compris son sens de la séparation nette entre le public et le privé. L'honnêteté de ne vivre qu'au Nord pour ne pas troubler l'humeur de l'Empereur lui plaisait aussi.
Alors elle n'a jamais douté que, le moment venu, il descendrait à la Capitale et se tiendrait à ses côtés.
Cependant…
« Qu'est-ce qui a bien pu le changer ? » Quand elle l'a retrouvé, il était très différent d'avant.
Des mèches qui couvraient ses sourcils grossièrement séchés. Une apparence négligée avec une chemise déboutonnée. Agir contre la loi, et ainsi de suite.
L'enfant de son enfance n'était plus là.
« C'est si étrange. »
« Qu'est-ce qui l'est ? »
Au monologue de Seirin, la servante a répondu. Elle a jeté un coup d'œil à sa servante et a marmonné sans réfléchir.
« Il était définitivement à moi, mais tout d'un coup, on dirait un oiseau qui a fui sa cage. »
« Vous avez déjà eu des oiseaux ? »
Sa servante a demandé, incapable de comprendre les mots de Seirin. Pourtant, Seirin n'a pas satisfait sa curiosité. Elle a continué à tailler ses fleurs pour les mettre dans un vase.
Soudain, Seirin s'est arrêtée. Il y avait une rose blanche mêlée aux rouges.
« … »
Dès qu'elle a vu la rose blanche, une femme lui est venue à l'esprit. Elle a alors saisi impulsivement la rose et a commencé à la tailler. À l'origine, c'était une fleur qui n'aurait pas été choisie car elle ne s'harmonisait pas avec les autres.
Seirin a esquissé un sourire tordu.
« Oui, peut-être que c'est à cause d'elle. »
Lorsqu'elle a rencontré Tiarozety pour la première fois au banquet, Seirin a ressenti quelque chose d'étrange. Étrangement, elle avait l'impression que Tiarozety lui avait volé sa place. Bien qu'elle ait l'habitude de cacher sa gêne, elle a continué à être anxieuse.
Mais quand Lexion l'a emmenée hors de la salle de banquet, Seirin n'a plus pu cacher son expression.
Le comportement de Lexion était si prévenant qu'il était difficile de croire qu'ils n'étaient que parents.
De plus, quand ils ont pris le thé avec la délégation, son regard était toujours sur Tiarozety. Elle trouvait juste bizarre d'être dérangée par cela mais… Elle n'était pas sa parente, elle était une Esol.
« Parce que cette personne se sent anxieuse. »
Seirin a senti que quelque chose n'allait pas quand Lexion a tracé une ligne si nette. Et quand elle a découvert que Tiarozety était une Esol, Seirin s'est sentie obsédée par l'idée qu'elle lui avait peut-être tout pris.
« Penser que je vais être écartée par une misérable Esol. Ma fierté en prend un coup. »
Seirin a mis la rose blanche dans le vase après l'avoir taillée. Parmi les roses rouges, la rose blanche ressortait.
Tout comme les cheveux d'argent pur de Tiarozety qu'elle avait vus quand le Dragon Maléfique est apparu.
Le visage de Seirin s'est soudain durci en pensant à la femme aux cheveux d'argent pur et aux yeux bleus. La femme qui souriait à Gregory et Lexion d'un air doux.
Elle, qui était d'ordinaire timide, s'est jetée sans peur et sans réflexion sur le Dragon Maléfique. Elle, qui rougissait en regardant Lexion.
Une femme qui voulait imprudemment prendre la place de Seirin.
« C'est agaçant. »
Seirin a marmonné en fixant la rose blanche. « Oui, elle m'énerve. »
Au point d vouloir s'en débarrasser tout de suite.
La servante a réagi vivement au monologue de Seirin.
« Je pense que c'est parce que les couleurs sont différentes. »
« C'est vrai. »
Seirin a souri et a retiré la rose blanche du vase. En serrant la main, la tige a craqué et la rose blanche s'est affaissée sans force.
La servante a parlé en souriant.
« C'est bien mieux sans elle. »
« Oui. C'est bien plus joli. »
Seirin a tendu le vase à la servante avec une expression heureuse, son humeur s'était améliorée.
« Pouvez-vous le mettre dans la chambre ? »
« Oui, Princesse. »
La servante a pris le vase et est partie. Pendant ce temps, Seirin a laissé tomber la rose blanche par terre. Comme si cela ne suffisait pas, elle a piétiné la rose avec ses chaussures jusqu'à ce que les pétales blancs se froissent et deviennent sales.
« Je vais devoir te faire comprendre ce qui arrive quand on ose convoiter ce qui m'appartient. » Les yeux de Seirin brillaient d'un froid glacial.
Peu après, avec un sourire satisfait, elle s'est dirigée vers sa chambre.
Sa méditation s'est terminée ainsi.
Bientôt, Seirin a retrouvé son apparence habituelle de Princesse élégante et bienveillante.