Rui était au courant de l'existence du milieu et de la mafia, cependant, il ne savait pas qu'ils représentaient une force aussi importante dans l'Empire kandrien. A posteriori, il aurait dû le savoir, vu que c'était presque la nature humaine.
Il comprenait pourquoi l'Union Martiale n'aimait pas le Milieu. L'Union Martiale investissait beaucoup de capital et de ressources dans les seize Académies Martiales qui entraînaient rigoureusement les Artistes Martiaux dans l'espoir que chaque génération les rejoigne et renforce l'Union Martiale. Ce devait être un spectacle pénible de voir le Milieu récupérer une minorité de ses investissements pour son propre usage.
Le fait malheureux était qu'on pouvait probablement faire plus de richesses par le Milieu, bien qu'il y ait une multitude d'inconvénients à le faire.
Rui parcourut le document listant tous les tiers que l'Union Martiale voulait que Rui évite de servir. La liste était assez longue, bien que Rui fût sûr que ces tiers n'étaient pas les seuls « visages » que le Milieu possédait pour acheter légitimement des substances ésotériques. Néanmoins, si Rui interdisait toute vente des Fournisseurs Esosale à ces tiers, il était sûr que le Milieu en subirait un coup dans une certaine mesure.
Cela ferait instantanément de lui et des Fournisseurs Esosale les ennemis de la totalité du Milieu de la Confédération de Shionel. Il était assez perspicace pour réaliser que l'Union Martiale espérait cela, dans une certaine mesure. Rui était assez lucide pour évaluer l'offre de l'Union Martiale au regard de leurs incitations et intérêts.
En faisant accepter cet accord à Rui, ils coupaient à jamais toute possibilité de le voir rejoindre le Milieu, surtout le soi-disant Don Martial. Ce serait un résultat hautement indésirable pour l'Union Martiale, et qu'ils pourraient craindre.
La raison en était que, pour autant de pouvoir et de richesses que Rui pourrait accumuler par des moyens légitimes, il pourrait probablement en gagner encore plus s'il rejoignait le Milieu avec les capacités qu'il possédait actuellement.
Rui ricana intérieurement, bien que du point de vue hautain et distant de l'Union Martiale, cela puisse être une possibilité à craindre, pour Rui du moins, c'était presque une impossibilité. Rui dédaignait infliger des souffrances vaines et inutiles. Il avait l'Orphelinat à considérer aussi, il ne pouvait pas s'engager dans de telles activités du simple fait de leur existence.
Par-dessus ça, ayant grandi parmi de nombreux enfants, il haïssait ceux qui faisaient souffrir les enfants, et il savait par expérience que le Milieu était prêt à de telles bassesses. Cela seul suffisait pour qu'il ne veuille jamais avoir aucun lien avec eux.
Et cela seul suffisait pour qu'il accepte cette offre, même si cela signifiait se mettre le Milieu à dos.
« Hm ? » Les yeux de Rui se plissèrent alors qu'il lisait un nom familier particulièrement mis en évidence sur la liste des associés du Milieu.
Manufacturiers DiViliers.
« Cela... »
Il se rappelait ce nom. Charles DiViliers, le président et fondateur des plus gros producteurs de biens liés aux Arts Martiaux, ainsi que des services autour de ces biens. Son entreprise menait une quantité immense de recherche et développement sur les biens liés aux Arts Martiaux tels que l'équipement, le matériel, les utilitaires, l'entraînement et les ressources de croissance avant de les vendre en grande quantité.
Ses produits étaient si efficaces qu'ils étaient jugés d'une valeur stratégique, et il fut sanctionné pour la vente internationale dans l'intérêt de la sécurité nationale. De plus, l'Armée kandrienne et l'Union Martiale valorisaient tant ses produits qu'ils signèrent des contrats extensifs et lucratifs, faisant de lui l'équivalent d'un contractant militaire pour l'Empire kandrien.
Rui savait déjà que cet homme avait probablement des liens avec le Milieu. La raison en était qu'il reconnut l'homme aux cheveux et yeux dorés qui s'était livré au banditisme comme l'un de ses subordonnés.
« Ah, Charles DiViliers et les Manufacturiers DiViliers. Ils sont certainement l'un des plus gros clients des Fournisseurs Esosale », acquiesça le Commissaire Reze.
Rui n'en était pas au courant. Il laissait simplement le Maître de guilde Bradt gérer toute la clientèle à sa place. C'était l'accord auquel ils étaient parvenus tous les deux. Rui injectait simplement toute la substance pendant que le Maître de guilde Bradt gérait tout le reste qui allait avec la gestion d'une entreprise comme les Fournisseurs Esosale.
« J'accepte », Rui referma le document.
Bien que le Commissaire Martial Reze ne laissa pas son sourire de circonstance bouger d'un millimètre, Rui put sentir par l'Instinct Primordial que l'homme avait été surpris qu'il accepte si facilement. Il put dire que le Commissaire Martial s'était préparé à engager quelque persuasion sur à quel point le Milieu était mauvais, et comment il constituait une menace pour les intérêts de Rui aussi bien que ceux de l'Union Martiale.
Cependant, Rui était assez intelligent pour avoir compris tout ça, et plus, en un instant.
« Merveilleux », sourit le Commissaire Martial Reze. « L'Union Martiale vous récompensera sûrement pour votre coopération sans accroc. Maintenant, passons aux détails et signons le contrat une autre fois. Aujourd'hui, je souhaitais simplement confirmer votre intention de coopérer à cet accord. Je vous contacterai de la même manière très bientôt et nous nous retrouverons discrètement pour finaliser tout cela. »
« D'accord », répondit simplement Rui.
« Eh bien, je vous souhaite une bonne journée à tous les deux », l'homme sourit tandis que la porte s'ouvrait.
Rui et Kane lui dirent au revoir avant de retourner dans leurs chambres d'auberge.
« Je pensais que l'Union Martiale serait plus brutale, pour être honnête », remarqua Kane avec nonchalance.
« Ils auraient probablement fait de l'intimidation plus subtile s'il s'agissait de n'importe quel autre Écuyer Martial », Rui était relativement certain qu'ils auraient employé quelques bluffs convaincants s'il s'était agi de n'importe quel autre Écuyer Martial, en exagérant subtilement la gravité et les conséquences de ce qu'ils avaient accompli tous les deux.
Mais Rui n'aurait pas tombé dans de tels pièges, et il savait qu'ils le savaient. Ils durent opter pour une approche plus transparente quand il s'agissait de le gérer, et c'est ce qu'ils firent. Rui avait hâte de signer le contrat pour se sentir plus tranquille, ne serait-ce que pour ça.