Parmi la foule de gros bonnets que le Président Deacon avait conviés, deux écoutaient avec une attention captivée.
Le diplomate du Ministère des Affaires Étrangères de l'Empire kandrien, et un Commissaire Martial de rang quatre de l'Union Martiale.
L'Empire kandrien était assurément l'un des plus gros acteurs étrangers en ce qui concernait l'approvisionnement en ressources ésotériques du Donjon de Shionel. La Famille Royale comme l'Union Martiale y avaient dépêché un grand nombre d'Écuyers Martiaux, issus de l'Armée Royale kandrienne pour les uns, de membres internes de l'Union pour les autres, afin d'y prélever d'importantes quantités de ressources.
Bien que l'Union Martiale n'ait pas un besoin aussi pressant des ressources ésotériques du Donjon de Shionel, il restait crucial pour elle de conserver un point d'ancrage dans chaque nouveau changement de paradigme, afin de préserver son capital économique et politique.
Ainsi, l'affaire du Videur avait été source d'irritation pour la nation et l'Union Martiale, bien qu'aucune des deux parties n'ait eu l'intention de la poursuivre agressivement de son propre chef. La raison en était fondamentalement la grande distance séparant la Confédération de Shionel de l'Empire kandrien. La première se trouvait hors de la sphère d'influence du second. Bien que les Écuyers Martiaux puissent franchir les dix mille kilomètres qui les séparaient, cela restait une distance géopolitique trop importante pour que l'Union Martiale et l'Empire kandrien fassent un scandale à propos de leur domination dans le donjon.
Si le donjon avait été dans leur sphère d'influence, comme autour du Duché Commonwealth de Vinfarna ou du Royaume de Violis, ils auraient mené une action bien plus active et agressive, mais du fait de sa situation dans la Confédération de Shionel, ils durent plus ou moins faire avec et limiter leurs pertes.
La distance signifiait qu'il était plus coûteux de transférer le capital, les ressources et la main-d'œuvre nécessaires vers la Confédération de Shionel ne serait-ce que pour égaler les forces dominantes dans cette partie du côté est du continent. Ils ne parviendraient tout simplement pas à surpasser de puissantes nations sur leur propre terrain, pour la même raison que ces mêmes nations ne pouvaient pas surpasser l'Empire kandrien dans sa sphère de pouvoir.
Cependant, l'Empire kandrien comme l'Union Martiale s'intéressaient à ce que le président de la deuxième entreprise la plus puissante et le plus grand ennemi du Videur avait à dire en les rassemblant tous là. Ils n'avaient pas d'attentes particulièrement élevées pour cette réunion.
Le diplomate kandrien fut intrigué par le renseignement sur le Videur que le Président Deacon leur présenta ensuite, mais ne fut finalement pas trop ému, bien qu'il ne laissa pas ses expressions trahir ses réactions. Bien qu'il y eût une chance que ce que le Président Deacon semblait avoir en tête porte ses fruits, l'Empire kandrien avait déjà revu ses attentes et ses plans dans la Confédération de Shionel, tenant compte du succès étouffant des Fournisseurs Esosale soutenus par les Services de Distribution Bradt.
En réalité, le Commissaire Martial de l'Union Martiale aurait dû se trouver dans une position similaire, pourtant, lorsqu'il parcourut le renseignement que le Président Deacon leur présenta, il plissa les yeux alors que quelque chose fit tilt dans son esprit.
('Des Écuyers Martiaux qui apparaissent et disparaissent ?') Il haussa un sourcil. ('Si c'est dû à une technique, alors…')
En tant que Commissaire Martial de l'Union Martiale, il connaissait extrêmement bien tous les Écuyers Martiaux enregistrés auprès de l'Union Martiale. C'était une nécessité puisqu'il était chargé de mandater des Artistes Martiaux adaptés pour des missions internes de l'Union Martiale.
C'est pourquoi, lorsqu'il tomba sur ce détail dans le renseignement, il ne put s'empêcher de se remémorer l'actuel unique Écuyer Martial de l'Empire kandrien ayant maîtrisé une technique d'Art Martial de grade dix qui lui permettrait de faire exactement ce que le Videur avait fait, selon le renseignement que le Président Deacon leur avait présenté à tous.
Il ne prit même pas la peine de terminer sa pensée, estimant que la probabilité que ce soit vrai était extrêmement faible. Pourtant, il ne put s'empêcher de sentir qu'il tenait quelque chose.
('Je devrais creuser ça quand la réunion sera finie,') Le Commissaire Martial plissa les yeux.
« Comme vous pouvez le voir, le renseignement indique clairement que le Videur est un petit groupe d'Écuyers Martiaux qui possède une sorte de technique de furtivité puissante, permettant une évitement des monstres à un niveau inégalé, » expliqua le Président Deacon. « Nous estimons que le Videur est très probablement un groupe d'Écuyers Martiaux sans affiliation ni mécène, qui maintiennent une façade hors du donjon. Ceci, conjointement à d'autres indices que nous avons recueillis ou déduits, nous donne une base suffisante pour mener une véritable enquête capable de réduire considérablement la liste des possibilités. »
« Cela nécessitera très probablement d'importantes ressources, du capital et de la main-d'œuvre, bien plus que les Industries Deacon ne peuvent en assumer seules, » remarqua l'un des membres conviés.
« Vous avez raison, » acquiesça le Président Deacon, sans nier les paroles de la femme. « C'est pourtant la raison pour laquelle j'ai convoqué cette réunion. Avec l'aide de vos nations, entreprises et organisations, nous pourrons faire ce qu'il faut pour trouver et éliminer le Videur. J'ai déjà rassemblé le soutien des marchands et hommes d'affaires parties prenantes nationales qui ont été floués par le Videur ; avec votre appui, je suis confiant que nous pourrons abattre le Videur. »
Ses paroles parurent réussir un certain degré de persuasion, car à la fin de la réunion, la plupart des participants exprimèrent provisoirement leur volonté de participer.
« L'Empire kandrien est disposé à vous aider dans notre intérêt mutuel, selon le mode d'opération proposé, » Le diplomate de l'Empire kandrien donna une réponse positive mais flexible. Il n'y avait pas de mal à participer tant que cela n'engageait pas trop de responsabilités.
« L'Union Martiale kandrienne étudiera la proposition, » répondit le Commissaire Martial sans s'engager.