Kane haussa les épaules. « C'est vraiment fun. Je me fais souvent engueuler parce que je zappe les autres formes d'entraînement pour me concentrer là-dessus. Bref, on s'échauffe. »
« On commence par le cardio ? »
« Ok. » Kane acquiesça.
Ils se dirigèrent vers une rangée de machines qui ressemblaient à des tapis de course.
« Ça marche comment ? On doit courir tout seuls ? » demanda Rui.
« Le tapis est propulsé par un slime. » expliqua Kane.
« Un slime ? » Rui inclina la tête, perplexe.
« Ouais, à l'intérieur du panneau cylindrique y a une espèce de slime qui tourne quand on exerce une pression dessus. » Kane désigna l'appareil. « Tu peux régler la pression que subit le slime en tournant ce bouton. » Il dit en actionnant un bouton devant lui.
'Je vois, c'est une molette qui permet de contrôler la pression exercée sur le slime.' songea Rui en ajustant la vitesse pour un footing confortable.
C'était encore un exemple de la technologie de ce monde qui imitait celle de la Terre du vingt-et-unième siècle, non pas grâce à une ingénierie d'exception ou à des applications scientifiques hautement sophistiquées, mais par les propriétés remarquables exclusives à cette réalité.
Les ressources inorganiques extraordinaires qu'on pouvait extraire du sol, la variété de la flore et de la faune surnaturelles et les phénomènes ésotériques qu'elles offraient ensemble permettaient à ce monde de réaliser des choses qui seraient autrement bien au-delà de ses capacités.
De plus, dans plusieurs domaines, cela leur permettait même de surpasser la Terre.
Les potions qu'il avait bues à l'Académie après le deuxième tour de l'Examen d'Entrée avaient guéri ses blessures complètement tout en restaurant son endurance intégralement en peu de temps. C'était quelque chose qu'aucune technologie sur Terre ne pouvait reproduire.
« C'est plutôt impressionnant. » dit Rui.
« C'est assez banal, ceci dit. » Kane lui lança un regard confus.
« Bref, ça suffit pour le cardio, mes muscles sont chauds. Faisons un tour d'étirements avant de commencer. »
C'était un fait avéré, sur Terre comme sur Gaïa, que s'étirer avant un exercice intense ou toute activité physiquement exigeante était indispensable. Cela apportait plusieurs avantages, et ne pas le faire entraînait plusieurs inconvénients.
Le bénéfice le plus basique était, bien sûr, de maintenir et d'augmenter l'amplitude de mouvement. Les muscles étaient liés entre eux par un tissu collant en forme de toile appelé fascias, ce tissu conjonctif liait les muscles et limitait leur élasticité. Des étirements réguliers étaient nécessaires pour éviter qu'ils ne s'accumulent.
L'amplitude de mouvement n'était pas le seul avantage, loin de là. La flexibilité était hautement pertinente pour de multiples attributs physiques ; la puissance et la vitesse.
La quantité d'énergie cinétique que le corps pouvait générer dépendait de l'accélération physique due à la puissance musculaire, et de la distance sur laquelle cette accélération pouvait être maintenue. Une faible flexibilité signifiait inévitablement que la distance effective sur laquelle les muscles pouvaient accélérer était limitée, parce que faible flexibilité voulait dire que les muscles ne pouvaient pas s'étirer. S'ils ne pouvaient pas s'étirer, alors l'énergie nette qu'ils généraient était très limitée.
Les exercices d'étirement empêchaient aussi la perte de tissu musculaire pendant l'effort. Le tissu musculaire s'effondrait à des taux bien plus faibles quand il était étiré avant d'être soumis à des entraînements intensifs. Cela augmentait aussi la circulation sanguine, ce qui augmentait in fine le rendement net du corps humain. Réduire la fatigue, le stress, les tensions et le risque de blessure étaient aussi parmi les bénéfices les plus marquants, entre autres.
'D'autant plus que les exercices de flexibilité statique ne sont pas énergivores. Tu peux obtenir beaucoup d'avantages avec très peu d'effort physique.'
Au point que même un patient asthmatique comme lui pouvait s'étirer quotidiennement tant que le rythme restait lent. Les exercices de flexibilité étaient un impératif absolu dans le domaine des arts martiaux et des sports de combat, Rui lui-même avait publié plusieurs articles démontrant la corrélation entre la probabilité d'une victoire par KO et la flexibilité.
« Bon, ça devrait suffire. » dit Kane.
Rui acquiesça en se relevant d'un grand écart. Les grands écarts étaient le summum de la flexibilité pour les sports de combat. Ils se situaient au niveau parfait où la flexibilité était optimale, ni trop peu pour étouffer et brider sa propre puissance et accélération, ni trop pour risquer la dislocation des articulations.
Il avait fallu deux ans à Rui pour réussir le grand écart après qu'il eut commencé un entraînement un peu sérieux et rigoureux à l'âge de cinq ans. Normalement, on y arrivait plus tôt, mais vu les os et les muscles délicats et fragiles que son corps avait à l'époque, les solliciter trop pour un résultat plus rapide aurait été plus préjudiciable sur le long terme.
« On peut sparer là-bas. » Kane désigna une zone tatamisée. « Pas de sortie de zone. On peut commencer par du rolling léger, puis passer au semi-contact léger. Une fois qu'on est à l'aise, on peut passer au full-contact avec protections et peut-être du sparring conditionnel ou libre. Comme tu veux. Ah, dis-le-moi si tu ne connais pas parfaitement les différences entre certains. » expliqua Kane patiemment.
Le rolling était la forme principale d'entraînement et de sparring en lutte dans le Jiu-Jitsu Brésilien, c'était un bon moyen de briser la glace concernant les manœuvres de jiu-jitsu et de les affiner. Sur Terre, le semi-contact et le full-contact étaient deux types de sparring populaires et distincts introduits par la ITF, la Fédération Internationale de Taekwondo. Des concepts comme le sparring conditionnel et le sparring libre étaient des formes de sparring bien établies utilisées dans toutes les salles de MMA de la Terre du vingt-et-unième siècle. Il ne se contentait pas de les connaître, il en était un expert incontestable. Rui était content que certaines de ses connaissances plus courantes servent sur Gaïa.
« On peut commencer par du rolling léger, bien sûr, mais je préférerais passer à du grappling positionnel intensif, si ça ne te dérange pas. Mon expérience en grappling full-contact est dérisoire comparée à ma pratique du striking. C'est beaucoup plus difficile de s'entraîner au grappling tout seul qu'au striking. Après, je n'ai rien contre le semi-contact et le full-contact non plus, bien que le libre soit ma préférence, tu vois. »
« ... » Kane le fixa.
« Hein ? » Rui inclina la tête sous son regard.
« Euh, rien. Je suis juste surpris parce que tu as l'air extrêmement familier avec les différentes formes de sparring et leurs buts. »
'Familier ? J'en sais probablement plus que tu n'en sauras jamais.' songea Rui. Ce n'était pas une exagération.
« Ah bah, j'en ai lu dans un bouquin sur les Arts Martiaux quand j'étais gamin. »
« Je vois. Bah, tant mieux. »
Kane prit position sur le tatami.
« On y va. »
Rui se baissa un peu, alignant son pied droit derrière son gauche. Il serra les poings et les monta en garde.
« Ouais. » Il grimaça. « C'est parti mon kiki ! »