« Elles sont… bon, intéressantes, j’imagine. » Le directeur Aronian sourit avec ironie en sortant un dossier d’un tiroir et le tendit à Rui. « Fais-leur le tour quand tu voudras. »
Rui acquiesça en prenant le dossier.
« Ainsi, je t’ai tout dit. Tu peux te retirer si tu n’as rien à ajouter. » lui expliqua le directeur Aronian.
Rui hocha la tête. « Merci, Directeur. » Il dit-il en s’inclinant profondément avant de faire demi-tour et de s’éloigner.
Une fois dans sa chambre, il s’enferma aussitôt, s’assit et ouvrit le dossier.
Le dossier contenait des copies des demandes de commissions soumises par ses clients, ainsi que les fiches de mission établies pour chacune d’elles.
Il les parcourut rapidement, y jetant un coup d’œil à chacune. Ses expressions faciales changeaient à toute vitesse à mesure qu’il feuilletait les pages.
Beaucoup de commissions personnelles dans le dossier étaient du lot habituel ; ce à quoi on pouvait s’attendre. Des missions de garde du corps de différents types. Un ou deux contrats de chasseur par-ci par-là.
Pourtant, ce qui le surprit fut le nombre considérable de commissions diverses destinées à lui. Bon nombre d’entre elles étaient bizarres.
Certaines visaient à l’engager pour les représenter dans des tournois de combat hors-la-loi officieux entre apprentis du milieu souterrain et des classes supérieures.
Un connaisseur et collectionneur d’Artistes Martiaux particuliers l’avait engagé pour son Art Martial.
De grandes Familles Martiales l’avaient appelé pour servir de partenaire d’entraînement à leurs descendants Apprentis Martiaux.
Une chaîne d’information de la ville de Vargard l’avait sollicité pour une interview.
Une famille influente organisant un événement plus tard durant le Festival Martial l’avait requis pour y prendre part.
L’Institut Kandrien des Sciences l’avait engagé comme sujet de recherche, afin d’étudier son Art Martial. Cette proposition était une réelle surprise pour lui.
Une entreprise spécialisée dans le développement d’équipements et d’uniformes martiaux l’avait sollicité pour endosser leur marque !
En les examinant plus attentivement, Rui ne put s’empêcher de rester interdit devant ces commissions aussi étranges qu’anormales. Ce n’était pas cela qu’il anticipait en ouvrant le dossier.
Il secoua la tête en décidant de se concentrer sur une seule mission à la fois.
Il saisit la première fiche de mission, y jetant un coup d’œil sur le résumé imprimé sur la couverture.
Il s’agissait d’une mission de garde du corps.
[Classe de défense : Mission de garde du corps Niveau de difficulté : 4 Cible à protéger : Bent Silihillas Lieu/plage estimée de la mission : Ville de Vargard, Convention Fastar, avenue principale 17, rue transversale 15. Durée de la mission : Douze heures. Période de début : 39ᵉ hiver. Rétribution en cas de réussite : 500 crédits martiaux. Clientèle commanditaire : Société Silihilas]
Arquant un sourcil face à cette récompense, Rui ne put s’empêcher de trouver l’offre exorbitante. Cet homme était prêt à dépenser une fortune juste pour avoir Rui comme garde du corps. Ce qui intrigait particulièrement l’apprenti, c’était que la difficulté de la mission était seulement de grade quatre, ce qui signifiait que la probabilité d’une menace contre sa vie était évaluée comme très faible.
Cinq cents crédits pour une mission de grade quatre ? C’était clairement exagéré. Quel intérêt y avait-il à engager un Apprenti Martial de grade sept comme Rui pour un contrat de niveau quatre ?
Rui commençait à soupçonner qu’on l’engageait uniquement pour exhiber sa force.
Le lieu de mission était une convention de dirigeants de grands groupes. Bien qu’il n’ait aucune expérience de ce genre de rassemblement, il semblait bien qu’on ne le retînt que pour briller. Peut-être s’agissait-il d’une petite réunion snob de riches, où chacun essayait d’en surpasser un autre en étalage de pouvoir.
Cela tombait particulièrement bien lorsqu’une des conditions stipulait qu’il devait accomplir la mission sans son masque.
Rui secoua immédiatement la tête.
Accepter de combattre sans masque lors d’un tournoi encadré par les Académies Martiales, face à des pairs ayant accepté une compétition loyale, relevait d’une chose, mais il refusait catégoriquement de divulguer son identité pendant une mission solitaire susceptible de lui attirer de nouveaux ennemis indifférents à l’équité ou au consentement. Trop dangereux.
De plus, le contrat ne lui offrait aucune expérience utile pour progresser en tant qu’Artiste Martial. Tout ce qui était inférieur au grade cinq était franchement trop mesquin par rapport à son niveau actuel de puissance. Il désirait un défi capable de le stimuler, et celui-ci n’y correspondait absolument pas.
Il jeta aussitôt la fiche de mission sur le côté.
Les autres missions de garde du corps suivaient la même logique : il était manifestement considéré comme un trophée à étaler devant certains cercles ou classes sociales, plutôt que comme un Artiste Martial rémunéré pour les protéger.
Il imaginait que son statut de finaliste au prestigieux Concours Martial leur rapporterait une bonne dose de points sociaux.
Les autres représentants du tournoi devaient probablement ignorer de telles offres, puisqu’ils appartenaient déjà à leur propre Famille Martiale et refuseraient tout pacte avec une entité extérieure. Pourtant, il sentait bien que les gens tentaient de l’accrocher quelque peu, car il ne possédait aucun lien réel avec qui que ce soit au sommet de l’échelle sociale.
Il écarta tous ces contrats sans hésitation. Il n’avait aucune envie de caresser leur vanité. Franchement, ils ne pouvaient guère lui proposer quelque chose qui le touchât véritablement.
De l’argent ? Devenir riche n’était pas son objectif.
Des ressources pour devenir plus fort ? L’Union Martiale les surpassait largement de ce côté-là. Seule la Famille Royale pouvait les égaler en matière de dons faits aux Artistes Martiaux.
Du prestige social ? Encore une fois, peu lui importait.
Il souhaitait seulement perfectionner son Art Martial et parcourir sa Voie Martiale.
Intrigué, il passa ensuite aux missions de chasse. C’était différent. La moitié provenait de citoyens privés, l’autre du Ministère de l’Écologie et de l’Environnement. Elles couvraient une variété de profils ; reconnaissance, acquisition de ressources, extermination, etc.
Il décida de toutes les accepter. Plus discrètes, elles lui apporteraient une vraie expérience enrichissante, là où les contrats vantards n’y allaient pas de main morte.
Les rejetant sur le côté, il consulta ensuite le lot de fiches de mission diverses et variées.