Une attaque pour en finir.
Celle qui définirait l'avenir de l'Empire kandrien et de tout l'Est du Panama.
Et pourtant, il ne la porta pas.
Non.
Ce fut Rui qui la porta.
BOOOM !!!
CRAC CRAC CRAC !
Une Lance Yin-Yang tonnante, amplifiée par le Canon Fluide et la Convergence Externe, dévasta la cage thoracique d'Ieyasu, brisant plusieurs de ses côtes.
Il trembla.
Ni de l'impact, ni de la douleur.
Mais du choc.
Le choc de ne plus pouvoir lire l'esprit de Rui.
Il fixa Rui avec horreur, luttant pour discerner ses pensées. Quels que fussent ses efforts, la fiable sensibilité aux esprits dont il était né le lâchait pour la première fois de sa vie. Cela l'ébranla.
Il dévisagea Rui, l'horreur dans les yeux.
« Comment as-tu— ! »
BAM !
Ieyasu chancela, le nez brisé par le direct qui lui frappa le visage.
Il n'avait pas vu ce direct venir.
Pourtant doté d'un modèle prédictif sur Rui, il n'avait pas vu le direct venir.
BOOM BOOM BOOM !!!
L'expression de Rui devint féroce tandis qu'il bombarde Ieyasu d'attaque sur attaque. Aucune arrogance dans ses poings.
Seule une détermination farouche.
Il n'avait pas oublié à quel point il avait frôlé la défaite juste avant. Si son plan ultime — évoluer adaptativement pour contrer la technique de l'Œil de l'Âme d'Ieyasu — n'avait pas porté ses fruits dans l'ultime instant, il aurait perdu le combat alors et là. Sans ce plan ultime, il serait probablement mort à l'heure qu'il est, et Kandrie serait condamnée.
Un plan simple pourtant élaboré, né d'une série de déductions et d'inductions étalées sur des décennies.
Après leur premier combat, vingt ans plus tôt, Rui avait soupçonné que la sensibilité d'Ieyasu à la pensée provenait d'une sensibilité au rayonnement électromagnétique émis par l'activité électrique du cerveau.
Son hypothèse n'avait fait que gagner en crédibilité après qu'il eut découvert que le sens mental de l'Esprit Martial reposait sur un principe similaire.
Dès lors, la question s'imposait.
Une cage de Faraday serait-elle capable de neutraliser sa technique de l'Œil de l'Âme ?
Rui n'en était pas certain.
Cela dépendait de la fréquence électromagnétique et de la zone cérébrale d'origine. Différentes parties du cerveau émettaient différentes gammes de fréquences, ce qui rendait extrêment difficile de viser juste. Sans cela, il n'était pas possible de créer une cage de Faraday capable de paralyser sa technique de l'Œil de l'Âme avec un minimum de demandes énergétiques.
Le seul moyen de le savoir était l'essai-erreur.
Ainsi, Rui avait lancé son plan ultime pour évoluer adaptativement à la technique de l'Œil de l'Âme d'Ieyasu dès le début même de leur combat.
Il avait créé un minuscule domaine, quasi microscopique, fonctionnant comme une cage de Faraday autour des parties de son crâne recouvrant le lobe frontal de son cerveau. Il s'appuya sur le domaine Niflheim pour créer un microdomaine supraconducteur capable d'isoler le rayonnement électromagnétique du cerveau.
En en faisant un microdomaine, il s'assura qu'il requérait fort peu de son attention et de son énergie pour tourner, le rendant par là-même plus difficile à lire pour Ieyasu, qui ne pouvait ainsi deviner son plan. Il enterra aussi l'information au plus profond de son gigantesque Palais Mental pour rendre encore plus ardua la découverte de ses intentions.
Et cela paya tout au long du combat. Il maintint et modifia son domaine cage de Faraday dans d'innombrables expériences d'essai-erreur jusqu'à ce qu'il tombe enfin sur les bons paramètres pour isoler les fréquences de rayonnement EM dont dépendait Ieyasu.
Cela le sauva in extremis, permettant le renversement de situation.
Et ainsi, il réussit son évolution adaptative.
Il réussit son évolution adaptative face au plus grand pouvoir d'Ieyasu.
Jamais plus Ieyasu ne lirait son esprit.
BAM !!
Ieyasu chancela, hébété, tandis qu'un direct lui explosait la mâchoire. La férocité dans ses yeux ne pouvait masquer le choc que Rui lui avait infligé. Être privé d'une technique fondée sur un organe sensoriel qui l'avait accompagné toute sa vie était désorientant.
L'impact psychologique du choc était déjà assez mauvais, mais le pire était que tout son sens du combat était bâti autour de cette technique. Il lui était extrêment difficile de s'adapter à combattre sans elle, car il n'y avait jamais eu un seul instant de sa vie où il avait dû le faire.
Il perdit même l'accès à l'algorithme VIDE, incapable de soutenir la technique Mégacerveau. Perdant ainsi tout son pouvoir de faire face à tout ce que Rui alignait. La seule chose qui lui restait était d'être en bien meilleure condition.
BAM BAM BAM BAM BAM !!!
Rui le bombarde d'une agressivité féroce, attaque sur attaque, pendant qu'Ieyasu se défend comme si sa vie en dépendait.
Et c'était le cas.
Des deux, Rui était en plus mauvais état.
Son endurance était presque entièrement épuisée. Il sentait son corps lui glisser entre les doigts tandis que sa vision devenait de plus en plus trouble et floue, tant la perte de sang était massive.
Il avait subi bien plus de dégâts.
Il ne restait guères de temps. S'il échouait à non seulement rééquilibrer le combat rapidement, mais aussi à abattre Ieyasu avant la fin, alors l'Empire kandrien était condamné.
Survivre ne suffisait pas.
Il lui fallait aussi tuer Tokugawa Ieyasu une bonne fois pour toutes.
Si Ieyasu survivait et retournait vers l'alliance, ils obtiendraient l'accès au pouvoir des percées puisque tout le monde l'avait vu copier Rui. Il n'y aurait plus moyen de le leur cacher.
BOOM BOOM BOOM !!!
L'expression d'Ieyasu devint grave et sévère tandis que la réalité du combat finissait par lui apparaître au-delà de son choc émotionnel.
La combinaison de l'algorithme VIDE et du système SOUL était trop forte. Tant qu'il ne pourrait pas faire face à ces deux puissants systèmes de pensée, il ne pourrait jamais vaincre Rui.
Pourtant, Ieyasu, malgré sa tourmente émotionnelle, perçut la faiblesse physique de Rui.
Saignements profus des innombrables perforations infligées plus tôt par les Paumes du Vide. Plus d'os brisés qu'entiers.
Peau, chair et muscles déchirés par les Poings Gyroblast.
Une seule réalisation s'imposa à Ieyasu. Rui n'était qu'à une attaque critique de la défaite.
C'était tout ce qu'il fallait. Cette réalisation le tira de sa tourmente, engendrant une détermination farouche.
Une attaque critique.
C'était tout.
C'était tout ce dont il avait besoin.