Rui consacra tout le temps dont il disposait à élaborer une stratégie pour faire face à la Sage Kole. Heureusement, il savait déjà tout ce qu'il avait besoin de savoir. Il avait mémorisé les détails de son profil alors qu'il se trouvait encore dans l'Empire kandrien. Il disposait ainsi d'informations solides sur le genre de personne qu'elle était, ou du moins qu'elle avait été.
Par-dessus cela, on lui avait présenté les preuves qui constituaient son dossier.
Les dégâts qu'il avait causés étaient encore plus importants qu'il ne l'avait prévu.
Il avait involontairement blessé beaucoup de gens et en avait tué plusieurs, suite à son attaque qui avait échappé à tout contrôle.
Il poussa un soupir, secouant la tête, les yeux hagards.
S'il avait eu la moindre intuition que son attaque partirait à ce point en vrille, il ne l'aurait pas lancée. Il n'avait vraiment absolument aucune idée préalable qu'une telle chose fût seulement possible.
Cependant, peu importait que ses intentions ne fussent pas malveillantes. Du moins, pas envers qui que ce soit d'autre que Maître Uma, qui était la seule personne à avoir eu ce qu'elle méritait. Ce qui comptait, c'était de savoir s'il pouvait convaincre la Sage Kole. Peu importait que ce fût la vérité ou que ce fût difficile à croire.
'Je… devrais plaider coupable.'
Les procédures de la Judicature Martiale conservaient la plaidoirie du prévenu devant le juge. S'il admettait sa culpabilité, il s'en tirerait avec une peine plus légère que s'il plaidait non-coupable mais était reconnu coupable.
De plus, il devait s'assurer que la Sage Kole ait des raisons de lui faire confiance lorsqu'il sortirait son atout. S'il agissait comme un ingrat méprisable, manifestement prêt à tout dire pour sortir de prison, elle rejeterait immédiatement sa proposition comme un mensonge fabriqué sur l'instant pour obtenir son acquittement.
Tant qu'il parviendrait à lui faire croire qu'il disait la vérité, il pourrait obtenir son acquittement grâce à son désir de retrouver sa puissance martiale.
Il passa le reste de la journée à planifier et modéliser différents scénarios probables pour l'audience, avant de préparer la meilleure réponse pour chacun d'eux.
Finalement, le lendemain arriva, apportant avec lui l'audience prévue.
Comme une horloge, les gardes Maîtres Martiaux se présentèrent à ses quartiers d'habitation pour le chercher une heure avant le procès.
Rui était vêtu de sa tenue martiale habituelle, se présentant avant tout comme un Artiste Martial.
Il affichait un sang-froid parfait.
Pourtant, au fond de lui, il mentirait s'il disait n'être pas ne serait-ce qu'un peu nerveux.
Peu importait à quel point il avait calculé les questions les plus probables et la stratégie la plus optimale — rien n'était parfait. Même s'il avait entièrement raison, il était possible que cette approche hautement optimisée ne soit rien d'autre qu'un échec inévitable.
Il sentit ses nerfs vibrer en arrivant au Tribunal Martial.
Il aurait largement préféré affronter un obstacle impliquant l'Art Martial.
Après tout, il y consacrait la majeure partie de son temps. Plutôt que de faire face à quelque chose que sa puissance martiale ne pouvait influencer, il aurait préféré combattre une horde de Maîtres Martiaux avec de faibles chances de victoire.
Au moins, il aurait joué sur son terrain.
STEP
Peu après, il se présenta devant les portes de la Haute Cour Martiale réservée à l'usage exclusif du Grand Juge, la Sage Kole.
Son regard se fit plus grave tandis que son expression se durcissait.
Il le sentait.
Même de l'extérieur, il le sentait.
Il percevait la puissance quasi-sans-limites tapie au plus profond de son être. Scellée, elle pouvait l'être, mais la pression qu'elle exerçait sur lui involontairement montrait que son pouvoir était bel et bien vivant et vigoureux.
CLAC
Les portes s'ouvrirent, offrant à Rui son premier aperçu de l'intérieur.
Pourtant, malgré la magnificence de la salle d'audience, celle-ci ne retint pas son attention ne serait-ce qu'une seconde.
Non.
Au contraire, son attention restait fixée sur une seule personne.
Un seul être.
Elle siégeait sur son siège surélevé, dévisageant Rui de ses yeux insondables. Son corps tremblait de façon incontrôlable tandis que ses mains tremblaient, les rendant incontrôlables. Ses ne jambes ne fonctionnaient plus correctement à cause des tremblements excessifs.
C'était un état misérable.
Elle paraissait bien pire que ce qu'il avait anticipé.
Et, aussi désolé qu'il fût pour elle, il ne put s'empêcher d'être soulagé par son état. Cela ne faisait qu'augmenter la probabilité qu'elle soit encline à accepter son offre.
« Maître Rui Quarrier Silas Kandria. »
Sa voix attira son attention avec force.
« Ne me faites pas perdre mon temps. » Ses yeux puissants le transperçaient. « Prenez place. »
« Oui, Votre Sagerie », répondit-il poliment en s'exécutant.
Il sentit une pression considérable s'abattre sur lui. Ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait se permettre de rater.
Son langage corporel et son attitude indiquaient que cette audience n'était qu'une journée de travail comme une autre. Pour Rui, en revanche, c'était tout. Il le savait.
Cette prise de conscience fit peser sur lui une pression immense. « Sans plus tarder, commençons. » Son ton était ferme et inflexible. « Dites-moi. L'affaire AD51 est en cours. Le prévenu, le Maître Rui, est accusé de nombreux crimes par la Fédération Martiale Panaméenne, notamment meurtre, meurtre de masse, destruction de biens de la Fédération, et utilisation non-autorisée d'une technique interdite. Je commencerai par enquêter sur chaque chef d'accusation avant de formuler mon jugement. À la fin, je rendrai mon verdict après avoir confirmé si le prévenu plaide coupable. »
Rui plissa les yeux alors que la séance commençait officiellement.
Il brûlait de communiquer son offre par voie non-verbale. Cependant, le moment importait. De plus, il ne pouvait pas être trop flagrant. Il devait s'assurer d'avoir tout mis en place pour que l'impact de l'offre la frappe le plus fort possible. Le pire scénario serait le rejet total de sa proposition comme une absurdité qui ne valait même pas la peine d'être envisagée.