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The Martial Unity

Chapitre 2006

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Chapitre 2006

Chapitre 2006

Chapitre 2006/2008100%~6 min de lecture1 082 mots

Un Maître Martial n’était guère une exception rare dans l’immense tableau de la civilisation humaine.

Si Rui faisait véritablement figure d’inédit en tant que Maître Martial, le Médecin Divin se souciait-il autant que cela de l’Art Martial ?

Rui s’attendait à ce qu’il soit trop absorbé par l’étude de cette flore extraterrestre pour ne serait-ce remarquer sa présence.

Il aurait imaginé que le Médecin Divin délaisserait tous ses appels au profit de cette étude.

Mais point du tout.

Le Médecin Divin affichait une fascination et un intérêt non feints pour Rui.

La curiosité surhumaine au fond de son regard plongeait avec intensité dans l’interminable vide habité par celui de Rui.

Une seule réplique lui échappa.

« Toi. »

« … » Rui inclina la tête, perplexe.

« Tu m’as menti. » Les yeux de l’homme s’élargirent sous l’intensité.

Rui fronça les sourcils. « …Non, c’est faux. »

« Tu l’as fait », insista-t-il en renforçant le ton. « Tu as prétendu n’être qu’un simple candidat au transfert d’âme. Or, la vérité est devenue aussi claire que l’évidence lorsque j’ai contemplé ton Incarnation Martiale. »

L’intensité maniacoïde de son regard ne fit que s’accroître.

« Tu as subi le rituel de transfert d’âme. » L’homme poussa un rire nerveux. « Tu es déjà un immortel. »

Rui ricana. « Je te l’ai dit, le Sage des Mendiants a fait de moi un candi— »

« —NE ME MENTS PAS ! » hurla-t-il, pétrifiant Rui d’un seul coup.

Il n’avait jamais entendu cet homme hausser le ton.

« Ton Esprit Martial est trop puissant pour que tu n’aies pas subi le rituel de transfert d’âme », insistait l’homme. « J’y ai décelé les plus infimes traces de chair de ton ancien corps. Il y a environ trente-sept ans, si je devais dater cela. »

Les yeux de Rui s’écartèrent sous le choc.

Il avait trente-sept ans.

Trente-sept ans plus tôt, il était né de nouveau.

De surcroît, la puissance de son Esprit Martial résultait bel et bien d’une seconde vague de croissance cognitive exceptionnelle, survenue sur trois décennies.

Qu’en jugeant ainsi sa réincarnation, le Médecin Divin y voyait le rituel même de transfert d’âme qu’il avait mis au point avec le Sage des Mendiants et le Psyker en disait long. S’ils différaient, il n’aurait pas repéré les indices manifestes qui le guidaient vers cette conclusion, celle d’une opération similaire chez Rui.

Une seule déduction s’imposait dès lors.

Le regard de Rui se durcit tandis que son expression se figeait en une gravité sans faille. « …Ma réincarnation a donc réellement eu lieu grâce au rituel de transfert d’âme ? »

Le Médecin Divin fronça les sourcils, sa curiosité se faisant encore plus ardente.

À cet instant précis, l’analyse de ses microexpressions physiologiques et anatomiques lui permit de conclure que la mine et les paroles de Rui étaient sincères.

« …Toi », ses yeux s’agrandirent sous un souffle d’étonnement. « Tu ne savais rien ? Tu n’as rien préparé ? »

Rui secoua lentement la tête tandis que son regard errait, plongé dans une méditation dense, son visage se fermant davantage. « …Après ma mort, je me suis retrouvé réincarné dans un nourrisson en cours d’accouchement. »

Rui avait passé toute son existence à se demander comment sa réincarnation était possible.

Comment son âme voyageait-elle d’un monde à l’autre ?

En réalité, si Gaïa existait bel et bien dans un autre univers aux lois physiques quelque peu altérées, alors comment diable son âme avait-elle pu passer du sien à un cosmos totalement distinct ?

Quelles étaient les mécaniques propres à un phénomène aussi magique ?

Il mentirait grossièrement s’il affirmait n’avoir pas posé ce questionnement à lui-même des millions de fois.

Lorsque le Sage des Mendiants lui avait livré la vérité sur le rituel de transfert d’âme, il y avait aussitôt pensé comme potentiel lien avec sa propre réincarnation.

Après tout, la façon dont l’âme du Médecin Divin semblait pouvoir passer d’un récipient à l’autre rappelait étrangement sa propre expérience, pour aussi fragmentaires que fussent les informations dont il disposait. Il était donc parfaitement logique de supposer qu’il ait été réincarné dans ce monde par le même processus.

Pourtant, il savait également que les transferts d’âme du Médecin Divin relevaient de sa propre conception. Ce dernier y avait consenti de son plein gré en participant activement au rituel.

Cela ne valait absolument pas pour lui.

Il n’avait jamais envisagé pareille éventualité et n’avait certainement rien préparé pour opérer le moindre transfert de son corps, celui de John Falken, vers le sien, celui de Rui Quarrier. Puisque le transfert d’âme relevait d’un rituel, quelqu’un avait forcément agi à sa place.

Quelqu’un avait dû réaliser ce rituel pour lui sans son aval ni même sa connaissance, quand il habitait encore son vieux corps.

Bien sûr, il n’envisageait pas de se plaindre d’avoir obtenu une seconde chance.

Même si cette existence présentait ses revers, elle avait pour l’essentiel constitué un beau rêve, l’autorisant à devenir Artiste Martial, privilège dont on l’avait cruellement privé durant sa vie antérieure. Là, il pouvait mener le Projet Eau, alors que précédemment, il se contentait de le distribuer à autrui, à l’exclusion de sa propre personne.

Sa reconnaissance envers la force extraordinaire qui lui avait soufflé ce second souffle était totale. Néanmoins, il mentirait en avouant chercher moins à élucider les énigmes.

Et aujourd’hui, il obtenait un début de réponse à ce qu’il recherchait.

La question du « comment » concernant sa réincarnation touchait à sa résolution. Il ne lui restait plus qu’à comprendre le fonctionnement mécanique du transfert d’âme, spécifiquement la manière dont il naviguait entre des entités aussi astrales et métaphysiques qu’une « âme ».

Son regard rencontra celui du Médecin Divin.

En un clin d’œil, ils avaient tous deux compris leurs mutuelles motivations et pensées.

« Que veux-tu en échange du secret du transfert d’âme ? »

Pourtant, ses paupières s’ouvrirent sous la stupéfaction lorsqu’un sourire inquiétamment maniacoïde étira les traits du Médecin Divin. La grimace s’amplifia sur son visage jusqu’à le distordre, tandis qu’un amusement surhumain flamboyait au creux de ses prunelles.

« La commission », chuchota-t-il, tremblotant. « Accepte ma commande, et je te livrerai ce que tu recherches. Je t’accorderai ce que je désire. »

Sa voix vacillait irrégulièrement, mettant de plus en plus mal à l’aise Rui. L’homme avait toujours été fou et dérangé, Rui le savait, mais c’était précisément à ces instants-là qu’il remettait en question le bien-fondé de collaborer avec un sujet aussi psychotique.

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