« Où est le cadavre ? » grogna le prince Randal.
« Comme je l’ai dit, » répondit fermement le Faucheur du Vide pour les apaiser. « Identité d’abord. Rui Quarrier après. »
« Pourquoi devrions-nous avoir confiance en votre parole ? » lança dans un regard noir la princesse Ranea.
« Avez-vous confiance en les seize Maîtres Martiaux derrière vous ? » demanda le Faucheur du Vide en inclinant légèrement la tête. « C’est tout ce qui vous suffit. Je ne peux pas violer mon accord, pas si je veux sortir d’ici vivant. Mais vous, si. Vous tenez tous les leviers et non moi. C’est pourquoi vous devrez respecter votre partie du contrat en premier, comme convenu. Ensuite, Rui Quarrier vous sera remis. »
« Nous ne pouvons pas vous laisser partir sans fournir le corps une fois que vous aurez vu notre identité, » remarqua la princesse Rafia. « Rien ne garantit que vous reviendrez avec lui. »
Le Faucheur du Vide la fixa. « Ce n’est pas pour aller chercher le corps que je pars. C’est le corps qui vient ici. »
Son regard balaya leurs visages. « Si vous voulez ce corps, vous devrez révéler votre identité. Sans ça, vous n’aurez jamais ce corps entre vos mains. Vous pouvez même me menacer ou me torturer autant que vous voudrez. Mais vous n’obtiendrez jamais ce corps. »
Ses yeux s’écarquillèrent.
Une étincelle de folie scintilla au fond de ses iris.
« Révélez vos identités. Et je vous donnerai le corps. C’est ce sur quoi nous nous étions mis d’accord au départ. Le corps ne me sert à rien. Il est inutile pour moi. Il ne fait qu’assurer que vous respecterez votre part du marché. Après, il devient inutile. Je m’exécuterai sans broncher. J’ai une réputation de sérieux à tenir. La réputation est tout dans le Milieu. »
Sa voix était claire, ferme, presque sincère. Aucun des Maîtres Martiaux ne put y détecter la moindre trace de mensonge.
« Combien de temps cela va-t-il prendre pour arriver ici ? »
« Pas longtemps. »
Les quatre membres de la famille royale échangèrent un regard.
Il l’avait probablement confié à un subordonné de confiance à l’extérieur de la ville.
Ils auraient pu envoyer un Maître Martial scanner la ville, mais…
Mieux valait suivre le plan convenu.
Ni bavardages ni complications.
Torture, menaces, chantage. Toutes ces méthodes étaient des procédures interminables pour extorquer des informations. Plus ils perdaient de temps, plus la probabilité que quelque chose tourne mal avant d’avoir obtenu des aveux d’un tueur chevronné augmentait.
La voie la plus rapide pour obtenir le corps restait d’accepter ses conditions.
Il avait raison ; après tout, il ne pouvait pas s’enfuir. Il aurait fallu bien plus de seize Maîtres Martiaux pour s’assurer qu’il survive à sa tentative de fuite.
De plus, sa mort était certaine.
Quoi qu’il advienne, il ne repartirait pas d’ici vivant aujourd’hui.
« D’accord, » gronda le prince Randal en plissant les yeux. « Cependant, si tu nous trompes… ta mort sera douloureuse, atroce et longue. Non, nous ne te laisserons même pas mourir. Nous bourrerons ton corps de potions de guérison et de régénération à l’infini. Tu souffriras pour l’éternité. »
Le Faucheur du Vide hocha la tête.
Le prince Randal échangea un regard avec chacun de ses frères et sœurs avant de lâcher un profond soupir.
Il retira son masque, dévoilant ainsi son identité.
Le Faucheur du Vide resta figé devant lui pendant plusieurs secondes.
« Je suis disposé à vous reconnaître comme l’un des clients supposés qui m’a commandé cet assassinat, » acquiesça le Faucheur du Vide.
Il se tourna vers les trois autres, en attente.
Ils retirèrent leur masque l’un après l’autre, livrant leur identité à son regard.
Le Faucheur du Vide hocha la tête. « Plaisir d’affaires avec chacun d’entre vous. »
« Ce sera ma dernière question. Si votre réponse ne me convient pas, vous ne sortirez pas d’ici vivants, » cracha une froide colère sur le visage du prince Randal. « Où est Rui Quarrier ? »
« Où est Rui Quarrier ? » répéta le Faucheur du Vide en écho. « Drôle de coincidence de poser cette question, car… »
Son ton devint extrêmement dangereux.
« Il a été debout dans cette pièce tout du long. »
Maître Reina claqua les doigts, levant simultanément toutes les techniques de diversion et de furtivité de niveau Maître qu’elle appliquait depuis le début.
Bien entendu, pas sur elle-même.
Elle avait franchi un stade supérieur de maîtrise ; elle pouvait maintenant les activer librement sur n’importe quel sujet, n’importe où, n’importe comment, tant qu’il restait dans son périmètre sensoriel.
Ce qui s’ensuivit allait s’imprimer à jamais comme le moment le plus terrifiant de toute l’existence du prince Randal.
À partir de cet instant, chaque nuit, des cauchemars le hanteraient, replaçant sans cesse devant ses yeux ce qu’il venait de voir.
Cette scène devait désormais marquer à jamais la psyché des quatre membres de la famille royale.
L’horreur pure se peignit sur le visage du prince Randal, dont les traits se déformèrent sous le choc.
La princesse Raemina tremblait sur son siège, physiquement secouée par ce qui s’était produit juste après les paroles du Faucheur du Vide.
La princesse Ranea comprit alors le véritable sens de la peur quand un frisson glacé lui serra le cœur.
Même la princesse Rafia, réputée pour son rationalisme, sa logique implacable et son manque d’émotions, ne put garder son sang-froid. Pour la première fois de sa vie, son visage refléta le choc.
Après tout, un événement semblant défier la causalité venait de se produire.
« Putain, l’Union Martiale va adorer ça quand je leur montrerai ça, » remarka Rui Quarrier avec un sourire amusé tandis qu’il tenait un appareil d’enregistrement multidirectionnel haut de gamme à la main.
Il était en vie. Point.
Il était apparu de nulle part.
Derrière le Faucheur du Vide.
En cet instant précis, les quatre royaux, les seize Maîtres Martiaux et Sierra avaient chacun subi un arrêt cardiaque métaphorique.
Sierra aurait peut-être eu un vrai infarctus, d’ailleurs, si l’on considère qu’elle s’était évanouie.
Personne ne pouvait bouger.
Ils détaillèrent Rui du regard, paralysés par un choc et une horreur bruts, purs, absolus, sans le moindre filtre ni retenue, irréels dans leur intensité.
Ils venaient non seulement de voir un homme mort revenir à la vie.
Ils l’avaient vu surgir de l’air pur.
« Héhé, beau, très beau, » opina Rui en ricanant. « Je vais capturer l’image de vos gueules choquées et l’accrocher sur mon mur avant de dormir. »
Ces mots les firent sortir de leur torpeur.
« TUEZ-LE ! ! ! ! ! ! ! ! » rugit le prince Randal en bondissant sur pied. « TU-ZEZ-LUI ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! NMNMNHNMGHHHHEEEBAHSHEUUUH ! ! ! ! ! ! 1 ! ! ! ! ! 1 ! ! ! ! ! ! 11 ! ! ! ! 1 ! ! ! »
C’était une décision impulsive, mue par la panique.
Pourtant, les Maîtres Martiaux derrière lui obéirent. Le temps ralentit jusqu’à l’extrême à leurs yeux.
Un flot immense de haine meurtrière convergea vers Rui.
Ils allaient le tuer.
Il allait mourir.
Pourtant, Maître Reina fut plus rapide. Elle apparut, formant une traînée floue même pour les réflexes affûtés des Maîtres Martiaux qui s’abattaient sur Rui, provoquant leur stupéfaction la plus totale.
CRAC CRAC CRAC CRAC !
Les Maîtres Martiaux gelèrent sur place, pétrifiés par l’horreur, en retournant la tête pour contempler leurs cibles.
…TIQUE TIQUE TIQUE TIQUE