Rui fut d'abord surpris que le Bureau d'Investigation de Kandrie ait daigné mandater un Artiste Martial de l'Académie Martiale pour cette opération, alors qu'un Artiste Martial du Bureau y participait déjà. Capturer un Artiste Martial qui faisait tout pour éviter la capture était bien plus difficile que d'en vaincre un dans un affrontement frontal en un contre un.
Cette difficulté ne se limitait pas aux Artistes Martiaux, elle s'appliquait aux gens en général. Battre quelqu'un en combat était plus aisé que de l'attraper et le maîtriser seul malgré sa résistance. Si la personne que l'on tentait de capturer s'enfuyait simplement dans la direction opposée avec dix mètres d'avance, les chances de combler l'écart, de l'attraper, de la dominer franchement, d'encaisser sa résistance et de la traîner en prison étaient extrêmement faibles.
Dans la plupart des cas, on ne la rattraperait pas. Même si par quelque miracle on y parvenait, on ne parviendrait pas à la maintenir, car il était peu probable d'obtenir la prise adéquate pour l'immobiliser ; on ne saisirait qu'un morceau de tissu, ce qui n'était pas assez solide.
Et même si l'on réussissait à la tenir fermement, elle pouvait aisément nous gêner en nous tirant au sol, en cherchant à se débattre pour s'en sortir. Dès lors, les chances de réussir à l'arrêter seul devenaient très faibles, car l'avantage disparaissait au moment où tout basculait au sol.
C'est pourquoi le Bureau d'Investigation de Kandrie avait mandaté un Artiste Martial supplémentaire pour l'opération ; seulement ainsi avaient-ils une chance réaliste de capturer le meneur. Idéalement, une équipe d'Artistes Martiaux aurait été préférable, car elle aurait garanti la victoire, mais ils n'avaient pas les moyens d'engager de telles ressources pour une seule cible Artiste Martial, et qui plus est, seulement fortement suspectée, non confirmée.
Le Bureau d'Investigation de Kandrie ne disposait pas du luxe de fonds et de renseignements illimités. Il devait simplement composer avec ce qu'il avait et en tirer le meilleur parti.
L'opération en elle-même était assez simple. Le Bureau d'Investigation de Kandrie avait pour seul dessein d'encercler la zone et de couper toute issue et toute fuite, puis d'investir chaque lieu et de fouiller méthodiquement toute la zone à la recherche des cibles de la mission, les éliminant une par une. Ils libéreraient et mettraient en sécurité les enfants captifs, les extrayant immédiatement, et idéalement, parviendraient à capturer le meneur.
Rui et l'Artiste Martial du Bureau d'Investigation de Kandrie accompagneraient l'équipe d'infiltration et devaient rester en alerte maximale, employant des techniques sensorielles pour s'assurer que le meneur du réseau de trafic d'enfants ne parvienne pas à s'échapper en évitant la détection.
Rui était confiant dans sa capacité à détecter immédiatement l'utilisation de toute technique de déplacement de niveau Apprenti permettant à un Artiste Martial de se mouvoir à des vitesses dépassant la limite humaine, grâce à la technique de Cartographie Sismique. Le rayonnement sismique de ces techniques dépassait assurément ce que des humains normaux produisaient et étaient capables de produire.
Dès qu'il détecterait le meneur, il foncerait vers lui aux côtés de l'Artiste Martial du Bureau d'Investigation de Kandrie. Ensemble, ils devraient pouvoir le capturer. Rui ne pensait pas qu'il puisse percer l'encerclement et s'enfuir sain et sauf, seul face à eux deux.
L'opération débuterait après l'arrivée et le briefing de Rui. Bien que toutes les informations pertinentes figurent déjà dans la fiche de mission, il valait mieux établir une compréhension mutuelle du rôle de chacun dans l'opération.
Le nombre d'agents participant à la mission s'élevait à quatre-vingt-neuf au total, sans compter Rui et l'Artiste Martial du Bureau.
Le reste de la fiche de mission détaillait davantage les protocoles standards auxquels Rui devait se conformer.
La première impression qu'il en retira fut qu'il disposait de très peu de liberté dans les missions autorisées par la Famille Royale, telles que celle-ci. Les protocoles et directives avaient rendu clair que le Bureau d'Investigation de Kandrie conservait le contrôle total de toutes les opérations et pouvait ordonner efficacement à Rui, spécifiquement quant à sa contribution dans la mission, dès l'instant où il l'acceptait.
C'était l'exact opposé de sa mission de classe traque, où il bénéficiait d'une immense liberté sur la manière de l'accomplir, au point de pouvoir tester des méthodes farfelues et novatrices basées sur des hypothèses et évaluations hâtivement construites.
Ici, le Bureau d'Investigation de Kandrie conserverait tout le pouvoir de décision. Rui devait simplement assister la mission comme bon leur semblait.
Ce n'était pas qu'il ne comprenne pas la raison de ces protocoles. En fin de compte, il s'agissait d'une affaire assez grave relevant exclusivement de la juridiction et de la responsabilité du gouvernement kandrien. Accorder à l'Union Martiale le contrôle de telles opérations lui conférait un pouvoir et une autorité dangereux, qui lui auraient permis de causer aisément d'immenses problèmes au gouvernement kandrien et à la Famille Royale.
C'était un risque bien trop grand pour la Famille Royale, et ainsi la juridiction et l'autorité de ces missions étaient quelque chose que l'Union Martiale avait dû inévitablement concéder à la Famille Royale, conformément aux termes de la Convention Martiale de Kandrie.
Bien entendu, en échange, l'Union Martiale obtenait des tonnes de fonds, de ressources et de privilèges pour avoir fait de telles concessions à la Famille Royale. Comparé au pouvoir doux que représentait l'autorité sur ces opérations, l'Union Martiale se contentait aisément des bénéfices concrets que ces échanges matériels procuraient.
C'était ultimement un gagnant-gagnant pour les deux parties. Mais les Artistes Martiaux comme Rui devaient subir d'être subordonnés au gouvernement kandrien spécifiquement quant à leur participation à l'opération, aussi n'était-il pas particulièrement ravi.
Néanmoins, la réussite de cette mission revêtait une importance personnelle pour lui, et une expérience diversifiée ne pouvait faire que du bien.
Ainsi, Rui avait l'intention de mener cette mission jusqu'au bout.