La Secte Flottante possédait une bibliothèque dédiée aux Artistes Martiaux et à leurs Arts Martiaux, et il n’était pas surpris de constater que la qualité y était élevée.
Après tout, la secte existait pour eux. Cela signifiait que tout ce qui touchait à l’Art Martial y était traité avec soin, notamment la constitution de bases de données recensant les techniques de niveau Écuyer.
Certes, cela restait modeste comparé aux standards de l’Union Martiale kandrienne. Mais c’était respectable. Le fonds couvrait un spectre suffisamment large, et le système de classement, bien moins sophistiqué que celui de l’Union, fonctionnait parfaitement pour ce qu’il avait en tête.
Bien qu’il eût immédiatement envie de se plonger dans les techniques symbiotiques, il se retint. Ces arts constituaient l’une des rares catégories où les risques et les dangers étaient élevés.
Il accusait nullement la Secte Flottante d’incompétence, mais s’il comptait confier sa vie, voire sa Voie Martiale, aux protocoles médicaux et aux symbiotes, l’organisation devait être à la hauteur de l’Union Martiale. Il ne faisait simplement confiance à personne d’autre pour éviter de gâcher le dossier, que par mauvaise pratique ou par erreur d’information.
La solution par science des matériaux ésotériques ne présentant pas cet inconvénient, il l’inscrivit donc sur sa liste des pistes à étudier.
Cependant, elle ne figurait pas en tête. La science des matériaux ésotériques exigeait également un accès massif à des savoirs pointus, ce qui en faisait un environnement peu idéal pour développer un concept détaché de son essence martiale.
Même appliquées au champ martial, ces recherches ne relevaient, à sa connaissance, d’aucun courant largement répandu ou établi.
L’Union Martiale n’avait bronché d’un cil quand il avait acquis ses services médicaux pour inoculer des substances ésotériques dans son organisme lors du développement de l’Écho Riemannien.
De plus, il avait déjà croisé des paradigmes proposés par d’autres Artistes Martiaux mettant l’accent sur l’incorporation corporelle d’éléments ésotériques durant ses travaux à la ville de Crexeet. Il n’en était donc clairement pas l’initiateur.
Mais le domaine n’était pas non plus hyperbolique, ce qui signifiait qu’il lui faudrait très probablement fournir lui-même l’essentiel du travail exploratoire et des recherches préalables pour le projet Métacorps. Dans le cas contraire, aucune avancée majeure ne serait envisageable.
Il était préférable de commencer par les voies les plus accessibles, ce qui renvoyait dans ce cas précis à la technique de la Douleur Vorace.
'J’ai besoin d’une technique capable de manipuler l’énergie et les nutriments que mon organisme extrayait de l’autophagie, puis de les rediriger vers différents paramètres physiques selon mon bon plaisir.'
Il savait déjà qu’opter pour la piste la plus directe n’en rendait pas moins la tâche éminemment ardue, même dans le pire des cas.
Ce qu’il visait était un degré de maîtrise corporelle jamais atteint, jamais même observé.
L’autophagie correspondait au processus par lequel l’organisme digérait les déchets organiques morts pour recycler l’énergie et les nutriments qu’ils contenaient, assurant ainsi sa survie pendant les périodes de forte disette. Une ressource vitale, car on estimait qu’environ un million de cellules périssaient chaque seconde dans le corps humain, soit près de un kilo deux cents par jour !
Pourtant, la plupart de ces cellules finissaient tout bonnement éliminées sans que leurs composantes fussent récupérées. Un mécanisme affreusement inefficace, mais hélas, le corps humain refusait catégoriquement de céder sous quelque forme que ce fût.
À moins que le corps ne flanchât véritablement, déclenchant alors l’autophagie. C’était précisément pourquoi Rui parvenait à refermer des blessures légères en un temps record, fait singulier pour un corps martial de sa trempe doté d’un facteur de régénération aussi poussé.
C’était aussi ce qui expliquait que son corps martial ait vu le jour dès la naissance au grade deux. Il parvenait en effet à puiser dans une réserve interne que le commun des corps humains laissait inertes.
S’il obtenait le pouvoir de contrôler l’utilisation que son corps faisait de cette autophagie, il pourrait dicter l’allocation de cette puissance et ajuster ainsi, jusqu’à un certain point, la configuration de ses propres caractéristiques.
L’inconvénient majeur résidait dans le fait que, si l’option paraissait bien plus prometteuse, elle demeurait nettement moins parfaite.
Le poids corporel ne variait pas lors de l’activation de l’autophagie, ce qui l’empêchait de reconfigurer ses caractéristiques vers un profil orienté vitesse comme le permettait Godspeed. Il ne pouvait non plus amplifier sa force brute, car injecter davantage d’énergie n’aurait eu aucun effet par lui-même. Il aurait fallu augmenter la consommation énergétique musculaire pour transformer cet apport en puissance supérieure.
Dans le même ordre d’idées, il ne pouvait renforcer la résistance physique.
En revanche, il pouvait booster considérablement son endurance si tel était son souhait. Une réussite signifiait potentiellement égaler les Artistes Martiaux spécialisés dans la résistance et l’endurance. Il pourrait tenir extrêmement longtemps sans aucune source d’énergie externe.
Tout cela ne constituait pourtant que la moitié du potentiel à atteindre s’il maîtrisait pleinement la Douleur Vorace.
En cas de blessure sévère, il pourrait assimiler et rediriger vers la plaie les millions de cellules mourant chaque seconde, refermant ainsi la blessure en temps réel tandis que son facteur de guérison évolué profitait largement de l’afflux de matière première et d’énergie nécessaire à la reproduction cellulaire rapide.
Il pourrait acquérir un facteur de régénération à l’égal de celui du Wolverine !
Il était vrai que cette méthode resterait impuissante face aux attributs primordiaux du combat que seraient la force, la vélocité ou la durabilité. Mais peu importait : il entrait dans ce chantier en sachant pertinemment qu’une solution unique ne suffirait pas à combler toutes ses attentes.