De nombreux spectateurs de la guerre entre l'Organisation du Traité de Kaddar et la Secte Flottante ne purent s'empêcher de s'étonner du résultat du combat.
Certes, il ne s'agissait là que du fruit d'un affrontement regroupant à peine dix pour cent des forces en présence, mais cela démontrait bien que les gardiens de la Secte Flottante n'étaient pas faibles.
L'Organisation du Traité de Kaddar savait pertinemment que les gardiens de la Secte Flottante figuraient parmi l'élite des Écuyers Martiaux de haut grade. Après tout, le processus d'accès à ce statut, puis celui de son maintien, était éprouvant. Il filtrait le gratin et garantissait que même les Écuyers Martiaux de haut grade aux capacités plus modérées n'avaient tout simplement aucune possibilité d'y accéder, faute de ressources nécessaires.
Et pourtant, même ainsi, les performances de la Secte Flottante étaient vertigineuses. Ses gardiens étaient assez puissants pour l'emporter sur leurs homologues kandriens.
Surtout celui qui avait fauché des dizaines d'Écuyers Martiaux.
Il leur semblait absurde qu'un seul Écuyer Martial ait pu éliminer autant de rivaux. À l'origine, les nations de la région de Kaddar avaient d'ailleurs supposé qu'il s'agissait en réalité d'un Sage Martial dépêché pour anéantir leurs effectifs.
Il leur fallut quelque temps pour se rendre compte que telle n'était pas la réalité.
Les nations de Kaddar comprirent aussitôt qu'elles avaient sous-estimé la Secte Flottante. Leur manque de communication avec l'extérieur ne les aidait en rien. Recueillir des renseignements sur le niveau moyen de puissance de la secte se révélait ardu. Elles s'étaient naïvement persuadées qu'embaucher des Écuyers Martiaux convenablement puissants suffirait à sceller le match, mais il apparaissait clairement que ce n'était pas le cas.
Pourtant, le monde ne s'effondrait pas pour autant.
Si la Secte Flottante pouvait miser sur la qualité, la région de Kaddar disposait d'un avantage numérique certain. C'est ce qui faisait que la Secte Flottante prenait un léger avantage. Chaque gardien perdu, et ceux qui le seraient dorénavant, représenteraient une perte définitive.
Le flux d'Écuyers Martiaux rejoignant la Secte Flottante s'était tari, bien que certains combattants particulièrement rusés parvinssent de temps à autre à s'y infiltrer pour en devenir immédiatement gardiens.
C'était pour l'instant le seul attrait offrant un espoir de recrutement : des postes vacables, comblables à coup sûr par du nouveau sang.
Cependant, cela restait dérisoire face au flot continu que la région de Kaddar parvenait encore à aligner.
Telle avait été la stratégie évidente de la Secte Flottante : concentrer ses politiques sur le recrutement des Écuyers Martiaux les plus coriaces et veiller à ce que les meilleurs restent sur place. La manœuvre portait manifestement ses fruits.
Les nations de Kaddar devaient maintenir le cap et user méthodiquement les effectifs de la Secte Flottante.
Ce fut précisément ce qu'elles firent.
Impossible pour elles de rassembler, organiser et remplacer les Écuyers Martiaux trop souvent, mais elles en faisaient suffisamment pour assurer des assauts réguliers contre la Secte Flottante. Les gardiens de cette dernière résistaient farouchement, y compris les jours où Rui n'était pas présent sur le terrain.
Rui commença alors à chérir ces périodes calmes. Il pouvait y investir massivement sur lui-même et progresser naturellement. Le meilleur dans l'affaire résidait dans la clarté du chemin tracé. Il avait passé beaucoup de temps à peaufiner sa stratégie, calquée sur ses ambitions et objectifs. Il ne restait plus qu'à légèrement l'ajuster et entamer l'exploration et l'entraînement.
Pour mettre à jour l'Algorithme VIDE, il avait décidé d'intégrer un nouveau système fondé sur la modification du Corps martial, afin d'adapter une configuration technique à un autre type d'Art Martial.
Il s'attaqua aussitôt à l'une des méthodes les plus prometteuses et accessibles dont il avait eu l'idée.
La technique de la Douleur Vorace n'apportait rien de fondamentalement nouveau en soi. Il s'agissait simplement du fait que Rui venait de réaliser que l'énergie dépensée par cet art pouvait éventuellement être affectée à certains paramètres physiques plutôt qu'à d'autres.
Cette manipulation lui permettrait de moduler sa configuration dans une certaine mesure, sans toutefois la dominer totalement.
D'autres pistes attiraient déjà son attention, comme la résolution par la science des matériaux ésotériques ou celle par les symbiotes. Mais il s'agissait de projets à long terme, impossibles à mener à bien rapidement. Ni lui-même ne pouvait achever ces recherches en un temps record.
Une autre découverte récente le conduisit à penser que les techniques de respiration pourraient également constituer une réponse viable au nouveau système qu'il souhaitait établir.
En fait, il se remémora les schémas respiratoires d'Ian Nepomniatchi. Ces derniers lui permettaient effectivement de manipuler ses propres paramètres physiques. Le hic résidait dans le fait qu'ils n'impactaient en rien son corps martial. Ils ne faisaient que lui injecter davantage d'énergie et renforcer certaines de ses facultés, sans lui octroyer les configurations techniques requises par les corps martiaux idéaux pour contrer un adversaire.
Cela signifiait que ces seules méthodes ne sauraient constituer la solution unique au défi actuel.
Toutefois, il estimait fort probable qu'elles joueraient un rôle déterminant dans l'équation globale.
Quoi qu'il en soit, plusieurs axes de recherche s'offraient à lui. C'est pourquoi la complexité de l'objectif ambitieux entrepris ne le décourageait guère. Par ailleurs, son bilan nourrissait aussi sa confiance. Les projets auxquels il s'attelait aboutissaient la plupart du temps, et ces succès répétés l'avaient propulsé à un seuil où il abordait de nouvelles initiatives avec une entière assurance et un engagement total.
De surcroît, il ne s'agissait nullement d'un sujet banal ; il ressentait une excitation particulière à améliorer l'Algorithme VIDE, dépassant tout vif intérêt antérieur pour un quelconque chantier technique.
Telles étaient ses directives. Il se dirigea vers la bibliothèque martiale de la Secte Flottante, posant ainsi la première marche vers la concrétisation du Projet Métacorps.