Il ne pouvait s’empêcher de se demander combien le combat serait mené plus rapidement s’il possédait le type de corps martial parfaitement adapté pour neutraliser son opposante. Après tout, celle-ci misait tout sur des attaques perforantes. À quelle vitesse l’aurait-il alors terrassée ?
Difficile d’en être certain, surtout quand elle n’était pas assez forte pour pousser son modèle prédictif jusqu’à ses limites.
CRAC !
« Argh ! » Elle grimaca lorsque Rui saisit ses doigts dans une prise digitale parfaitement calée, les brisant nettement.
Que son arme principale soit brisée aussi facilement attira immédiatement son attention, la distayant un instant et focalisant son regard sur la blessure.
Pourtant, ce n’était pas le moment de s’y attarder.
BOUM !
Une détente rapide dans la mâchoire s’ensuivit, projetant le corps de sa cible dans le vertige.
BOUM !
Un coup bref mais violent porté au diaphragme prit le relais. Incapable de résister au traumatisme par choc contondant que lui infligeait l’attaque, elle perdit à son tour conscience, cessa sa Marche Céleste avant de s’effondrer tel une pierre depuis les airs.
Deux hors du coup.
Rui ne savait pas précisément combien il devait en abattre, mais il décida simplement de faire de son mieux. L’un des désavantages ingrats de la Secte Flottante résidait dans son impossibilité de prédire leurs actions avec certitude. Avec leur état actuel et le fait qu’il se trouvait en plein cœur de la guerre, trop d’événements simultanés rendaient toute modélisation impossible.
Mais en dépit de ce chaos général, un homme dépassait clairement tous les autres.
Celui qui attirait toutes les faveurs du regard tant le spectacle qu’il offrait aux observateurs était incroyable.
Une horde d’Artistes Martiaux qui peinait à venir à bout d’un seul homme.
Tokugawa Ieyasu. Rui observait l’homme anéantir des horizons d’Écuyers Martiaux d’un simple geste de la main. C’est pour cela qu’il savait qu’il existait chez lui certains traits qui révélaient une puissance bien supérieure à la normale.
Le premier était des plus évidents.
'Il n’utilise pas de techniques sonores.' Rui plissa des yeux en observant l’homme dégainer toutes sortes d’arts martiaux à droite et à gauche !
De plus, elles n’étaient en rien banales. Toutes revêtaient une puissance exceptionnelle, loin de ce que n’importe quel novice pourrait manier.
'Attends, donc les sons ne constituent pas sa Voie Martiale ?' Rui fronça les sourcils. Une seule autre hypothèse expliquait ce qu’il venait de voir.
L’homme recourait à de nouvelles techniques martiales extrêmement souvent. Pourtant, Rui remarqua aussitôt une régularité dès le début du combat.
Il employait exactement le même Art Martial que son adversaire !
Les pupilles de Rui se dilatèrent face à une explication limpide faisant irruption dans son esprit. Une piste qu’il avait abordée sur le ton de l’humour, mais qui prenait soudain l’apparence d’une réalité palpable.
'Sa Voie Martiale serait… ?' rumina-t-il, incrédule. 'Une copie pure ?!'
Il n’avait jamais imaginé qu’une telle faculté fût seulement réalisable. Après tout, les rencontres avec un Art Martial et une Voie Martiale d’une telle puissance tombaient rarement sous le hasard d’une journée ordinaire.
Bien sûr, lorsqu’il pensait à son propre Art Martial, cette fréquence devenait logique, naturellement.
Cela dit, le principe même restait pour lui quelque chose d’étrange, malgré son caractère impressionnant.
'Les Voies Martiales incarnent la singularité et l’individualité de chacun,' médita Rui. 'Comment peut-il copier l’Art Martial et la Voie Martiale des autres ?!'
L’hypothèse prêtait à sourire comme une blague ratée, mais elle semblait bel et bien réelle.
Hélas, malheureusement, il n’eût pas le plaisir de pouvoir assister entièrement et pleinement au combat de Tokugawa.
Il se trouvait plein cœur de la mêlée ; il ne pouvait se permettre que son esprit divague comme à l’accoutumée.
Pourtant, il restait impossible de le manquer. La marque laissée par Tokugawa Ieyasu se faisait ressentir à travers l’ensemble du champ de bataille. Sa puissance était telle qu’elle seule incitait la force opérationnelle de Kaddar à dépêcher davantage d’Écuyers Martiaux pour renforcer leurs compatriotes !
Un seul homme !
Rui serra les dents en apprenant la nouvelle.
La Secte Flottante n’entendait pas se laisser faire. Elle envoya ses propres gardiens en renfort auprès de l’armée chargée de défendre ses positions.
En un rien de temps, les hostilités prirent encore plus d’ampleur, transformant le conflit en un chaos jamais vu jusque-là.
L’espace aérien effectivement monopolisé par les batailles des Écuyers Martiaux était tout bonnement stupéfiant ; ni les plus petites nations n’auraient suffi à contenir tous ces Artistes Martiaux de haut vol dans leurs seuls espaces célestes.
Les cieux de la Région de Kaddar commencèrent rapidement à s’embraser dès que la journée fonçait vers la nuit et que le crépuscule approchait.
Nombre d’Écuyers Martiaux étaient vidés pour la journée. Beaucoup combattaient depuis la première vague, à l’instar de Rui et Kane, et ils crevaient littéralement de fatigue !
C’est pourquoi les deux camps décidèrent rapidement de retirer leurs Écuyers Martiaux dont l’épuisement touchait désormais son paroxysme.
Continuer le combat au-delà de ce seuil présentait un danger mortel. Ils avaient déjà largement franchi la ligne de non-retour. Les forcer à prolonger l’effort au-delà de leurs limites physiques risquait fort de les voir se blesser les uns les autres, ou pire, s’anéantir eux-mêmes.
Il valait bien mieux pour les deux partis reprendre haleine afin de revenir régénérés et engager un affrontement porteur de sens.
D’une certaine manière, il eût sans doute été plus rentable de laisser uniquement les Seniors Martiaux s’affronter, le vainqueur remportant l’île. Néanmoins, aucun camp ne souhaita prendre le risque perçu de perdre ses propres Seniors, si bien qu’à la première journée de guerre, aucun Senior Martial ne s’éleva depuis la Région de Kaddar.
Lui-même éprouvait une certaine nervosité face à l’hypothèse ; c’est pourquoi il ne pouvait se permettre de négliger sa sécurité. Il se souvenait de l’instant où la Matriarche de la Tribu K’ulnen était surgie de nulle part, franchissant des kilomètres en un battement de paupière !
S’il n’avait dû la vie sauve grâce à Senior Ceeran qui l’avait arraché à sa colère ce jour-là, il serait mort sur place.
'Bon, même s’il n’y avait pas eu de Seniors Martiaux, nous avons failli y être près,' lança-t-il dans sa tête tandis qu’il posait un regard discret sur le gardien numéro un de la Secte Flottante, rappelant mentalement sa performance lors de la première attaque avec intérêt.
'Évolution imitative, hein ? Des plus captivants.'