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The Great Cleric

Chapitre 205

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Chapitre 205

Chapitre 205

Chapitre 205/21496%~10 min de lecture2 000 mots

Le soleil matinal s'était bien frayé un chemin quand nous arrivâmes enfin au village.

Une clôture sommaire fermait néanmoins l'accès, sans aucun guetteur en vue, ce qui me fit hésiter un instant avant de franchir l'entrée.

« Pourquoi vous êtes-vous arrêté, Luciel ? »

« Entrer dans un village sans garde ne constitue aucune infraction. On dit même que la Guilde des Aventuriers n'y voit aucun inconvénient. »

« Je vois. »

« Oui. Normalement, on ferme les clôtures pour empêcher les loups sauvages et les monstres d'entrer. »

« L'État Concordat Saint-Schrule étant dépourvu de créatures monstrueuses significatives, une simple barrière comme celle-ci suffit amplement ici. »

Il semblait donc que les aventuriers n'aient aucun mal à pénétrer dans les villages.

Toujours quelque peu perplexe, je déverrouillai la barrière, nous engageai dans le village, puis refermai l'issue derrière moi.

« Commençons par saluer le maire, puis nous négocierons l'acquisition de quelques montures. Si nous n'en trouvons pas, je devrai bien solliciter Forenoir pour cette fois. »

« Ce serait idéal qu'il accepte de vendre. »

« Et pourquoi pas nous offrir à dîner, si possible. »

Nadia acquiesça silencieusement tandis que Lydia, dont le goût prononcé pour la nourriture devenait de plus en plus évident, marcha à mes côtés en direction de la résidence du maire.

En chemin, les bruits domestiques provenant des habitations résonnaient déjà ; j'en profitai pour constater que les villageois se levaient tôt, avant d'atteindre enfin la demeure du chef.

« Espérons-le, il est encore là. »

« Veuillez patienter ici, Luciel. Nous irons annoncer notre demande. »

« Restez patienter ici, Luciel. »

Leur rôle discret de serviteurs me surprit agréablement, mais leur dévouement trop zélé me causa une certaine confusion. Jugée plus habile à mener ces discussions personnellement, je tentai de les convaincre brièvement.

« Vous ne connaissez pas encore le maire. Même si je n'ai échangé qu'une poignée de mots avec son prédécesseur, c'est à moi de prendre les devants. »

À ma déclaration, ils hochèrent la tête sans rechigner. Je fis alors un pas en avant et frappai à la porte de la maison du maire.

« Je vous prie de m'excuser pour cette visite matinale. Le maire est-il disponible ? »

Des bruits à l'intérieur confirmèrent sa présence et la porte s'ouvrit quelques instants plus tard.

« Qui est là ? À cette heure… Ah, mais ce n'est autre que vous, Luciel ! »

L'humeur plutôt maussade du chef s'évanouit dès qu'il identifia mon visage, éclatant soudain en sourire.

« Bonjour. Veuillez m'excuser de débarquer si tôt. »

« Nul besoin de vous excuser. Dites-moi plutôt ce qui vous conduit ici. »

« Nos chevaux ont refusé de continuer sur la route menant à la Cité Sainte. J'aimerais acheter quelques montures de rechange. Bien entendu, je paierai nettement au-dessus du prix courant. »

« Vers la Cité Sainte, hein ? …Il paraît toutefois, selon certaines rumeurs, que votre divine malédiction plane toujours sur vos épaules. »

Sa timidité à aborder ce sujet trahit une intelligence aguerrie. Plutôt que de perdre du temps en débats stériles, je décidai de prouver par l'exemple.

« Rumeurs, seulement. Soins ! »

Dès que mon incantation atteignit le maire, sa posture déséquilibrée penchée légèrement sur l'épaule droite se redressa instantanément vers une symétrie parfaite.

« Mince alors ! Mes reins me font tout le bien que j'avais oublié. Avec ça, je pourrais… »

Il tordit la taille, jouissant visiblement de cette disparition miraculeuse de la douleur, avant de se taire subitement.

« De toutes façons, ce ne sont que des ragots. Cela dit, cela confirme que je ne causerai aucun trouble à votre village. »

« Euh ? Oh, ne vous gênez surtout pas. Je vous dois d'ailleurs déjà la vie de ce hameau. Venez, entrez donc ! »

« Je vous remercie. »

Dissimulant soigneusement ses doutes, il nous invita à franchir son seuil.

Contrairement à notre précédente visite, l'intérieur était jonché de livres à même le sol.

« Excusez-moi pour ce bazar. »

Le maire s'expliqua ainsi avant de ranger précipitamment les volumes contre un mur, manifestement gêné.

« Comme je le signalais précédemment, notre arrivée inopinée justifie largement votre incommodité. Encore faut-il noter l'ampleur de votre bibliothèque. »

Le chef de village balaya l'air d'un geste négatif en réponse.

« Il s'agit intégralement des possessions de l'ancien maire. Je pensais naturellement que l'Église les récupèrerait, mais comme elles avaient été laissées telles quelles, je les consulte dès que je trouve un moment de répit. »

Je ne les avais point remarquées lors de notre précédent séjour consacré aux opérations de nettoyage, mais il m'incomba simplement de les ignorer afin de ne pas froisser mon hôte. Je choisisis plutôt d'amadouer ses soupçons en abordant ce sujet littéraire.

« Un plaisir instructif. Que contient exactement votre collection ? »

« Principalement des traités sur la gouvernance locale ou exposant des doctrines de suprématie humaine. Nous possédons même certains ouvrages originaires de la principauté de Branju, terre natale de ces idées radicales. La part consacrée aux exploits du lord Reinster n'y manque pas non plus. »

Peut-être manquait-il davantage d'excentricité parmi ces textes.

Les rayonnements étant déjà fort peuplés, je doutais avoir intérêt à fouiller outre mesure.

Néanmoins, pareille idéologie humaniste extrême se situait diamétralement opposée à mes propres convictions.

Si de tels groupes agissaient en sous-main au sein de l'institution ecclésiale, les coupables de la récente crise deviendraient immanquablement une secte religieuse.

Dans un tel scénario, celui que je connaissais personnellement finirait par porter le chapeau de l'instigateur.

Craignant que cette hypothèse ne me plonge dans le marasme mental, je préférai poursuivre l'échange.

« C'est très enrichissant. Je suis moi-même un lecteur vorace et éclectique ; je m'attendais donc à dénicher peut-être quelques curiosités parmi ces lignes. »

« À cet effet, nous avons des chroniques historiques portant sur les esprits, les dragons et les donjons. Nous conservons aussi des textes douteux sur les rituels d'invocation, voire des manuscrits prétendant garantir l'immortalité. »

Ma petite remarque ironique sembla réveiller une fierté patriarcale, car le chef se rengorgea presque à énumérer cette variété d'ouvrages.

Pourtant, deux intitulés attisèrent immédiatement ma vigilance.

Sorts d'invocation et longévité… Mais pourquoi le clergé avait-il négligé de saisir ces tomes ?

« …Lors de leurs vérifications, les représentants de l'Église ont effectivement consulté ces récits ? »

« Certainement. Ils étaient au départ considérés comme farfelus. Apparemment compilés dans la principauté de Branju, on dirait que ce genre de bouquins circulent à foison. »

L'incertitude quant au motif exact de cette inspection ecclésiale commençait à me gagner une profonde anxiété.

Tout cela restait-il sécurisé ? Ou bien une pourriture gangrenait-elle l'appareil sacerdotal lui-même ? Il ne fallait surtout pas tourner ces interrogations en boucle.

Je pris un court instant pour reprendre mes esprits et revins directement à l'objet de notre négociation.

« …Je comprends. Par rapport à nos demandes en montures, seriez-vous en mesure d'en procurer ? »

« Notre cheptel équin compte rarement des bêtes d'élite. Cela vous convient-il tout de même ? »

« Entendu. Désolé de mettre la pression, mais si dix pièces d'or la pièce conviennent, je souhaite en acquérir trois. »

« Dans ces conditions satisfaisantes, acceptons ! Je file aussitôt consulter l'intendant responsable des écuries. Patienteriez-vous brièvement ? »

« Très volontiers. Je profiterai de cet intervalle pour feuilleter vos écrits. »

« Faites entièrement comme bon vous semble. »

Sur ces mots joyeux, il s'élança hors de la demeure avec une vitalité retrouvée.

Sous cet élan, il devait bel et bien disposer de quelques étalons disponibles.

« Bon, que pensez-vous de tout ceci ? »

« Il est vrai que nous adhérions à cette vision anthropocentrique avant nos voyages. Devenir aventurières a toutefois assoupli ces rigidités mentales. »

« Ayant côtoyé les esprits, je n'ai jamais ressenti d'animosité irréductible envers eux. »

Face à leurs réponses nuancées sur le suprémacisme humain, je me remémorai l'absence de sujet dans ma question initiale. Je souris avec contrainte pour reformuler correctement ma prochaine interrogation.

« Excusez-moi pour mon imprécision. En réalité, je me demande si la brusque apparition de races démoniaques découlerait de ces rituels d'invocation. À propos, la principauté de Branju pratique-t-elle encore officiellement la convocation de héros aujourd'hui ? »

Reprenant mon souffle pour poser la question proprement, elles partagèrent chacune les informations dont elles disposaient.

« Effectivement. Cependant, même les nobles ignorent la plupart des détails techniques. »

« Nous savons que les cérémonies ont bien eu lieu, mais nul ne peut confirmer l'issue favorable de leurs invocations. »

« Cela signifierait-il qu'aucun souverain démoniaque ni ses acolytes ne sont réellement descendus ? »

« Nous ignorons absolument la réponse à ce point précis. »

« Ayant quitté nos foyers dès notre majorité, sans appartenir à une dynastie aristocratique influente, nous sommes demeurées dans l'ignorance... »

Ne m'avaient-elles pas confié précisément fuir les mariages arrangés pour embrasser le métier d'exploratrices ?

Quant aux aristocrates standards… Je me rappelai alors que Lady Elinas, rencontrée à Neldar, fille de comte elle aussi, justifiait ses travaux par un refus farouche des unions politico-familiales.

Quel avenir pouvait-on anticiper pour la principauté de Branju dans de telles conditions ? Aucun renseignement majeur ne venait combler mes lacunes, mais je m'imposai malgré tout de continuer patiemment à creuser cette piste.

« …Entendu. Le délai nous étant impérieux, concentrons nos efforts. Signalez-nous toute information susceptible d'alimenter l'enquête. »

« C'est noté. »

Après avoir transmis cette directive, je m'installai pour examiner attentivement les textes évoquant invocation et longueurs de vie.

Pour l'instant, les similarités entre l'incursion démoniaque survenue ici même jadis et celles murmurées depuis Branju restaient obscures.

Un demi-an s'était écoulé, mais la persistance de ces souvenirs tenaces découlait probablement d'une obsession concernant l'anneau magique émetteur de brouillard toxique datant de l'époque, ainsi que du rituel mystérieux impliquant bâton et vase observé par Kety et ses complices.

Si ce même rituel se conformait aux procédés consignés dans ces ouvrages traitant d'invocation et de longévité, l'objectif exact de ces entités démoniaques pourrait s'éclaircir progressivement.

Animé par cette intuition, je feuilletai les documents nécessaires et localisai le volume visé pratiquement instantanément.

Protégé par une couverture solide suggérant sa valeur certaine, le livre présentait pourtant un état sale et dégradé, rendant l'édition originale difficile à déchiffrer.

Bien que le désir de purifier uniquement les salissures superflues s'exprimât fortement, craindre qu'une méprise tactique efface également les inscriptions m'incita à faire preuve de discipline et entamer progressivement la consultation.

Généralement rangées parmi les arcanes temporels et spatiaux conférant un statut quasi mythologique, ces pratiques ne semblaient en réalité point relever de la pure légende.

Serait-il réellement faisable d'activer le procédé en inscrivant des pactes sacrificiels sur le tracé magique, indépendamment de toute attribution élémentaire ?

Dans ce contexte précis, convoquer un être humain nécessitait logiquement un sacrifice équivalent d'ordre anthropique.

Toutefois, loin d'exiger systématiquement une perte vitale, certaines configurations autorisaient l'échange direct d'énergie spirituelle ou de magie.

« Devant l'ampleur de ces exhalaisons toxiques disséminées, le tribut exigé correspondait indubitablement aux vies rassemblées de tout le bourg. Aucune équivoque subsistait quant à leur volonté d'attirer des entités franchement aberrantes. »

En poursuivant la lecture, une rubrique dédiée aux objets ritualisés révéla, notamment via des rites à vase, des concepts terrifiants d'échanges ou de possession d'âmes.

Admettant que le cercle arcanique ait été déclenché véritablement, les âmes locales auraient disparu simultanément pendant que les essences extérieures conquéraient leurs enveloppes charnelles respectives.

Accepter pareille barbarie plausible entraîna cette conséquence glaçante : si nous avions mis un instant de plus à rejoindre le site, des citoyens locaux corrompus par ces intelligences hostiles auraient vu le jour vivants.

« Imaginer tout ce cataclysme potentiel révèle clairement une psychologie frôlant la pathologie morbide. »

En tournant les pages suivantes, de nouveaux constats vertigineux défilèrent.

« Je vais l'acquérir au prix initial demandé. »

Refermant le tome concernant la conjuration, je remarquai simultanément un tumulte extérieur montant progressivement et rejoignis Nadia ainsi que Lydia pour sortir explorer cette agitation grandissante.

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