Nous sommes arrivés sur le terrain d'entraînement du Bataillon des Valkyries chevalières saintes et nous apprêtions à nous échauffer quand on nous a barré la route.
« Luciel, aujourd'hui nous ferons un combat d'entraînement sur le grand terrain d'entraînement qui se trouve plus loin. »
Au moment où Catherine désignait du doigt le grand terrain d'entraînement avec un sourire, un mauvais pressentiment m'a saisi et je l'ai interpellée sur-le-champ.
« Avec ce nombre de personnes, je pense qu'ici c'est amplement suffisant ? Ça ne va pas ? »
« Un combat d'entraînement avec cet effectif serait certainement instructif. Mais je pense qu'expérimenter un commandement à grande échelle serait plus profitable pour ton avenir, Luciel. »
« Je n'ai pas l'intention de commander une telle envergure. »
J'ai déjà assez morflé à Yenice et au royaume des nains.
Mes capacités de commandement se limitent aux petits groupes, et même si Lionel devait prendre le commandement, je ne voyais strictement aucun intérêt à ce combat d'entraînement.
Pire, mon mauvais pressentiment s'avérait-il exact ?
Tandis que je ruminais ces pensées, Catherine a commencé à dévoiler la vérité.
« C'est donc non… Hier, on ne sait pas par quelle oreille l'info a fui, mais les autres unités de chevaliers saints et l'Ordre des Chevaliers Prêtres ont demandé à recevoir l'instruction de l'ancien général Lionel, à condition qu'il n'y ait pas de risque mortel. »
« Juste parce qu'on vous le demande, il ne faut pas accepter. Si c'est pour affronter un petit groupe, je comprends, mais faire face à l'ordre des chevaliers dans son ensemble, c'est impensable. »
Tout en étant surpris par l'aveu si franc de Catherine, je pensais que l'occasion de commander une bataille de cette ampleur ne se présenterait jamais pour moi, mais plus fondamentalement, je ne ressentais pas la nécessité d'assumer un tel commandement.
« Vraiment impossible ? »
« Même si vous me regardez avec des yeux suppliants, je suis désolé mais je refuse. Je l'ai déjà dit hier, Lionel est mon serviteur. Je vous prie de cesser de le considérer comme un esclave. »
Devant mon ton inhabituellement ferme, Catherine comme les Valkyries chevalières saintes ont affiché leur stupéfaction.
« En tenant au maximum compte des sentiments de Catherine, le tournoi à élimination directe est ma concession maximale. Lionel et les siens ont, je pense, une capacité d'instruction et une force équivalentes à celles de Catherine, donc cela relèvera le niveau global. Si les Valkyries chevalières saintes acceptent, direction le grand terrain d'entraînement. »
« Soit. À l'origine, je voulais que Luciel ressente le commandement de Lionel, mais c'était un peu trop précipité… c'est vrai, j'ai eu tort. »
D'ailleurs, si je ne devais pas commander, il suffisait de le dire dès le départ.
J'ai adressé une remarque ironique à Catherine, puis j'ai décidé de lui demander la raison de ce commandement.
« Pourquoi avez-vous essayé de me faire commander à l'échelle d'un ordre de chevaliers ? Pensez-vous que l'Empire va attaquer ? »
S'il s'agit de guerre, je comprends l'urgence.
Catherine n'étant pas revenue au combat réel, peut-être à cause d'un trou, on peut supposer qu'elle voulait diviser les troupes en deux ici pour affronter Lionel elle-même.
« L'Empire est bien sûr surveillé, mais ce contre quoi nous sommes le plus vigilants, ce sont les démons. Et puis, Luciel, c'est aussi pour ton bien. »
Même en entendant « démons », je n'en ai jamais croisé, donc difficile à dire, mais c'est certain qu'ils sont plus embêtants que l'Empire. Ceci dit, la résurrection du Roi Démon est prévue dans une quarantaine d'années.
Plus que ça, le problème n'est-il pas que je ne parviens pas à m'imaginer un futur où je commande une unité ?
« Je comprends qu'on puisse vouloir accumuler de l'expérience de combat en affrontant beaucoup de gens, dans l'éventualité d'un affrontement avec les démons, mais pourquoi est-il nécessaire que j'étudie le commandement ? »
« Parce que tu peux devenir l'espoir des gens. »
« L'espoir des gens ? »
… Je n'ai pas conscience d'avoir fait quoi que ce soit pour devenir un espoir. Ah, peut-être la construction de l'école ?
Ou alors le fait d'avoir consolidé le terrain avec la magie de soin appelée « Transmutation sacrée » ?
J'attends la suite des paroles de Catherine.
« Exact. Avec ta magie de soin et ta magie de barrière, on a l'impression qu'on ne peut pas mourir. Si tu fais un usage maîtrisé de ces deux magies pour créer une légion invaincue, le moral montera en flèche. »
« Mais même sans que je commande, ma simple présence dans cette légion ne suffirait-elle pas ? »
Même sans diriger une légion invaincue, en tant que guérisseur, si je devais absolument m'y joindre, je prévois la fuite, donc commander une unité, très peu pour moi.
« Pour des gens ordinaires, ça suffirait. Mais vu par ceux qui ne peuvent pas se battre, c'est différent. Les faibles cherchent du charisme. Face au Roi Démon, le Héros ; face à un ennemi maléfique, le Héros. Luciel a déjà obtenu le titre de héros. »
« Le titre… c'est peut-être… Guérisseur de rang S ? »
« Oui. La révision du système de tarification des guérisseurs en tant qu'alliés du peuple, le fait d'être devenu le premier représentant humain de Yenice, et d'être devenu un Tueur de Dragon comptent beaucoup. »
Depuis que je suis Guérisseur de rang S, ce n'est pas que il n'y a eu que des mauvaises choses… mais je ne peux pas me plaindre non plus. Par contre, pourquoi est-ce que je sens vaguement que le Pape est impliqué là-dedans ?
Plus encore, pourquoi les habitants connaissent-ils l'histoire du Tueur de Dragon et du représentant de Yenice ?
« Pourquoi l'histoire du Tueur de Dragon et du représentant de Yenice ? »
« Le Pape a donné son accord, donc le fait que tu sois un Tueur de Dragon est connu à la Guilde des Guérisseurs. Enfin, ça a aussi circulé un temps à la Guilde des Aventuriers, donc c'était déjà répandu à la base. »
Où se trouve ma quiétude ?
« J'aimerais juste vivre en ermite. »
« Fufufu. Tu crois vraiment que c'est possible ? »
Devant Catherine qui riait avec séduction en me fixant d'un regard chargé de sous-entendus, j'ai réussi à presser ma voix.
« C'est impossible ? »
« Tant que la menace du Roi Démon ne disparaît pas, c'est impossible. Où que tu te caches, on te retrouvera en un clin d'œil et tu finiras par t'entraîner au siège de l'Église. »
« Je n'ai pas de droits humains ? »
« Si. Ceci dit, tu as brisé les sceaux du dragon de flammes et du dragon de terre, non ? J'ai revu le visage réjoui du Pape pour la première fois depuis longtemps. Merci, Luciel. »
« Tout n'est que circonstances ? Et ça ne répond pas à la question. »
« Tant que tu feras face au destin, tes droits humains seront protégés. Je souhaite que tu deviennes comme le seigneur Reinster, qui surmonte tout en étant ballotté par mille choses. Allons-y. »
Il m'a saisi le bras et m'a emmené au grand terrain d'entraînement, où l'ordre des chevaliers au complet attendait en formation.
C'est ainsi que commençaient pour moi… pour nous, les jours de combats d'entraînement en tournoi à élimination directe contre l'ordre des chevaliers.