Je pensais que ma vie, désormais détachée auprès de la guilde des aventuriers, allait un peu changer.
Je m'entraînais au combat comme d'habitude et lançais mes sorts gratuitement pour les aventuriers.
« … C'était comme d'habitude, hein. »
« Bien sûr. Ton boulot, Luciel, c'est de soigner. Et puis, tu veux bien t'entraîner au combat, non ? »
« C'est évident. Je dois augmenter ne serait-ce qu'un peu mon taux de survie. »
« Alors donne-toi à fond pendant un an. Comme ça, même si tu tombes sur des brigands de bas niveau, tu survivras. »
« Je prends vos paroles pour argent comptant. »
« Bon, on va manger ? »
« Oui. »
Je me rendis à la cantine tenue par l'instructeur Brod et Gurga.
« Voici le guérisseur de notre guilde des aventuriers ! »
À peine entré, j'entendis cette voix et fus accueilli par des applaudissements.
« Hein ? » Je vérifiai : c'étaient les employés de la guilde, qui devaient être hors service, et des aventuriers que je connaissais.
« Pourquoi tu es surpris ? Être détaché à la guilde des aventuriers, ça veut dire devenir employé temporaire. On fait bien une fête de bienvenue, non ? »
En disant ça, l'instructeur Brod rit à gorge déployée d'un « Wahaha ! »
« Bon, asseyez-vous. » Gurga sortit de la cuisine, tenant un chope remplie à ras bord de la substance X.
« Euh… vous buvez vraiment ça ? »
« Évidemment. »
« Compris. » Je pris le chope et le vidai d'une traite.
À cette vue, des « Incroyable », « C'est vraiment un maso », et même « En plus du goût, l'odorat doit être pété ? » s'élevèrent parmi les aventuriers.
J'aurais voulu dire que c'était faux, mais le contrecoup de l'avoir bu cul sec m'empêcha de sortir un son.
« Allez, allez. Luciel, l'alcool t'est interdit, d'accord ? »
« Pourquoi ? » demandai-je en supportant l'horrible sensation dans ma bouche.
« Parce que l'effet de ce truc devient trop fort et que tu ne pourras pas te lever demain ? »
« Nooon… » Je me plaignis de l'injustice de ne pas pouvoir boire d'alcool pendant la fête de bienvenue.
( Ah, tiens, depuis que je suis venu dans ce monde, je n'ai jamais bu d'alcool ) me dis-je, quand on m'annonça : « De toute façon, tu as droit à autant de rab de ça et de bouffe que tu veux. »
« Même là, je ne pourrai plus en avaler une gorgée. »
« Hé, tu sens bien que c'est dégueu, alors. »
« Si c'est dégueu, pourquoi tu le bois ? »
« C'est vraiment un maso, tiens. » Ils chuchotaient, mais les aventuriers ? Tout m'est audible, vous savez ?
« Bon. Alors Luciel, dis un mot. »
« Ah, oui. Merci de m'avoir supporté pendant un an. Et à partir de maintenant, en tant qu'employé temporaire, je ferai des efforts pour que le taux de survie de tous les aventuriers augmente ne serait-ce qu'un peu. Alors, santé ! »
« « « « « « « « Santé !! » » » » » » » »
Ainsi se tint ma fête de bienvenue.
« Hé, Luciel, y a un truc que je veux te demander… » C'était Bazan, le B‑rank que j'avais soigné l'autre fois, qui s'y prit maladroitement.
« Quoi ? »
« T'es pédé ? »
« Kof kof ! Qu'est-ce que vous demandez d'un coup !! Je suis ultra-normal. J'aime les filles, normalement. »
« Ouais. Ça me rassure. T'es tout le temps avec Brod, et t'as pas eu beaucoup de contact avec la belle réceptionniste non plus. »
« Haa… L'amour c'est important, mais dans ce monde où la vie ne pèse pas lourd, cette année j'ai eu zéro temps pour ça, occupé à monter mon taux de survie. »
« Kaa… T'es jeune mais trop lucide. Les jeunes, faut qu'ils se fassent plaisir un peu plus. »
« C'est vrai, mais… Maintenant j'ai l'habitude, mais là d'où je viens, personne ne se baladait avec une arme. Donc pendant six mois après mon arrivée en ville, j'ai vécu en flipper total. »
« Hahaha. T'as le courage de boire ça, mais tu flippes devant les aventuriers ? T'es déséquilibré, toi. »
« Non non, ça ne tue pas de le boire, mais au début ici, si un aventurier m'embêtait, je n'imaginais que l'avenir où je crevais. »
« Je doute qu'il y ait un aventurier dans cette ville qui ose embêter un type qui fonce sur Brod comme un zombie. Mais compte sur moi si y a un pépin. »
« Merci beaucoup. »
« Au fait Bazan, Luciel-kun il était pédé ? » Sekiros, qui fait équipe avec Bazan, et Basura, homme de peu de mots, me parlèrent à leur tour.
« Haa… Moi j'aime les femmes. »
« Si tu soupires, le bonheur s'enfuit avec. »
« C'est la faute de qui ? »
« Haha. Bon, la prochaine fois je t'emmène dans un coin où on peut s'amuser la nuit. »
« Il y a ce genre de boutique dans cette ville ? »
« Oh ~ Tu mord à l'hameçon. Y en a. Mais dans ton cas, tu fais trop remarquer, alors sans déguisement la rumeur se répandrait illico. »
« … Laissez-moi réfléchir. »
Me voyant déprimé, les trois explosèrent de rire en vidant leur ale.
Ainsi ma fête de bienvenue dura jusqu'à tard dans la nuit.
Le lendemain matin, je testais les nouveaux sorts et leurs incantations que je venais d'apprendre.
Le soin moyen *Middle Heal* offrait environ trois fois la guérison du *Soin*, pour un coût en mana de 1,5 fois.
Le soin de zone *Area Heal* soignait d'un montant équivalent au *Soin* standard dans un rayon de deux mètres autour de moi ; actuellement le *Soin* simple est plus efficace et ne coûte que le tiers en mana.
La barrière d'attaque *Attack Barrier* réduit les dégâts physiques, la barrière magique *Magic Barrier* réduit les dégâts magiques ; toutes deux coûtent 10.
La barrière de zone *Area Barrier* déploie une barrière d'attaque et une barrière magique sur les personnes dans un rayon de deux mètres autour de moi ; elle ne bloque pas les monstres.
« Putain, c'est violent dès le matin. Un seul *Area Barrier* me pompe 30 PM d'un coup, on peut pas faire plus pratique ? »
En méditant, je passais de plus en plus de temps à réfléchir à la magie.
Pendant que Luciel analysait ses sorts, des cris résonnaient dans une clinique de Mératoni.
« Vous autres, qu'est-ce que ça veut dire ? Revenus et nombre d'esclaves, tout est en dessous de la moitié de l'an dernier !! »
Un homme d'âge moyen, bedaine sortie, couvert de bijoux par-dessus sa robe blanche, hurlait.
« Pardonnez-nous. Mais maître, concernant ce point, comme je l'ai dit précédemment, c'est lié au guérisseur qui fréquente la guilde des aventuriers. »
Un homme s'avança en représentant, baissa la tête et répondit.
« Alors pourquoi n'avez-vous pas pris de mesures ? Ces incapables ! » *Gan ! Karan-karan.*
Il lui lança un gobelet luxueusement orné.
L'homme ne l'évita pas, le reçut sur le front et le sang se mit à couler.
Il se mit à parler lentement.
« C'est une excuse, mais le guérisseur ciblé n'est sorti de la guilde des aventuriers que quatre fois en un an. Impossible de l'approcher. »
« Alors allez à la guilde des aventuriers. »
« … C'est qu'il s'entraîne en combat simulé avec le maître de la guilde jour et nuit. En plus, pendant son sommeil, des aventuriers de haut rang montent la garde devant sa chambre, donc on ne peut pas y toucher. »
« Merde. La guilde des aventuriers et ce guérisseur, ils me sortent par les yeux. Pourquoi un tel type a-t-il dû apparaître ? Il faut régler ça d'urgence. Hé ! Lancez la convocation aux cliniques affiliées ! »
« Ha ! » L'homme quitta la pièce.
Ainsi apparurent enfin ceux qui jugeaient le guérisseur de la guilde des aventuriers, Luciel, comme une gêne.