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The Glitched Mage

Chapitre 126

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Chapitre 126

Chapitre 126

Chapitre 126/15183%~13 min de lecture2 459 mots

La maison de commerce au cœur du Royaume des Ombres avait été construite dès les premiers jours de l'expansion — moderne par sa conception, mais imprégnée de ce mélange familier de pierre noire et d'élégance d'obsidienne. Discrète, sécurisée, loin du palais, elle servait de terrain neutre aux marchands de passage et aux négociations de haut rang.

Ce soir, elle servait un but bien plus grand.

Riven pénétra par le couloir arrière, la capuche de sa cape de voyage rabattue bas sur son front, sa magie d'ombre déformant subtilement les traits de son visage. Pas assez pour paraître contre-nature — juste assez pour être oubliable. Le même déguisement qu'il avait utilisé à Eldrin's Crossing, celui qui lui avait permis de circuler librement en tant que « marchand » du Royaume des Ombres.

Deux gardes postés devant la suite privée s'inclinèrent sans un mot et ouvrirent la porte.

À l'intérieur, la pièce était éclairée à la bougie et silencieuse, une longue table dressée avec une carafe de vin noir et trois chaises. Veylen était déjà assis, faisant tourner un verre entre ses doigts. Lucien Deveroux se tenait au fond de la chambre, sa main gantée posée sur le bord de la table, le regard dérivant vers la fenêtre ouverte et la ville au-delà.

Il ne se retourna pas à l'entrée de Riven. « Vous avez tous bâti quelque chose de dangereux », dit le duc calmement.

Riven retira ses gants avec une aisance délibérée et s'affala sur la chaise face à lui. « C'est seulement dangereux », dit-il, la voix lisse comme de la pierre taillée, « si vous êtes du mauvais côté. »

Lucien jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, ses yeux gris perçants balayant les traits masqués de Riven. « Vous portez les ombres comme la plupart des hommes portent l'armure. Il est difficile de faire confiance à quelqu'un qui ne montre jamais son visage. »

Riven offrit un mince sourire. « La confiance se gagne, elle ne se distribue pas avec le vin. »

Veylen ricana, sirotant son verre. « Il t'a eu, là. »

Lucien s'assit, joignant les mains. « Alors parlons confiance. Les herbes que vous avez vendues à Eldrin's Crossing font encore des vagues. Nous avons dû refuser trois guildes marchandes cherchant à acheter directement. Et déjà, des collectionneurs demandent des expéditions régulières. Vous avez créé la demande. »

« Bien », dit Riven. « C'était le plan. »

« Mais avec la demande », continua Lucien, « vient l'attente. Le contrat que vous avez négocié nous accordait des droits de distribution exclusifs. Un an. Marge élevée. Nous avons accepté. »

« Vous l'avez fait », dit Riven. « Et vous en avez déjà tiré bon profit. »

Lucien se pencha légèrement en avant. « C'est précisément pourquoi je veux discuter de la suite. Le contrat est solide, mais temporaire. Vous avez prouvé que l'approvisionnement est réel. L'infrastructure s'étend. Les herbes sont stables, puissantes et constantes. »

« Et vous voulez verrouiller ça », dit Riven simplement.

Lucien ne sourit pas, mais ses yeux brillaient. « Je veux investir. »

Riven inclina légèrement la tête. « Précisez. »

« La guilde financera le développement supplémentaire — entrepôts, centres de traitement, routes commerciales élargies. Nous enverrons plus que de simples ouvriers. Nous enverrons de l'or. De la main-d'œuvre. De l'influence. » Il croisa les doigts. « En échange, je veux plus que des herbes. »

L'expression de Riven demeura impénétrable. « Quoi d'autre ? »

Lucien ne broncha pas. « Je veux une participation dans le Royaume des Ombres. »

Un long silence suivit.

Veylen changea de position sur son siège, sirotant son vin comme s'il assistait à une pièce.

La voix de Riven était calme, mais ferme. « Ce n'est pas comme ça que ça marche. »

Lucien l'étudia. « Pourquoi pas ? »

« Parce qu'on n'investit pas dans un royaume qu'on ne comprend pas », dit Riven posément. « On ne possède pas un morceau de quelque chose qui n'est pas à vendre. »

« Et pourtant, vous êtes venus à nous », dit Lucien. « Vous aviez besoin de portée. D'influence. De crédibilité. Sans notre réseau, vous vendriez encore vos marchandises depuis la boue. »

« C'est vrai », admit Riven. « Et nous l'avons payé — chèrement. »

« Pas assez chèrement », murmura Lucien. « Pas si vous voulez garder votre place à table. »

Riven se renversa légèrement. « Nous ne cherchons pas une place à votre table, Duc. Nous bâtissons la nôtre. »

Cela fit rire Veylen. « Parole de quelqu'un qui n'est pas juste un marchand. »

Lucien ne releva pas la pique de Veylen. Il se contenta de se renfermer, son expression aussi composée que toujours. « Alors, qu'êtes-vous ? Un porte-parole ? Un mandataire ? Ou quelque chose de plus ? »

Le sourire de Riven s'amincit. « Ce que je suis n'a pas d'importance. Ce que nous offrons, si. »

Lucien l'étudia en silence, pesant cette réponse. « Vous parlez comme quelqu'un qui a l'habitude du pouvoir. Pas seulement de la richesse ou du statut — du vrai pouvoir. Celui qui ne demande pas la permission. »

Riven laissa l'implication en suspens, imperturbable. « Voulez-vous renégocier le contrat de distribution, ou êtes-vous venu ici pour spéculer ? »

Cela provoqua une réaction. Veylen ricana à nouveau dans son vin, mais plus doucement cette fois.

Lucien finit par acquiescer. « Très bien. Le contrat. Je ne presserai pas la question de la propriété. Pas encore. » Il plongea dans sa veste et en retira un petit parchemin scellé de runes. « Mais je suis prêt à offrir une extension de dix ans. Distribution exclusive. Personne d'autre n'aura accès à votre produit sans notre bénédiction. »

Le sourcil de Riven se leva légèrement, bien que les ombres masquant son visage dissimulassent la majeure partie de sa réaction. « Et qu'exigez-vous en retour ? »

Lucien posa le parchemin sur la table entre eux. « Plus. Pas seulement des herbes — des produits raffinés. Travaillés, emballés, marqués. Vous avez prouvé que vous pouviez les récolter. Maintenant, je veux transformer cette matière première en une présence dominante sur le marché. »

Riven garda le silence, écoutant.

« En plus de l'exclusivité continue », poursuivit Lucien, « je veux établir une raffinerie près de vos quais du sud. Nos alchimistes. Notre équipement. Mais votre approvisionnement. »

« Et notre terre ? » demanda Riven, voix calme.

Lucien inclina la tête. « Bail à long terme. Nous gérons la main-d'œuvre, le marquage et la distribution continentale. Vous recevez une part plus importante des bénéfices, et votre royaume évite la logistique de construire une douzaine de nouvelles installations. »

Riven considéra cela. « Et si je refuse ? »

Lucien haussa légèrement les épaules. « Dans un an, le contrat expire, et chaque guilde de Solis à Danu se battra pour combler le vide que nous laisserons. Vous serez plus riche, certes. Mais vous serez aussi entouré de loups. »

C'était une manœuvre habile. Pas une menace — une inévitabilité enveloppée de raison. Et en vérité, Riven s'attendait à quelque chose comme ça.

Il tapa un unique doigt sur la table. « J'autorise votre raffinerie. Mais sous trois conditions. »

Lucien fit un geste pour l'inviter à continuer.

« Premièrement », dit Riven, « vous ne faites venir que vos meilleurs alchimistes — pas d'éclaireurs, pas d'espions. Quiconque ne figure pas sur la liste est refoulé aux quais. »

« Acceptable », répondit Lucien.

« Deuxièmement », continua Riven, « pas de logements permanents. Vos ouvriers sont des invités, pas des colons. Ils logent dans les quartiers désignés et sont relevés chaque saison. »

Le sourcil de Lucien se haussa faiblement. « Vous ne voulez pas qu'ils prennent racine. »

« Je ne veux pas qu'ils prennent des idées », corrigea Riven.

Lucien fit un court hochement de tête. « Et la troisième ? »

Riven se pencha légèrement, les ombres s'enroulant faiblement à ses épaules. « Vous ne vendez rien que nous n'ayons pas autorisé. Vous gérerez le marquage, l'emballage et la distribution — mais si ne serait-ce qu'une caisse de produit raffiné quitte ce royaume sans notre sceau, l'accord prend fin. »

Lucien l'étudia longuement. Puis, avec une précision délibérée, il saisit le parchemin et le fit glisser sur la table. « Apportez vos modifications. Renvoyez-le d'ici la fin de semaine. »

Riven acquiesça une fois, acceptant les termes — mais non s'y soumettant.

Veylen leva à nouveau son verre. « Eh bien. Je m'attendais à des feux d'artifice. Au lieu de ça, on a eu de la politique commerciale. »

Riven se leva lentement, récupéra ses gants et les enfilait. « Le commerce façonne les royaumes plus silencieusement que la guerre. »

Lucien resta assis, mais son regard suivit Riven alors qu'il se tournait vers la porte.

« Une dernière chose », dit le duc. « L'Empire de Danu. »

Riven marqua une pause, à peine.

La voix de Lucien était lisse. « Ils se sont tus dernièrement. Mais pas inactifs. »

Riven ne se retourna pas. « Je sais. »

Le ton de Lucien changea, juste une touche. « S'ils tendent la main vers votre royaume — et ils le feront — sachez ceci : ils n'offrent rien sans conditions. »

Riven se permit un sourire tranquille, caché par la cape d'ombres. « Nous non plus. »

Et sur cela, il sortit, la porte se refermant derrière lui.

Dehors, la nuit s'était approfondie. L'air était frais, l'odeur de pierre fraîchement taillée et de feux lointains persistait sous les étoiles. Du toit de la maison de commerce, les lumières de la ville s'étendaient loin et large.

Riven descendit le couloir obscur seul, sa cape frôlant doucement le sol en pierre noire, le poids d'une nouvelle alliance cousu discrètement dans ses plis.

Riven ne regagna pas le palais immédiatement.

Au lieu de cela, il suivit le sentier de pierre étroit qui se détachait du quartier commercial, menant à l'un des nouveaux belvédères de la ville. La promenade serpentait entre ateliers et entrepôts encore en construction, chacun marqué par les signes d'une planification soignée — angles aigus, arches renforcées, runes incrustées dans les fondations.

Le belvédère lui-même était une plateforme modeste de pierre et d'acier noir, construite en bordure du quartier marchand. De là, tout le royaume s'étendait devant lui — strates de mouvement et d'ombre.

Le port scintillait de lumières de garde bleues tandis que les chargements étaient embarqués et inventoriés. Les grues tournaient lentement, guidées par des équipages de morts-vivants infatigables et des manutentionnaires vivants. Sur la place du marché, même à cette heure tardive, quelques étals bourdonnaient encore d'échanges. Et au-delà de la lueur des torches runiques et des lanternes tremblotantes, les terres agricoles s'étendaient à perte de vue.

Riven observa tout cela un instant, laissant le silence s'installer. Le vent portait l'odeur de terre labourée, l'air salin du port et le tranchant de fer du progrès.

Des pas approchèrent derrière lui — délibérés, légers.

Nyx.

Elle ne dit rien d'abord, se contentant de venir se tenir à ses côtés, les cheveux à demi attachés, la posture décontractée.

« Vous êtes parti plus longtemps que prévu », dit Nyx, sa voix basse alors qu'elle se plaçait près de lui.

Riven ne la regarda pas tout de suite. Il restait les mains posées légèrement sur la rambarde du belvédère, les yeux fixés sur l'étendue sombre du royaume en contrebas — vivante de runes vacillantes et de la douce lueur rythmique des lumières de garde dansant avec la brise.

« Lucien », dit-il enfin, le nom quittant ses lèvres comme une pierre jetée dans l'eau calme. « Il a enfin obtenu ce qu'il voulait. »

Nyx deixou échapper un doux ricaneur et s'appuya à côté de lui, posant ses coudes sur la rambarde. « Le Duc du Commerce en personne, traînant son ambition drapée de soie jusqu'à notre seuil. Qu'est-ce que c'était cette fois ? Il a proposé d'acheter le royaume en entier ? Ou juste la terre sous vos pieds ? »

« Il s'en est approché », murmura Riven. « Habillé d'un langage plus policé, mais l'intention était claire. Il veut assurer sa place avant que la tempête n'éclate. »

« Et vous ? » Nyx se tourna légèrement pour l'étudier. « L'avez-vous laissé faire ? »

L'expression de Riven ne changea pas, mais quelque chose derrière son regard s'aiguisa. « Je lui ai donné ce qu'il venait chercher — un pied-à-terre. Une raffinerie sur le bord sud des quais. Ses alchimistes, sa main-d'œuvre, son or. Mais seulement sous des conditions strictes. »

Nyx inclina la tête, un sourcil arqué. « Vous comptez le laisser la garder ? »

« Pour l'instant », dit Riven.

Son sourire montra toutes ses dents. « C'est le genre de "pour l'instant" qui finit généralement par quelqu'un qui disparaît dans les marais. »

« Il est utile », répondit Riven. « Et dangereux. Mais pas comme il le croit. Lucien joue le contrôle par l'influence, l'économie, l'infrastructure. Il pense que s'il fournit l'or et les artisans, il pourra nous forcer à la conformité. »

« Il oublie que vous avez bâti cet endroit à partir de rien », dit Nyx, son ton un peu plus doux maintenant. « Avec du mana, des ombres et de l'entêtement. »

« Il voit un royaume surgir d'une ruine », dit Riven. « Mais il ne comprend pas ce que ça a coûté. Il croit que c'est un marché frontalier à exploiter. Une puissance passagère. Un pari qui vaut la peine d'être géré. »

« Et il a tort. »

Nyx laissa échapper un souffle, son haleine se brouillant faiblement dans l'air frais. « Vous croyez qu'il suspecte que vous êtes le Roi ? »

Riven secoua la tête. « Pas encore. Il ne me voit rien de plus qu'un marchand bien connecté avec une autorité inhabituelle. C'est comme ça que je le veux — pour l'instant. »

Ils restèrent ensemble, observant les lumières vaciller sur la ville qui n'était pas censée exister.

Et dans cette immobilité, la voix de Riven n'était qu'un murmure. « Le moment où Lucien réalisera qui je suis… il sera trop tard pour qu'il puisse faire quoi que ce soit. »

Nyx s'appuya contre la rambarde, un lent sourire étirant ses lèvres. « Bien. Je détesterais gâcher une dague parfaitement bonne sur un homme déjà en train de se pendre avec sa propre ambition. »

Riven ne répondit rien.

Le monde était en mouvement maintenant — alliances changeantes, empires penchant vers la guerre, vieux noms murmurés à nouveau avec peur. Lucien Deveroux était entré volontairement dans la poigne du Royaume des Ombres.

Et les portes s'étaient refermées derrière lui.

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