« — Toi ! »
« Erumina… »
Au moment où Seiichi et les autres partaient pour le Monde des Morts, Seiiji ramenait Erumina et Genpel captif jusqu'à Telbeil.
Face à Erumina revenue saine et sauve, Ranze se précipita et l'enlaça directement.
« C'est bon… Vraiment, c'est bon… »
« Désolée, de t'avoir inquiété… »
« Non, c'est rien. Tant que tu vas bien, c'est tout ce qui compte… »
Seiiji observa d'un air doux les retrouvailles de Ranze et Erumina.
Florio souffla aussi, l'air soulagé, en les regardant.
Les deux restèrent enlacés un moment, jusqu'à ce que Ranze remarque la présence de Seiiji et rie, gêné.
« Euh, désolé… J'ai été trop content… »
« Ce n'est pas grave. Je suis juste content de l'avoir ramenée saine et sauve ! »
Face à Seiiji qui souriait comme si de rien n'était, Ranze secoua la tête.
« … Non. Cette fois, j'ai vraiment été sauvé. Je ne fais que recevoir ton aide en permanence… Si je pouvais au moins te rendre un service… Mais je ne vois pas quoi. »
« Pas du tout ! Je ne cherchais pas ça, alors ne vous en faites pas. Je voulais juste l'aider, alors je l'ai aidée, c'est tout. »
Seiiji le disait avec une désinvolture apparente, mais Ranze savait pertinemment que c'était difficile.
Précisément parce qu'il était roi, il existait en principe mille façons de le récompenser : titres, terres, etc.
Mais Ranze comprenait que tout cela ne profiterait qu'au royaume de Wimborg, et que ce n'était absolument pas ce que Seiichi désirait.
Ranze faisait involontairement une mine soucieuse, puis remarqua soudain quelque chose.
« Celui qui gît là-bas… C'est bien Genpel, non ? Tu l'as attrapé toi aussi ? »
« Oui. Je ne savais pas quelle était la bonne marche à suivre… »
« … Qu'est-ce que tu as fait ? Il est dans un état lamentable, et il a l'air de marmonner sans arrêt… »
Comme le disait Ranze, Genpel amené là gisait en loques, l'air vide, continuant à marmonner.
« … Impossible… Mon pouvoir… M-mes pions… Des pions qui m'attaquent… C'est un rêve… Ça ne peut être qu'un rêve… »
« Ah, ahaha… Je n'ai rien fait, moi… »
« Si tu n'avais rien fait, ça ne donnerait pas ça ! »
Ranze le dit avec un air exaspéré, mais comme l'affirmait Seiiji, Seiichi n'avait vraiment rien fait.
Simplement, il s'était fait tabasser par ses propres pions.
« … Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais on va le mettre en cellule pour l'instant. Florio. »
« Oui ! »
Florio emmena Genpel, qui marmonnait encore, menotté, vers le château.
« Bon, cette affaire a l'air réglée pour l'instant… Au fait, où sont les filles ? Je voudrais les remercier directement… »
« Ah, Saria et les autres sont parties au Monde des Morts avec Seiichi en ce moment. »
« ……………… Hein ? »
Ranze mit du temps à comprendre les mots de Seiiji.
« Qu'est-ce que tu viens de dire ? Avec Seiichi ? Le Monde des Morts ? »
« Ah… Faut que j'explique correctement, sinon tu ne peux pas comprendre… »
Face à la réaction prévisible de Ranze, Erumina sourit amèrement.
Entraîné par elle, Seiiji sourit aussi amèrement et continua.
« Désolé, je ne suis pas Seiichi. »
« Hein ? »
« Je suis Seiiji. »
« …… Ce gars a finalement appris à se diviser ? »
« Non, je ne me suis pas divisé ! Là, normalement, on suspecterait des jumeaux, non ! ? »
« J'ai jamais entendu parler de jumeaux, et la division est plus crédible. »
« Votre impression sur moi ! »
Seiiji ne put s'empêcher de rétorquer.
La division semblait plus crédible que des jumeaux. C'était typiquement Seiichi.
« Tout à l'heure, le Genpel qu'on a emmené en cellule a le pouvoir de créer des copies conformes aux capacités de la cible, et je suis né comme une copie de Seiichi. Seulement, les autres copies ne reçoivent un ego que si Genpel utilise son pouvoir, mais moi… En tant que copie de Seiichi, j'ai eu un ego dès ma création, et comme c'était trop compliqué, on m'a donné un nom, et me voici. »
« Ce gars est vraiment n'importe quoi… »
La remarque de Ranze était naturelle.
« Bon, bon… J'ai compris que tu n'es pas Seiichi mais… Seiiji ? Bref, j'ai pigé. En fait, je n'ai rien pigé du tout, mais je vais considérer que c'est comme ça. Avec Seiichi, c'est la meilleure façon de penser. Mais… C'est quoi, le Monde des Morts ? »
« À partir de là, c'est moi qui vais expliquer. »
Erumina dit cela et rapporta à Ranze ce qu'elle avait réuni sur la base du Culte du Dieu Démon avant d'affronter Genpel.
Elle ajouta qu'en plus, d'autres aventuriers de rang S y étaient retenus prisonniers.
« Quoi ! ? La base du Culte du Dieu Démon a été localisée ! ? Et des aventuriers de rang S capturés… ! »
« Oui. En filant les Apôtres, on a réussi à réunir des infos. Bon, les Apôtres n'ont pas le droit d'entrer dans la base, alors c'était dur… Si on avait pu filer un des Apôtres, ça aurait été plus vite, mais comme Genpel tout à l'heure, leur force est dingue, donc c'était impossible aussi. »
« Je vois… Mais si la base est connue, faut y envoyer des troupes illico… C'est une urgence. Les aventuriers coopéreront aussi. Non, ils sont obligés. Des aventuriers de rang S sont prisonniers ! Gassul et les autres ne laisseront pas faire. »
Comme le disait Ranze, il était facile d'imaginer que les gens de la Guilde, apprenant que des leurs de rang S étaient captive du Culte, se mobiliseraient à fond.
On l'avait vu quand Seiichi avait disparu avec Al dans le donjon du Dragon Noir : tout le monde l'avait cherché désespérément.
« Donc, où est cette base du Culte du Dieu Démon, au juste ? »
« … L'endroit n'est pas normal. »
« Pas normal ? »
« Oui. Leur repaire serait un donjon, mais il n'existe pas dans ce monde. »
« Hein ? Alors comment on y va ? »
« Il n'y a qu'un seul moyen d'aller à la base du Culte du Dieu Démon… C'est ce Monde des Morts dont je parlais tout à l'heure. »
« Hein ! ? Le Monde des Morts… C'est l'endroit où on va quand on meurt, non ! ? Alors faut mourir pour y aller ! ? »
Face à un contenu aussi absurde, Ranze en resta sans voix.
« Les Apôtres ont chacun un pouvoir spécial et ont reçu une protection du Dieu Démon, donc ils peuvent aller et venir librement dans le Monde des Morts. Mais pour un humain qui n'est pas Apôtre… Comme tu dis, il n'y a qu'à mourir. Mais ça vaut pour nous comme pour les Apôtres : en pratique, seuls les Apôtres peuvent s'y rendre. »
« Même si tu me dis ça… Quoi faire… Attends. Tout à l'heure, tu n'as pas dit que Seiichi et les autres étaient allés au Monde des Morts ! ? »
« C'est ce que j'ai dit. »
« Oui, je l'ai dit. »
« Pourquoi vous êtes si calmes ! ? Ça veut dire que Seiichi et les autres vont littéralement mourir ! »
Ranze ne pouvait que s'interroger face à une situation incompréhensible.
« Hmm… Mais Seiichi-kun, ce n'est pas sa première fois au Monde des Morts, donc… »
« Ce gars est déjà mort une fois ! ? Mensonge ! »
« Ah, précisément, il n'est pas mort, il a été transféré directement au Monde des Morts. »
« C'est encore pire ! Quoi, un transfert au Monde des Morts sans mourir ! »
Ce n'était pas seulement mourir une fois : un transfert en étant vivant au Monde des Morts était inconcevable.
Déjà à ce stade, Ranze subissait les surprises en cascade, mais Seiiji continua.
« Ah, à ce moment-là, ce sont Zeanos et Lucius-san qui sont revenus du Monde des Morts avec lui. »
« C'est trop choquant ! J'avais trouvé leurs titres bizarres, genre Premier Roi Démon ou ancien Héros, mais là ! »
« Non, vous, Ranze-san, qui entendez ces titres et vous dites juste "bizarre", c'est déjà pas mal… »
Normalement, on n'aurait pas cru un mot, mais comme c'étaient les compagnons de Seiichi, Ranze l'accepta sans broncher. C'était aussi un résultat de l'empoisonnement par Seiichi.
« Bref, pour ces raisons, aller au Monde des Morts n'est pas difficile. »
« … Ça, si c'est pas Seiichi qui le dit, c'est complètement la réplique d'un taré, tu sais ? »
« Vous me complimentez ? »
Seiiji ne sut quoi répondre.
« … Bon. J'ai pigé : la base du Culte est au Monde des Morts, et Seiichi y a foncé direct. Mais les filles, ça va ? Saria et les autres, elles ne sont pas comme Seiichi, elles n'ont pas arrêté d'être humaines, non ? »
« Ah, Saria était à la base un monstre, donc elle n'est pas humaine… »
« Vos compagnons, vraiment, c'est quoi ce bordel ? »
« B-bref ! Pour le Monde des Morts, Seiichi est là, donc Saria et les autres devraient pouvoir gérer. Par contre, on ne sait pas comment le Monde des Morts va réagir… »
« Le Monde des Morts qui réagit… Quoi, tu veux dire qu'il a un ego ? »
« Il en a un. »
« C'est foutu, je peux pas gérer. »
Ranze se couvrit le visage.
Une situation qui semblait désespérée avait perdu toute tension dès qu'on avait fait appel à Seiichi.
Après avoir avalé ses divers sentiments, Ranze posa une question qui le taraudait.
« Au fait… Toi, ou plutôt Seiichi, vous allez voir vos parents ? »
« Hein ? »
« Tu es une copie de Seiichi… Désolé pour la formule. Mais tu parles, tu as un ego propre… Du coup, je me demandais ce que tu allais faire. »
« …… Effectivement. »
À la question de Ranze, Seiiji afficha une expression un peu triste.
« Comme dit Ranze-san, je ne suis qu'une copie de Seiichi. J'ai les connaissances et souvenirs, je reconnais bien ses parents… Mais pour moi, ce ne sont pas mes parents. Si je devais dire, ce seraient Seiichi lui-même et ce Genpel… Beurk, rien que d'y penser. »
Seiiji grimaca en le disant lui-même.
Face à lui, Ranze et Erumina restèrent sans voix… quand soudain.
« Votre Majesté. »
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
Genpel ayant été emmené en cellule, Florio était revenu.
Mais son air était perplexe.
« Il y a une chose à vous signaler… »
« Quoi ? Il s'est passé quelque chose avec Genpel ? »
« Ah, non, il marmonne toujours et n'a pas bougé… Mais… Les parents de Seiichi-kun sont là. Normalement, ils seraient venus le voir, mais apparemment, ce n'est pas pour le rencontrer… »
« Hein ? »
Face à cette révélation inattendue, Ranze et Seiiji restèrent coi.
Ranze ordonna à Florio de les amener, et peu après, Sei et Yoshimi arrivèrent.
« Oh, c'est Ranze-san. Ça fait longtemps. »
« Ara, c'est Erumina-san ? Toujours aussi belle, ça me rend jalouse. »
Dès leur arrivée, l'atmosphère particulière des deux fit sourire amèrement Ranze et Erumina.
« Ah, ça fait un bail. Vous deux n'avez pas changé, c'est rassurant, mais… Qu'est-ce qui vous amène ? J'ai entendu que ce n'était pas pour voir Seiichi… »
« Euh… Toi, c'est… »
« Hein ! ? »
Seiiji ne savait comment réagir face à leur apparition, et se contentait de s'agiter, quand Sei et Yoshimi le regardèrent avec des yeux doux.
« On a senti une nouvelle présence familiale depuis ici. »
« Exact ! On est venus voir… Mais on n'imaginait pas que Seiichi aurait un petit frère ! »
« Un-un. On ne sait pas pourquoi, mais avoir un petit frère qui lui ressemble trait pour trait… La vie est pleine de surprises. »
Incroyablement, Sei et Yoshimi avaient perçu l'existence de Seiiji et étaient venus la confirmer.
Et d'un seul coup d'œil, ils comprirent qu'il n'était pas Seiichi, et rièrent bonnement comme toujours.
« Dis voir, tu étais avec Seiichi jusqu'à tout à l'heure ? Il allait bien ? »
« Euh, ah, oui. Il était en forme comme d'habitude… »
Seiiji se raidit en répondant, et Yoshimi fit la moue.
« C'est de la famille, le vouvoiement c'est bizarre. »
« Hein ! ? »
« Et puis, ton nom, c'est quoi ? »
« Attends Sei-san, c'est le petit frère de Seiichi, donc c'est Seiiji, non ? »
« Ah, c'est vrai. Ahahaha. »
Devant ces deux qui devinrent juste son nom, non seulement Seiiji, mais même Ranze et Erumina écarquillèrent les yeux.
Seul Florio, derrière Ranze, ne comprenait pas la situation et restait perplexe à observer.
Alors, Sei frappa dans ses mains comme s'il se souvenait de quelque chose.
« Ah oui. Seiiji, tu n'as rien de prévu pour l'instant, hein ? »
« Heu, oui… Ah, non, euh, ouais. »
« Alors viens chez nous. »
« Hein ? »
« Oui ! Seiichi n'est plus là, c'était solitaire… Mais maintenant qu'on a une nouvelle famille, on pourra tous manger ensemble tranquillement ! »
« C'est vrai. À ce moment-là, on appellera Saria-san aussi… »
« Ah ! D'ailleurs, y'avait une autre présence de nouvelle famille en plus de Seiiji, ce serait encore mieux si elle vient aussi ! »
Incroyablement, Sei et Yoshimi avaient perçu non seulement Seiiji, mais même Seiichi sous sa forme féminine.
« Alors, quoi ? Tu viens habiter avec nous ? »
« … Ça, c'est vraiment bon ? Je ne suis pas le vrai, moi… »
Seiiji baissa la tête en disant cela, et les deux se regardèrent.
« ? Seiiji est le vrai, non ? »
« Hein ? »
« Quoi qu'en dise qui que ce soit, pour nous, tu es un membre important de la famille. Hein ? »
« Oui. »
Sei acquiesça comme si c'était évident.
« De toute façon, vrai ou faux, ça n'a pas d'importance. On veut être ensemble, c'est pour ça qu'on le dit. »
« …… »
Recevant ces mots chaleureux, Seiiji pleura naturellement.
Ayant obtenu le nom de Seiiji, il avait conscience de n'être qu'une copie de Seiichi, et c'est pour cela qu'il fut sauvé par leurs paroles.
« … Je peux habiter avec vous ? — Papa, Maman. »
Aux mots de Seiiji, les deux hochèrent la tête en souriant.
***
« Comment dire… Les parents de Seiichi, c'est vraiment n'importe quoi… »
« C'est vrai… »
En repensant aux deux partis avec Seiiji, Ranze murmura involontairement.
« Rien que le fait que sa famille augmente du jour au lendemain, c'est déjà incompréhensible, mais en plus ce nouveau membre est le sosie de son fils… Moi, je serais juste confus, je pourrais pas l'accepter. »
« Moi non plus, je n'ai pas assez de largesse pour l'accepter si naturellement… »
Ranze se mit à leur place, pensant à Sei et Yoshimi.
« Bon… Je me suis trop détendu, mais c'est pas fini pour autant… Vous croyez que Seiichi et les autres vont s'en sortir ? »
« … Je pense que ça ira. »
Face à Erumina qui répondait avec une expression indescriptible, Ranze l'invita silencieusement à continuer.
« Honnêtement, j'ai sous-estimé la force du Culte, et le fait d'avoir été capturée me l'a fait réaliser. En fait, d'autres aventuriers de rang S se sont fait prendre… »
« Ouais. Que même Yusto se soit fait avoir, j'arrive toujours pas à y croire. »
« Mais pour que ce soit possible, le Culte… Non, les Apôtres ont ce pouvoir. »
« Je pige pas bien, mais les Apôtres, c'est différent des autres ? »
« Oui. Les gens ordinaires du Culte sont appelés Apôtres, et ils ont reçu un pouvoir de ce Dieu Démon qu'ils vénèrent, donc leur force est très élevée. Mais face à nous, aventuriers de rang S, ou face aux forces suprêmes comme Luis de ce pays, ils ne poseraient pas de problème. Par contre, les Apôtres Supérieurs, c'est autre chose. Genpel que j'ai capturé n'avait aucune force de combat personnelle, mais son pouvoir spécial est très vicieux. »
« Un pouvoir qui crée des copies identiques de soi-même à l'infini, hein… Réentendu, c'est vraiment n'importe quoi. »
Ranze repensa au pouvoir de Genpel et grimça.
« Avec ça seul, il pourrait dominer ce pays… Non, le monde, si on fait une erreur. Et il y en a d'autres comme lui… »
« Je n'ai pas pu confirmer le nombre exact, mais comme tu dis, il y a plusieurs existances du même niveau que Genpel. Et avec des pouvoirs différents. »
« … Tiens, avant, Seiichi et les filles du Culte qu'ils avaient capturées nous les avaient amenées ici… Elles avaient des pouvoirs de guérison, ou des stats identiques à des cailloux, des types bizarres. Seiichi disait qu'ils avaient l'air d'être des cadres, mais si c'étaient des Apôtres Supérieurs… »
« C'est sûr que non ? Quel genre de gens c'était… »
Ranze sourit amèrement face à ses mots, mais ces gens du Culte amenés par Seiichi… Destra et Vitor n'étaient autres que les forces suprêmes du Culte du Dieu Démon, les Apôtres Supérieurs.
Simplement, à cause de leur rencontre avec Seiichi, ils avaient perdu leurs pouvoirs et étaient devenus des humains inoffensifs, si bien que personne ne pouvait les imaginer comme des cadres d'une organisation si dangereuse.
« Bon, laisse tomber. Ceux qu'on a amenés n'ont pas pu parler ou étaient brisés mentalement, donc on n'a pas pu avoir d'infos correctes. Cette fois aussi, y a peu d'espoir, mais si on peut choper ne serait-ce qu'un bon renseignement… »
Au moment où Ranze en était là, un soldat arriva en courant, l'air paniqué.
« Votre Majesté ! Urgent, à vous signaler ! »
« Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? »
« C'est… Au sujet de Genpel qu'on a capturé… »
« Quoi ! ? Il s'est passé quelque chose ! ? »
Si Genpel s'était échappé, ils retomberaient dans une situation dangereuse.
Inquiets, les deux attendirent tendus les mots du soldat, mais celui-ci parut perplexe en annonçant.
« Euh… Il est en train de mourir. »
« ……………… Hein ? »
***
Pendant que Seiiji et Ranze discutaient, Genpel, emmené en cellule, était enchaîné.
Alors que les autres cellules étaient des barreaux de fer classiques, celle de Genpel était, elle, entièrement recouverte de métal sur les quatre côtés, une boîte métallique massive et solide, différente des autres.
Il y avait bien des trous minimaux pour respirer, mais à part ça, impossible de voir l'extérieur.
De plus, cette boîte géante se trouvait dans une salle de pierre souterraine, formant une double cellule.
Les gardes entraient régulièrement dans la salle de pierre pour jeter un œil dans la boîte, mais ils restaient généralement à l'extérieur, donc l'intérieur de la boîte restait invisible.
D'ailleurs, le matériau de la boîte et des chaînes avait pour effet d'absorber et disperser la magie, rendant toute fuite par la magie impossible.
Dans ce lieu si strictement surveillé, Genpel, laissé seul, retrouva soudain ses esprits.
« Ha ! ? C-c'est vrai ! Maintenant, ce monstre n'est pas là… Mon pouvoir n'a pas marché tout à l'heure, mais ici c'est différent… C'est la faute de ce monstre. Ce n'est pas que mon pouvoir n'a pas porté… »
Genpel se persuada que son pouvoir n'avait pas fonctionné à cause de Seiichi, et qu'il n'était pas faible lui-même.
Le fait que son pouvoir n'ait pas marché sur Seiichi était la bonne conclusion, mais pas parce que Genpel était fort.
Bien sûr, face à n'importe qui d'autre que Seiichi, le pouvoir de Genpel serait écrasant.
Après tout, il suffisait que Genpel reconnaisse quelqu'un en face à face pour en générer des copies sans condition ni contrepartie, à l'infini.
Il était même convaincu de pouvoir copier parfaitement le Dieu Démon qu'il vénérait, et cette conviction était exacte.
Les Apôtres Supérieurs du Culte du Dieu Démon avaient tous une confiance absolue en leur pouvoir, et certains, tout en appartenant au Culte, pensaient en leur for intérieur pouvoir vaincre le Dieu Démon lui-même.
Destra était typiquement de ceux-là, et Genpel, sans l'afficher aussi clairement, pensait aussi en son for intérieur pouvoir vaincre le Dieu Démon.
Naturellement, les deux savaient que le Dieu Démon était au courant de leurs pensées.
Même en sachant cela, ils estimaient que s'ils devaient finalement combattre le Dieu Démon, le vaincre serait facile.
Pourtant, ils restaient dans le Culte uniquement par intérêt pour le rang suprême de divinité qu'était le Dieu Démon.
« Chikushō… Que moi, je subisse ça… Jusqu'ici, j'obéissais docilement au Culte, mais si c'est pour en arriver là, j'aurais dû partir plus tôt ! C'est dommage de ne pas pouvoir obtenir le pion qu'est le Dieu Démon… Mais ce n'est pas le moment de penser à ça. Le fait que les pions des autres Apôtres Supérieurs soient devenus utilisables suffit à rentabiliser mon appartenance au Culte. »
Genpel tira froidement cette conclusion et porta son regard sur les chaînes qui le retenaient.
« Fun… C'est vraiment irritant qu'on pense pouvoir m'enfermer avec ça. Ces chaînes, mon pouvoir peut générer autant d'êtres capables de les briser. Puisque c'est décidé, il faut que je m'échappe tout de suite… Non, avant ça, il faut que je massacre les gens de ce pays qui m'ont fait subir ça, sinon ma colère ne retombera pas… »
Genpel pensa d'abord à s'échapper, mais en pensant au royaume de Wimborg qui l'avait mis dans cette situation, il trembla de colère.
« S'ils avaient livré docilement leurs citoyens, je n'aurais pas rencontré ce monstre, et j'aurais obtenu le pion qu'est le Dieu Démon ! Impardonnable, impardonnable… »
Les paroles de Genpel n'étaient que de la haine déplacée, mais pour lui, peu importait.
Alors qu'il pensait ainsi, des soldats vinrent vérifier s'il avait repris ses esprits.
Ils regardèrent par la lucarne de la boîte et trouvèrent Genpel avec une expression furieuse.
« ! … Il a l'air d'avoir repris ses esprits. »
« C'est vous, vous qui avez enfermé le moi dans un tel endroit… »
« C'est nous. Cet endroit est fait d'un métal spécial, la magie ne sert à rien pour s'enfuir. En plus, si le prisonnier est fort, on utilise un objet qui vole la force physique, mais toi t'as pas l'air fort, donc on n'en a pas mis. Une fuite physique est impossible aussi. On a plein de choses à te demander. Prépare-toi. »
« Se préparer ? C'est à vous de le faire. »
« Quoi ? »
Face à Genpel qui souriait en toute confiance, les soldats firent une mine dubitative.
En effet, jusqu'ici, les gens du Culte amenés par Seiichi étaient déjà anormaux et inoffensifs, donc ils pensaient que cette fois aussi, il ne pourrait rien faire.
Mais Genpel n'avait pas eu son pouvoir scellé par Seiichi.
« Ne croyez pas pouvoir enfermer le moi avec ce genre de chose, espèces d'êtres inférieurs… »
« Quoi ! ? »
Au moment où Genpel cria cela, des brumes noires se rassemblèrent autour de lui et prirent forme humaine.
C'étaient des figures de personnes puissantes comme des aventuriers de rang S ou Vitor.
Seule la copie de Seiichi, qui aurait dû être le pion le plus fort, manquait, car Genpel craignait qu'elle ne se rebelle s'il la recréait.
Mais les soldats de Wimborg ne le savaient pas, et la simple vue de visages connus d'aventuriers de rang S les fit paniquer.
« Ma,まさか、この空間でも能力が使えるだと!? それにあれはS級冒険者たちの……偽物だろうが、実力まで同じだとしたら、不味い…… »
Quoi qu'il en soit, pour annuler le pouvoir de Genpel, les soldats se précipitèrent pour ouvrir la boîte et entrer, mais Genpel garda son sourire.
« C'est raté ! Mon pouvoir n'est ni de la magie ni une compétence ! L'empêcher est impossible ! Bon, une fois sorti, je ferai goûter l'enfer à ce pays qui m'a fait ça ! »
Genpel leva les bras, s'enivrant de sa propre puissance.
Face aux copies déjà parfaitement formées, les soldats ne purent bouger.
L'aura qu'elles dégageaient était identique aux originaux, et cette seule pression clouait les soldats sur place.
Devant eux, Genpel afficha un sourire sadique et cria :
« Allez, mes pions ! En guise de début de l'enfer, tuez tous ceux qui sont devant moi ! »
« …… »
Les copies des aventuriers de rang S prirent position de combat — et.
« Fuhahahahaha—— Guborua ! ? »
— Elles frappèrent Genpel de plein fouet.
Projeté violemment, Genpel s'écrasa contre le mur de la boîte, et resta hébété, touchant l'endroit où il avait été frappé.
« Eh ? Ha ? Na, pourquoi ? »
Ne comprenant rien, Genpel ne faisait que s'interroger.
Les soldats non plus ne comprenaient pas.
« He-hey ? L'ennemi est de l'autre côté ! Mwa, mwa, moi, je— »
« …… »
« Guhera ! ? »
Une poursuite sans pitié s'abattit sur Genpel.
Il ne comprenait toujours rien.
« Po-pourquoi ! ? Ce monstre n'est pas là ! Et pourtant… »
« …… »
« I-ya… Ya-yame… Gyaaaaaaaaaaaa ! »
— Ce fut une tempête de violence.
Comme pour vider toute sa frustration accumulée, Genpel fut mis en pièces par ses propres pions.
Il essaya plusieurs fois de les faire disparaître, mais elles ne disparaissaient pas, au contraire, leur nombre augmentait tandis qu'elles le tabassaient. Quand il était près de mourir, l'une d'elles le soignait, puis elles recommençaient… L'enfer que Genpel avait promis était là, pour lui.
Rien de spécial.
Simplement, les copies, utilisées par Genpel, avaient agi à fond pour empêcher toute action hostile envers Seiichi. Elles voulaient montrer au monde qu'elles étaient les alliées de Seiichi.
Sans jamais comprendre la psychologie de ses copies, Genpel subit toute la violence possible, et à la fin, sans même être soigné, il fut laissé mourant, étendu au sol, pendant que les copies disparaissaient.
Ainsi, Genpel, bien que son pouvoir n'ait pas disparu, ne put plus jamais l'utiliser correctement.