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The Fruit of Evolution

Chapitre 20

The Fruit of EvolutionThe Fruit of Evolution
Chapitre 20

Chapitre 20

Chapitre 20/2483%~25 min de lecture4 993 mots

« Oh ! »

J’ai franchi la porte de la ville et, en entrant, je n’ai pas pu retenir un cri d’admiration devant le spectacle qui s’offrait à moi.

« Ouah ! Des oreilles de chat ?! C’est… c’est pas vrai… ! »

Et parmi les gens qui allaient et venaient, j’apercevais çà et là des humains avec des oreilles de chat.

Mais… les hommes-bêtes à oreilles de chat existent donc vraiment. Le jour où je verrai une soubrette à oreilles de chat n’est peut-être pas si lointain.

« Mais… il y a vraiment toutes sortes de gens, ici. »

Des hommes-bêtes avec d’autres types d’oreilles ou une queue, des gens exceptionnellement petits… on voyait de tout.

Bon, je le savais par ouï-dire, mais le voir de mes propres yeux, ça me touche encore plus.

Pendant que je balayais les environs du regard, Saria m’a adressé la parole, toute joyeuse.

« Seiichi, regarde ! Il y a quelque chose à vendre ! »

Dans la direction que Saria indiquait, on fabriquait et vendait une sorte de nouilles sautées comme on en voit souvent dans les fêtes sur Terre.

« Oh, c’est vrai qu’on n’a pas fait un vrai repas pendant le voyage… »

Saria et moi, on n’avait que les provisions données par le mouton, alors on n’avait mangé que des plats simples.

Puisqu’on était en ville, autant en profiter pour s’acheter des condiments et tout ça.

« Il y a beaucoup d’échoppes… C’est normal, dans un autre monde ? »

J’ai murmuré ça, suffisamment bas pour que Saria, à côté de moi, ne l’entende pas.

Et c’est en murmurant que je me suis rendu compte d’un truc.

« … Hé ? C’est bizarre… Il n’y a personne avec les cheveux noirs… ? »

Je n’ai pas pu m’empêcher de chercher, mais je n’ai vu aucun humain avec des cheveux noirs comme les miens.

« Hein ? … C’est vrai. Personne n’a les cheveux de la même couleur que Seiichi. »

Ma remarque était donc arrivée jusqu’aux oreilles de Saria ; elle a jeté un coup d’œil autour d’elle et a dit ça.

… Peut-être que les cheveux noirs sont rares, dans ce monde.

Vu que presque tous les gens de mon école, qui ont été invoqués autrement que moi, ont les cheveux noirs, on risque de faire tout un plat et de me traiter comme l’un des héros. … Enfin, j’ai peut-être un peu trop d’imagination.

En tout cas, si on me prenait pour l’un des héros, je serais balancé au front sans attendre. Parce que les types de l’école, eux, ont été invoqués pour abattre le roi démon.

Ah, mais j’ai donné mon nom à Claude comme si de rien n’était… Un prénom comme Seiichi doit être rare dans ce monde. Vu qu’on n’a pas fait attention à moi, ils ont dû se dire juste que c’était un nom peu courant.

Il y a plein de trucs qui m’intriguent, mais le plus inquiétant, c’est toujours Kenji et les autres. Je suis sûr qu’ils vont bien, mais… Je vais essayer de me renseigner sur ces héros invoqués, un de ces jours. On ne sait jamais, je pourrais apprendre quelque chose.

« Par contre… je ne peux plus retirer ma robe à la légère. »

« Pourquoi ? »

« Bah… c’est compliqué. »

Après avoir répondu n’importe quoi à Saria, je me suis mis à réfléchir un peu.

D’abord, la compétence « Camouflage ».

Au début, elle modifiait mon apparence et les stats que les autres voyaient, mais quand j’attaquais pour de vrai, je ne frappais pas avec la force affichée : je frappais bien plus fort.

Maintenant, l’apparence est redevenue normale, les stats visibles par les autres affichent toujours ce niveau bas, et en plus je peux contrôler ma force pour qu’elle corresponde à ces stats.

À mon avis, le premier « Camouflage » ne servait qu’à changer l’apparence et à faire baisser la garde de l’adversaire. C’est pour ça que, si on tombe sur un type fort comme dans les mangas, ça donne des échanges du genre « Ce mec… il est pas mal ».

Et une fois la compétence montée de rang, elle camoufle même la véritable puissance… Voilà, c’est à peu près ça.

Hmm… si mon hypothèse est juste… c’est plutôt embêtant, tout ça.

Franchement, j’aurais préféré que l’apparence reste modifiée. Après, je ne sais pas si mes cheveux seraient devenus blonds ou autre chose…

Alors que j’étais perdu dans mes pensées, Saria m’a tiré par la main.

« Hm… Quoi ? »

« « Quoi ? » C’est plutôt à moi de demander ! Tu comptes rester planté là encore combien de temps ? »

« Ah. »

Saria m’a fait remarquer que je n’avais pas bougé.

Depuis qu’on était passés par la porte, on n’avait pas fait un seul pas.

Les gens nous dépassaient sans arrêt ; on devait gêner vachement.

« … Pardon. Bon, on y va. »

« Oui ! »

On s’est remis en marche, et j’ai demandé à Saria qui marchait à mon côté :

« Au fait, on achète quelque chose à manger dans une échoppe ? »

« Hmm… J’ai un peu faim, alors… oui, j’en veux ! »

« Parfait ! »

Une fois la réponse de Saria obtenue, on a fait les stands ensemble en cherchant ce qu’on avait envie de manger.

« C’est super animé. »

« C’est vrai ! Et tout le monde sourit ! »

Saria a dit ça d’un air content. Effectivement, les gens qui parcouraient la rue avaient tous le sourire.

En regardant autour de moi, j’ai remarqué que plusieurs personnes regardaient Saria. La plupart étaient des hommes, mais il y avait aussi des femmes ; toutes avaient le regard vide en la voyant.

En revanche, quand ils me voyaient, moi, à côté d’elle, presque tout le monde fronçait les sourcils.

Bon, c’est sûr que Saria est mignonne, actuellement, sans discussion possible. Si un type encapuchonné dans une robe se tient à côté d’une fille comme elle, tout le monde se demande ce qui cloche.

Mais laissez-moi vous dire une chose. Écoutez-moi bien, messieurs. — Saria est un gorille.

Tout en pensant à des conneries, j’ai fait part de ce que je pensais sincèrement.

« C’est peut-être juste cette ville, ou peut-être tout le pays… En tout cas, c’est bien que tout le monde sourie. »

« Oui ! »

À voir cette ville pleine de vie, on avait envie de sourire, nous aussi.

Vu que, d’après les connaissances de Zeanos, cet endroit ne s’appelait pas Terbel, le pays avait peut-être changé, lui aussi. Quel est le nom de ce pays, au fait ?

« … Hein ? C’est… une église ? »

J’ai soudain regardé un bâtiment qui venait d’entrer dans mon champ de vision.

Il y avait là une église aux couleurs bleu et blanc, comme on en voit dans les livres d’images.

« Une religion de quel genre… »

J’étais un peu curieux, mais ce n’était pas si important, alors j’ai laissé tomber.

Il y avait aussi un grand château, comme il se doit pour une capitale, et je me suis un peu excité avec Saria en le voyant.

Au bout d’un moment, on a trouvé ce que Saria avait envie de manger et on l’a acheté.

« Waah ! On dirait que c’est délicieux ! »

Ce qu’on avait acheté ressemblait à des beignets de poulet. Enfin, la viande n’était pas du poulet, loin de là. C’était une espèce de monstre appelée « Abuk ». Ça, c’est important.

On avait pris la même chose, et on a grignoté en marchant.

J’ai piqué le beignet dans son papier avec une feuille dure et pointue comme une aiguille, puis je me le suis fourré dans la bouche.

« Aff ! Off ! »

Ouais, c’était brûlant.

« Pff ! Pff ! »

Pendant que je soufflais comme un dingue pour me refroidir la bouche, Saria, à côté de moi, soufflait sur sa part pour la refroidir avant de se la jeter dans la bouche.

« Hmm ! C’est bon ! »

« Oui, très bon… (Vraiment très bon…) »

En vrai, c’était si chaud que je n’ai senti aucun goût… Mais c’est ma faute, alors je ne peux m’en prendre qu’à moi… sniff.

« Pff… C’était brûlant. »

Le fait que ma première impression en mangeant soit ça m’a un peu désespéré. Normalement, on dit « c’est délicieux », non ?

Ensuite, une fois les beignets finis, on s’est mis en route vers notre destination.

« Bon, selon Claude, ça devrait être par ici… »

« Qu’est-ce que ça peut bien être comme endroit ? »

Notre objectif, c’était la guilde.

Sauf que la réaction de Claude me restait en travers de la gorge, et j’angoissais grave. Mais qu’est-ce que c’est que cet endroit…

On a suivi le chemin indiqué par Claude, et on est finalement arrivés devant un bâtiment.

« C’est… ici, non ? »

« Oui, je pense que c’est ça. »

Devant nous se dressait un bâtiment surmonté d’un toit rouge, avec une enseigne où étaient dessinés une épée et un bouclier.

D’ailleurs, en plus de l’épée et du bouclier, le mot « Guilde » était clairement écrit en lettres de ce monde.

Deux étages, et plutôt grand.

« … »

Une double porte en bois, qui donnait envie d’entrer sans hésiter, mais…

« … J’ai trop la trouille. »

Face au bâtiment, je n’ai pas pu m’empêcher de reculer.

Parce que… Claude avait lâché une phrase super inquiétante. Mais qu’est-ce que cette guilde peut bien avoir, nom d’un chien…

À mes yeux, ce bâtiment pourtant plutôt propre ressemblait à une grotte remplie de monstres.

On entendait des cris à l’intérieur, même si je ne distinguais pas bien…

Mais je ne peux pas rester planté là éternellement. Et il n’est pas question de laisser Saria entrer dans une guilde potentiellement dangereuse.

J’ai pris une grande inspiration, puis j’ai ouvert la porte de la guilde, bien décidé.

« Allez, allez, allez ! Espèce de porc ! Geins comme la vermine que tu es ! »

« Encore… frappe-moi encore, plus fort !!! »

J’ai refermé la porte de la guilde sans un mot.

« … »

Je me suis un peu éloigné de la guilde et j’ai revérifié le nom sur l’enseigne du bâtiment.

« ………… Oui, c’est bien écrit “Guilde”. »

C’est bizarre… En entrant, j’ai cru voir une femme en bondage ficeler un vieux type débraillé en armure de cuir et le fouetter…

………… C’est impossible, non ? Une guilde, c’est une organisation qui permet de gagner de l’argent en accomplissant des quêtes. Ce n’est pas un club SM, voyons !

J’ai hoché la tête tout seul et j’ai rouvert la porte de la guilde.

Et là, au fond de la guilde, la femme en bondage que je croyais avoir imaginée piétinait le vieux type débraillé.

« Hah ! Hah ! Piétine-moi avec tes bottes ! »

« « Piétine-moi » ? Tu veux dire « piétinez-moi », non ? »

« Haouuu ! »

J’ai détourné le regard, sans un mot. Un homme aux yeux injectés de sang agitait le comptoir de la guilde dans tous les sens.

« N’importe quoi… Laissez-moi casser quelque chose !!! »

« Encore ce type de Grand qui fait des siennes ? Va donc l’arrêter. »

« Hein ? J’ai trop à faire : je dois mettre à jour le catalogue des jolies filles de cette ville ! »

J’ai regardé ailleurs : des hommes échangeaient des salutations joviales, comme si de rien n’était.

« Tiens, monsieur Slan ! Vous sortez, aujourd’hui ? »

« Oui. C’est une journée parfaite pour s’exposer. Je comptais aller faire un tour tout nu près du marché. »

« Je vois… Moi, je pensais veiller discrètement sur les fillettes sur la place. Si possible, en essayant de faire plus ample connaissance. »

« Hahaha ! Vous n’avez pas changé ! »

« Quoi qu’il en soit, tâchons de ne pas nous faire embarquer par les soldats ! »

« Tout à fait ! Si on se fait arrêter à chaque fois, c’est déshonorant pour des gentlemen ! »

J’ai refermé la porte de la guilde, toujours sans un mot.

………….

« — MAIS C’EST UN REPAIRE DE CRIMINELS !!! »

J’ai crié, oubliant que je me trouvais dans une rue passante.

« Attends… quoi ?! Non non non non ! Pas possible ! Il n’y a que des criminels, là-dedans, non ?! »

Grave, non ?! Rien qu’en balayant la salle des yeux, j’ai repéré en moins d’une minute un sadique et un masochiste, un malade mental, un pur dégénéré, un exhibitionniste et un vieux crapaud qui reluque les fillettes, tout ça !

Pour l’exhibitionniste et l’amateur de fillettes, ils parlaient comme des récidivistes, en plus ! Ils disaient qu’ils se faisaient embarquer par les soldats à chaque fois !

« Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu cries comme ça… »

Saria me regardait, l’air inquiet.

En me tournant vers elle, j’ai remarqué que les passants autour de nous me regardaient comme une bête curieuse.

Mais dès qu’ils posaient les yeux sur le bâtiment derrière moi — la guilde —, ils prenaient un air entendu et continuaient leur chemin, en m’ignorant.

… Eh, on me met dans la même catégorie qu’eux, ou quoi ?! Je ne suis pas un dégénéré, moi !

« Ah… Je comprends ce que Claude voulait dire… »

Si quelqu’un annonçait vouloir s’inscrire dans une bande de dégénérés pareille, forcément, on l’en dissuade. C’est normal…

« Hé hé, on n’entre pas ? »

« … Non. J’ai plus envie. »

Saria tirait sur ma robe en me demandant ça, mais j’ai à peine pu lui répondre.

Il est hors de question que j’entre dans un endroit pareil avec Saria. Vraiment hors de question.

« Tant pis, on cherchera autre chose. »

« Hein ? Pourquoi ? »

« Parce que c’est non, voilà. Y a beaucoup trop de trucs qui vont pas, ici. »

« ? »

Je regarde Saria pencher la tête d’un air innocent, et je me dis : pas question de foutre cette fille dans un nid de dégénérés pareil. Voilà.

« Bon, on bouge ! Et on trouvera un autre travail — »

« Pas la peine !!! »

Ma phrase a été coupée par une voix tonitruante.

Surpris par cette voix soudaine, je me suis retourné vers celui qui l’avait lancée.

Là se tenait un colosse musculeux, vêtu d’un simple slip boomerang, la peau brune généreusement exposée.

Il y avait des tonnes de trucs à relever, mais j’ai dit la première chose qui m’est venue :

« ………… Vous êtes qui ? »

Le colosse a souri, découvrant des dents blanches, puis a écarté les bras.

« Je suis le chef de la guilde de cette ville de Terbel ! Autrement dit, le maître de guilde, Gassle Krute ! Appelle-moi Gassle, sans façon ! »

Après s’être présenté, il a plié ses bras et fait saillir ses biceps.

Gassle avait une tête de quadragénaire, fin de quarantaine, mais son sourire était si éclatant que sa nudité ne paraissait pas du tout déplacée. Il avait visiblement l’habitude.

Désolé pour lui, mais je dois le faire remarquer.

« Mais pourquoi t’es tout nu, quoi !!! »

Vraiment, cette guilde n’est peuplée que de dégénérés ?!

Et d’ailleurs, c’est quoi ce slip boomerang ?! Entre ça et le casque intégral préparé par le Mouton, on se fiche complètement de l’univers du monde, non ?!

Même Saria, à côté de moi, avait un peu les jetons devant les muscles de Gassle !

Mais Gassle, à ma question, a affiché un air consterné.

« Mais quelle ânerie… C’est évidemment pour montrer ces muscles à tout le monde ! C’est le bon sens le plus élémentaire ! »

« Hé, c’est moi qui suis bizarre ? C’est vraiment moi qui suis bizarre, alors ?! »

Si ce que dit Gassle est le bon sens, alors mon bon sens à moi ne vaut plus rien.

« Je vous ai entendus parler de loin… Vous vouliez vous inscrire à la guilde, on dirait ! »

J’étais ahuri, mais les paroles de Gassle m’ont ramené à la réalité.

« Non… en fait, j’ai changé d’avis… »

« Ne te gêne pas ! Nous accueillons toujours de nouveaux compagnons ! »

« Je te dis qu’on ne s’inscrit pas… »

« Allez, ne restez pas plantés là, entrez ! »

« Eh, tu veux bien m’écouter, oui ?! »

J’avais beau lui dire, Gassle n’en avait que faire et nous a entraînés de force dans la guilde.

Pour la troisième fois à l’intérieur de cette guilde, les dégénérés proliféraient toujours autant. Saria observait la salle avec intérêt et a pointé la femme qui fouettait le vieux type.

« Hé, Seiichi. Elle fait quoi, là ? »

« Chut ! Ne regarde pas ! »

Je n’aurais jamais cru qu’un jour ce serait moi qui devrais dire ça.

Et puis, dans les romans de fantasy, les gens qui bavardent s’arrêtent et regardent tous la porte quand un client entre. Ici, pas un seul aventurier n’a remarqué notre arrivée ; ils étaient tous plongés dans leur propre monde.

Ils sont foutus, ces types. Faut qu’on se tire vite fait.

Pendant que je soupirais intérieurement, je m’étais retrouvé, sans y penser, devant ce qui ressemblait au comptoir d’accueil.

« Allez, c’est ici qu’on s’inscrit ! »

« Je te répète qu’on ne veut pas s’inscrire dans une bande de dégénérés pareille ! »

« Quoi ?! Si tu t’inscris ici, tu obtiendras un corps comme le mien ! Contemple ! Ce corps, cette beauté ! »

Gassle enchaînait les poses de culturiste ; je ne savais plus quoi dire.

… Je n’ai même plus l’énergie de relever. Par où commencer, bordel…

La seule chose que j’ai comprise, c’est qu’un chef pareil, ça explique que cette guilde ne compte que des dégénérés.

Alors que je le regardais avec les paupières à moitié closes, Gassle a soudain baissé les yeux.

« Je vois… C’est vraiment très regrettable. Si tu t’inscrivais ici, tu aurais droit à toute une série d’avantages, pourtant… »

« …… »

« On peut aussi dormir dans une auberge sûre, tous repas compris, à prix cassé ; et dans n’importe quel pays, les marchands d’outils, les forgerons et autres te font des tas de petits gestes ! On te recommande même des quêtes adaptées à ton profil ! Pas dans les autres guildes, par contre !? »

Tout en me lançant des regards en coin, Gassle affichait un air profondément déçu.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai eu une furieuse envie de lui coller mon poing dans la figure.

« Tout ça ne me fait ni chaud ni froid. Malheureusement, je ne manque pas d’argent. Et de toute façon, s’inscrire dans une autre guilde donnerait les mêmes avantages, non ? »

« Tu ne comprends pas ! À quel point cette guilde est incroyable ! »

« Ouais, pas du tout. »

« Regarde ! Ceux qui sont ici ! »

Là où Gassle pointait la main, il n’y avait que le chaos grouillant de dégénérés habituel.

« Ils ont tous l’air rayonnants, non ? Tu sais pourquoi ? »

« Je n’ai pas envie de savoir. »

« Parce qu’ils sont fidèles à leurs désirs ! »

« Ça, c’est sûr ! »

Si on appelle ça se retenir, alors presque toute l’humanité est composée de saints.

« Bon, en réalité, ma guilde est excellente. Et seuls ceux qui s’inscrivent ici peuvent profiter de ces avantages, même en allant jusqu’à d’autres pays. »

« Et pourtant, j’ai cru entendre quelqu’un dire qu’il se faisait embarquer par les soldats à chaque fois. »

Impossible que des types pareils soient excellents !

« Ça, c’est pour entretenir des liens avec les soldats de ce pays. »

« De drôles de liens ! »

« Mais c’est la vérité : ils sont excellents, non ? Tous les aventuriers de rang S qui brillent dans le monde viennent de cette guilde. »

« Je vois. Donc tous les aventuriers de rang S sont des dégénérés. »

En résumé : dégénéré = le plus fort. Je vois.

« Ne t’arrête pas à ces détails. Allez, inscris-toi et obtiens un corps comme le mien ! »

« Je refuse, de toutes mes forces. »

C’est toujours la même chose : quand quelqu’un est surexcité, moi, je deviens tout calme.

Je regardais Gassle d’un œil froid, mais sa phrase suivante a fait vaciller ma résolution.

« Hmm… Mais dans cette guilde, on peut obtenir des informations sur le monde entier plus vite que n’importe où ailleurs, tu sais ? »

« … Pourquoi ? »

« Parce que cette guilde n’est pas une guilde ordinaire. C’est le quartier général de la guilde. »

« ! »

J’ai été si surpris par les paroles de Gassle que j’en ai écarquillé les yeux.

Non, mais…

« Les dégénérés sont le siège central de toutes les guildes… C’était donc déjà fichu… »

« Tu te rends compte que tu es très insultant, là ? »

« Tais-toi, dégénéré. »

« Tu es dur ! »

Malgré mes paroles, Gassle s’est remis à prendre des poses de culturiste, le sourire aux lèvres. Décidément, un vrai dégénéré.

« Mais si c’est vraiment le quartier général de la guilde… »

Les informations sur les héros, que je voulais tant, finiraient bien par arriver ici. Pour moi, c’était plutôt intéressant.

Le mot “guilde” ne ment pas : elle doit recevoir une quantité phénoménale d’informations. C’est forcément plus efficace que de faire mes recherches tout seul.

Je sais que m’inscrire est la bonne solution, mais…

« … C’est le fait d’être classé dégénéré, moi aussi, qui me gêne… »

Ah, vu mes stats, je suis une sorte de dégénéré, d’une certaine façon. Je ne suis même plus humain.

« Il faut savoir se lancer ! Alors, tu fais quoi ? »

Facile à dire…

J’étais sur le point de me perdre dans mes pensées quand Saria, qui était restée silencieuse, a tiré sur ma robe.

« Hé, Seiichi. »

« Hm ? Quoi ? »

« Moi, je pense que tu devrais t’inscrire. »

« Hein ? »

« Parce qu’ils ont tous l’air de s’amuser. Et si c’est plus pratique, autant s’inscrire, non ? »

Je comprends ce que dit Saria. Et maintenant que j’ai entendu “quartier général de la guilde”, je suis bien obligé d’admettre que ce serait pratique.

Mais même s’ils ont l’air de s’amuser, ce qu’ils font, c’est trop spécial, non ?! Si je me trompe, ça va finir très mal, hein ?!

« … J’ai compris que c’est le quartier général et qu’on profite des avantages dans les autres pays. Mais du coup, ceux qui s’inscrivent dans une filiale sont lésés, non ? »

« Possible. Mais ceux qui s’inscrivent dans une filiale peuvent se réinscrire ici et profiter des mêmes avantages. La plupart des aventuriers passent par cette ville, et la plupart se réinscrivent ici. »

« Hmm… »

C’est une double formalité, mais c’est faisable, en somme…

Dans ce cas, au grand dam de mes principes, autant m’inscrire ici.

« Pff… Très bien. Je vais m’inscrire. »

« Je savais que tu dirais ça ! Ellis ! »

Tout sourire, Gassle a interpellé la femme en bondage qui fouettait le vieux type crasseux.

« Oh ? Vous me voulez ? »

« Excuse-moi. Ce sont de nouveaux inscrits. Occupe-toi des formalités. »

« Bien. »

Sur ce, la femme en bondage s’est déplacée derrière le comptoir et s’est présentée devant nous.

« Je ne peux pas recevoir les gens dans cette tenue, tout de même… »

Elle a fait claquer ses doigts.

À cet instant, elle s’est métamorphosée : fini le bondage, elle portait désormais une tenue impeccable aux couleurs verte et blanche.

« Veuillez pardonner ce spectacle disgracieux. Je m’appelle Ellis Maclaine, hôtesse d’accueil de cette guilde. Enchantée de faire votre connaissance. »

Ellis a terminé sa présentation par une belle révérence.

Elle avait de magnifiques cheveux blonds bouclés en tire-bouchon, comme les jeunes filles de bonne famille dans les mangas, et des yeux d’un bleu éclatant. Son visage tenait autant de la jolie fille que de la belle femme ; sa peau claire et son allure générale donnaient une impression très éclatante.

Quand elle portait le bondage, j’ai pu constater qu’elle avait une silhouette féminine tout à fait ordinaire.

Comment dire… Une vraie fille de bonne famille de manga. Elle pinçait même le bas de sa jupe pour faire sa révérence…

Pendant que je pensais ça, Gassle a ajouté un détail sur Ellis.

« Au fait, Ellis est la fille du comte Maclaine. »

« Une vraie fille de bonne famille, alors ! »

Mais pourquoi une fille de bonne famille travaille dans une guilde pareille ?! Et en plus, elle maniait le fouet avec entrain !

« Gassle, je n’apprécie pas que vous déballiez les informations d’une femme. Faudrait-il vous dresser, une bonne fois ? »

« Tout, sauf ça, je vous en prie. »

Gassle, t’es trop faible ! Ou alors c’est Ellis qui est trop forte ? Et surtout… “dresser” ?

« Enfin, peu importe. Vous et la demoiselle, vous venez vous inscrire, c’est bien ça ? »

« Ah, oui. »

« Alors, veuillez remplir ces formulaires. »

Le papier qu’elle m’a tendu comportait des cases pour le nom, le lieu d’origine, etc.

« Il faut tout remplir ? »

« Non. Il suffit d’écrire votre nom, au minimum. »

C’est super laxiste ! Trop facile de fabriquer une carte d’identité ! … Enfin, je ne peux pas non plus donner mon lieu d’origine, alors un peu de laxisme, ça m’arrange.

J’ai donné un formulaire à Saria, et on a rempli nos papiers. Saria savait écrire depuis qu’elle avait appris la langue humaine, donc aucun problème.

Une fois le mien rempli, j’ai quand même vérifié celui de Saria. Il ne manquerait plus qu’elle écrive « Forêt du Chagrin d’Amour infini » comme lieu d’origine.

« Alors… Nom : Saria. Arme :… mes poings !? »

« Hé hé, c’est stylé, non ? »

D’accord, c’est une combattante au poing, mais quand même ! Elle n’aurait pas pu trouver une autre formulation ?!

À part cette case “arme”, il n’y avait rien qui risquait de nous trahir, alors j’ai rendu le formulaire à Ellis.

« Alors, je vérifie. D’abord, la demoiselle : Saria. Arme :… ses poings. »

Hein ?! Elle passe à côté ?! C’est moi qui suis anormal d’avoir été surpris ?!

« … Bien, je n’ai rien à signaler pour le formulaire de Saria. Ensuite… »

Ellis a posé le formulaire de Saria, puis a pris le mien.

« Seiichi. Arme : épée et magie. Tiens… Vous êtes doué, on dirait. »

« Ah bon ? »

« Oui. Peu de gens savent utiliser la magie. Vu votre robe et votre capuche, je me doutais un peu que vous pratiquiez. »

« Je vois… »

Décidément, les magiciens sont plutôt rares, dans ce monde.

Mais pas au point d’attirer les regards, comme Claude le laissait entendre.

C’est sûrement la capuche qui pose problème… On n’a pas encore d’infos sur les héros, et je ne peux pas la retirer, même si je le voudrais.

« … Tout est en ordre. Beaucoup de gens laissent le lieu d’origine vide… Aucun défaut dans vos formulaires. »

Apparemment, on était officiellement inscrits.

J’ai poussé un soupir de soulagement, mais il n’a duré qu’un instant.

« Parfait ! Alors, Seiichi et Saria, vous allez passer un test ! »

« … Hein ? »

Cette annonce soudaine m’a fait lâcher un bruit idiot.

« Oui, un test ! Je t’ai expliqué que cette guilde donne accès à toutes sortes d’avantages. On ne peut pas laisser des gens profiter de ces avantages en s’inscrivant aussi facilement. »

« Pff… C’est une arnaque, oui… »

Mais… je croyais qu’on était inscrits une fois le papier rempli ! Fallait le dire plus tôt…

« Ne fais pas cette tête ! Regarde, mes muscles vibrent d’énergie, non ?! »

« Je n’ai pas demandé. »

Même en me montrant ses bras gonflés, je ne peux pas répondre autre chose.

« Bref ! Une fois le test terminé, je vous expliquerai le fonctionnement de la guilde ! »

« Pff… Qu’est-ce qu’on doit faire, au juste ? Et si on le rate, il se passe quoi ? »

« L’échec n’existe pas ! Vous pouvez être tranquilles ! »

« Mais alors, ce test ne sert à rien, non ?! »

Pourquoi faire un test, alors ? Ça rime à rien.

J’étais plus consterné que surpris, et Ellis a ajouté une précision.

« “Test” n’est qu’un mot. Pour faire simple, c’est une évaluation pour mieux choisir les quêtes à confier à la personne inscrite. Les quêtes de la guilde se divisent en élimination, collecte, corvée et escorte. On évalue vos compétences pour les corvées, les éliminations et les collectes. »

« Je vois… »

« Seulement, pour faire passer ce test, il faut prévoir une sorte de surveillant. »

« Un surveillant ? »

« Oui. Et il faut que ce soit un aventurier de rang B ou plus. Connaîtriez-vous quelqu’un comme ça ? »

« Non, pas du tout… »

« Alors, je vais demander à la guilde. Voyons d’abord qui est libre en ce moment. »

« Toujours efficace, Ellis ! »

« Gassle, vous êtes incompétent, c’est tout. Espèce d’ordure. »

« Pardon. »

Ellis a un langage bien cru, quand même.

Après cet échange, Ellis s’apprêtait à chercher un aventurier de rang B ou plus pour nous, quand…

« Hé, toi. »

Une voix est soudain tombée dans mon dos.

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