« ―――― Alors, l'école a fermé, donc vous êtes revenus avec Seiichi ? »
« Oui. »
Le roi du royaume de Wimborg, Ranze alias Ranzelph, se prit la tête devant Ruies qui lui annonçait tout cela avec tant de calme.
Bien qu'une petite discussion ait eu lieu entre eux suite au vœu pressant d'Hélène de devenir forte, son intention semblait bien arrêtée au final, et c'est ainsi que Seiichi était rentré dans le royaume de Wimborg avec Hélène.
Et tandis que Seiichi s'était rendu à l'antenne principale de la guilde pour y décider de sa prochaine marche à suivre, Ruies avait quant à elle regagné le château royal pour y effectuer son rapport de retour.
« Non mais... le fait que toi, garde du corps sensée me protéger, sois partie en m'abandonnant est déjà bizarre en soit... Mais bon, ça fait vraiment trop libre comme approche, non ? »
« Jugez-en vous-même, Votre Majesté. Mon niveau a dépassé les sept cents. »
« Tu m'écoutes même pas là-dessus ! Attends, sept cents putain ?! »
Les yeux exorbités, Ranze fut pris de court par ce chiffre.
« Quoi, comment on peut monter à un niveau aussi dément ! C'est plus surpris encore que quand tu m'a appris du jour au lendemain que j'étais devenu un Transcendant ! »
« Lorsque Maître a fait disparaître le donjon, je me suis retrouvée impliquée dans le processus, ce qui en explique la raison. »
« Je capte absolument rien ! On parle de disparition de donjon où là ! Et en plus, Seiichi serait mêlé au truc ?! »
Après avoir suffisamment été secoué par les propos de Ruies, Ranze poussa un long soupir et tenta de calmer ses émotions.
« Haâ... Je sais que tu ne plaisantes pas, donc ça doit être sérieux... Mais qu'est-ce que ce type devient enfin ? Il cache sa propre existence d'une manière assez suspecte, mais il s'occupe aussi de sauver le roi d'un sort, ce n'est clairement pas un gars banal. À force, on voit le jeu. Je ne sais juste pas s'il veut se cacher ou pas... »
« Au fait, apparemment Maître vient du même endroit que le héros de l'Empire Kaiser. »
« Jusqu'où vas-tu me surprendre ! Ah bon, alors ce mec... vient d'un autre monde ? »
« C'est ce que l'on raconte. Cependant, il semble qu'il n'ait jamais été convoqué par l'Empire Kaiser, et selon lui, il n'est pas un héros à proprement parler... La différence de puissance est telle qu'il serait prétentieux de vouloir les comparer. Évidemment, c'est Maître qui domine, oui ? »
« Inutile de le demander. Mais être plus fort qu'un héros, ça va changer quoi concrètement ? L'Empire Kaiser pleure à chaudes larmes là-dessus... »
Ranze s'affala contre sa chaise, visiblement épuisé.
« Argh... Franchement, les types de l'Empire Kaiser ne font jamais rien de normal... Ils convoquent des gamins venus d'autres mondes comme héros, ils déclarent la guerre au monde entier comme aujourd'hui... »
« Au fait... Ce pays n'a-t-il pas subi de dégâts majeurs ? Puisque je peux vous parler ainsi, sans doute tout va-t-il bien, mais on dit que la plupart des nations ont fini par plier devant l'Empire Kaiser. »
Face à la question de Ruies, Ranze adopta une expression grave.
« Oui, concernant ce point précis... Lui aussi m'a sauvé. »
« Hein ? »
« Te souviens-tu de l'attaque lancée par les membres du Culte du Dieu Démon ? »
« ...Oui. »
En revoyant la situation de l'époque, Ruies rembrunit le visage.
―――― Le jour où eurent lieu les négociations entre le royaume de Wimborg et le royaume des démons, le Culte du Dieu Démon fit irruption à la tête d'une armée de monstres.
Dans cette urgence, le royaume de Wimborg et le royaume des démons engagèrent toutes leurs forces disponibles, l'antenne principale de la guilde aidant, pour faire face à l'armée monstrueuse.
Or, cette armée et certains apôtres n'étaient qu'une diversion ; leur véritable cible était Ruies, la fille du Roi Démon. Même si l'on parvint à neutraliser les coups des apôtres, ces derniers étaient un crabe plus malin, et Ruies finit par s'effondrer sous le coup d'un objet maudit.
Avec le nombre écrasant de bêtes et l'autorité démesurée des apôtres, les aventuriers rang S et Ruies se retrouvèrent acculés, et on pensa un instant que Ruies tomberait sous le tranchant mortel des ennemis.
Toutefois, l'arrivée du Premier Roi Démon, poussé par Seiichi à s'installer à Telbeil, ainsi que celle du noble démoniaque Zeanos, permit d'inverser radicalement la donne.
Zeanos avait atteint un niveau dépassant les quinze cents, ce trait résiduel de son époque de monstre étant manifeste, tandis que Lucius, le Premier Roi Démon, Abel, un ancien héros, et d'autres partageaient tous une puissance avoisinant ce seuil vertigineux.
Grâce à Zeanos et les siens, l'assaut des apôtres put être contenu, et sous l'effet magique apporté par Seiichi, transporté via un coffre, Ruies put finalement rouvrir les yeux sans encombre.
« [Chevaliers Saints Noirs] inclus, les soldats de mon royaume sont excellents. Je peux le dire la fierté droite au dos. Mais... Pourquoi diable tous les soldats de l'Empire Kaiser auraient-ils atteint le rang de Transcendant ? Ça me fout la rictus... »
« ...J'avais effectivement entendu cette histoire d'un certain Zahia, capitaine de la deuxième troupe à l'académie. Elle est bien réelle. »
« Oui. Et malgré l'excellence de nos troupes, on n'y peut rien. Un fossé de stats lié aux niveaux ne se comble pas en deux trois jours. Sans compter que l'antenne centrale est bouclée à cause de la guerre, et surtout que l'Empire Kaiser a pratiquement colonisé toutes les autres nations, entraînant la chute de nombreuses succursales. La situation est critique, nous n'avons plus aucun recours. J'ai même cru que c'était la fin pour moi. Mais... »
Arrivé à ce stade, Ranze revit la scène en mémoire et esquissa un sourire crispé.
« ...Zeanos et Lucius, après avoir décroché des contrats sous couvert d'entraîner les armées démons, ont foncé tout seuls sur l'unité impériale campée près de Telbeil et ont réussi à les repousser sans subir la moindre blessure. »
« Hein ? »
« Sérieusement, ils sont fous ou quoi, ces types. Zeanos, c'est un nom que j'ai dû croiser dans un vieux bouquin quelque part, et Lucius serait le premier Roi Démon ? C'est carrément dingue... »
« ...Bravo à eux. »
Peut-être touchée de pitié, Ruies ne put formuler que ces quelques mots sincères.
« C'est pas grave, je vais bien. Merci à eux, l'Empire Kaiser a détaché ses griffes de Wimborg, et on survit tranquillement depuis. Au fait, Robert et ses acolytes sont arrivés peu avant ton retour et reposent en ce moment même. »
« J'en prends acte... Si en dit la vérité du chef de la deuxième division impériale, les autres élèves ont probablement pu rentrer indemnes eux aussi. »
Bien qu'aucune vérification officielle ne puisse confirmer les dires de Zahia, apprendre que le prince d'un pays agresseur rentrait sain et sauve permettait à Ruies d'en déduire que le reste des élèves avaient dû s'en sortir sans casse.
« Bref, chez nous aussi, la vie a repris son cours pendant ton absence... Ruies, tu connais la nouvelle toi-même, non ? L'académie de magie Barbador, censée être neutre, s'est faite envahir. »
« ...Oui. À cause de ces gens-là, Maître a dû quitter l'académie. Je ne pardonne pas ça. »
« ...Tu as vraiment changé. Enfin, dès que Seiichi traîne dans le coup, tu lui préfères ta famille quitte à ignorer ton souverain légitime... En te connaissant depuis longtemps, j'en ai la larme à l'œil, franchement. »
« ? Vraiment ? Penser à Maître fait pourtant partie des obligations naturelles d'une disciple, non ? »
« ...Putain, je ne sais pas trop quelle émotion te pousse... Mais si tu ignores toi-même tes propres sentiments, je ne peux rien ajouter de plus. Il faudra que je prévienne Florio de ce cas... »
« ? »
Incompréhensive face à l'allusion de Ranze, Ruies fronça les sourcils, mais découvrir elle-même pourquoi elle portait tant de fixations envers Seiichi relèverait du chapitre suivant. Pour l'instant, elle ne pouvait encore mettre un nom sur ses ressentis.
« Bon, passons. Du coup, il fait quoi notre cher compatriote en ce moment ? »
« Lui ? »
« Seiichi. Il revient avec toi, c'est bien ça ? »
« Oui, Maître est... »
***
« ―――― Ah, Seiichi, Altoria, Saria ! Ça fait plaisir de vous revoir ! Eh bien, qu'en pensez-vous de mes muscles ? »
« Vous demandez ça en premier ? »
De retour à l'antenne principale de la guilde après maintes années, je tombai sur Gassul, vêtu comme toujours de son pantalon de sport à motifs étranges, qui me lança une pose musclée avant de poser la question.
Depuis qu'Hélène nous avait confié son désir de grandir en puissance, nous étions revenus jusqu'à la capitale Telbeil. Pendant ce temps, Ruies avait pris une direction séparée pour informer Ranze de notre arrivée, tandis que je suivais Hélène vers l'antenne principale afin d'y dénicher les renseignements nécessaires, incluant les méthodes pour l'améliorer.
On m'avait dit de l'entraîner, mais je ne savais pas par où commencer. J'espérais donc trouver des pistes ici, notamment sur la situation mondiale actuelle. Ensuite, Hélène n'étant toujours pas inscrite officiellement, il était judicieux de la faire enregistrer maintenant, au cas où nous continuerions à voyager ensemble.
Il faudrait également rendre visite à Zeanos et à mon père plus tard. Ruies se demande sûrement comment se portent les démons, et Saria voudra voir Adramelech et les autres.
C'était la première fois que je revenais ici, et en regardant alentour...
« Détruire détruire détruireaaaaaaaa ! ...Mais ce qui m'inquiète plutôt, ce sont nos correspondants aux antennes secondaires. »
« Allons-y... Aujourd'hui encore, je déploie mon corps nu sur la place... »
« M. Slan... Vous ne retirez pas vos chaussettes ? »
« Hum ? Oh... Moi qui se croit si concentré... hahaha, il semblerait que les nouvelles des antennes distraient ma concentration. Quant à vous, Walter, on rapporte que vous évitez soudainement les jeunes enfants... »
« Haha, quelle honte... Ces derniers temps, je zone souvent gravement... »
Comme d'habitude, chacun semblait vivre fidèlement selon ses pulsions, mais cet état donnait paradoxalement l'impression d'un moteur tournant à vide.
Tandis que je me passais une main dans les cheveux, perplexité au visage, Gassul esquissa un demi-sourire fatigué.
« Hmm... Visiblement, vous avez remarqué que notre allure changeait. »
« Ah... J'avais peur que tu le voies. On dirait qu'ils manquent de motivation, enfin, bref... »
Enfin, en avoir trop n'était pas un problème en soi, mais surtout parmi les soldats, ça commençait à inquiéter.
Tous ceux qui combattaient encore avec le sourire face à la marée des monstres perdaient nettement en énergie aujourd'hui. Je restai interdit devant ce spectacle inédit.
Cela ne me concernait pas seul. Saria, et même Al, qui nous connaissait depuis plus longtemps, partageaient ma stupeur.
« Tout le monde manque d'énergie. Qu'est-ce qui se passe ? »
« Hé Gassul... Comme dit Saria, racontes-nous. Si on regarde bien, ta peau perd son éclat... Normalement, tu martèles tes pectoraux et tu fais des rituels beauté quotidiens, non ? »
« Ah... C'est en lien indirect avec la raison pour laquelle vous êtes revenus ici. »
« Heinn ? Notre retour ? C'est à cause de... »
Nous avions quitté l'académie de magie Barbador après que l'Empire Kaiser l'eut officiellement occupée.
Gassul arborait un sérieux inhabituel et nous exposa rapidement la situation de la guilde.
« L'Empire Kaiser a déclaré la guerre au monde et, conformément à leurs promesses, la majorité des nations sont tombées sous leur coupe. Il ne reste plus guère que notre royaume de Wimborg, l'empire de Valsha, le royaume démoniaque et celui oriental. Heureusement, Zeanos-kun et ses alliés comptent ici parmi nos connaissances. Ils nous ont considérablement aidés lors de l'assaut du culte, et grâce à eux, nous profitons actuellement d'une paix relative. Enfin, provisoire seulement... »
Provisoire signifiait simplement que l'Empire Kaiser pourrait préparer un nouveau coup.
Rien que l'oreille de Kaiser suffisait à inspirer de méchantes idées. Pourtant, j'avais rencontré une originaire de cet empire durant le concours de grande gueule organisé par Rulune, et elle me semblait plutôt normale. Son prénom était juste particulièrement atypique.
« Bref, Zeanos-kun nous préserve de la menace impériale, mais la situation n'est pas brillante. Ces fantassins sont tous devenus des Transcendants. J'ignore quelles manipulations ils ont employées, mais c'est un danger majeur. Sans Zeanos-kun, je n'hésiterais pas à affirmer que le monde aurait sombré sous l'emprise de l'Empire Kaiser. Même avec mes abdos, inverser le cours des événements s'annonce compliqué... »
Juste difficile, mais possible avec des efforts ? Les muscles sont sacrés.
Surtout que le rang de Transcendant restait bel et bien hors norme aux yeux des profanes. Plusieurs d'entre eux se trouvaient précisément dans cette salle.
« La guilde locale est mise à l'abri, certes. Mais nos implantations étrangères ne cessent de tomber. Depuis que les envahisseurs ont réduit plusieurs pays en cendres, nous ne recevons plus aucun rapport fiable. Nos agents tentent désespérément de rassembler des indices sur nos collègues, mais les résultats restent catastrophiques. »
« Je vois... »
L'anomalie régnant dans les couloirs provenait visiblement de cette angoisse collective pour le sort de nos confrères.
Tandis que je passais en revue l'intérieur de l'antenne, Gassul tourna brièvement la tête dans notre direction, comme突然 rappelé à l'ordre.
« Au fait, il y a deux visages inconnus. Plus sérieusement, j'aimerais comprendre pourquoi la fille du Roi Démon se tient debout au milieu de nous... »
« Euh... Après l'attaque du culte, elle a rejoint notre groupe comme gardienne et amie à l'académie Barbador... Je crois. »
« Pas moyen de saisir ! Hahaha ! »
Personnellement, le raisonnement échappait totalement à mon entendement, et je me demandais s'il convenait d'évacuer la chose par le rire.
Hélène, muette spectatrice de l'échange, brisa soudain son silence en s'adressant directement à Gassul.
« ...Vous êtes bien le maître de l'antenne principale de la guilde ? »
« Hum ? Eh bien oui, c'est exactement ça ! Quoique je passe mon temps à soulever des haltères ! »
« C'est loin d'être une raison de tirer la fierté. »
« ...Une question précise. Fondée sur les archives de la guilde, réponds-moi : face à l'Empire Kaiser, combien de temps tiendra l'empire de Valsha ? »
« Hein ? »
Interloqué par l'inattendu de la requête, je fus surpris de voir Gassul répondre avec un sang-froid absolu.
« Hmm... Tu sembles venir de l'empire de Valsha. »
« ...C'est exact. »
« ...Sois honnête, aucune hésitation nécessaire. Le destin de Valsha repose désormais entièrement entre les mains de l'Empire Kaiser. »
« Euh ! C'est-à-dire... Pourquoi ? »
« C'est élémentaire. L'excellence des légionnaires valshains et la réputation martiale de leur impératrice ne sont ignorées de personne... »
Désolée, je découvre tout ça de source fraîche.
« ...Quels que soient la rigueur de l'infanterie et la valeur de la souveraine, impossible de rivaliser contre un Empire Kaiser disposant de Transcendants en nombre supérieur à ses effectifs totaux combinés. »
« ...Près de Valsha s'étend la Forêt du Scellement, comparable à la nôtre. Est-ce que cela suffira ? »
« Ecoutez-moi bien : l'Impérial n'a plus besoin de ménager nos forêts ou nos mers, car sa force a explosé. C'est pour cela qu'elle pointe ses épées vers nos terres. Point barre. Une offensive identique vise immanquablement Valsha. Leur potentiel statistique représente une menace totale. »
Accablée par la franchise du discours, Hélène baissa tristement le regard sans broncher.
...Je n'avais toujours pas complètement cerné la situation, mais pour une raison inexpliquée, Hélène manifestait une panique maladive à l'idée de progresser rapidement.
Cherchait-elle à se renforcer pour son propre compte ou servait-elle quelqu'un d'autre ?...
Le silence lourd qui nous isolait fut rompu abruptement lorsque Gassul bascula dans une jovialité factice.
« Voyons, célébrons cette rencontre ! Et ensuite, votre accompagnatrice et l'autre jeune femme souhaitent-elles s'enregistrer auprès de nous ? »
« Moi ? Comment... devrais-je procéder... »
Soudainement interpelée, Zora s'agitait nerveusement pendant que Ruies observait la scène avec indulgence.
« Fais comme tu le sens. Zora sait parfaitement prendre ses décisions seule à présent. »
« De... ma propre volonté... »
Réfléchissant un instant, Zora acquiesça faiblement.
« Euh... J'aimerais également m'inscrire à la guilde ! »
« ...Je fais de même. Avoir un statut facilite les choses, Maître Seiichi le répétait souvent... »
« Parfait ! Alors filons vite au guichet ! Elise-kun ! Ei-i-ise-kun ! »
Ayant crié vers l'antichambre, Gassul entendit l'écho d'une voix familière.
« Voilà ! Un instant svp ! »
« ...Donc patiens un peu. C'est fou comme décor, une princesse démoniaque, une humaine valshaine et une humanoïde serpentine dans le même coin... L'assemblée devient vraiment éclectique. »
« C...effectivement... »
Hors de prix, vu le roster actuel : humanités hybrides, gorilles, anciens fléaux, baudets, tueuses en herbe, méduses et royalty démoniaque...
Seules Al et Hélène frôlaient la normalité parmi cette cohorte. Franchement, ça arrive ça ? Non. Si on pose la logique de côté, tout est complètement foireux, à commencer par l'existence de primates et d'ongulés parmi les rangs.
Entre-temps, nous finalisions nos présentations réciproques. Peu après, Elise fit son entrée à grands pas. Elle portait enfin son uniforme administratif standard. Tant mieux.
« Navrée pour le délai. »
« Aucun souci. Et ravie de vous retrouver. »
« Eliseeee ! Ca fait plaisir ! »
« Comment vas-tu ? »
Nos salutations provoquèrent un sourire enfantin chez Elise, totalement incompatible avec son image passée de tyran sadomasochiste.
« Très bien. Vous avez l'air en pleine forme, c'est l'essentiel. Je signale simplement que certaines personnes nous rejoignent pour la première fois... »
« Ah, oui. Je souhaite inscrire ces deux-là précisément. »
« Compris. Suivez-moi donc. »
Guidées vers le bureau, Zora et Hélène remplirent les documents requis avant de déposer un sourire satisfait.
« Terminé. Votre enregistrement provisoire est achevé. »
« Provisoires ? »
« Ah, c'est vrai qu'il manquait cette étape... »
Tandis qu'Hélène se tordait l'esprit devant ce terme insolite, je me rappelai que l'adhésion exigeait une validation spécifique beyond le simple papierage.
« Ici, nous assignons un superviseur dédié pour tester votre potentiel. Toutes les recrues ne sont pas des experts militaires, après tout. »
« Dans ce cadre, c'est une aubaine ! Altoria est dans les parages. Qu'elle endosse ce rôle serait parfait. »
« Ça me va. Ça convient à vos deux filles ? »
« Je ne vois aucun obstacle personnel... »
« Moimême je confirme ! »
« Allons-y. Gassul, tu disposes de missions tests adaptées aux novices ? »
« Absoluument ! Des quêtes quasi impossibles pour les actuels effectifs, exactement comme celles qui attendaient Seiichi-kun à son recrutement initial ! »
« Quel genre d'épreuve !? Surtout, elles comportent un taux de mortalité acceptable ? »
« Aucun risque vital direct. Mais contrairement à leur excellence au maniement des armes, ils sont des catastrophes absolues en cueillette et en corvées ordinaires. Ils acceptent des contrats puis les abandonnent lamentablement ! »
« Ouah, quelle louange flatteuse. »
« Y'a rien de flatteur là-dedans ! »
Assistés à cette tirade, les guetteurs présents firent signe de la main avec un enthousiasme presque insultant.
« Ah ouais... Effectivement, hormis exterminer des slimes, mes missions passées collaient parfaitement à ce cliché idiot... »
Démolir des structures restait ambigu, risquant de reproduire mes destructions inconsidérées précédentes. Quant à promener des chiots... eh ben non, tenter d'accompagner Milk-chan aux abords mènerait irrémédiablement à un refus frontal immédiat, outrés par mon apparence et mes intentions suspectes. L'option la plus toxique demeurait l'orphelinat.
Surtout que Mister Walter était strictement proscrit ! Lui, il finirait littéralement sous les traits des services funéraires.
De plus, cela nuirait gravement aux orphelins. Un tel débauché, il valait mieux s'en éloigner au massimo.
Saria, évoquée par la conversation, esquissa un doux sourire maternel.
« Espérons que tout le monde aille bien. Claire aussi, j'espère qu'elle n'a pas pris un coup. »
« ...Sari-neechan. On ira rendre visite ensemble plus tard avec Sei-nii-chan ? »
« Ah oui, excellente idée ! »
Conformément au conseil d'Olga, je songeais justement à passer à l'orphelinat. La région craignait trop d'incidents récents ; l'innocence enfantine constituerait un refuge salutaire. Les mômes, c'est précieux. ...Pas question d'amener Walter dans le tas hein !
Al passa en revue le personnel présent, poussa un soupir profond et se gratta l'arrière-croûte.
« Grrr... Passons outre. C'est pratique comme terrain d'entraînement pour eux. Hey, Seiichi ! »
« Ouais ? »
« J'emmène ces deux demoiselles régler la mise en pratique rapidement. Toi, réserve les lits au Refuge Paix. »
« Compte sur moi. »
« Merci. ...Pour la répartition des chambres... Puisque Sari est présente, ne nous compliquons pas avec des sexes distincts à l'excès. »
« Ehnnn !? »
Rougissante, Al prit ses jambes à son cou, trainant Hélène et compagnie hors des locaux dans la précipitation.
Bon, au Refuge Paix, dormir côte à côte avec Saria était usuel, donc ce n'était pas dramatique...
Mais la réaction véhémente d'Al mettait franchement la pression pour la suite des événements.
« ...Altoria s'est transformée en toute gentillesse. »
« ...Assurément. On ne la reconnaît plus par rapport à ses anciens travers violents. »
Gassul et consort, contemplatifs, hochèrent silencieusement la tête pour sceller ce constat.
Avec le départ d'Al, l'urgence hôtelière redevint prioritaire, mais Gassul retint mon bras avant que je ne file.
« Tiens, Seiichi-kun. »
« Hum ? »
« Cette fille d'un instant... Hélune disait vouloir augmenter son niveau de combat, right ? »
« Ouais, c'était ça... »
« Avant de conclure, possède-t-elle réellement des compétences martiales valides ? »
« Humm... »
Sollicité par Gassul, je revis mentalement la confrontation mémorable avec Hélène.
Classée F, sa maîtrise dépassait largement les standards ordinaires. Ses techniques rappelaient vaguement celles enseignées à Rachel, suggérant une formation disciplinée.
Alors que Rachel peaufinait exclusivement le maniement de la lance, Hélène maîtrisait inexplicablement une pluralité d'arts guerriers variés.
Observée sous l'angle de la mobilité terrienne en duel, sa supériorité tangible demeurait indéniable.
Comparée à ma précédente évolution insignifiante, elle volait haut.
« Selon les rapports académiques, c'est une figure dominante. Elle excelle réellement. »
« C'est clair... »
Songeur, Gassul resta immobile un instant.
Inquiet face à son mutisme, je levai un sourcil quand Elise poussa soudain un cri perçant.
« Attend... Gassul-san, vous n'auriez pas l'intention de leur montrer LE secteur, par hasard ? »
« ...Effectivement, je le pensais. »
Devant l'acquiescement hésitant de Gassul, Elise adopta une attitude réprobatrice.
« C'est suicidaire ! Envoyer des néophytes fraîchement adscrites dans cet endroit est irresponsable... »
« Néanmoins, le code interne autorise l'accès libre indépendamment du grade. Personne ne peut physiquement les empêcher de franchir ce seuil. »
« Mais quand même... »
« Heureusement, Seiichi-kun et Altoria-kun veillent. Tout devrait aller. Hein, Seiichi-kun ! »
« Je comprends strictement rien au dossier. »
Exaspéré, je me frottais les tempes face à un dialogue dont j'ignorais totalement l'enjeu principal.
En lui lançant un regard suspicieux, Gassul rit bruyamment sans éprouver la moindre gêne.
« HAHAHA ! Oups ! Eh bien, puisque cette gamine réclame explicitement une croissance rapide, je voulais lui offrir une opportunité adaptée. »
« Un site précis ? »
Que mijotait-il là-bas exactement ?
Parmi les regards circulaires partagés avec Saria, Gassul reprit la parole d'un ton résolument solennel.
« Parallèlement à l'invasion impériale, un second incident majeur vient d'exploser ici à Telbeil. »
« Un nouvel incident ? »
« Oui... L'émergence brutale d'un nouveau donjon. »
« Putain de merde ?! »
Sous le poids de cette révélation, le choc nous paralysa tous simultanément.
***
« ——Elle s'est éclipsée définitivement. »
Tandis que les nouveaux habitants s'accomodaient aux contraintes urbaines, Barnabas évaluait ses perspectives personnelles.
« ...L'anéantissement imminent de ces murs relevait de l'absurde. Vers quel gouffre le monde glissait-il ?... »
Sa renommée transcende les normes magiques terrestres : recrutements prestigieux et alliances royales s'offraient à lui sans effort. Sa puissance constituait un aimant irrésistible.
Hélas, la conquête généralisée et la paralysie institutionnelle entravaient sévèrement ses mouvements stratégiques actuels.
Toute velléité diplomatique vers Valsha ou Wimborg augmenterait drastiquement le risque d'élimination directe orchestrée par les Impériaux hostiles.
« ...Même si retarder était discutable... »
Confronté aux ultimatums agressifs du capitaine Zahia, Barabus savait pertinemment que son existence incarnait une menace prioritaire pour la machine impériale.
Plus profondément encore, l'idée de rallier une cour étrangère ne suscitait aucune attractivité.
Sa devotion tenait aux années passées au sein de l'Académie de Magie Barbador, ultime sanctuaire mondial de neutralité politique.
Aux yeux d'un elfe habitué à la chronologie millénaire, l'épanouissement quotidien des générations montantes demeurait un spectacle inaltérable.
« ...Voir aspirer cette prospective même constitue une tragédie. »
Malheureusement, renouveler une observation similaire semblait voué à l'échec définitif.
Sous l'emprise tyrannique des conquérants, la neutralité planétaire s'évaporerait inexorablement, cantonnant l'humanité à la soumission passive ou à la révolte meurtrière.
Dorénavant, les jeunes patriotes asservis perdraient toute capacité décisionnelle face à l'oppression systémique.
« Ma maîtrise arcanique s'avérerait-elle aussi fragile face à pareille obscurité... ? »
Considéré comme le Sage Suprême dominant les sphères mystiques terrestres, cette période marqua le premier effondrement conscient de son estime personnelle.
Néanmoins, prolonger une décomposition intellectuelle n'apportait aucune solution viable.
L'ancienneté vitale lui dictait impérieusement d'accepter le présent irréversible et d'orienter sa vision prospective.
Certes, nourri d'observations anthropologiques accumulées, il cultivait obstinément un espoir persistant.
« Désormais, l'autodétermination appartient aux protagonistes émergents. Je n'ai d'autre ressource que d'anticiper lumineuses issues décisionnelles. »
Après avoir murmuré cette résolution dirigée vers l'enceinte scolaire, Barnabas amorça lentement un déplacement ciblé.
La destination regroupait les captifs apostoliques ayant participé à l'invasion précédente, soumis initialement à extradition auprès de Zahia.
Affronter isolément Demiolo et Angreal présentait traditionnellement des risques élevés liés à la contrainte immédiate. Toutefois, la nullification énergétique de Demiolo conjointement à la pacification d'Angreal suite à sa trahison réduisaient considérablement la dangerosité globale.
Indépendamment de sa perte fonctionnelle institutionnelle, il considéra cette problématique autonome comme nécessitant intervention immédiate.
« Leur existence dépasse les conflits géopolitiques habituels pour toucher l'essence planétaire fondamentale. Si leurs objectifs cosmogoniques triomphaient, l'univers sombrerait dans le néant complet. »
Descendant les escaliers menant aux caves restreintes, il actionna la poignée massive sans scrupules supplémentaires.
Alors -----
« ——Eh bien, il apparaît que l'administrateur local réintègre prématurément ses fonctions. »
« Heinn !? Qui diable es-tu !? »
Là se trouvait Yutiss, membre apostolique espiègle, dressé devant les cages contenant Demiolo.
« Identifie-toi immédiatement et décroche de cette enceinte carcérale... ! »
Lancant instantanément un envoûtement restrictif contre le visiteur inopportun.
« Lumière de Philtre Arcanique », artefact divinisé originellement développé par Demiolo, libéré selon ses capacités maximales conventionnelles.
L'incantation s'exécutait à une cadence incomparable, totalement inaccessible pour des organismes physiologiques standards.
La cible appartenait néanmoins à un substratum métaphysique différent.
« Votre réception contient une charge hostile assez prononcée. »
« Comment osez-vous !? »
La luminescence contractée heurta l'émanation nocturne enveloppant Yutiss, annihilant instantanément l'incantation qui rebondit symétriquement autour des contours corporels du Mage suprême.
« C, c'est... »
« Maintenant, observez la docilité. »
« Gruuuughhh ! »
Transferant automatiquement le contrôle opérateur vers Yutiss, les anneaux photoni q ues immobilisèrent définitivement l'opérateur initial.
« Sélectionnez judicieusement vos opposants futurs, Sage Divin. »
« Que... qu'êtes-vous exactement !? »
Interpellant verbalement sa nature cachée malgré la tension physique ressentie.
Répondant par un sourire affirmé accompagné d'une révérence protocolaire élégante.
« Veuillez accepter mes excuses. J'appartiens au courant doctrinal dominant en qualité de représentant Omniprésent nommé Yutiss. À vos ordres ultérieurs. »
« Omniprésent... dites-vous... ? »
La définition conceptuelle échappait généralement aux cadres intellectuels traditionnels.
L'interlocuteur maintenait cependant une discrétion absolue volontaire.
Détournant subitement son champ visuel vers la cellule adjacente, il découvrit Demiolo articulant des murmures confus.
« Expliquez cette anomalie structurelle ! L'entité cible a littéralement disparu... Et conforme aux alertes théologiques précédentes, je ne capte aucune signature énergétique supérieure. »
Se focalisant ensuite sur Angreal, soumis passivement, il accentua sa moue critique.
« Concernant ce candidat marginal... Malgré son maintien en état opérationnel, diverses interrogations persistent. Mes protocoles téléportatifs semblent systématiquement inhibés face à cette particularité spatial. Voir mes ressources contraintes successivement provoque naturellement irritation majeure. »
Contrairement à son langage poli, l'atmosphère saturait progressivement d'une intention létale explosive.
Même le sage principal recula involontairement face à l'intensité destructrice affichée.
Soudainement inspiré, il avança vers sa cible principale.
« Comprenons directement votre historique cognitif virtuellement. L'opération durera brièvement. J'intégrerai simplement ma conscience consciente dans vos souvenirs archivés. »
« Quelle intrusion projetez-vous ? Arrêtez immédiatement ! »
Tentant vainement d'échapper à l'emprise photinique, il se vit saisir fermement par l'épaule céphalique adverse.
« Reconstituons chronologiquement les actions hostiles initiées contre l'institution éducative. »
Clignant des paupières volontairement, il propulsea subitement le centre neurologique principal à distance géographique lointaine.
Rester immobile physiquement durant plusieurs intervalles, avant d'ouvrir brusquement les yeux.
Simultanément, le sujet sondé transpirait copieusement tout en récupérant péniblement son oxygénation pulmonaire.
« Hahaha ! »
L'épuisement extrême relevait d'un mécanisme procédural spécifique.
Chaque individu soumis à ce protocole expérimentait une réactivation sensorielle totale identique à l'incident originel.
Revivre intégralement l'immobilisation forcée et les sévices infligés antérieurement.
« ......Et non pas ponctuellement unique. »
Yutiss balayait compulsivement les segments critiques visant à identifier le Destroyer primaire.
Conséquence directe : douleurs diffuses récurrentes et sensations de paralysie cognitive absolue.
Généralement instaurant des troubles psychiatriques invalidants, sa robustesse mentale antique permit une marge résiduelle survivable.
Ignorant délibérément l'état critique de sa victime, il examina ses propres phalanges avec incrédulité palpable.
« Impossible... Impossibilité narrative totale face aux traces mnésiques conservées... Quel dysfonctionnement structurel génère ceci... ? »
Doté nativement d'omniprésence chronologique multidimensionnelle absolue.
Sa qualification doctrinale découlait précisément de ces capacités exceptionnelles octroyées hiérarchiquement.
La nullification systématique engendra confusion, colère ascendante et appréhension marginale simultanément.
Repushing méthodiquement ces variables émotionnelles divergentes.
« L'appréhension individuelle reviendrait implicitement à nier la validité théologique supérieure. Confiance maintenue : limitation perceptive attribuable exclusivement à mes défauts opérationnels actuels. Autorisation divine garantit destruction automatique future. Transmission immédiate prioritaire obligatoire. »
Produisant un bruit sec digitique, il fit apparaître la fumée obscure neutralisatrice, englobant totalement les cellules proximales.
« .....Inadmissible inadmissible inadmissible inadmissible... »
« Heinn !? Ce phénomène correspond à... »
« Vos structures biologiques serviront de référentiel expérimental sécurisé. Stabilisation assurée. »
Rebattant les articulations, il dissipa physiquement toute trace corporelle visible restante.
« Heinn !? Où avez-vous transféré les sujets !? »
« Diffusion informationnelle externe incompatible avec mes directives organisationnelles internes. »
« Grmph ! »
Contemplant la grimace frustrée du scientifique prisonnier, il articula des conseils sataniques rapprochés.
« Antidépressement garanti : vous transmettre consciemment les éléments reproductifs conceptuels nécessaires. »
« Quoi... »
« Procédure clôturée officiellement. »
Interceptant verbalisation complémentaire, il effectua disparition synchronisée avec les unités précédemment extraites.