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The Flower Who Bears the Sword

Chapitre 63 : L'aveu

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Chapitre 63

Chapitre 63 : L'aveu

Chapitre 63/63100%~11 min de lecture2 040 mots

Le regard de Yurien suivit l'unique goutte qui roulait le long de sa joue. Eki ne le remarqua pas et redemanda :

« Si vous le saviez déjà, pourquoi avez-vous été si surpris tout à l'heure ? »

Son expression posée se défit. Il commença à répondre, puis il eut un mouvement de recul et retira sa main de son épaule. C'était comme s'il venait seulement de comprendre qu'il la tenait.

Yurien s'écarta d'elle et mit un peu de distance entre eux.

Eki attendit sa réponse en silence. Il hésita un moment avant d'ouvrir enfin la bouche.

« Vous... »

Il s'arrêta là, et le reste ne vint pas. Pendant qu'il bafouillait, elle se calma peu à peu.

Il ne l'avait pas reconnue comme le Démon de l'Épée Démoniaque : il avait reconnu son talent et s'y intéressait.

Elle en était gênée, mais soulagée aussi. À bien y réfléchir, la situation n'était pas si mauvaise.

Il lui faudrait bien expliquer d'une façon ou d'une autre comment elle était devenue Maître, mais cela valait mieux que d'être prise avec l'Épée Démoniaque.

Puisqu'il la soupçonnait déjà d'être Maître, l'explication serait facile. Si la chose venait à s'ébruiter, on fouillerait son passé et il deviendrait difficile d'échapper aux soupçons ; mais s'il n'y avait que Yurien, elle pouvait inventer qu'elle maniait l'épée depuis l'enfance et qu'elle était devenue Maître ainsi.

Il n'irait sûrement pas enquêter sur son enfance, et il n'était pas homme à colporter une rumeur après avoir promis le secret. Puisqu'il observait son talent depuis qu'elle était petite, il ne ferait probablement pas le lien entre un Maître inconnu et le Démon de l'Épée Démoniaque.

Plus elle y songeait, plus son esprit s'apaisait. Elle frotta le coin de son œil de sa main droite gantée pour effacer les dernières traces de larmes.

Yurien répondit enfin. Sa voix était toute petite.

« C'est seulement que... je ne vous avais jamais entendue m'appeler par mon nom. »

« ... Pardon ? »

C'était une réponse absolument inattendue. Il avait été surpris à ce point parce qu'elle avait prononcé son nom ? À bien y penser, elle avait été si bouleversée tout à l'heure qu'elle l'avait lâché tel qu'elle le pensait d'ordinaire.

Eki vit que ses oreilles, tournées vers le bas, étaient empourprées.

'Qu'est-ce que c'est que ça ? Pourquoi rougit-il ? L'Écuyère a prononcé le nom de son Seigneur sans permission et, au lieu de la réprimander pour son impolitesse, il a l'air content.' Eki resta à le regarder d'un air absent, puis lui posa brusquement une question qui lui avait traversé l'esprit.

« Tout à l'heure, vous avez dit que vous cacheriez ma qualité de Maître si je le souhaitais. Votre Seigneurie sait-elle pourquoi je voudrais la cacher ? »

« ... Si vous me le dites. »

Si elle le lui disait, il saurait ; ce qui signifiait qu'il ne savait pas. Son expression devint étrange.

Eki s'approcha un peu de lui. Il tressaillit, mais ne recula pas. Elle le fixa intensément.

« Ainsi, vous me dites que vous le cacherez pour moi si je le souhaite, alors même que vous ignorez pourquoi je le cache ? »

« ... »

« Et il semble même que vous ne me demanderez pas la raison tant que je ne vous l'aurai pas dite. Ai-je bien compris ? »

« ... »

« ... Pourquoi tant d'égards pour moi ? »

« ... »

À mesure qu'elle l'interrogeait et qu'il gardait le silence, le rouge de ses oreilles gagna du terrain, chauffa ses yeux et empourpra ses joues.

Yurien évita son regard, l'air décontenancé. Tandis qu'elle l'observait en silence, son visage devint entièrement rouge.

Devant ce spectacle, une seule raison lui vint à l'esprit. Tout ce qui s'était passé entre lui et elle jusque-là, et tous les mots qu'ils avaient échangés, soutenaient cette hypothèse.

La cape, le thé au gingembre, ces mots par lesquels il espérait qu'elle ne serait pas mal à l'aise, le sourire sans défense, sa réaction quand elle était sortie du Nœud, la question qu'il lui avait jetée à brûle-pourpoint pendant la cérémonie de nomination, la conversation qu'ils avaient eue avant de partir pour cette mission, l'Améthyste, et ces mots où il se disait tout excité qu'elle lui parle.

Sa façon de se conduire depuis le début. Prudent, rougissant, nerveux devant elle, souriant à ses paroles les plus insignifiantes, l'observant avec soin.

C'étaient des réactions qui ne pouvaient pas naître d'un simple intérêt pour son talent.

Restaient bien sûr les questions du pourquoi et du depuis quand.

« Seigneur... peut-être. »

'Non, tu es folle, qu'est-ce que tu vas demander ? Quelle est cette lubie ?' Elle s'interrompit un instant, submergée par le fouillis de ses pensées, mais elle ne put empêcher la question de s'échapper de ses lèvres.

« Est-ce que... vous m'aimez ? »

Les mots qu'Eki jeta furent comme une pierre lancée dans l'eau. Des ondes se propagèrent. Vers lui, et vers elle.

Elle fut bouleversée par ce qu'elle venait de prononcer. L'éventualité qu'il pût l'aimer.

Ce serait impossible entre le Yurien qui a ses souvenirs et le Démon de l'Épée Démoniaque, mais c'était possible, quoique peu vraisemblable, entre Yurien de Harden Kirie et la Cadette Ekinesia Roaz.

Au commencement, il n'y avait aucun lien entre le lointain capitaine des Chevaliers d'Azur et la fille ordinaire d'un comte ; puis elle était venue à Ajenka, un lien s'était formé, et ils étaient devenus Seigneur et Écuyère, une relation étroite. Même si elle ne le comprenait toujours pas très bien.

Yurien ne put répondre tout de suite. Son visage devint si rouge qu'il ne pouvait pas l'être davantage. Ses yeux bleus allèrent et vinrent sous ses cils tremblants avant de se tourner enfin vers Eki.

« Cela... »

Il parvint à peine à lâcher ce mot avant de se couvrir la bouche d'une main. Ses yeux se baissèrent, revinrent sur elle, puis cherchèrent dans le vide.

La réponse était évidente, et il n'en tenait plus en place. À la fin, ses yeux se firent même un peu humides.

Eki regarda cette suite de réactions comme si elle avait la berlue. Elle en vint presque à s'en vouloir de le tourmenter.

De plus, à mesure qu'elle le regardait, elle sentait ses joues devenir de plus en plus brûlantes, et son propre visage devait rougir comme le sien.

Eki bredouilla en ouvrant la bouche.

« Sei, Seigneur, j'ai posé une question impolie... »

« Je vous aime. »

Il la coupa. Eki leva les yeux vers lui, désemparée. Yurien, le visage toujours écarlate, les yeux légèrement humides et la voix tremblante, dit avec résolution :

« Non, plus que vous aimer, je suis amoureux de vous. »

Elle eut l'impression que non seulement son esprit mais aussi sa vue viraient au blanc. Son cœur battait comme un fou et une chaleur lui parcourait le corps. Quelque chose de doux et de chatouillant remuait en elle et lui adoucissait la bouche.

'Il m'aime. C'est vrai. Ce n'est pas possible. Est-ce que je rêve ?'

Mais, en même temps, une peur impossible à contenir monta en elle. Des choses noires, rouges et poisseuses. Des réalités dont elle n'arrivait pas à se défaire.

'Il ne sait pas. Que je suis le Démon qui l'a ruiné.'

Ce qu'il aimait, c'était sans doute Ekinesia Roaz, la Cadette au talent exceptionnel née dans la famille Roaz. L'excentrique Cadette militaire qui se promenait en robe. Son Écuyère, qui cachait le secret d'être Maître.

Même s'il n'avait pas eu les souvenirs de la vie passée, elle n'aurait pas pu se réjouir sans réserve de ses sentiments.

Elle n'était pas assez éhontée pour l'aimer tout simplement tout en portant le souvenir de l'avoir tué et d'avoir souillé son nom. Elle n'était pas assez impitoyable pour ignorer la vérité et ne voir que l'amour.

C'était plus vrai encore quand elle se mettait à sa place. Si quelqu'un qui avait tué tous les êtres qui lui étaient chers, et qui l'avait tuée elle aussi pour finir, venait lui dire qu'il l'aimait sous prétexte que tout le monde était revenu à la vie et que rien de tout cela n'avait eu lieu...

'Je serais si furieuse que j'aurais envie de le tuer.'

Telle était l'indéniable vérité entre elle et Yurien.

Même si Yurien ne savait pas la vérité, elle aurait été difficile à accepter ; or il avait bel et bien les souvenirs.

Et s'il découvrait plus tard qui elle était ? S'il comprenait que la femme à qui il avait avoué son amour était le Démon qui l'avait tué ? Cette seule pensée lui coupa le souffle un instant.

'C'est une tromperie, voilà ce que c'est.'

L'accepter en lui cachant ce fait, c'était une tromperie. Mais devait-elle tout avouer ? Même en ne considérant que Yurien, en laissant de côté les suites d'une révélation sur sa qualité de Porteuse de l'Épée Démoniaque, elle ne le pouvait pas.

Elle l'avait senti quand elle avait voulu faire un duel avec lui. Elle n'arrivait même pas à lever son épée contre lui.

Dans un tel cas, s'il la foudroyait d'un regard plein de haine et disait qu'il se vengerait, qu'adviendrait-il d'elle ? Voudrait-elle mourir pour lui ? Serait-elle capable de garder la raison à cet instant ?

Et si elle perdait la raison, qu'en serait-il de l'intention meurtrière qui s'accumule dans Bardelgiosa ? Elle pourrait bien devenir folle et se déchaîner de nouveau.

Kairosgiosa avait dit qu'il n'y aurait pas de seconde chance.

'Non... Je ne peux pas l'accepter. C'est une tromperie envers lui, et moi... je ne le supporterais pas.'

Comme une peau nue qui colle à du fer gelé, une prise de conscience glaçante et douloureuse. Son corps échauffé refroidit. Son cœur, enivré d'un premier amour, gela. Il vira au bleu.

Elle ne pouvait pas accepter. Absolument pas.

Yurien vit le visage d'Ekinesia s'empourprer, puis blanchir. Et il vit très nettement ce visage pâle reculer d'un pas.

Il réprima la chaleur. Au lieu de la retenir tandis qu'elle s'éloignait, il se détourna. Après quelques respirations, en inspirant et en maîtrisant ses lèvres tremblantes, il put parler d'une voix calme.

« Vous n'avez pas à répondre, Ekinesia. C'est seulement ce que mon cœur ressent. »

Yurien laissa ces mots derrière lui et se dirigea vers les restes du géant noir, Rangiosa à la main.

Elle ne le retint pas. Elle ne pouvait pas répondre. Ils étaient si proches, et pourtant elle ne pouvait pas tendre la main, par peur de l'avenir qui serait ruiné s'ils se touchaient.

Les flammes vacillantes s'étendirent entre lui et elle.

Eki resta plantée là, à ne regarder que son dos. Du sang rouge coulait le long de son bras pendant et gouttait sur le sol. La blessure qu'il avait reçue tout à l'heure. Ils avaient été si occupés ailleurs que ni l'un ni l'autre n'y avait prêté attention.

Quand elle vit la plaie, elle bougea sans réfléchir. Son corps gelé se remit en marche de lui-même. Eki enjamba le feu, s'approcha de lui et lui saisit le bras. Yurien sursauta et se retourna.

« Votre bras, vous êtes blessé. Et vous n'avez même pas arrêté le saignement. »

Eki lui fit lever le bras et tira l'Améthyste. Sans hésiter, elle coupa le jupon qu'elle portait sous sa robe. Puis elle déchira l'étoffe en longues bandes et s'en servit pour comprimer la plaie et la bander serré.

Elle sentait le regard de Yurien au-dessus d'elle pendant qu'elle enveloppait son bras d'un pansement de fortune. Elle ne pouvait pas lever la tête.

« Shai... je veux dire, la Détentrice d'Elgiosa et les villageois sont restés ailleurs. Je vais les amener ici. »

Eki dit cela en serrant le nœud. Sans regarder son visage, elle s'inclina et partit vers l'endroit où devait se trouver Shai. Elle s'enfuyait à moitié.

Yurien garda le bras levé un moment encore après son départ. Il toucha du bout des doigts le nœud qu'elle avait fait.

Eki avait comprimé la plaie avec le jupon d'une main experte. Mais, contrairement à ses gestes assurés, ses mains n'avaient cessé de trembler tandis qu'elle nouait. Sa voix tremblait aussi.

Ses yeux baissés, que l'on devinait sous ses cheveux roses retombants, étaient mouillés. Elle avait l'air d'avoir envie de pleurer.

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