Je me suis réveillé après quelques heures de sommeil et je sentis immédiatement la différence. Je pouvais percevoir certaines particules flotter dans l’air.
'C’est donc ça, le mana.'
Paupières closes, j’ai concentré mon attention sur moi-même et, là où une petite structure était apparue au départ, une plaque achevée flottait désormais avec majesté.
« Donc c’est ma plaque ? Elle a vraiment l’air solide. »
Les plaques constituent la base sur laquelle on forge sa puissance. Elles prennent forme à l’âge de dix ans. Plus on s’entraîne, plus on empile de plaques au-dessus, formant ainsi une tour.
Mis à part cela, je sentais la puissance résider en moi. J’étais tenté de commencer à m’entraîner, mais la première fois que l’on fait circuler le mana, il faut impérativement le faire sous surveillance pour des raisons de sécurité.
Je suis sorti de mon lit, ai déjeuné avec ma cadette – gagnant ainsi quelques points d’affection – puis suis allé voir ma mère pour obtenir l’autorisation de sortir du manoir.
En entrant dans le bureau de ma mère, je l’ai vue ensevelie sous ses dossiers. Depuis le décès de ce que j’appelais mon père, elle devait assumer seule tout le poids des responsabilités du duché.
Si elle n’avait pas été une guerrière accomplie, elle se serait effondrée depuis bien longtemps. D’ailleurs, je commençais à me souvenir de son parcours.
‘Seule princesse avant l’empereur et jeune sœur du monarque actuel’, disait-on. Dotée d’un grand talent pour l’épée, elle avait rejoint l’armée, levé sa propre brigade et cumulé les faits d’armes.
C’était ainsi que mes parents s’étaient rencontrés. Mon père était commandant. Bien qu’il manque de force brute, il passait pour un génie du commandement.
Tandis que je faisais le point sur mon passé, ma mère leva le visage de son fatras de papiers. En voyant son enfant, le seul du logis aux yeux violets, elle lui adressa un sourire radieux et me tendit les bras pour que je vienne m’asseoir sur ses genoux.
En entendant ma mère m’appeler, semblable à un petit garçon comblé par la voix de sa mère, je me suis précipité vers elle, me suis assis sur ses genoux et ai utilisé sa poitrine comme coussin.
Grace observa son enfant qui ressemblait à lui-même tout en ayant changé. Au début, elle s’inquiétait beaucoup pour lui. À cause de l’accident impliquant son mari, son fils commençait à développer une personnalité renfermée.
Elle craignait qu’il ne parvienne jamais à s’en sortir, mais heureusement, il avait récemment commencé à changer, et pour le mieux.
On lui avait rendu compte des événements de ces dernières semaines, et dire qu’elle fut surprise serait un euphémisme. Elle savait que sa famille n’était plus la même après la mort de son époux, mais le travail l’absorbait et elle n’avait eu ni le temps ni les moyens de gérer la situation. La culpabilité la rongea également, mais son fils avait fini par prendre le relais et s’en acquitter à sa place.
Une immense satisfaction la traversa quand elle apprit que ses enfants avaient recommencé à jouer ensemble. En observant son fils installé si paisiblement sur ses genoux, elle ne put s’empêcher de lui pincer la joue.
‘Soupir… J’ai besoin de passer plus de temps avec eux.’
Installé sur les genoux de ma mère, je l’observai à mon tour. Elle me dévisageait avec une multitude d’émotions et de réflexions en tête. Je n’étais pas télépathe, mais je pouvais aisément deviner ce qu’elle pensait.
Je me tournai alors vers elle et activai le mode “enfant adulte aimant et innocent”.
« Maman, il y a un problème ? Tu as l’air perdu dans tes pensées. »
Grace sortit de sa rêverie grâce à son fils et vit son regard empreint d’une profonde inquiétude. Touchée, elle répondit.
« Non, je vais bien mon petit Austy, ta mère se sent juste un peu somnolente, c’est tout. Inutile de t’en faire. »
« Maman, tu n’as pas à t’inquiéter pour nous. Nous savons que tu n’as pas le temps pour nous parce que tu es débordée, et ça ne nous rend pas en colère contre toi. »
« On t’aime, quoi qu’il arrive. »
Disant cela, je l’embrassai sur la joue et commençai à lui caresser la tête, tel un adulte réconfortant un enfant.
[+1000 points d’affection.]
Mes gestes arrachèrent un léger sourire à son visage, puis un éclat de rire, et une larme roula le long de sa joue.
« Maman, ça va ? Pourquoi tu pleures ? Ai-je fait quelque chose de mal ? »
Je répondis, apeuré, exactement comme l’aurait fait un enfant innocent, mais à ma grande surprise, ma mère finit par éclater de rire.
« Ha… ha haaa… »
Dans le même mouvement, elle m’attira contre elle et je retrouvai cette odeur de rose. Après avoir ri un moment, ma mère reprit ses esprits et me considéra avec un sourire joueur.
« Alors, c’est mon petit Austy qui console maman, hein ? »
Jouant l’agacement, je répliquai : « Non, non, maman. Je te remontais juste le moral parce que tu avais l’air tellement abattue. »
« Ne t’en fais pas, maman n’est pas fâchée contre toi. »
Par la suite, nous avons continué à discuter quelques instants. Puis elle m’a demandé pourquoi je tenais tant à la voir ; je lui ai exprimé le souhait de sortir prendre l’air, ce qu’elle accepta instantanément.
Quelques minutes plus tard, je me retrouvai donc hors du manoir, accompagné de quelques gardes et de ma demoiselle de compagnie Mia. Nous étions vêtus simplement, en civil. Cette fois, j’avais décidé de me rendre incognito.
C’était la première fois que je sortais afin de découvrir ce monde. Les rues regorgeaient d’humains, d’elfes, d’hommes-bêtes et, çà et là, quelques démons. C’est en voyant toutes ces races différentes que je fus rappelé à l’ordre : je n’étais pas sur Terre.
Chef-lieu du duché, notre cité était, pour le moins, un véritable joyau. Le quartier nobiliaire dégageait une élégance incomparable, ses bâtiments évoquant davantage le temps présent que les époques révolues. Le monde d’Ether n’était pas si en retard technologiquement parlant ; point de voitures, de téléphones ou d’avions, certes, mais la société était bel et bien avancée.
Des avenues propres, des cafés, des parcs d’attractions et bien d’autres encore parsemaient les rues, sans parler des sourires lumineux qui illuminaient les visages.
Capuche sur la tête, je me mis à flâner avec mes gardes et nous arrivâmes, dit-on “par hasard”, devant une boutique bondée de jeunes hommes rassemblés à l’entrée. Plusieurs jeunes nobles s’y trouvaient également.
Ils avaient l’air d’une bande de poussins affairés, là, pour admirer leur idole ou je ne sais quoi. Jouant parfaitement mon rôle d’enfant, je demandai : « Mia, qu’est-ce qu’il se passe là-bas ? Pourquoi autant de monde est regroupé ici ? »
« Oh, ça ? Il s’agit simplement d’une boutique d’arcs qui vient de s’installer. »
« Une boutique d’arcs ? Alors pourquoi y a-t-il tant de monde devant ? »
demandai-je avec la naïveté totale dont j’assumais pleinement le rôle.
« Et bien, jeune maître, dit-on que la propriétaire est une femme extrêmement belle. Beaucoup d’hommes viennent donc l’y voir. »
« Pourquoi ils viennent s’il y a une belle femme ici ? »
Mes yeux candides fixèrent directement ceux de Mia, et ma question la laissant perplexe un instant. Elle ne savait comment répondre.
« Ce n’est rien de grave, jeune maître. Vous comprendrez quand vous serez plus grand. »
« Ah, allons-y alors. Je veux voir ce qui est si spécial. »
Devançant mes gardes, nous nous frayâmes un chemin pour entrer. Dès nos pieds franchirent le seuil, je fus surpris de voir l’intérieur aussi différent de l’extérieur. La pièce était joliment aménagée, les murs étant ornés de divers arcs suspendus.
L’établissement ne comportait qu’un seul niveau, mais les locaux étaient vastes et dégageaient une atmosphère accueillante. Derrière le comptoir trônait une unique femme. Elle portait une robe longue couvrant intégralement son corps, un voile dissimulant son visage, ses cheveux noirs glissaient le long de son dos et elle restait assise derrière le comptoir, absorbée par la lecture.
Malgré le voile dissimulant son visage, ses yeux semblables à ceux d’un phénix et son aura éthérée lui donnaient une présence étrange, comme si elle ne provenait pas de ce monde. En la regardant, j’activai la fonction de lecture.
[Nom : Eleanor Claus]
[Genre : Femme]
[Âge : 140 ans]
[Espèce : Humaine]
[Talent : 10/10]
[Puissance : Grade Impérial 3]
[Titres : L’Impératrice de l’Arc, beauté glaciale, impériale… etc.]
[Affection : 0 %]
[Description : Actuellement en quête d’un successeur]
[> Éprouve une légère désolation de ne toujours pas avoir trouvé preneur.]
[Difficulté : S+ (c’est une femme aux pouvoirs inimaginables, courtisée par de nombreux hommes. Si tu veux la conquérir, tu devras donner jusqu’à la corde)]
À la vue des données, un sourire passa sur mes lèvres.
‘Je t’ai trouvée.’