« Oui. »
Pourquoi avez-vous sorti cette phrase précisément à ce moment-là ? Je l'ai entrevu la tête encore baissée, et Garam reprit haleine.
Il semble que ses intentions soient tout à fait ridicules.
Pour être honnête, je me sens un peu démobilisée.
« Je suis venu pour voir à quoi vous ressembliez, mais je crois avoir assez observé. »
« …Je m'en excuse. »
« Que puis-je bien m'excuser d'avoir commis ? »
Entre ça et cela, que voulez-vous que je puisse faire ?
« Je n'ai pas besoin que vous m'accompagniez. Ne vous présentez plus devant moi à l'avenir. »
Ne vous inquiétez pas, je n'ai aucune intention de vous revoir non plus.
Et surtout, ne revenez plus ici seul comme vous le faites à l'instant.
Pendant que j'y réfléchissais, je baissai de nouveau la tête tandis que la porte se refermait.
« Ce fils de pute… »
Ce n'est qu'une fois que le bruit de ses talons eut complètement disparu que je murmurai à voix basse.
***
Une fois que Garam et Jo Yoon furent repartis avec la servante, je restai assise sur mon lit sans rien faire.
Je songeai que je ferais mieux d'exécuter les ordres qu'on voudrait me donner, mais alors chacun se permettrait de me dicter sa conduite.
Il doit y avoir énormément de choses à apprendre aux concubines venues d'arriver au palais, mais chacune occupe déjà son propre emploi.
Tout ce qui subsiste, c'est l'alcool, et on ne peut évidemment pas enseigner cela à une fillette de huit ans.
Bien sûr, c'est une histoire que les autres ignorent, et c'est bien la famille Yeoran qui a appris à Sanya l'étude des spiritueux.
La raison était simplement que l'impératrice pourrait ainsi apprécier l'enfant.
Un instant, j'eus la chair de poule et frissonnai.
Je suis ravie d'avoir pris possession de ce corps hier.
J'étais une adulte, mais je ne tenais absolument pas à apprendre à boire dans un corps de huit ans.
Mais je conserve une réelle gratitude envers Jo Yoon, qui a éloigné cette servante.
Je ne peux imaginer ce qui serait advenu si cette femme m'était devenue préceptrice et eût surveillé chacun de mes mouvements.
Je pense que la probabilité qu'un espion soit présent ici est d'une chance sur un million, mais je ne devrais pas non plus trop m'abandonner à la quiétude.
Et s'il y avait réellement un espion, cet individu tenterait de se rapprocher de moi avant de tenter de s'en servir.
Peut-être est-ce…
En quoi cela regarderait-il ma responsabilité de toute façon ?
Au fond, je ne ferais que nourrir davantage de doutes dans ma tête, que je sache ou non.
Mieux vaut donc prendre son aise et penser que la famille impériale est toujours un cran au-dessus.
Les personnes qui veillent sur mon palais sont les yeux et les oreilles de l'impératrice, elle a donc dû préparer chaque détail avant même mon arrivée ici.
C'est plutôt rassurant.
S'il y a quelqu'un de la famille Yeoran parmi eux, il ne pensera qu'à comment me manipuler et interférer dans chacun de mes actes.
Je clignai des yeux plusieurs fois avant de m'allonger.
La nuit dernière, cette servante avait naturellement accaparé le lit, ce qui m'a empêchée de dormir correctement.
À cause de cela, je suis devenue très sensible et ai failli lui donner un coup de pied dans la tête pendant son sommeil.
Quand je serai grande, et si ladite servante est encore en vie, je me vengerai certainement.
Je ne dois pas laisser ma colère prendre le dessus…
J'étais presque endormie quand j'entendis une voix provenir de l'autre côté de ma porte.
« Mademoiselle, j'entre. »
La voix sonnait terriblement celle d'une poupée.
Je fus tellement surprise que je bondis hors de mon lit et raclai la gorge.
« Que se passe-t-il ? »
« Je vais préparer votre couche. »
La chair de poule me revint aussitôt.
Comment saviez-vous que je m'apprêtais à dormir ?
La porte n'est pas en fer, donc peut-être que mon ombre s'est reflétée quelque part.
Voilà ce qui s'est passé… n'est-ce pas ?
« D'accord. »
Dès qu'elle obtint ma permission, la porte s'ouvrit à la volée.
Six dames de cour entrèrent alors les mains chargées de fournitures.
Je regardai en silence tandis qu'elles bouleversaient la chambre.
Je pensais qu'elles prépareraient seulement le lit, mais elles changèrent tout, du linge de maison aux rideaux tendus sur le cadre de la fenêtre.
Au moins, elles rendent la pièce plus vivante.
Finalement, celles qui avaient retiré le vase de la table pour le remplacer par un panier de grenades me firent une révérence avant de partir.
Restée seule à nouveau, je commençai à observer les alentours.
La chambre, autrefois sobre, devint soudain opulente et raffinée.
Je pouvais sentir que la qualité s'améliorait au fur et à mesure que mon balayage visuel parcourait la pièce.
Je souhaitais changer le linge plus tôt car la servante y avait dormi, mais je ne savais comment m'y prendre.
On dirait que je suis dans une suite d'hôtel luxueuse.
Cependant, le seul point négatif de tout ceci, c'est la couleur.
Plus tôt, c'était blanc, mais maintenant tout est rouge, assez éclatant pour blesser la vue.
J'ignorai le détail en m'allongeant pour dormir, mais lorsque j'ouvris les yeux, je ne voyais que du rouge partout.
Je ne savais plus si je gisais bien dans ma chambre ou au milieu d'un bain de sang.
Finalement, je me relevai et ouvris la porte.
Dès l'ouverture, les regards des dames de cour postées là se braquèrent sur moi.
Avec précaution, je dis :
« Peut-on changer la literie pour autre chose ? »
« Ressentez-vous une gêne ? »
« Cela me fait mal aux yeux, car tout est rouge. »
Le ton de leurs voix rappelait celui des drames historiques.
Je souris avec excuses et lançai un rire maladroit.
Mais la réponse que j'en reçus était incroyable.
« Nous sommes désolées, mais c'est votre première nuit auprès de Sa Majesté…. »
Quoi encore.
Le sourire quitta mon visage.
Je désirais saisir la dame de cour qui prononça ces mots et la secouer jusqu'à ce qu'elle répète exactement ce qu'elle venait de dire, mais j'avais bel et bien entendu l'affirmation.
« …Ah, je comprends. »
Me fut très difficile de formuler cela, et je refermai la porte derrière moi.
En me retournant, la vue de la chambre saisit mes yeux où je ne voyais plus que du sang.
Rien que le mot « première nuit » me donne l'impression d'étouffer.
Premièrement, je suis hétérosexuelle, et deuxièmement, ce corps est jeune.
Vont-ils réellement me faire passer la nuit dans ce corps de huit ans ?
Ils sont fous ! criais-je mentalement.
En réalité, je ne m'en fais pas.
Je pensais m'être tirée d'affaire hier lorsque rien ne s'était produit.
Mais pourquoi aujourd'hui serait-ce différent ?
Je ne pense pas que l'impératrice ferait réellement quelque chose contre moi.
Dans l'œuvre originale, il était mentionné à plusieurs reprises que l'impératrice chérissait Sanya dès son enfance.
Je titobai ensuite vers mon lit.
Il est vraiment difficile de parvenir à dormir correctement, désormais.
J'essayai de m'allonger une seconde fois, mais mon vœu fut immédiatement brisé.
« Mademoiselle, vous devez d'abord vous laver. »
Oh, vraiment.
Je laissai retomber ma tête contre l'oreiller.
***
(Nous voici désormais dans le point de vue de l'impératrice)
Tandis que Sanya méditait profondément sur le sens de l'existence pendant que les dames de cour la lavaient, l'impératrice Yehwa Aryun demeurait assise au bord du lit de la fillette.
Sanya est probablement une espionne.
Il s'agissait d'une pensée froide, mais rationnelle.
Quelque jeune qu'elle soit, elle émane toujours de la famille Yeoran.
Ce ne sont pas des personnages communs, car il peut exister maintes raisons d'envoyer un enfant se faire passer pour une concubine afin d'espionner.
Je regrettai l'erreur d'hier.
Même si je la voyais comme une enfant, je n'aurais pas dû me montrer embarrassée.
Mais j'ai toutefois franchi une limite, car il m'est rare d'accorder un service à quelqu'un, et cela n'a créé que plus de complications.
Quelle meilleure position existe-t-il pour soutirer des informations au palais que celle des concubines qui y résident ?
Pour cette raison, j'ai tout préparé avec la plus grande minutie.
J'ai rempli le palais de Sanya d'individus servant de mes yeux et de mes oreilles, et je m'assurai que Sanya était bel et bien une enfant sans le moindre problème.
Je devais rester vigilante.
Mais j'étais également très surprise.
Kiyun Yeoran affirma envoyer quelqu'un pour le mariage, mais elle ne mentionna jamais l'âge de ladite personne.
Ce qui m'inquiétait, c'était le type de dommages que la nouvelle concubine pourrait causer.
Il est évident que je dispose de suffisamment de pouvoir pour ne pas avoir besoin d'épouser une enfant.
Mais qui aurait pu prévoir qu'elle serait aussi jeune ?
Je constatai ce jour-là que les vêtements de mariage de Sanya étaient lourds et inconfortables, et je la fis également rester agenouillée durant un bon moment.
C'était une moquerie de la part de la famille Yeoran, qui l'avait dépêchée très tardivement.
Bien sûr, j'ignorai le mépris manifesté par les autres concubines.
Lorsque Sanya leva la tête, son expression faisait peur, tant elle était effroyablement calme.
Son corps souffrait depuis tant d'heures à genoux, mais elle ne manifesta le moindre changement dans son attitude.
On aurait presque dit qu'elle était habituée à la douleur, sauf qu'en se relevant, elle vacilla et tomba ; ce fut alors que je compris qu'elle était très fine et dépourvue de muscles.
Néanmoins, elle ne fronça les sourcils qu'une seule fois et ne bougea pas d'un millimètre.
Elle évita les mains qu'on lui tendait sans trahir la moindre souffrance sur son visage.
C'est comme si…
« Votre Majesté. »
La voix venue de l'autre côté de la porte me fit cesser de réfléchir.