Une jeune fille, différente de la servante d'avant, se tenait devant Peridot. Elle portait, elle aussi, l'uniforme de domestique, mais elle était plus futée que la précédente, celle qui avait fini en pâture pour Cutie.
Peridot avait jeté son dévolu sur la trente-septième servante pour lui confier son « noble travail ». La jeune fille poursuivait, l'air chagriné :
« Sans ce salon de thé miteux, vous auriez déjà ouvert votre boutique de cosmétiques… »
« C'est certain. »
Cette année, Peridot comptait lancer sa propre marque de cosmétiques.
Pas de simples rouges à lèvres qui se contentent d'ajouter de la couleur, mais des soins pour la peau. Une lotion pour le visage, une crème hydratante, un savon nettoyant, des parfums solides. Elles avaient créé ces produits.
Puisque c'était l'emplacement idéal pour elle, Peridot avait poussé secrètement l'un des propriétaires à la faillite. Il ne lui restait plus qu'à acquérir l'immeuble aux enchères, mais devinez quoi ?
Son stratagème avait échoué. Elle avait même envoyé des leurres rien que pour racheter ce bâtiment, mais la servante précédente n'avait même pas su mener à bien les tâches les plus simples.
« Et si on vir la boutique d'éventails en face pour y installer les cosmétiques de mademoiselle ? »
« Sur la même rue où cette garce a connu le succès la première ? »
« C-Ce… Bien sûr, mademoiselle sera bien plus populaire ! Il faut lui rabattre le caquet* ! »
*(Lui dégonfler l'ego)
La servante apeurée serra les poings et haussa la voix.
Elle savait qu'il y en avait eu beaucoup avant elle. Et que si elle faisait des vagues, elle finirait par « disparaître » elle aussi.
Pourtant, la servante avait bien conscience que sans cette opportunité, elle ne parviendrait jamais à quitter sa condition de personne du bas peuple. Un unique pont de bois au-dessus du vide. Avance avec courage. Parce que c'est ta seule option.
De surcroît, la dame Peridot d'aujourd'hui était inhabituelle.
Le plus inhabituel, c'était l'ecchymose sur son cou, comme si quelqu'un l'avait violemment saisi.
« Bon… Disons que l'amusement est fini. »
« C'est ainsi ? »
L'avait-elle surprise à fixer son hématome ? La servante demanda, surprise.
« Ouais. Je ferais mieux de jouer avec ce qui a déjà été préparé. La cérémonie de fiançailles approche, non ? »
Chhh. Une tige jaillit sous ses pieds, s'enroula autour du bras gauche de Peridot. La servante qui se tenait à proximité avala sa salive.
« Même après avoir bu la sève de cet enfant, elle allait bien… Ou alors elle n'a rien laissé paraître. »
Peridot se parlait à elle-même et écarta les mains avec grâce. Ses gestes firent bouger les racines, qui s'étirèrent vers chacun de ses doigts.
Une scène trop bizarre pour relever de ce dont les humains sont capables.
La plante a sa propre volonté, ce qui lui permet de s'étendre librement en avant comme en arrière.
Les racines peuvent mouvoir à leur guise, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la serre.
Les humains survivent à peine dans la nature, mais ils se croient les maîtres de ce monde.
Peridot, elle, savait depuis l'enfance qui le dirige vraiment.
« Ce sont depuis toujours les êtres du sol. »
Peridot sourit et fit claquer son index. Alors, une toute petite tige s'étira sans un bruit et se recourba dans les airs.
« L'amour pour quelqu'un est le plus grand des poisons. Tu ne trouves pas ? »
« Oui, mademoiselle. »
« Mieux vaut le briser si je ne dois pas l'avoir. Je ne veux plus le voir. »
Peridot murmura tout bas, presque pour elle-même. Elle arracha alors la tige et en versa le liquide dans un petit bol. La sève foncée, très visqueuse, était terrifiantes à regarder.
La servante'ouvrit vivement le coffret de cosmétiques à côté d'elle et le posa devant Peridot.
Goutte. Goutte. La sève est onctueuse et s'imbibe aisément dans le savon.
C'était manifestement noir, mais cela ne semblait pas poser problème pour imprégner la crème.
« Donne ceci à un serviteur nommé Thomas, chez les chevaliers Rentus. Ce sont le savon et la crème des chevaliers seniors, et celui-ci est pour le capitaine. »
Chuchotement. La voix feutrée était si basse qu'on l'entendait à peine. Pourtant, aux oreilles de la servante, elle retentissait plus fort que le tonnerre.
« Qu'est-ce que c'est, mademoiselle ? »
« Serais-tu capable d'assumer les conséquences de le savoir ? »
Les joues de la servante étaient recouvertes de douces feuilles, qu'elle n'avait pas remarquées en arrivant là.
Boum, boum, boum. Son cœur s'emballait comme s'il allait éclater. Et, comme si on la pourchassait, la servante déversa ses réponses en hâte.
« Je peux l'assumer ! »
« Vraiment ? »
« Oui ! Je… je peux définitivement l'assumer. »
C'est peut-être un mensonge, mais la servante serra les dents et insista.
Elle doit gagner sa confiance. Ce n'est qu'à ce prix qu'elle échappera à la vie infernale d'une personne de condition inférieure.
Peridot rit en la regardant.
« Cela s'appelle un poison de fièvre. »
« P-P-Poison ? »
« Oui. La température corporelle monte anormalement quand le poison de fièvre se propage dans le corps. Rien ne peut le guérir. »
Les pupilles de la servante se dilatèrent.
Peridot mélangea la crème avec une cuillère à café propre, y incorporant la sève.
« Si tu utilises cette crème ne serait-ce qu'une fois… »
Gloups. Le bruit de la servante avalant sa salive nerveusement sonnait cru.
Peridot fit semblant de ne pas l'entendre et continua :
« Au début, tu ne remarqueras rien. Le poison restera seulement dans ta peau. Il se manifestera quand tu boiras du vin avec le miel de cet enfant. »
Swoosh. Une ombre immense se projeta sur la tête de la servante.
L'instinct de la proie est extrêmement fort.
La servante releva la tête face à cette sensation glaciale.
「…… ! »
Les yeux de la servante se remplirent de terreur, comme si elle avait vu quelque chose qu'elle n'était pas censée voir.
Les yeux de Peridot brillaient d'une lueur trouble de plaisir tandis qu'elle observait la servante, dont le visage avait blêmi comme lessivé.
C'est une serre. Un espace rempli de plantes qu'elle a cultivées elle-même.
Le secret de la serre devait rester caché. Mais il ne coûte rien d'essayer d'élever une mouche.
Cette servante-ci était bien plus tenace que les précédentes.
« Attendez, mademoiselle. Y a-t-il des effets secondaires à ce poison de fièvre ? »
C'est admirable de la voir surmonter la peur instinctive qui l'étreint tout entière pour poser la question.
En même temps, elle est arrogante. Peridot l'aurait normalement tuée sur le champ pour avoir osé redemander.
Mais, sur un coup de tête, elle décida d'être généreuse aujourd'hui.
Parce que s'en procurer une nouvelle était fastidieux.
« Eh bien, si le poison agit, tes vaisseaux éclateront et tu mourras. Sinon, tu succomberas à l'énergie solaire bouillante et tu te transformeras en bête. »
En réalité, une fois qu'on en a retiré un maximum de toxicité, le poison de fièvre peut servir d'impuissant pour les hommes.
Bien sûr, il y avait une dose mortelle de poison dans cette crème et ce savon, donc quiconque les utiliserait mourrait.
« Va-t'en maintenant. »