« C'est vrai que je suis jolie, mais je ne peux pas montrer mon visage en pleurs à n'importe qui. C'est quelque chose de précieux, non ? »
La princesse sourit des yeux, comme si mes mots lui plaisaient. Puis elle rejeta légèrement ses cheveux en arrière, ce qui, franchement, avait vachement de la gueule. C'est une impression différente de celle de Ziontin.
Des poignets fins et de longs doigts. La forme des oreilles, exposées un instant, était elle aussi réussie, et le fait que cette tenue neutre lui aille si bien ajoutait à son charme, créant une atmosphère légèrement sèche, loin du clinquant.
Je saisis le thé que la princesse me versa.
« Merci, Altesse. »
« Non, c'est moi qui vous remercie. »
« Je vous en prie. »
Ah, ce thé est vraiment booon !
Je fis rouler l'Earl Grey parfumé dans ma bouche et savourai le goût de la réussite de ma mission.
Ça aurait été bien si la présidente du fan-club de Lacius, la méchante n° 3, avait aussi été présente. Mais peu importe, j'ai définitivement attiré l'attention d'une personnalité importante, la princesse.
« Mais est-ce que ça suffit ? »
Mon Projet Préservation de la Vie !
Numéro 2. Attirer l'œil de la princesse et capter son attention.
Les premières impressions sont cruciales, alors peut-être qu'un coup plus fort s'impose.
Tout en tenant ma tasse, je repensai à la princesse que je venais de rencontrer en personne, et je décidai d'anticiper le sujet qui ne manquerait pas de venir.
« Au fait, j'ai entendu dire que mon futur mari est très populaire ? »
J'ouvris la bouche sur ce ton calme, et posai exprès la tasse avec un bruit sec. Puis j'observai les dames qui échangeaient des regards entre elles.
Je continuai en insistant bien sur le mot « fiancée ».
« J'ai un fort désir de monopole. Même si nous ne sommes que fiancés pour l'instant, nous sommes fermement décidés à nous marier. Mais aujourd'hui, Lacius semblait bien anxieux en m'amenant ici, dans ce palais sûr. »
Ha.
Je poussai un profond soupir. Je sentis le regard de la princesse sur le côté de mon visage, comme si elle trouvait ça intéressant, mais je ne la regardai pas cette fois. Ma cible, maintenant, c'étaient les dames à cette table. Je vais inévitablement briser leur élan et en finir là.
« Au fait, pouvez-vous me dire quelles dames aiment tant mon mari ? Je suis sûre que tout le monde ici sait qui elles sont. »
Avec un sourire, je dis « mari » cette fois. Et au bout du compte, une dame qui ne put le supporter finit par dire d'une voix étranglée :
« Appeler son mari un homme qui n'est pas encore marié — ! »
« Heiin ? C'est ce que j'ai fait ? »
« Quoi… ! Vous venez de le faire — ! »
« Ah bon ? Je ne m'en suis pas rendue compte. C'est un surnom qu'on s'utilise entre nous, donc il nous arrive de le lâcher même en cérémonie. »
Je coupai court à ses paroles et clos la conversation là. Bien sûr, c'était incroyablement grossier, mais elle ne put rien dire. Elle était trop surprise pour faire autre chose qu'écarquiller les yeux.
Je gloussai en dedans et affichai à l'extérieur un sourire rusé.
Ah vraiment. S'il y a un concours de « faire tourner quelqu'un en bourrique »*, je suis confiante pour finir numéro un.
*(L'original 속 뒤집기 signifie littéralement « retourner l'intérieur ». Une analogie : si tu es en colère = ton estomac te fait mal / se retourne.)
Une fois le plateau posé, on peut courir comme une dingue, mais c'était un peu décevant que le plateau ne soit pas encore posé.
« La demoiselle semble avoir un fort désir de monopole. »
À ce moment, la princesse s'immisça dans la conversation.
« Je suis possessive. »
Les yeux bleus qui me fixaient semblaient dire, d'une certaine façon : « J'aimerais l'empailler*. »
*(박제하다 / Empailler = écorcher un animal, le traiter avec un produit conservateur, le bourrer de coton puis lui redonner sa forme d'origine.)
Je lâchai la phrase qui me traversa l'esprit.
« Mais vous ne pouvez pas m'empailler. Si une beauté comme moi ne peut plus bouger ou n'est plus vivante, c'est une perte pour l'humanité. »
« Ce que je veux empailler, c'est la personnalité de la demoiselle. Comme c'est triste qu'elle n'ait pas de forme. »
« Tant mieux. Tant que ma personnalité ne change pas, la princesse finira inévitablement par m'aimer. »
Quand je parlai avec assurance jusqu'au bout, la princesse sourit.
« Je vous observerai, alors soyez mignonne. Je suis généreuse, je vous pardonnerai tous les ennuis que vous causerez. »
Yes !
Si on en est là, je peux faire ce que je veux maintenant. Il me suffit de récupérer l'une des entreprises de presse dans les mains de la princesse, et arrêter les autres ne sera plus si dur. Elle ne s'attendra pas à ce que je fasse ça de toute façon.
Je souris et fixai la princesse droit dans les yeux.
« Vous pouvez vous attendre à voir à quel point je pourrai surprendre la princesse. Ça chassera tout votre ennui. »
Seuls ceux qui l'ont fait savent à quel point c'est marrant de mener une conversation en push-pull. D'habitude, c'est le genre de dialogue qui ne devrait avoir lieu qu'entre amants, mais si l'interlocutrice est la princesse, il n'y a aucune raison que ce soit mauvais.
« À ce stade, je peux maintenant dire que… »
Moi, Titania Oberon.
J'ai senti une touche à l'hameçon. La méchante n° 2 semblait avoir été ferrée avec succès.
La réception de thé se termina ainsi. Les dames qui quittèrent le palais impérial se regroupèrent et explosèrent de colère.
« C'est la première fois que je vois une demoiselle qui manque à ce point de modestie ! »
La première à prendre la parole saisit un éventail en haletant. La dame à côté d'elle acquiesça et ajouta :
« C'est vrai. Elle ne savait pas faire preuve d'humilité. Elle est douée pour l'arrogance. »
« Tss, tss. »
« Et son sourire est tellement prétentieux ! Vous l'avez vue sourire comme ça et prendre la place à côté d'Altesse ? J'en suis restée sans voix, ha ! »
La plus en colère était la dame à qui la venue de cette inconnue avait coûté sa place.
Son visage devint rouge et elle serra le poing comme pour briser l'éventail.
Elle ne pouvait pas croire qu'elle avait perdu sa place au profit d'une demoiselle issue d'une maison que personne ne reconnaît !
C'était le genre de dame qui ne se contenterait pas d'écrire des insultes grivoises dans son journal.
« Heu… »
Cependant, quelqu'un exprima prudemment son avis parmi les dames en colère.
« Mais elles vont plutôt bien ensemble.. ? »
« Qu'est-ce que tu racontes, maintenant ? »
« Ben, tu ne trouves pas toi aussi ? Parce qu'elles sont toutes les deux ensemble, le contraste des couleurs est aussi… J'étais un peu envieuse. »
Celles qui s'étaient rassemblées ici n'avaient pas de différence de rang. Elles convoitaient toutes Lacius, et leurs titres comme leurs fortunes familiales étaient similaires. Donc tout le monde pouvait parler librement.
Après s'être exprimée, la dame en profita pour donner son opinion.
« En plus, sa robe était très sensuelle —. »
« Ha ! La robe a de l'importance, maintenant ? »
« C'est important. Sir Lacius a peut-être aimé ce genre de robe. »
« …… ! »
« Sir Lacius aime ce type de femme ? Elle est très fière et dit avec sa bouche qu'elle est jolie. Même devant la princesse, elle n'hésite pas du tout…… Tandis que nous, de notre côté, on était occupées à regarder maladroitement. »
Les dames, qui s'apprêtaient à contredire, finirent par se taire. Parce que c'est vrai, en fait.
La princesse et dame Oberon étaient comme les ténèbres et les flammes. C'était comme regarder un feu de joie brûler seul dans l'obscurité où même les étoiles ne pouvaient être vues, pendant toute la réception de thé. Elles étaient si absorbées par l'atmosphère qu'elles n'avaient même pas réussi à dire un mot.
Les dames mordillaient leurs lèvres en s'éventant sans arrêt.
Alors, de quelle boutique venait cette robe ?
Tout en pensant comme ça…