Alors que les rideaux se soulevaient légèrement, un jardin somptueux s'offrit à ma vue tandis que nous passions. Puisqu'elle est une princesse dotée d'une grande autorité, sa richesse était ostentatoirement exhibée sur l'extérieur de ce lieu.
'Cette fois, je ne dois jamais devenir son ennemie.'
Je me fis cette promesse pour l'instant. Même si je n'en ai pas envie, devenir amies est la meilleure option. C'est ça, 'même si je n'en ai pas envie'.
« Vous pouvez descendre à présent, ma dame. »
Au bout d'un moment, la calèche s'immobilisa complètement. J'acquiesçai, tout en admirant le mur majestueux derrière Lacius.
« Oui, Honey Darling. »
« … … J'aimerais que vous n'utilisiez qu'un seul titre pour m'appeler. »
« D'accord, honey. »
Je crois que je suis mal barrée, parce que je m'amuse à taquiner Lacius ces temps-ci. Je pouffai en voyant son froncement de sourcils.
Du coup, la tension que je ressentais à l'idée de rencontrer la princesse se dissipa.
Je pris la main de Lacius et descendis fièrement.
« Bi— Bien-venue. »
« J'ai été invitée au goûter de la Princesse Impériale. »
« Tousse, u-ne seconde, je vous en prie. »
Un vieillard qui semblait être le chambellan sortit du Palais Impérial et bredouilla en voyant Lacius.
Bon, je suppose qu'il ne s'attendait pas à ce que Lacius vienne avec moi.
Je ris et reniflai en voyant son dos disparaître prestement.
« Voyons. S'il n'était pas venu avec moi, on dirait qu'il aurait essayé de m'arrêter ici et de me faire attendre des heures ? »
« Te faire attendre ? Pourquoi ? »
« Pourquoi quoi ? C'est parce que je suis détestée ici. »
Bien sûr, vu mon caractère, il n'était pas question que j'attende sagement.
Le chambellan revint en catastrophe, et derrière lui, des dames habillées comme des fleurs défilèrent les unes après les autres.
« Seigneur Lacius ! »
« Ah, seigneur Lacius est ici… ! »
« Êtes-vous venu nous voir ? »
J'étais sidérée par les paroles que ces dames proféraient. Elles me traitent comme si j'étais invisible alors qu'elles me voient sous leurs yeux ?
« Je tenais vraiment à vous voir. »
« Vous portez-vous bien ? »
Les deux dames qui avaient couru en avant s'avancèrent et me heurtèrent de l'épaule. Je tordis les lèvres avec perfidie, tout en reculant discrètement de ma position pour me rapprocher de Lacius.
Oh, elles veulent goûter à la médecine ?
Je fis mine de toucher mon coude et sortis un morceau de papier. Il était découpé d'une finesse extrême et roulé. Il y avait par hasard un mille-pattes de la longueur du papier dessiné dessus.
« Lacius, je— KYAHHHHH ! »
« Q-Qu'est-ce que c'est que ça ! Serviteur, allez-y. Enlevez-moi ça ! »
La dame qui s'apprêtait à l'approcher tressaillit et fut saisie de frayeur. Baissant les yeux, elle se mit à hurler. Dès qu'elles aperçurent le mille-pattes aux milliers de pattes agrippé à l'ourlet de sa jupe ample, les deux dames se mirent à hurler en chœur.
« Ah, Lashin. J'ai si peur. »
Je chancelai en portant la main à mon front. Bien sûr, Lacius me soutint sans accorder la moindre attention aux deux autres. Je clignai des yeux sans perdre mon élan.
« Il y a des mille-pattes dans le Palais Impériel.. ? Ne me dites pas que c'est parce qu'on n'a pas nettoyé du tout.. ? »
Le mille-pattes que j'avais dessiné était un peu trop gros pour qu'on l'appelle simplement mille-pattes. Il était si épais qu'il était impossible de l'écraser. Le visage du chambellan se vida de son sang, devenant blanc.
Je me couvris la bouche avec méchanceté.
« Ah, c'est vraiment sale… Je ne peux pas rester ici plus longtemps. Comment peut-ce être si sale alors que c'est censé être le lieu où réside la princesse ? »
L'expression du chambellan était amusante. J'en profitai.
À chaque mot que je crachais, il me lançait un regard blessé, comme si son cœur venait d'être transpercé. C'était quelqu'un qui tirait sa fierté et son plaisir de maintenir le palais propre, alors bien sûr qu'il se sentait blessé.
Je m'appuyai sur Lacius et regardai le mille-pattes faire sauter les deux jeunes filles comme si elles jouaient ensemble.
« Hou, hou. Il est parti par là. »
Au bout d'un moment, le mille-pattes qu'on n'arrivait pas à attraper disparut quelque part, et le chambellan se précipita pour appeler un serviteur. Pendant ce temps, les dames au visage rouge et aux cheveux en bataille me lancèrent des regards assassins.
« Dès que vous êtes apparue, un mille-pattes est apparu. Ça ne veut pas dire que vous avez dû vous vautrer dans un endroit sale ? »
« C'est exact. Je ne sais pas d'où vous sortez, mais c'est d'une impolitesse extrême. Insulter le palais de la Princesse Impériale, c'est la même chose qu'insulter la Princesse Impériale ! »
Ce sont d'habitude celles qui attaquent les autres tout en restant élégamment assises autour de la table à thé. Cependant, quand la répression initiale a échoué et qu'elles ont été grandement surprises, elles ont aisément révélé leur vrai visage.
Je regardai tour à tour la jeune dame aux épais cheveux bruns ondulés et aux taches de rousseur, et la blonde aux jolis yeux verts. Puis je ricannai avec un air triomphant.
« Eh bien, je me suis vautrée. »
« Pardonnez-moi ? »
« N'est-ce pas, Darling ? »
« ….. ? ! »
« On s'est vautrés tous les deux. »
« …… ! »
Quand me retournai vers Lacius pour lui poser la question, les visages des jeunes filles qui avaient compris devinrent immédiatement écarlates. Je lançais un coup d'œil de côté aux filles et chuchotai à l'oreille de Lacius. Bien assez fort pour que tout le monde entende.
« C'était un peu chaud ce matin, non ? »
Pang ! Boum !
C'est fait. Elles ont explosé.
Les visages des vertueuses jeunes filles devinrent rouges quand je dis quelque chose qui évoquait une chose particulière. Leurs lèvres tremblantes semblaient vouloir crier « Cette vulgarité ! » à tout moment, alors je les devançai vite.
« Tu ne m'as pas laissée partir, Lashin. Hein ? »
Fais. Le. Maintenant. Même.
J'aiguisai mon regard et fixai Lacius. Alors Lacius, qui s'était raidit, donna de force une réponse adaptée à la situation.
« C'est exact. »
Quelle façon de parler digne d'un manuel. Ce serait bien s'il pouvait aller plus loin et leur arracher l'âme de surprise, mais ce serait en demander trop. Cependant, quand Lacius l'admit, tout le monde resta sans voix.
L'oppa que vous aimez tant a dit qu'il avait aimé. Qu'est-ce que vous pouvez faire ?
Avec un sourire brutal, je m'avançai avec Lacius. À l'origine, je comptais venir seule et me débrouiller toute seule, mais Lacius a décidé de venir, alors je dois exploiter cette occasion à fond.
Je n'avais pas honte d'être un renard escorté par un tigre.
Et pourquoi le serais-je ? C'est comme ça qu'on survit dans ce monde.
« Hé vous, où est le goûter ? »
« O-Oui ? »
« Où se tient le goûter ? »
J'attrapai un serviteur au hasard et lui demandai où était le goûter. On ne peut pas aller seul dans un endroit qu'on ne connaît pas. Le serviteur fixa mon visage bêtement pendant trois secondes avant de se gifler soudain la joue. Son cou rougissant expliquait pleinement pourquoi il avait fait ça.
« Oh, je suis désolé, ma dame ! Je vous fixais si impoliment — ! »
« C'est bon. J'ai l'habitude. Donc, vous pouvez répondre à ma question ? »
Je répondis avec une assez grande générosité et reposai patiemment ma question. Alors le serviteur aux oreilles rouge vif bougea raide.
« C-c'est par là. »
« Merci. »
Je suivis le serviteur et regardai autour de moi. En voyant les visages des dames, cela semble être le bon chemin. C'était aussi bien qu'on n'ait plus à leur demander.
Je regardai Lacius, remplie d'une grande fierté pour moi-même.
'Hein ?'
Mais ses yeux étaient froids. Pour être précis, ses yeux qui fixaient le serviteur.
« Lashin ? »
Je tapotai son coude interrogativement, mais il détourna le regard.
Le serviteur avait l'air normal, alors je voulais demander s'il avait trouvé quelque chose de spécial chez lui, mais à ce moment-là, nous arrivâmes sur le lieu du goûter.